00:00Mais on ne se sent pas vieux quand même à 27 ans.
00:03J'espère pas.
00:04Parce que je pense qu'on se sent vieux en fait.
00:06Moi quand j'avais 27 ans je disais, ou 30 ans.
00:08Je commence à me faire des réflexions du style,
00:10oula, ça je ne pourrais plus le faire.
00:11Mais quoi par exemple ?
00:12Par exemple, il y a des boîtes où je n'irai plus,
00:14des sorties que je ferai différemment.
00:16C'est vrai que ça commence tout doucement.
00:18Et le fait que j'ai mon meilleur ami qui va être papa,
00:21ça, ça m'a un sacré coup.
00:22Il y aura des wagons dans lesquels il n'ira plus bientôt.
00:26Bien sûr, vous allez quitter peu à peu.
00:28Bien sûr.
00:29Quand tu regardes ça, c'est...
00:31On ne peut pas rester Peter Pan, c'est sûr.
00:34Maintenant.
00:35Mais ce qui est extraordinaire dans la vie,
00:38l'homme le plus riche du monde,
00:39je ne sais pas qui c'est l'homme le plus riche du monde, par exemple.
00:41Mettons qu'il ait 80 ans ou 85 ans.
00:44C'est Musk.
00:46Mettons que ce soit Musk, j'en sais rien.
00:48Mais il vient vers vous, l'homme le plus riche du monde.
00:51Et il vous dit, je te donne toute ma fortune,
00:53mais tu as 80 ans et moi j'ai 27.
00:56Vous dites non.
00:56Et c'est ça qui est extraordinaire dans la vie.
01:00C'est-à-dire que, souvent je dis ça aux plus jeunes,
01:02c'est-à-dire que les gens qui ont 60 ans, 70 ans,
01:05alors peut-être pas 60, mais 70 ans et 80 ans,
01:08évidemment, ils donneraient tout pour sans doute avoir 25 ans.
01:12En tout cas, beaucoup.
01:13Il y en a peut-être qui n'ont pas envie de refaire le chemin.
01:16Mais donc, la jeunesse, c'est très bête ce que je dis,
01:20c'est un bien.
01:21La jeunesse, c'est la santé.
01:22C'est fausse.
01:23Mais ce que je trouve intéressant dans votre expérience,
01:26c'est ce que je vois sur le terrain.
01:28Les personnes très âgées,
01:30on ne les définit plus que par leurs incapacités.
01:34Elles ne sont plus ceci, elles ne sont plus cela.
01:35Vous ne pourrez plus faire ceci, cela.
01:37Alors que la démarche humaniste,
01:39la démarche dans une démocratie,
01:41c'est plutôt de dire ce qu'on fera encore ensemble.
01:44Et vous avez un destin, vous avez un rôle à assumer parmi nous.
01:46Vous comptez même avec le peu de votre capacité de présence à vous-même
01:50quand vous êtes atteint d'une maladie neuroévolutive.
01:52C'est pour ça que je trouve que le débat est très intéressant,
01:55il est à voir avec notre sujet sur la fin de vie.
01:57Si à un moment donné, on n'a plus qu'une angoisse,
01:59c'est de vieillir.
02:00Alors que la vieillesse, c'est aussi traditionnellement la possibilité
02:03d'acquérir une certaine forme de sagesse et d'être reconnue.
02:06Avec un savoir qu'on n'a pas quand on est plus jeune,
02:09on aura expérimenté sa vie.
02:10Je ne veux pas faire des commentaires,
02:11mais je trouve que c'est passionnant ce que vous dites.
02:13Ne soyez pas inquiets, ce qui nous inquiète, c'est la société.
02:16C'est-à-dire comment vieillir dans une société comme la nôtre ?
02:18C'est la vraie question fondamentale que des jeunes peuvent se poser.
02:21Et comment vivre, même avant de vieillir d'ailleurs.
02:24Il est 17h08, vous voyez que quand M. Hirsch est là,
02:26nous éloignons un petit peu le dernier,
02:29j'ai osé, c'est vous qui me libérez la parole.
02:32Non, non, mais M. Hirsch est là,
02:33et puis c'est vrai qu'il y a eu une tribune qui a été publiée d'ailleurs dans le journal du dimanche
02:37dont, vous parliez à l'instant,
02:39Michel Houellebecq, Emmanuel Hirsch et Laurent Frémont
02:41prennent la plume contre l'aide à mourir.
02:43À la veille de l'examen du texte instaurant un droit à l'aide à mourir,
02:47je lis les premières lignes,
02:49cette loi ne relève ni d'un simple ajustement juridique,
02:52ni d'une réforme parmi d'autres du droit de la fin de vie.
02:55Il s'agit d'un changement de nature,
02:56d'un déplacement décisif de la frontière morale
02:58sur laquelle reposent encore nos sociétés.
03:01L'interdit de tuer n'est pas un principe abstrait,
03:03écriviez-vous dimanche.
03:05Il n'est ni un vestige religieux,
03:07ni un réflexe archaïque destiné à rassurer des consciences inquiètes.
03:10Il est un fait de civilisation.
03:12Et parallèlement, on a appris que le Sénat avait rejeté l'aide à mourir
03:16ce mercredi 21 janvier, c'était donc hier.
03:19Qu'est-ce que ce rejet change, Emmanuel Hirsch ?
03:22Ce n'est pas le rejet qui est intéressant,
03:24c'est les valeurs qui sont promues pour dire qu'on s'oppose à l'euthanasie.
03:27Mais vous voyez, le Sénat a été finalement assez astucieux,
03:30on peut le dire rétrospectivement.
03:32Dans un premier temps, la Commission des Affaires Sociales
03:34avait ouvert la porte à l'euthanasie,
03:37l'euthanasie sous forme de sédation euthanasie.
03:39Évidemment, tout le monde s'était révélisé en disant
03:41que c'est la première fois que le Sénat cède sur l'essentiel.
03:44Et on aurait pu attendre de la part d'Olivier Falorni,
03:48qui porte la proposition de loi sur l'aide à mourir,
03:52qu'il dise oui, c'est plutôt bien.
03:53Et il y a eu une levée de boucliers de l'ADMD
03:55qui disent non, non, ce n'est pas la loi qu'on veut.
03:57Nous, on veut une loi qui libéralise absolument tout.
04:00Et le Sénat avait repris donc la loi Clès-Leonetti,
04:02vous savez, sur la sédation profonde et continue jusqu'au décès.
04:05Ils disent qu'il y a accès à la sédation profonde et continue jusqu'au décès
04:08si la personne est en fin de vie
04:10et si elle présente des souffrances réfractaires à tout traitement.
04:13Donc il y avait des prérequis.
04:15Et ce que je trouve assez passionnant,
04:17ce n'est pas le fait que le Sénat soit prononcé
04:18contre l'ouverture à l'euthanasie,
04:21c'est qu'il s'est prononcé pour le respect des droits des personnes malades.
04:25Et le droit d'une personne malade,
04:26ce n'est pas pour ou contre l'euthanasie.
04:28C'est comment on accompagne une personne atteinte de maladie chronique
04:30dans le long cours de sa maladie,
04:33comment on accompagne une personne qui va vieillir
04:34et qui va devenir dépendante,
04:36quelle est la place qu'on lui reconnaît dans la société.
04:38Et le soin, ce n'est pas uniquement le soin d'un point de vue médical,
04:41c'est quelle est la sollicitude de notre société,
04:43quels soins on témoigne à ces personnes.
04:46Et ce qui était choquant, en fin de compte,
04:48dans le discours maintenant, j'allais dire,
04:50extrémistes, outranciers des gens qui sont à l'Assemblée nationale,
04:54ils n'étaient pas si nombreux que ça.
04:56Rappelons 52,8%.
04:58Alors pendant des années,
05:00on nous a dit que 90% des Français étaient favorables.
05:02Mais ça, ça a été un tournant, pardonnez-moi, M. Hirsch,
05:05parce que la publication de cette étude du Figaro
05:08avec la Fondapol,
05:11présentant finalement à l'inverse de tout ce qui a été fait dans les médias
05:15sur la question de l'euthanasie ou du suicide assisté,
05:18ça a été l'un des points de bascule,
05:20parce que finalement, peut-être que les hommes politiques
05:22ont bien compris que les Français étaient plus attachés aux soins palliatifs...
05:25Mais à la vie, tout simplement.
05:26Exactement, à la vie.
05:28Mais ce week-end, par exemple,
05:29il y avait des milliers de Français qui étaient mobilisés aux Invalides.
05:32C'est Pascal qui m'a appelé en disant
05:34« Mais attends, il y a une grande manifestation,
05:35personne n'en a parlé à Marceau. »
05:37Sauf sur l'antenne de Sénus.
05:38On marque une pause à 17h11
05:39et on continue la conversation.
05:41Emmanuel Hirsch est avec nous,
05:42professeur Émirite, je le rappelle,
05:43d'Éthique Médicale, vous êtes sur Europe 1.
05:46Merci d'être là,
05:48d'être de plus en plus nombreux.
05:49C'est vrai que c'est un sujet particulièrement difficile
05:52que nous abordons,
05:53mais qui est passionnant.
05:54A tout de suite.