- il y a 2 jours
Avec plus de 740 points de vente, Biocoop est l’un des réseaux de magasins bio les plus importants de France. La particularité de cette coopérative est qu’elle partage le pouvoir entre ses salariés, des groupements de producteurs et des consommateurs. Henri Godron, son président, explique quels sont les enjeux pour que l’ensemble de ces parties agissent en faveur du développement de l’agriculture biologique.
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00:04Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:08économie.
00:09Et aujourd'hui, je reçois Henri Gaudron, bonjour.
00:12Bonjour.
00:13Président de Biocop, bienvenue à vous.
00:15Comme son nom l'indique, c'est une coopérative.
00:18Combien de magasins ? Quelle philosophie ? Présentez-nous Biocop.
00:21Alors, Biocop, c'est une coopérative de magasins, de producteurs, de salariés et de consommateurs.
00:26On est unique sur le marché à avoir cette décomposition et cette multitude d'acteurs.
00:32747 magasins aujourd'hui et un développement qui se maintient, qui se développe.
00:38Et on est les leaders sur la distribution bio spécialisée.
00:42C'est quoi la philosophie ? C'est important de parler quand on dit coopérative.
00:47C'est quoi la logique, la philosophie ?
00:48Alors, la philosophie d'une coopérative, c'est de pouvoir partager le pouvoir, de pouvoir se dire,
00:53et c'est typiquement le cas au conseil d'administration, où j'ai à la fois des producteurs
00:57qui, eux, veulent pouvoir vendre et vivre décemment de leur travail.
01:01Et on en reparlera tout à l'heure avec le commerce équitable.
01:02On va parler de commerce équitable, évidemment.
01:04C'est très important pour nous.
01:05On a des salariés qui sont là aussi parce qu'ils font le travail de Biocop,
01:10mais que ce soit aussi Biocop, les magasins,
01:12mais aussi on a des salariés de groupements de producteurs qui sont représentés.
01:16et les consommateurs qui sont là aussi pour nous aiguillonner, j'allais dire, un peu aussi sur le prix.
01:22Oui, oui, oui, ce qui est normal, ce qui est très bien.
01:24Et au sein du conseil d'administration, on partage cette vision tous ensemble.
01:30Le but, la philosophie de Biocop, c'est de développer l'agriculture biologique.
01:34Donc, on a vraiment cette mission depuis maintenant 40 ans.
01:38On est sur quel modèle économique ?
01:41Alors, un modèle économique...
01:42Parce que ça veut dire quoi ?
01:43Ça veut dire un adhérent, j'allais dire une voix ?
01:48Voilà, la logique...
01:49Le principe d'une coopérative, c'est un homme, une voix.
01:52Alors nous, c'est un petit peu différent parce que c'est un magasin,
01:54un magasin, une voix, un groupement de producteurs, une voix,
01:58un sociétaire salarié, une voix, et une assaut de consommateurs aussi, une voix.
02:02Et on est sur cette logique de partage,
02:05on est sur cette logique de discussion incessante
02:08pour faire avancer le modèle agricole.
02:12pour développer l'agriculture biologique.
02:13Et on a rajouté dans un souci de coopération et d'équité.
02:17Vous êtes vous-même à la tête d'un magasin ?
02:20Oui, j'ai trois magasins dans la Manche,
02:23trois magasins en Normandie,
02:24et j'ai pris la présidence de Biocop depuis maintenant deux ans.
02:29Qu'est-ce que ça apporte ?
02:30Est-ce qu'il faut forcément être à la tête d'un magasin ?
02:32Vous voyez ce que je veux dire ?
02:34Il faut comprendre, avoir les mains dans le cambouis en quelque sorte ?
02:38Alors, pas forcément, parce qu'on a, par exemple, deux producteurs.
02:44On a Mathieu, qui se présente comme éleveur de patates,
02:48qui fait de la culture de plein champ dans le Nord.
02:52Et Johan, qui vient de nous rejoindre, qui est apiculteur dans le Limousin.
02:56Ils connaissent parfaitement bien le monde agricole,
02:59ils connaissent parfaitement bien maintenant Biocop,
03:01parce que ça fait des années qu'ils travaillent avec nous.
03:03Et ce sont aussi d'excellents administrateurs
03:06qui connaissent bien les problématiques à la fois des magasins.
03:09Il ne faut pas forcément être directeur de magasin
03:10pour être à la tête du réseau Biocop ?
03:12Non, dans les statuts, on peut très bien avoir
03:15soit un producteur, soit un magasin.
03:17Ça permet d'avoir cette diversité
03:19et puis de pouvoir vraiment parler de la culture biologique.
03:22Vous êtes rentré en 2013, c'est ça, chez Biocop ?
03:25Exactement.
03:25En quoi ? En ouvrant un premier magasin ?
03:26J'ai racheté un magasin, après une carrière dans le domaine bancaire.
03:30J'ai racheté le magasin d'Abranche en 2013.
03:33J'en ai créé.
03:35Est-ce que vous imaginez devenir président ?
03:38Non.
03:38Comment c'est venu alors ?
03:40Alors comment c'est venu ?
03:41Un intérêt pour la politique interne chez Biocop.
03:46On a la particularité d'être une coopérative très vivante,
03:49puisqu'on a beaucoup d'élus dans différentes commissions,
03:52beaucoup de postes,
03:54et chacun prend la parole.
03:56J'ai pu vivre notamment dans des coopératives bancaires
04:00où c'est très feutré, j'allais dire, la discussion.
04:04Chez Biocop, on sait discuter,
04:07on discute franchement entre nous.
04:09Vous n'êtes pas forcément d'accord ?
04:11On a, et heureusement,
04:13on a heureusement des désaccords,
04:15sinon ce serait trop simple,
04:16et on se dirait qu'il n'y a qu'une seule voix,
04:17c'est quand même problématique.
04:18Donc on a très souvent des désaccords,
04:20mais c'est aussi la richesse, et c'est comme ça.
04:23Après, quand on se met d'accord, on avance,
04:24et on avance toujours dans cet objectif de développer l'agriculture biologique,
04:28et c'est très intéressant, c'est très fort.
04:31Des discussions importantes,
04:34mais on a toujours ce cap,
04:36comment on peut faire pour développer.
04:37Quelques chiffres,
04:38le chiffre d'affaires consolidé TTC 2024,
04:41presque 1,8 milliard d'euros,
04:44vous l'avez dit,
04:45740,
04:46aujourd'hui 747 magasins.
04:48Alors, vous avez prévu un plan stratégique jusqu'en 2029,
04:51avec pas mal d'ouvertures de magasins.
04:54Tout à fait, je vais juste revenir sur le chiffre d'affaires,
04:56parce qu'on a consolidé le chiffre d'affaires 2025,
04:58et 1,924,000,
05:01millions, pardon.
05:02Donc on n'est pas loin des 2 milliards.
05:03Voilà, et on va très certainement atteindre le 2 milliards cette année,
05:07on est en bonne voie,
05:08parce que le début d'année est encore très bon,
05:10et on gagne des parts de marché,
05:12ce qui veut dire qu'on est le leader,
05:14et qu'on se développe bien et vite.
05:17Et donc, 160 nouveaux magasins,
05:19c'est ça, prévu ?
05:20Tout à fait, l'objectif,
05:21alors on n'a pas sorti de chiffres comme ça au hasard,
05:23parce que c'est le travail de toutes les commissions,
05:24je parlais des élus,
05:26on a des commissions qui travaillent sur le développement,
05:28chez nous,
05:29et qui connaissent le terrain,
05:31qui savent,
05:31oui, tiens, à tel endroit,
05:32on pourrait avoir un magasin,
05:33parce qu'il y a du potentiel,
05:35et quand on compile ça,
05:36on arrive à 900 magasins,
05:38peut-être qu'on sera à plus,
05:39peut-être qu'on sera à moins,
05:40peu importe,
05:41mais ça nous donne un cap,
05:42et la particularité,
05:44comme on est une coopérative,
05:44on n'a pas d'actionnaire,
05:45donc si on fait moins,
05:46c'est pas grave,
05:47si on fait plus, tant mieux,
05:47parce que ça développera la culture biologique.
05:49Comment vous décidez d'ouvrir un magasin ?
05:51Est-ce que vous regardez la concurrence ?
05:52Est-ce qu'il y a déjà pas mal de magasins bio autour,
05:55etc., etc. ?
05:56On a des études géomarketing qui sont assez poussées,
05:59qui nous permettent de pouvoir définir un potentiel pour le magasin.
06:04Il y a des zones où le potentiel peut être assez élevé,
06:07et on peut se dire,
06:07oui, ok,
06:08il y a des zones où le potentiel va être trop faible,
06:11et on se dira,
06:11non, à court terme,
06:12c'est pas possible,
06:13parce qu'on n'aura pas suffisamment de clients.
06:16Et après, il y a toute une analyse,
06:17on accompagne les porteurs de projets,
06:19donc les porteurs de projets,
06:20ceux qui nous écoutent,
06:22qui n'ont pas encore de magasin bio-cop,
06:24je vous invite à vous renseigner,
06:25et c'est très bien,
06:26c'est vraiment un très très beau métier,
06:29et on accompagne nos porteurs de projets,
06:32soit pour un SMH,
06:33s'ils ont déjà un magasin,
06:35soit pour une création ex-Nilo,
06:37c'est le terme qu'on utilise,
06:39et partant de là,
06:41on va vraiment accompagner dans la durée.
06:44La création d'un magasin
06:45prend entre 9 et 18 mois,
06:47ça dépend vraiment de pas mal de facteurs,
06:49l'immobilier, la formation,
06:51et on va accompagner les porteurs de projets
06:53de façon à ce que ce soit une réussite,
06:55et on a beaucoup de réussite chez Biocop.
06:58Alors, peut-être que c'est un cliché,
07:01et c'est pas grave, je vais l'assumer,
07:03mais est-ce que vous ouvrez forcément des magasins
07:05dans des zones où il y a une population,
07:10une catégorie socio-professionnelle,
07:12un tissu socio-économique plus riche qu'ailleurs ?
07:16Vous voyez ce que je veux dire ?
07:16Est-ce qu'il faut un potentiel de pouvoir d'achat
07:19plus important pour ouvrir un magasin Biocop,
07:21ou pas du tout ?
07:22Alors, les cas sont très divers.
07:24Si je prends mes trois magasins,
07:25Avranche, dans la Manche,
07:26qui est une sous-préfecture de la Manche,
07:29petite commune de 12 000 habitants,
07:32Saint-Lô, qui est la préfecture de la Manche,
07:34et Saint-Ierre-du-Hercouet,
07:35qui est une petite commune,
07:37et pour autant, ça marche, milieu rural,
07:42il y a tout type de clients,
07:44des CSP+, mais des CSP aussi...
07:46Il n'y a pas de règle absolue ?
07:48Non, non, non, et bien au contraire,
07:50ce qui nous importe, c'est de pouvoir ouvrir le magasin,
07:54le pérenniser, parce qu'on a vraiment cette approche-là
07:55de se dire, si on ouvre un magasin,
07:57il faut qu'il puisse tenir dans la durée,
07:59et on a des magasins qui sont dans des zones
08:01extrêmement rurales,
08:02on a des magasins qui sont dans des zones
08:04extrêmement urbaines,
08:06Paris et autres, et autres agglomérations,
08:08on n'a pas de modèle type,
08:10et on n'a pas de modèle pour dire,
08:11voilà, la magasin, c'est 300 m²,
08:13c'est tac, tac, tac...
08:14Non, non, chaque magasin va être différent,
08:17avec des typologies vraiment différentes,
08:20avec sa propre histoire, sa propre philosophie,
08:23et demain, vous voulez ouvrir un magasin dans la Creuse,
08:26s'il y a le potentiel, on y va, il n'y a pas de problème.
08:28Et donc, les produits qu'on va trouver dans ce magasin,
08:33ils sont forcément prioritairement locaux,
08:36ils sont forcément prioritairement de saison,
08:38ou alors, ce n'est pas le premier critère ?
08:40Alors, on va parler de la saisonnalité,
08:42oui, ça c'est un critère extrêmement important,
08:44on se refuse, et ça fait des années,
08:47même des décennies,
08:48qu'on refuse d'avoir des produits hors saison.
08:51Donc, nous sommes au mois de février,
08:52On ne va pas manger des fraises.
08:53Vous n'aurez pas de fraises,
08:55elles vont arriver,
08:56et les premières arriveront probablement au mois de mars,
08:58mais vous n'aurez pas de tomates, par exemple,
09:00parce que les tomates, ce n'est pas du tout la saison,
09:01pas de poivrons, pas d'aubergines.
09:03Et ça, c'est un critère qu'on a depuis très longtemps.
09:07D'accord.
09:07Le critère de saisonnalité.
09:08Le critère de la localisation.
09:10La localisation.
09:11On travaille essentiellement avec nos producteurs locaux,
09:14et pas que, heureusement,
09:16parce que sinon, on aurait certains produits
09:17qu'on ne pourrait pas avoir dans nos magasins.
09:20On travaille en moyenne avec 15...
09:23Enfin, on fait 15% de notre chiffre d'affaires
09:24avec de la production locale.
09:26En moyenne, on a à peu près 70 à 80 fournisseurs locaux
09:30pour chaque magasin.
09:32Quand on dit locaux,
09:34là aussi, je...
09:36C'est quelle rayonne ?
09:3745 kilomètres du magasin.
09:38C'est ambitieux.
09:40Il y en a qui affichent des producteurs locaux
09:44sur un rayon beaucoup plus large.
09:45Nous, la règle, la distance maximale pour le local,
09:50c'est 150 kilomètres,
09:51qui se trouve être la distance du département de la Manche
09:53entre le nord et le sud,
09:54qui se trouve aussi être la distance entre l'est et l'ouest
09:58d'un département que j'aime bien, qui est le nord.
10:01Et il nous paraissait cohérent d'être sur une échelle départementale.
10:04Alors, si on va un peu parler du marché du bio,
10:08et puis je vais commencer par donner quelques chiffres
10:10sur le comparatif entre mi-2025, mi-2024,
10:16marché du bio en France,
10:18plus 8,8% en vente directe,
10:20plus 6,2% en magasin bio spécialisé,
10:23plus 1,4% en grande distribution.
10:25Donc, une tendance générale qui est plutôt positive.
10:28Je m'arrête un instant, tiens, sur la grande distribution.
10:30Est-ce qu'elle joue vraiment le jeu du bio ?
10:34Ah, question délicate.
10:36Est-ce qu'elle joue le jeu du bio ?
10:38Pas suffisamment à notre goût,
10:40et on aimerait bien qu'elle le fasse davantage.
10:41Pourquoi ?
10:42Parce que moins il y a de bio en grande surface,
10:45plus les clients se tournent vers nous, bien sûr.
10:47Mais on oublie tout l'écosystème qui est derrière.
10:49Il y a des producteurs, il y a des transformateurs,
10:51et quand une grande surface décide de déréférencer un produit,
10:56ça a des impacts sur toute la chaîne.
10:58Et on a vu des producteurs qui étaient vraiment dans des situations très critiques,
11:03parce qu'il y a eu des déréférencements.
11:05Alors, ça peut être le transformateur,
11:06que ce soit des gâteaux, de la viande ou autre.
11:10Effectivement, quand vous déréférencez un produit,
11:12ça a des impacts sur le transformateur et aussi sur les producteurs.
11:15Et on a eu des producteurs dans des situations très critiques.
11:19Ducop n'a pas changé.
11:21Si vous avez un magasin qui fait 300 m²,
11:23c'est 300 m² de produits exclusivement bio.
11:26et on n'a pas déréférencé un produit,
11:29parce que, non, on a gardé la même gamme.
11:31On propose 10 000 produits bio à notre catalogue.
11:35Alors, on n'a pas, heureusement, 10 000 produits au magasin,
11:38ça serait un peu beaucoup.
11:39On a environ 3 000 à 4 000 produits,
11:41mais on a un catalogue de 10 000 produits.
11:44C'est votre DG, Franck Poncet, qui dit
11:47« Le bio n'est plus en crise, Biocop en est l'exemple ».
11:49Déjà, combien de temps elle a duré, cette crise ?
11:51La crise a duré 18 mois.
11:54Grosso modo, je vais avoir des dates précises.
11:5816 mai 2021, on sortait du confinement.
12:05Et jusqu'à début 2023, effectivement,
12:09là où on a une période très compliquée,
12:11nous avions tous de bonnes résolutions avec le Covid,
12:15de changer le monde, de manger plus sainement, etc.
12:17Et puis, dès le confinement, on s'est tous crué sur les restaurants.
12:22Et puis, on a un petit peu oublié nos grands principes.
12:25Je parle d'un point général.
12:28Et puis, après, il y a eu aussi une période d'inflation
12:30qui a démarré avec la guerre en Ukraine.
12:33De perception d'inflation, et je vais revenir dessus.
12:35Oui, on va parler des prix.
12:36On va parler des prix.
12:39Pendant cette période de crise,
12:41on a eu une inflation alimentaire qui est entre 22 et 24%.
12:44Pour Biocop, on a eu, dans cette même période,
12:46une inflation de 12%.
12:48Et pourtant, on continue de vous dire régulièrement,
12:50le bio, c'est trop cher.
12:51Voilà.
12:52Mais j'invite vos téléspectateurs à venir comparer.
12:55Mais que ce soit pour des fruits et légumes,
12:58que ce soit pour des produits de grande consommation,
13:00on est souvent, pas pour tout, bien entendu,
13:03mais on peut être moins cher que du produit conventionnel en grande surface.
13:06Mais est-ce qu'on ne revient pas à une part de responsabilité
13:09de la grande distribution qui a peut-être fait sa marge sur le bio de temps en temps ?
13:13Alors, pas uniquement.
13:15Moi, je pense qu'il y a aussi des multinationales
13:18qui ont imposé leur souhait d'avoir des marges importantes.
13:22quand vous faites, quand vous avez des produits de très grandes marques,
13:26je ne vais peut-être pas en citer là,
13:29vous vous battez, des grandes surfaces se battent pour avoir des prix bas.
13:34Oui, il faut faire de la compensation de marge,
13:36péréquation de marge, ce que tout commerçant connaît.
13:39Et la péréquation de marge dit qu'on va marger un peu plus sur d'autres produits.
13:43Le bio en a fait partie, mais pas que.
13:45Et tout le monde s'est battu pour des produits vraiment de grandes marques.
13:49Tout le monde se bat pour les produits de grandes marques
13:52et va marger un peu plus sur d'autres produits.
13:54Je voudrais qu'on parle, tiens, d'ailleurs, ça touche aussi l'équitable.
13:58C'est-à-dire qu'il y a des produits dont les grandes surfaces ne vont pas pouvoir se passer
14:02parce qu'il faut absolument que ce soit dans les LNR,
14:04avec des géants de l'agroalimentaire qu'il a.
14:06Alors là, la marge, c'est quasiment zéro.
14:07Et donc, la marge, ils vont la faire sur le bio ou sur l'équitable.
14:11Vous avez décidé de lancer des fruits et légumes labellisés bioéquitables en France, c'est ça ?
14:17Tout à fait.
14:18Alors, ça concerne combien de producteurs et puis quel est l'objectif ?
14:21Alors, l'objectif chez Biocop, toujours, c'est de travailler dans un souci d'équité
14:25et se dire que si on a un producteur, il doit pouvoir vivre décemment de son travail
14:32parce qu'il bosse au quotidien dans sa ferme.
14:36Et la labellisation bioéquitable en France permet d'assurer à nos producteurs
14:41une juste rémunération de son travail.
14:42On a signé des partenariats avec des producteurs, donc les partenaires de Biocop, sur les fruits et légumes.
14:49On l'a fait également sur les laits végétaux, boissons végétales, pardon.
14:53Les boissons végétales.
14:54Et ça permet d'assurer à la fois une pérennité de la relation,
14:59parce qu'on s'engage sur plusieurs années, des débouchés et surtout du prix aussi.
15:04Parce que pouvoir dire à un producteur, par exemple de pommes, je pense à Bio-Centre-Loire,
15:09pouvoir dire qu'on s'engage à prendre tel volume pour 2026, 2027, 2028
15:14et à un prix minimum qui sera défini, ça permet d'avoir une visibilité,
15:19ça permet de prévoir aussi les investissements,
15:21parce que comme tout chef d'entreprise, un exploitant agricole, il doit pouvoir avoir une visibilité.
15:26Est-ce que ça veut dire, j'en reviens au prix, pour le consommateur ?
15:30Alors, on recevait Blaise Desbordes, le DG du label Fairtrade Max Havlar, il y a peu de temps.
15:38Est-ce que ça veut dire, peut-être à un centime, enfin vous voyez, un prix un peu plus élevé
15:45?
15:45Et est-ce que vous l'affichez d'une certaine façon ?
15:47Alors, le prix sera toujours un petit peu plus élevé,
15:51parce que la norme de commerce équitable prévoit un reversement, un fonds de développement de l'ordre de 1%,
15:58mais c'est rien sur un kilo de pommes ou c'est rien sur une tablette de chocolat.
16:04Le commerce équitable, ce n'est pas des surcoûts, il ne faut pas le voir comme ça.
16:08Par contre, ça permet vraiment de pérenniser et de se dire que oui, dans 5 ans, dans 10 ans,
16:13on aura bien les mêmes producteurs qui seront là,
16:15parce qu'on n'aura pas cherché à, entre guillemets, les tuer en baissant les prix sans arrêt.
16:22Donc, très très léger surcoût, ce n'est pas ça qui va jouer.
16:25Ça fait partie de vos, j'allais dire, obsessions, peut-être un peu fort, mais cette histoire de prix.
16:30C'est-à-dire que, parce que j'ai vu que vous étiez engagé en 2025,
16:34vous avez baissé les prix sur plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de produits.
16:39Donc, à quel point ça fait partie de la stratégie de croissance de Biocop dont on a parlé tout à
16:44l'heure ?
16:44Alors, le prix, c'est toujours un critère important pour le consommateur, et ça, on l'entend.
16:50Avoir un prix juste, parce qu'on ne fera jamais du discount.
16:53Pourquoi on ne fera jamais du discount ?
16:54Parce que ça veut dire que derrière, il faut serrer tous les prix.
16:57Il faut vraiment chercher à gagner quelques centimes sur le produit,
17:01aller chercher de l'emmental plus loin, parce qu'on aura, ou du lait,
17:06parce qu'on a eu du lait bio qui venait d'autres pays européens.
17:10Ce n'est pas la philosophie de Biocop.
17:12Nous, on est là pour avoir le prix, un prix juste, un produit, un prix juste pour tout le monde.
17:20Pourquoi on a pu baisser les prix ?
17:21Assez simplement, comme on a de plus en plus de clients qui viennent, économie d'échelle,
17:26on a pu réduire le prix de pas mal de produits.
17:28On continue, en 2026, à travailler sur cette stratégie de pouvoir rendre accessibles nos prix.
17:36Vous disiez que la crise du bio, elle est derrière nous, sauf que j'ai interviewé l'ancienne présidente de
17:43la FNSE à Christiane Lambert,
17:44il y a assez peu de temps, qui disait qu'il y a plus de déconversion d'agriculteurs, du bio,
17:51que l'inverse.
17:52Est-ce que c'est vrai ?
17:53On a eu, et ça dépend aussi des filières, on a eu des filières qui étaient en grosse difficulté,
17:58on a des filières qui se portent bien,
18:01et globalement on voit pas mal de conversions, ou pas mal de jeunes qui se réinstallent.
18:06On a des déconversions, alors j'ai suivi pas mal le lait, parce que j'étais dans une commission sur
18:11le lait.
18:12Oui, on a eu des déconversions, on a une décapitalisation, c'est-à-dire une perte de cheptel,
18:19qui pose question toujours, et c'est préoccupant.
18:23Après, il faut que les politiques aussi jouent le jeu.
18:26C'est la question que j'allais vous poser.
18:28Ces déconversions, elles s'expliquent par quoi ?
18:30Parce qu'en même temps, les agriculteurs, ils demandent pas des...
18:34C'est une activité qui est sans doute trop subventionnée.
18:37Enfin, vous voyez ce que je veux dire, il y a un moment où ils voudraient bien échapper aux subventions
18:41et aux aides de l'État.
18:42Parce que là, il fallait mieux les accompagner ?
18:46En termes de financement de la bio, en termes de subventions,
18:50il y a eu des coupes majeures, et la Cour des comptes a établi un rapport là-dessus.
18:54Il y a eu des coupes majeures, et on voit qu'il y a un rapport
19:00entre le premier décile et le dernier décile des agriculteurs,
19:02mais qu'il soit bio ou non, avec des gros agriculteurs qui touchent énormément d'argent,
19:07avec énormément de subventions, et des plus petits qui sont malheureusement pauvres,
19:11parce qu'il y a vraiment une réelle pauvreté, que les paysans soient bio ou non.
19:16Mais il y a vraiment cette problématique.
19:18Donc là, le politique doit aussi s'emparer de ça, et assurer.
19:22On parle beaucoup de souveraineté française.
19:25La ministre a fait le grand réveil alimentaire.
19:29Biocop, on travaille énormément dessus,
19:32puisqu'on a pu relocaliser beaucoup de filières.
19:34On a travaillé ça, on travaille avec énormément d'agriculteurs français.
19:3987% de notre offre est d'origine française.
19:43Je ne suis pas pressé d'avoir du chocolat ou du café en France.
19:46Ça serait signe quand même d'un réchauffement dramatique.
19:50Ça explique les 13% restants, on l'a bien compris.
19:53Et alors sur ce rapport avec le politique,
19:55avec Naturalia et la Viclair, vous avez décidé de quitter l'agence bio.
19:59C'est l'agence de l'État qui a été créée pour justement promouvoir le bio.
20:02Mais pourquoi vous claquez la porte ?
20:04C'est une décision du syndicat.
20:06Je ne vais pas forcément m'étendre dessus.
20:10Vous n'étiez pas forcément sur cette ligne-là, si je comprends bien.
20:13On va dire ça.
20:15Cette agence, alors je vais vous poser la question différemment.
20:18L'agence bio, à quoi elle sert ?
20:19Pourquoi il faudrait la booster ?
20:22L'agence bio, elle a trois missions.
20:23D'une part, l'information, la communication.
20:26Deuxième point, les fonds Avenir Bio et la synthèse du marché.
20:32Sur la communication, il y a eu les campagnes de communication BioRéflex,
20:36qui ont été un succès pour pouvoir parler de la bio.
20:40Et ça, ça touche tout le monde, que ce soit la grande distribution,
20:43comme pour les magasins bio spécialisés, mais également la vente directe, etc.
20:48Donc, ça permet de réunir tout le monde et se dire,
20:52voilà, on peut faire une campagne de communication.
20:53Les fonds Avenir Bio, ce sont des fonds européens
20:56qui sont redistribués pour des projets d'avenir dans le milieu.
20:59Et ça, l'agence bio est primordiale pour pouvoir le faire.
21:04Et enfin, c'est aussi une analyse du marché,
21:07parce que le rapport de l'agence bio est toujours regardé avec attention,
21:11parce que comme c'est une agence qui dépend aussi...
21:19qui dépend aussi du ministère de l'Agriculture,
21:21on a des chiffres qui sont fiables
21:22et qui nous permettent d'avoir une vue globale marché
21:25qui est très intéressante.
21:26Donc, je défends l'agence bio.
21:28Il y a eu un très bon travail de fait depuis des années.
21:31Après, on a dit que ça coûtait trop cher.
21:33C'est des budgets qui sont ridicules par rapport au budget de l'État.
21:35Mais il y a eu quelques pressions politiques,
21:38quelques bisbilles politiques, vais-je dire,
21:40qui fait que, voilà.
21:42Alors, vous savez, il y a un principe dans cette émission.
21:44L'invité du Grand Entretien pose une question
21:45à celui ou celle de la semaine d'après.
21:47Alors, il y avait Esther Creuser-Dellbourg
21:48qui était à votre place la semaine dernière,
21:50qui est économiste de l'eau,
21:51cofondatrice de Waterweiser,
21:53qui vous pose forcément une question sur l'eau.
21:55Bonjour Henri.
21:56Je voudrais savoir s'il y a des cultures bio
21:58qui font plus ou moins de pression sur l'eau.
22:02Alors là, question très précise, très technique.
22:06Et puis, alors, je vous laisse répondre,
22:07puis ensuite, j'en aurai une autre derrière.
22:08Très bien.
22:10Alors, sur la pression sur l'eau,
22:13le cahier des charges bio n'a pas de particularité,
22:18ne traite pas ce sujet-là.
22:20Par contre, chez Biocop,
22:22on a beaucoup de projets,
22:23notamment de plantation de haies.
22:25Parce qu'on sait que quand on plante des haies,
22:28on a un meilleur équilibre de l'eau.
22:30Ça permet à la fois de limiter les irrigations,
22:33ça permet d'avoir beaucoup d'apports.
22:35Et on a ce programme-là.
22:36Et après, chacun, donc nos 20 groupements,
22:40ont des démarches aussi vertueuses.
22:41Je pense à Biocop, pardon, Cop Latour,
22:44Cop Latour ou Univers,
22:46qui ont mis en place des systèmes d'irrigation en goutte à goutte,
22:48plutôt que d'avoir, comme on peut le voir dans le maïs,
22:51des chaînes d'irrigation qui balancent de l'eau en pleine journée
22:54et ça s'évapore aussitôt.
22:56Là, il y a vraiment eu un travail de réflexion là-dessus
22:58pour pouvoir maîtriser l'eau,
22:59parce qu'on sait que c'est une ressource très précieuse,
23:02en danger,
23:03et il faut faire très attention à ça.
23:05Mais c'est intéressant,
23:06ça veut dire que la pression d'eau,
23:09donc la quantité d'eau utilisée pour un produit,
23:13ne rentre pas dans les critères du label.
23:16Je trouve que c'est intéressant,
23:19parce que tout le débat qu'on a eu avec Esther Creuser-Delbourg,
23:22c'était de dire qu'il y a une forme d'invisibilisation de l'eau.
23:26Oui, oui, complètement.
23:26C'est quand même une erreur quand on y réfléchit.
23:28Si vous prenez un grain de blé bio ou un grain de blé conventionnel,
23:32vous aurez, en termes de consommation d'eau, sensiblement la même chose.
23:36Par contre, si vous avez des grandes surfaces,
23:39des grandes plaines qui sont couvertes de champs,
23:42sans aucun moyen de retenir de façon naturelle,
23:46je ne parle pas des bassines qui sont une catastrophe,
23:49l'eau va pénétrer dans la terre,
23:51va être évacuée aussi par les rivières.
23:53Si vous avez un système bocager, si vous avez des haies,
23:58ça permet de conserver l'eau plus longtemps.
24:01Et c'est un système vertueux qui permet d'assurer mieux l'avenir.
24:04Pourquoi les bassines sont des catastrophes ?
24:05Il n'y a pas des endroits où il y en a besoin ?
24:07Alors, les bassines, quand je parle de bassines,
24:09je vais parler de grandes bassines.
24:11Les méga-bassines.
24:12Les méga-bassines.
24:14De tout temps, dans l'agriculture, on a fait des mares,
24:16on a fait des retenues d'eau à l'échelon local.
24:20Avant, mes parents étaient exploitants d'agricole,
24:21il y avait aussi une mare, et c'était très bien,
24:23parce que ça permet aussi d'avoir un écosystème,
24:24ça permet d'avoir une biodiversité.
24:26Les grenouilles, les crapauds, c'est très utile.
24:29Par contre, se dire qu'on va pomper dans les nappes phréatiques
24:32pour pouvoir avoir à disposition de l'eau l'été
24:35quand on en aura besoin,
24:37on vide la baignoire.
24:38C'est vraiment ridicule.
24:41Par contre, oui, avoir des retenues collinaires,
24:43avoir des retenues à l'échelle d'une ferme,
24:45oui, c'est utile,
24:46mais sans déshabiller aussi le reste de la collectivité.
24:51Allez, un dernier mot, il y a une minute,
24:53c'est passé vite, vous avez lancé,
24:54il y a un fonds de dotation Biocop,
24:56c'est quoi le fonds d'actualité ?
24:57Oui, alors le fonds de dotation Biocop a 10 ans,
24:59c'est un fonds qui permet d'aider,
25:01de subventionner, d'accompagner
25:03des grands projets de société.
25:06Je pense notamment à un sujet
25:07qui est très prégnant chez nous,
25:08c'est la sécurité sociale de l'alimentation.
25:10Je n'aurai pas le temps d'expliquer en une minute,
25:12mais grosso modo, comment faire
25:13pour pouvoir accompagner tout le monde
25:14à manger sainement ?
25:17C'est des projets qui se sont développés
25:20à Montpellier, à Saint-Etienne, à Angers, Montreuil.
25:23Il y a eu beaucoup de projets comme ça
25:24qui permettent d'avoir une réflexion
25:26sur l'alimentation saine et vertueuse.
25:29Merci beaucoup Henri Audron
25:30et à bientôt sur BiSmart for Change.
25:33On passe tout de suite à notre rubrique
25:34consacrée aux startups éco-responsables.
25:36de Montpellier
25:36Sous-titrage FR ?
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