00:00Europe 1
00:02Europe 1
00:0416h-18h, Eliott Deval et vous ?
00:07C'est une journée historique pour la France.
00:11Ce jour a dans les prochaines heures, aux alentours de 19h à l'Assemblée Nationale.
00:17Et après deux ans de débat, le vote sur la loi qui a été présentée comme une loi pour un
00:25droit à mourir.
00:26C'est la loi sur l'administration de la mort, c'est l'euthanasie, c'est le suicide assisté, c
00:32'est le rapport qu'on a désormais à la vie et à la mort.
00:37Et c'est un changement existentiel, c'est un changement anthropologique aux conséquences qui sont vertigineuses.
00:46Lisez, si vous ne l'avez pas encore lu, l'interview de Jean Léonetti au Figaro ce matin.
00:52Tout se passe comme si les défenseurs de ce texte sur le droit à mourir craignaient que l'opinion s
00:58'inverse.
00:59Il parle d'une loi de régression avec des porte-parole de cette loi qui la présentent comme une loi
01:05de progrès.
01:07Ce texte pourtant initié il y a longtemps n'est pas abouti, dit-il, parce qu'il ne cherche pas
01:12le consensus.
01:13Donc il ne l'atteint ni au Parlement, ni dans la société.
01:17Si vous souhaitez réagir, prenez votre téléphone au 01 80 29 21.
01:22Nous sommes toujours avec Elisabeth Assayac, avec Jules Torres et nous sommes également avec Thibaut Barranger,
01:30chargé des affaires publiques de la Société Française d'accompagnement et de soins palliatifs.
01:35Je vous propose d'écouter le sujet de Laura Logo, parce que nombreux sont les médecins aux soins palliatifs
01:42qui s'opposent à cette loi sur l'euthanasie.
01:45Écoutez.
01:46Absolument pas de défaite, c'est-à-dire que je pense que le vote va se resserrer encore.
01:51Je ne sais pas s'il va s'inverser comme ça s'est produit en Écosse il y a quelques
01:54mois,
01:55mais en tout cas on sent qu'il y a beaucoup d'hésitation chez beaucoup de parlementaires,
01:59et donc il me semble important que tous les députés qui doutent puissent voter non à ce texte.
02:03Le président du Sénat, Gérard Larcher, a déjà annoncé qu'il saisirait le Conseil constitutionnel.
02:07Le Premier ministre vient de faire la même chose.
02:09Je crois qu'il va y avoir d'autres saisines,
02:11et donc ça veut dire qu'il y a encore beaucoup de points du texte qui sont extrêmement problématiques
02:15et qui doivent être absolument rediscutés, et peut-être rediscutés même au Parlement.
02:21On va continuer à montrer tout ce qui nous semble préjudiciable.
02:24Il y a énormément de points qui sont très problématiques, sur lesquels on alerte depuis longtemps,
02:28et moi je suis contente que cette alerte soit reprise par le chef du gouvernement comme par le président du
02:33Sénat.
02:34Et vous venez d'entendre Claire Fourcade, médecin aux soins palliatifs.
02:38Laurence est toujours avec nous, nancyenne, médecin gériatre,
02:43désespérée par cette loi qui pourrait être votée ce soir, Laurence.
02:50Oui, Eliott, tout à l'heure vous avez très bien décrit comment le mode d'entrée dans une maladie d
02:57'Alzheimer,
02:57en l'occurrence puisque c'est celle qui est la plus connue, avec des changements de comportement.
03:03Vous savez que quand je fais une annonce diagnostique,
03:07elle est très protocolaire avec ma psychologue, avec la famille qui est proche,
03:12j'annonce à quelqu'un du soin palliatif, puisque clairement on sait tous à quoi s'en tenir.
03:20Et pour autant, on est bienveillant, et vous vous doutez bien qu'à ce moment-là,
03:25je mets un traitement pour permettre que les choses soient plus douces,
03:33au moins d'un point de vue qu'il y ait.
03:36Et des fois, ils réagissent très mal, les gens, et ils peuvent demander en deux jours d'être morts.
03:45Alors qu'en fait, après, on trouve des tas de solutions,
03:48et que notre rôle, c'est quand même le maintien à un domicile,
03:51c'est faire en sorte de garder les capacités préservées.
03:55Et moi, j'ai la chance de les voir au tout début, donc on peut faire plein de choses.
03:59Comment peut-on décider comme ça, de dire n'importe quoi à des gens qui n'y connaissent pas ?
04:07Mais Madame Thévenot qui demande à Madame Le Pen...
04:13Alors malheureusement, la connexion est plus difficile.
04:15Vous étiez en train d'aborder le sujet du slogan de Marine Le Pen,
04:19et pour sa campagne présidentielle, c'est le terme « renaissance » qui est employé.
04:25La renaissance, et le slogan est attaqué en justice par le parti « renaissance ».
04:33Et nous étions en direct aux alentours de 16h45 avec...
04:37Putain-mère aussi attaque Marine Le Pen, sachez-le, je suis le torès.
04:41Nous étions en direct avec Prisca Thévenot,
04:44et très vite, parce que ce sujet n'a absolument aucun intérêt,
04:47nous sommes allés sur le sujet essentiel qui est celui de la vie et de la mort,
04:51et celui qui sera voté aux alentours de 19h ce soir.
04:56Émilie nous appelle depuis Paris, mais peut-être qu'Élisabeth vous souhaitait réagir.
04:59Non, moi je rebondis sur ce que vient de dire Madame.
05:01C'est vrai que des patients en fin de vie,
05:04parfois traversent des phases de désespoir,
05:07où effectivement ils expriment cette envie d'en finir,
05:11et l'accompagnement, les soins de confort,
05:14on les appelle aussi les soins de confort, les soins palliatifs,
05:17et ces soins d'accompagnement, peuvent petit à petit leur redonner un peu d'espoir.
05:21On n'est pas obligé d'être radical et de se dire tout de suite,
05:24il l'a dit, il a 48 heures, il le veut toujours, c'est bon, on y va.
05:28Non, c'est beaucoup plus subtil que ça, on est sur des vies humaines.
05:32Derrière ça, il y a des histoires, il y a des personnes qui ont vécu.
05:36J'ai du mal à imaginer comment on a pu penser,
05:42lorsqu'on est responsable politique,
05:44qu'un médecin généraliste aura donc un patient
05:47qui fait une demande de suicide assistée,
05:50va regarder une feuille et va cocher des cases.
05:54Comment on peut imaginer que la vie se joue sur des cases à cocher ?
06:00C'est là où nous on essaye d'expliquer,
06:04et ce n'est pas d'ailleurs ce que peuvent dire les défenseurs du texte,
06:06y compris Mme Thévenot, que l'on écoutait quelques minutes avant notre conversation.
06:12Nous, ce que l'on dit, c'est que la procédure telle qu'elle est prévue,
06:15c'est une procédure qui est dangereuse.
06:17Elle est dangereuse puisque, en fait, le médecin est seul à décider.
06:22Il est seul à effectuer.
06:25Quelle responsabilité ?
06:25Et il est seul à transmettre les informations à la commission de contrôle.
06:29Dans sa décision, on nous présente cette décision comme collégiale.
06:33Qu'est-ce que c'est que la collégialité qui est écrite dans le texte
06:35que vont peut-être voter les députés tout à l'heure ?
06:37C'est donc un médecin qui reçoit la demande et qui va donner son avis.
06:41Pour donner son avis, pour dire oui ou non,
06:44il va collecter deux autres avis.
06:46L'avis d'un autre médecin qui peut ne pas examiner le patient.
06:50Ça veut dire qu'il peut simplement voir le dossier.
06:52Et un auxiliaire médical, quel qu'il soit.
06:55Un auxiliaire médical, ça peut être prothésiste dentaire,
06:58opérateur de radiologie, plein de choses en réalité.
07:00Mais à la fin, la décision, c'est ce seul médecin.
07:04Dans un délai extrêmement court.
07:06De 15 jours.
07:07Nous, on pense que c'est très dangereux.
07:08On pense que c'est très dangereux pour les cas dont on parlait tout à l'heure, par exemple.
07:11C'est-à-dire des cas où le discernement est un peu altéré.
07:15Vous savez, dans le texte,
07:16et d'ailleurs c'est un point que soulève le cornu dans son courrier.
07:19Dans le texte, il y a un mot à problème.
07:22On dit que quand la personne a un discernement gravement altéré,
07:26alors elle n'a pas accès à la procédure.
07:28Mais ce gravement, qu'est-ce que ça veut dire en fait ?
07:31Ça n'est nulle part en droit français.
07:32Et qui dit qu'un discernement est gravement altéré,
07:36un peu altéré, moyennement altéré ?
07:38C'est le médecin généraliste ?
07:40Qui décide de ça en fait ?
07:42Émilie est en direct avec nous.
07:44Bonjour Émilie.
07:45Bonjour à toute l'équipe.
07:46Merci de nous appeler.
07:47On a la gorge serrée et notre président est un président mortifère.
07:58Ce n'était pas l'urgence.
07:59L'urgence, c'est d'avoir des soignants.
08:01C'est d'avoir des jeunes qui font médecine
08:04et qui sont recalés parce que le concours est très difficile.
08:07C'est d'informer des gens pour, comme vous parliez, des soins palliatifs.
08:10On manque de médecins.
08:12Si on doit aller aux urgences,
08:13on a l'impression qu'on va partir à l'abattoir.
08:16Le problème, c'est le manque de personnel d'encourager des jeunes qui sont bien.
08:21Et d'ailleurs, je rends hommage aux familles qui ont perdu leur enfant étudiants en médecine
08:25qui, par épuisement, ont mis fin à leur vie.
08:27Est-ce qu'on réalise ?
08:28Et même à des soignants.
08:33Alors, ça renvoie à quelque chose de tellement intime
08:35et par rapport à son vécu, par rapport à ce qu'on vit dans son entourage.
08:41Mais comment ?
08:43On a l'impression qu'eux ne représentent que le camp du bien.
08:46Et d'ailleurs, il y a un verset qui dit
08:48« On appellera bien le mal et le mal bien ».
08:50Voilà.
08:51Non, mais c'est un rapport anthropologique.
08:53C'est un rapport à la vie, à la mort, effectivement,
08:56qui est bousculé par, en plus, une accélération du processus législatif
09:05qui, effectivement, est difficilement compréhensible.
09:09Je vous remercie, chère Émilie, de nous avoir appelé au 01-80-20-39-21.
09:14Je vais remercier notre invité du jour
09:18parce que c'était un débat absolument passionnant.
09:22J'espère que vous aurez du temps pour revenir nous voir les prochains jours.
09:25C'est essentiel de pouvoir continuer d'échanger là-dessus.
09:28Thibaut Barranger, chargé des Affaires publiques
09:31de la Société Française d'Accompagnement.
09:33et de soins palliatifs.
Commentaires