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  • il y a 2 jours
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Vanessa Perrée, première procureure du Parquet national anti-criminalité organisée PNACO, pour évoquer notamment la lutte contre la criminalité.

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00:00Il est 7h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin la procureure de la République Anticriminalité Organisée.
00:07Bonjour Vanessa Perret, bienvenue sur Europe 1, vous avez en effet pris la tête il y a deux semaines du tout jeune PNACO,
00:12Parquet National Anticriminalité Organisé, qui a été créé l'an dernier par la loi Narcotrafic.
00:18Alors je vous le disais, hors antenne c'est un poste très exposé, à haute pression, la pression des ministres, du président lui-même aussi, il faut le dire.
00:24Il y a aussi beaucoup d'attentes de la société qui s'effraient de ce que l'on voit du narcotrafic, et pas seulement de la criminalité organisée,
00:31les règlements de comptes, les assassinats, la drogue partout, son pouvoir de corruption aussi.
00:36Tout le monde ressent qu'un défi est lancé à l'État.
00:39Alors vous avez 52 ans, je vous présente au public d'Europe 1, vous êtes passé par Matignon, le cabinet d'Elisabeth Borne,
00:45la Grasque aussi que vous avez dirigée, l'agence de gestion de recouvrement des avoirs saisis et confisqués,
00:49et puis aussi la Junalco, qui jusque-là était l'acteur principal de la lutte contre le crime organisé.
00:55Désormais c'est le PNACO.
00:57Combien de dossiers votre service est-il déjà saisi, Vanessa Perret ?
01:01Merci beaucoup de me recevoir.
01:02Aujourd'hui au Parc national anti-criminalité organisée, on est 34 personnes,
01:06des magistrats, des greffiers, des assistants spécialisés qui sont des gens différents,
01:10des inspecteurs des finances publiques, des gendarmes, des policiers,
01:13pour traiter aujourd'hui 178 dossiers.
01:16On en a récupéré 170 de la Junalco, que vous venez de citer,
01:20qui était donc une division du parquet de Paris,
01:22et puis on en a, depuis trois semaines qu'on existe, pris huit supplémentaires.
01:27C'est vous qui vous saisissez des affaires de votre choix, Vanessa Perret ?
01:30Alors exactement, on a trié avec le parquet de Paris les dossiers qui étaient susceptibles d'aller dans la corbeille du PNACO,
01:37et nous on évoque effectivement les dossiers qu'on pense être du niveau d'un parquet national.
01:42Alors par exemple, l'assassinat d'Alain Orsoni, récemment en Corse, vous vous en êtes saisie,
01:47et il y a un premier procès qui arrive déjà pour le parquet national anti-criminalité organisée,
01:51dans quoi ? Dans une dizaine de jours ?
01:52Alors effectivement, on s'est saisi de l'assassinat d'Alain Orsoni avec le parquet de Marseille,
01:56puisqu'on a la possibilité d'être en co-saisine, ce qui est intéressant,
01:59parce qu'on peut se partager les investigations avec un parquet local,
02:02qui va aussi bien connaître la délinquance de son ressort.
02:05Et oui, effectivement, un procès est prévu à compter du 10 février,
02:10concernant un mineur qui est soupçonné d'avoir commis des faits de meurtre dans le cadre de la DZ Mafia.
02:19On résume souvent le périmètre du PNACO au narcotrafic,
02:22mais on voit bien que ce n'est pas seulement cela exactement.
02:24C'est quoi exactement votre surface aujourd'hui, Vanessa Perret ?
02:27Alors notre surface, ce n'est pas des infractions,
02:29c'est en fait la très grande complexité de la criminalité organisée.
02:33Les affaires les plus complexes.
02:34Exactement, et les plus graves.
02:36Donc c'est à la fois effectivement le trafic de stupéfiants,
02:38mais aussi des filières d'immigration clandestines qui sont très graves.
02:43C'est aussi des meurtres en bande organisée.
02:45C'est aussi de la délinquance financière d'une très grande gravité,
02:49du blanchiment de trafic notamment très important.
02:53Donc pour les cités, on a pris le dossier AMRA par exemple,
02:57on a pris les atteintes sur les établissements pénitentiaires,
03:01et puis en criminalité organisée, on a beaucoup de blanchiment
03:03avec des investissements à l'étranger notamment.
03:05Alors vous avez fait en début de semaine vos voeux de rentrée,
03:07comme il est de coutume dans la magistrature.
03:10Ceux des chefs de cour d'Aix-en-Provence et de Paris,
03:13il y a quelques jours, ont beaucoup fait parler.
03:15Tous deux ont annoncé que faute de pouvoir être jugés dans les temps,
03:19un certain nombre de personnes accusées de crime vont sortir de prison cette année.
03:23On n'a pas trouvé le temps matériel de les juger.
03:26Il y a beaucoup d'affaires de viols, il y a beaucoup d'affaires aussi de crimes organisés.
03:31Est-ce que ça ne vous décourage pas, vous, de ficeler de beaux dossiers
03:33pour vos collègues du siège qui se retrouvent, on voit, dans l'incapacité de juger tout le monde ?
03:37Alors je ne vais pas être découragée alors que le parquet national anticriminalité a trois semaines.
03:42Nous, à Paris en tout cas, concernant les dossiers notamment correctionnels,
03:46le tribunal de Paris et notamment son président ont mis en place une chambre
03:50qui va être dédiée au dossier du parquet national anticriminalité organisé, en correctionnel.
03:55Donc ce qui fait qu'on va avoir une chambre qui va pouvoir reprendre nos dossiers.
03:59Alors c'est vrai en revanche que pour les assises, il y a beaucoup de stocks
04:03et que c'est très difficile parfois de juger dans des délais.
04:08Pour le moment, on n'a pas eu de sujet concernant nos dossiers,
04:11mais il faut évidemment y être très attentif.
04:13Il y a aussi une différence de matière, par exemple avec le parquet national antiterroriste,
04:17la drogue par exemple, c'est du contentieux de masse.
04:19Si on prend le dossier Amra, que vous avez cité, il y a quoi ? Il y a cinq ans de prévenus ?
04:22Il faut s'attendre à des procès géants sous l'égide du PNACO ?
04:26Alors nous, on ne va pas prendre le contentieux de masse,
04:28puisqu'on ne va pas prendre tous les trafics de stupéfiants de France,
04:30mais vraiment ceux qui sont les plus grands et les plus complexes et les plus transnationaux.
04:34En revanche, oui, effectivement, on va avoir des procès à un moment,
04:37et notamment celui que vous citez,
04:38qui vont faire qu'on va devoir organiser un procès qui va durer sans doute plusieurs mois.
04:43Alors il y a une question que déjà tous les journalistes que vous avez croisés vous ont posé,
04:46vous ont dit, vous allez vous retrouver face à des organisations
04:49qui, pour certaines, sont milliardaires.
04:51Est-ce que vous souffrez des mêmes manques de moyens
04:53que ceux dont se plaignent la plupart de vos collègues magistrats ?
04:57Vanessa Pérez.
04:58Alors, nous, on a 170 dossiers,
05:02on est 16 magistrats,
05:04ça veut dire qu'on a entre 11 et 14 dossiers pour le moment.
05:07J'ai souhaité que,
05:08vous parliez des leviers financiers tout à l'heure,
05:10qu'il y ait à chaque fois deux magistrats,
05:12un financier et un criminelité organisé,
05:14qui soit sur chaque dossier,
05:15pour justement éviter qu'ils soient multimilliardaires
05:19et prendre aussi, de manière patrimoniale,
05:22l'argent qui est généré par ces trafics.
05:25Vous voulez être un parquet rentable pour l'État,
05:27si vous avez bien saisi, Vanessa Pérez ?
05:28Je veux surtout être un parquet qui entrave
05:30et qui empêche de continuer à réinjecter l'argent de ces trafics dans notre économie.
05:36Comment vous êtes accueillie dans les juridictions du pays ?
05:40Parce qu'on a observé, j'ai lu ça dans la presse,
05:42vous allez me dire si c'est vrai,
05:42et quelques tensions avec des magistrats de Marseille,
05:44vous les avez cités tout à l'heure,
05:46où des juges d'instruction sont jaloux,
05:49veulent garder des dossiers
05:50qui pourraient entrer dans le portefeuille du PNACO.
05:52Alors je pense qu'il n'y a pas de jalousie,
05:53je pense qu'il y a du travail pour tout le monde.
05:55Écoutez, moi j'ai commencé à faire le tour
05:57des juridictions interrégionales spécialisées,
05:59c'est-à-dire celles qui sont vraiment spécialisées
06:00en criminalité organisée depuis que j'ai été nommée.
06:03Je suis allée à Marseille, je suis allée à Nancy,
06:05ça se passe très bien.
06:06Avec le procureur de Marseille,
06:07on a pris des dossiers même en co-saisine,
06:09donc pour travailler ensemble.
06:11Je suis allée à Nancy hier,
06:12ça s'est très bien passé,
06:13on a fait le tour des dossiers,
06:14regarder quels pouvaient être ceux
06:16qui potentiellement seraient traités
06:18par le parquet national,
06:20et ça se passe très bien.
06:21L'idée c'est de la coopération,
06:22il y a suffisamment de travail
06:23pour que chacun, à la place qu'il est,
06:25traite les dossiers le cas échéant ensemble.
06:27Est-ce que vous diriez, Vanessa Perret,
06:29que le narcotrafic en France
06:30est en train de suivre une pente mafieuse,
06:33au sens où il s'enracine dans les esprits,
06:36dans la terreur aussi
06:37qu'il inspire à toute la société ?
06:39Alors je pense qu'on l'a déjà dit
06:41avec le procureur national antiterroriste,
06:43la criminalité organisée
06:44emprunte quand même
06:45des modes opératoires du terrorisme.
06:47Elle n'a pas du tout la même idée,
06:49puisque le terrorisme c'est l'idéologie,
06:51et la criminalité organisée,
06:52le seul but c'est d'avoir de l'argent.
06:54En revanche, c'est vrai que
06:56sur l'intimidation parfois,
06:58sur des institutions,
06:59sur des magistrats,
07:00avec des victimes aussi collatérales,
07:02on emprunte des modes opératoires du terrorisme,
07:05et c'est pour cette raison
07:05qu'il faut vraiment y être attentif,
07:07et qu'on doit se donner les moyens.
07:08Donc plus terrorisme que mafia finalement ?
07:10Plus modes opératoires du terrorisme,
07:12avec un but qui n'est quand même pas du tout le même.
07:14Il y a aussi une bataille culturelle
07:15qui se mène autour de la drogue,
07:17Vanessa Perret,
07:17parce qu'il n'y a qu'à voir sa présence
07:20dans la culture,
07:22dans le cinéma,
07:23dans la musique, etc.
07:24Alors je sais que ce n'est pas votre bataille,
07:25ce n'est pas à vous de l'amener,
07:26mais sûrement que vous avez une opinion
07:27sur le sujet, Vanessa Perret,
07:28est-ce que je peux vous la demander ?
07:29Sur la consommation de drogue notamment,
07:32je l'ai déjà dit,
07:34la consommation fait qu'il y a des trafiquants,
07:37et l'offre fait la demande,
07:38et la demande fait l'offre.
07:39Donc forcément,
07:40on doit aussi avoir des politiques de prévention
07:43de la consommation,
07:45notamment auprès des jeunes
07:47qui en consomment de plus en plus,
07:49avec une augmentation de la consommation qui est notée.
07:51Vanessa Perret,
07:51et votre ministre de tutelle,
07:52Gérald Darmanin,
07:53dit que les Français
07:54doutent de qui va gagner
07:56entre l'autorité de l'État
07:57et les narcotrafiquants.
07:58Et c'est vrai qu'on repense,
07:59par exemple,
08:00à ces mots des magistrats marseillais
08:02qui parlaient il y a deux ans
08:02d'une bataille presque perdue.
08:04Ça avait beaucoup touché les Français
08:06et affecté le moral aussi national.
08:08Est-ce que vous pensez que le NACO,
08:10le parquet que vous dirigez,
08:11est l'outil qui manquait finalement
08:13à la lutte contre le narcotrafic ?
08:15Je pense que le gouvernement
08:16s'est donné les moyens,
08:17et notamment le Parlement,
08:18en votant cette loi
08:19et en créant le parquet national
08:20anticriminalité organisée
08:21qui est un acteur en plus
08:24et qui va pouvoir participer
08:25au dispositif.
08:26Donc moi j'ai envie d'y croire,
08:28j'ai pas envie de partir défaitiste.
08:29Merci beaucoup Vanessa Perret
08:30d'être venue nous voir
08:31sur Europe 1 ce matin.
08:32La procureure de la République
08:33anticriminalité organisée
08:34était l'invité exceptionnel
08:36d'Europe 1 ce matin.
08:36Bonne journée à vous.
08:37Merci.
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