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  • il y a 13 heures
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:00Maturé ?
00:01Europe 1, Pascal Proévo.
00:03Il est 17h16, nous sommes avec Emmanuel Hirsch,
00:05professeur émérite d'éthique médicale,
00:07membre de l'Académie de médecine et auteur de l'ouvrage
00:09Euthanasie, le dernier acte, c'est aux éditions
00:12du Cerf et nous parlons
00:13de ce sujet parce que, monsieur Hirsch, vous considérez
00:15que l'urgence politique n'est
00:17pas effectivement de
00:19faire voter cette loi contre l'euthanasie.
00:22Et je citais tout à l'heure la
00:23chronique, la tribune que vous avez
00:25écrite dans le journal du dimanche avec Michel
00:27Houellebecq, Emmanuel Hirsch et
00:29Laurent Frémont, que vous pouvez retrouver d'ailleurs
00:31dans le journal du dimanche, et il y a un passage
00:33que j'ai trouvé vraiment très intéressant, c'est
00:35le grand silence éthique qui en dit
00:37beaucoup sur notre époque. Vous écrivez
00:39ce qui frappe enfin dans ce moment historique, c'est
00:41le silence. Le silence éthique, un silence
00:44qui entoure un basculement pourtant majeur
00:46comme si la question avait déjà été
00:48réglée avant même d'avoir été véritablement pensée
00:50le débat public
00:51semble s'être vidé de toute
00:53interrogation de fond, alors même
00:55que se joue une décision engageant durablement
00:58l'idée que la société se fait de la vie humaine
01:00et des limites qu'elle accepte encore de se fixer.
01:02Ce silence n'est pas neutre. Et là, c'est
01:04le philosophe qui parle et c'est
01:06celui qui regarde notre société. Et effectivement,
01:10silence éthique, on pourrait imaginer que des grandes voies, il y a la vôtre, il
01:14pourrait y en avoir d'autres, il y a celle de Michel Houellebecq,
01:16mais il n'y en a pas tant que ça. Qu'est ce que ça dit de notre société ?
01:20C'est impressionnant quand vous êtes professeur émérite
01:22d'éthique, que vous êtes cru à l'éthique.
01:24Et n'oubliez pas qu'on ne serait pas dans votre
01:26studio aujourd'hui si le comité consultatif
01:28national d'éthique n'avait pas rendu son
01:30avis 139. Vous vous rappelez,
01:32l'avis qui donne l'ouverture
01:34en quelque sorte à l'euthanasie comme
01:36une voie possible. Rappelez-vous
01:38immédiatement le président de la République, c'était le
01:4013 septembre 2022, annonce le même jour
01:42qu'il y aurait une convention citoyenne,
01:44que la loi allait évoluer. Donc
01:46c'est l'éthique qui est en quelque sorte
01:48à l'origine du mouvement qui s'est politisé
01:50ces derniers mois, c'est un point à prendre
01:52en considération. Pourquoi je le prends en considération ?
01:55Parce que j'ai admiré finalement
01:57que les sénateurs refusent
01:58cette éthique-là. J'ai admiré
02:00que la société d'accompagnement et de soins palliatifs
02:03très rapidement dise que ce n'est pas notre éthique.
02:05Nous comme soignants, on rencontre
02:07au quotidien des gens, ils n'attendent pas qu'on me tue.
02:09Ils attendent qu'on les accompagne.
02:11Effectivement, c'est plus compliqué
02:12d'avoir des moyens pour les soins palliatifs
02:14noter que le programme
02:16de financement de la sécurité sociale
02:18n'a même pas une ligne sur les soins palliatifs
02:20alors qu'on pense que c'est un droit fondamental
02:22qu'on aborde la question de l'euthanasie
02:25y compris au Sénat avant d'aborder la question
02:26du droit d'accès aux soins palliatifs
02:28dont je rappelle, elle a fait l'unanimité
02:30à l'Assemblée nationale aussi.
02:32Donc pour répondre à votre question, je pense
02:34plus que c'est une question de philosophie, je pense
02:36qu'on a à travers la démarche
02:39d'un certain nombre de parlementaires
02:40le sentiment que c'est comme ça qu'ils voient
02:42notre société. C'est-à-dire nous parle de liberté,
02:45d'égalité, de fraternité, nos conceptions
02:47de la liberté, d'égalité et de fraternité
02:48c'est le devoir d'engagement et nos obligations
02:51vis-à-vis de la personne la plus vulnérable.
02:53Je me rappelle d'un principe de l'éthique
02:54plus une personne est vulnérable
02:56plus on a d'obligations à son égard.
02:59Et donc derrière le mot obligation
03:00il y a des médecins qui disent
03:01je veux aller jusqu'au bout du soin
03:03aller au bout du soin
03:04c'est d'interrompre une existence
03:05quand je ne peux pas faire autrement.
03:07Je comprends, et on l'évoquait tout à l'heure
03:10qu'il y a des situations particulières
03:12qui peuvent justifier autre chose que la loi
03:15c'est-à-dire un acte médical
03:17et j'arrive à comprendre qu'un médecin
03:18qui est accompagné pendant des années
03:19une personne qui allait jusqu'au bout du possible
03:21jusqu'au bout du soutenable
03:23puisse avoir à un moment donné
03:24la possibilité d'eux.
03:25Et c'était là où me semble-t-il
03:27s'arrêter la question de la loi
03:29c'est la déontologie, c'est des règles
03:31qui doivent être mises en place.
03:32J'invite vos auditeurs et auditrices
03:34à regarder l'avis 63 du CCNE
03:37du Comité Consultatif National d'Ethique
03:39qui parlaient d'exception d'euthanasie
03:40et je termine pour dire
03:41chaque vie est exceptionnelle
03:43et c'est là où c'est très difficile
03:44j'ai un magistrat devant moi
03:45de définir ce que serait une exception.
03:47L'exception, on ne va pas citer de nom
03:49mais l'exception c'est quoi ?
03:51C'est un homme qui a 40, 45 ou 50 ans
03:54ou une femme
03:54qui n'est absolument pas en fin de vie
03:57et qui pour des raisons X ou Y
03:59a des douleurs si abominables
04:01permanentes
04:03qui l'empêchent de vivre
04:05qu'il souhaite en finir.
04:07Donc on n'est pas sur une maladie évolutive
04:10nous ne sommes pas sur une fin de vie
04:12nous sommes sur des douleurs telles
04:15que la vie est devenue impossible
04:16et que cette personne demande l'euthanasie.
04:20Moi je ne sais pas quoi répondre
04:21à cette personne.
04:23Vous posez une question de fond.
04:24Et là j'entends ce que vous dites
04:25sur l'exception de l'euthanasie.
04:27Vous posez une question de fond
04:28Pascal Praud
04:29et je trouve que c'est là
04:31d'abord on doit être très humble
04:32très modeste
04:33et de ne pas pérorer.
04:35Moi je suis très humble
04:37par rapport à une situation
04:38je ne sais pas si
04:38confronté à la situation
04:40à titre personnel
04:40ou vis-à-vis d'un tiers
04:42j'aurai la même position
04:43un petit peu extérieure
04:44qu'aujourd'hui je défends.
04:46Mais vous voyez
04:47c'est là où vous avez la question
04:48aussi du suicide
04:49qui est une question importante.
04:51Ce qui me gêne
04:51si vous voulez
04:52c'est le tiers médical
04:53qui est sollicité
04:54comme effectivement
04:55un acte médical.
04:56j'arrive à comprendre
04:58l'acte médical
04:59dans la compassion
05:00dans l'assistance
05:01jusqu'au terme de l'existence
05:02mais là où je mets à la limite
05:03c'est à l'euthanasie.
05:04Et vous savez très très bien
05:05qu'il y avait
05:06dans la proposition de loi
05:08l'option
05:08suicide assisté.
05:10Alors ça paraît
05:10ambigu
05:11mais je pense
05:13et vous avez
05:13des exemples intéressants
05:14à voir
05:15notamment en Oregon
05:16c'est le premier état
05:17aux Etats-Unis
05:18qui avait légiféré
05:19sur ce domaine
05:19c'est de mettre
05:20effectivement
05:21quand la personne
05:22est dans une situation
05:23dans des circonstances
05:24où la souffrance
05:25n'est plus soutenable
05:25y compris quand elle n'est pas
05:27en fin de vie
05:27la souffrance
05:28globale
05:29brute
05:30est insupportable
05:31donc on met à disposition
05:32ce qu'on appelle
05:33la pilule
05:33l'euthanasie
05:34et j'observe quand même
05:35un certain nombre de personnes
05:37qui ont cette possibilité
05:38ne l'utilisent pas
05:39d'accord ?
05:40ça les incite plutôt
05:41à avoir
05:41le sentiment d'eux
05:43donc pour terminer juste
05:44sur ce que vous dites
05:45pour moi l'urgence
05:46c'est comment on se mobilise
05:48sociétalement
05:49humainement
05:50autour de ces personnes
05:51comment on leur reconnaît
05:52une place dans la cité
05:53et comment effectivement
05:54les conséquences
05:55d'un acte médical
05:56puisque ça peut être aussi
05:57les conséquences
05:58d'un malgré
05:58engage une responsabilité
06:00et là pour moi
06:01c'est vraiment l'approche
06:02au cas par cas
06:02c'est à dire
06:03c'est pas la loi
06:04de la république
06:05c'est une approche
06:06au cas par cas
06:06aujourd'hui en réanimation
06:08au moment où on parle
06:09on fait des limitations
06:10et des arrêts
06:11thérapeutiques
06:12d'une manière normale
06:13avec une concertation
06:15collégiale
06:15c'est la loi de 2005
06:16la loi Leonetti
06:17il y a des encadrements
06:18donc je ne pense pas
06:20impossible
06:20d'envisager
06:21ce que vous dites
06:22bon cette loi sera votée
06:24hélas
06:25l'Assemblée aura le dernier mot
06:27l'Assemblée aura le dernier mot
06:29vous savez on a eu
06:30tellement de péripéties
06:31depuis le début
06:32si vous voulez
06:34ma conviction profonde
06:35si elle est votée
06:37c'est pas pour le droit
06:38des malades
06:38c'est pour des convictions
06:40idéologiques
06:40si elle est votée
06:41c'est pour des raisons
06:42politiques aussi parfois
06:43politicienne
06:44je ne dirais pas
06:44politique
06:45et ce qui nous sert
06:47c'est que le président
06:48de la République
06:49on a fait sa chose
06:50c'est à dire
06:51c'est la dernière trace
06:52qu'il veut laisser
06:53c'est quand même
06:54symptomatique
06:55qu'un président de la République
06:56veuille laisser
06:57pour dernière trace
06:58l'euthanasie
07:00alors qu'on attend
07:01de la vie
07:01c'est aussi ces éléments
07:02à prendre en compte
07:03je suis très sensible
07:05à vos deux interventions
07:06vous avez commencé
07:07en nous parlant
07:08des plus petits
07:08des plus jeunes
07:09et on termine
07:10sur les personnes
07:11plus âgées
07:12et d'un coup
07:12j'ai eu un flash
07:13quand j'ai présenté
07:14mon fils à mon grand-père
07:16il m'a dit
07:16on est pareil
07:17tous les deux
07:17on ne sait rien faire
07:18et quand mon grand-père
07:21voit les débats
07:22sur la fin de vie
07:23sur l'euthanasie
07:24il me dit
07:25sans cesse
07:25j'ai l'impression
07:26d'être de trop
07:27quand j'entends
07:28ces débats là
07:29est-ce que
07:30vous feriez un parallèle
07:31entre la manière
07:32dont on peut traiter
07:33les plus petits
07:34on en a parlé
07:35comme une contrainte
07:36etc
07:36et aussi la manière
07:37qu'on a
07:38d'être avec les plus âgés
07:39d'ailleurs je note
07:40que les scandales
07:41de maltraitance
07:42il y en a dans les crèches
07:42et il y en a dans les EHPAD
07:44alors juste
07:45vous posez une question
07:46importante
07:46j'espère que je ne vais pas
07:48me fâcher définitivement
07:49avec les CCNE
07:49Jean-François
07:51comité consultatif
07:52nationale d'éthique
07:53le président du CCNE
07:54Jean-François Delfraissy
07:55a annoncé hier
07:56les états généraux
07:57et vous avez la question
07:58du diagnostic préimplantatoire
08:00vous avez la question
08:01de certaines maladies
08:02qui à un moment donné
08:03font qu'on pense
08:04qu'il est prudentiel
08:05de ne pas mettre
08:06l'enfant au monde
08:07c'est l'air de rien
08:07mais ça m'interroge
08:08c'est-à-dire
08:09cette vulnérabilité ici
08:11de l'enfant
08:12qui n'est pas encore né
08:12et on a de plus en plus
08:14de normes aujourd'hui
08:15et les normes
08:16c'est quelque chose
08:17qui nous font penser
08:18différemment
08:19peut-être aux responsabilités
08:20vis-à-vis des plus vulnérables
08:21regardez
08:22les actes extraordinaires
08:24je pense
08:25à une chaîne de café
08:27qui accueille des personnes
08:28qui sont trisomites
08:30et on a découvert
08:31que ces personnes
08:33avaient de la joie de vivre
08:34pouvaient être intégrées
08:35à la société
08:36nous apporter un message
08:37bref
08:38et si on va au bout des choses
08:40il est très difficile
08:41aujourd'hui
08:42d'aller au bout
08:43j'allais dire
08:44de la conception
08:45d'un enfant
08:45qui est trisomique
08:47est-ce qu'il trouvera
08:47une place dans la société
08:48vous voyez
08:48toutes ces questions
08:49sont à mettre
08:50un peu bout à bout
08:50et vous voyez
08:51à quel point
08:52la vulnérabilité
08:53est quelque chose d'important
08:54je terminerai juste
08:55par rapport à votre affaire
08:56parce que vous l'abordez
08:57aussi dans votre émission
08:57comment dans une société
08:59aussi vulnérable
08:59on peut se permettre
09:00de prendre des décisions
09:01aussi déterminées
09:02et aussi définitives
09:04par rapport
09:04à nos représentations
09:05on a besoin de protection
09:06on est une société cabossée
09:08et là on met
09:09dans une urgence
09:10qui n'en est pas une
09:10c'est pas la priorité
09:11des français aujourd'hui
09:12c'est pas la priorité
09:14on nous met la pression
09:16on est pris en otage
09:17par une idéologie
09:18qui est mortifère
09:19moi j'ai besoin de vie
09:21et c'est aussi
09:21ce que je condamne
09:22d'une certaine manière
09:23et bien merci beaucoup
09:24monsieur Hirsch
09:25et Eliott Deval
09:26me rappellent que
09:27le groupe Canal
09:29a mis en place
09:30un café joyeux
09:32dans ses locaux
09:34au siège
09:35à Issy-les-Molineaux
09:37coup de coeur
09:38des trophées européens
09:38de l'avenir
09:39café joyeux
09:40merci
09:41merci beaucoup
09:43monsieur Hirsch
09:44d'être passé
09:45par notre studio
09:47et je rappelle
09:47que vous êtes professeur
09:48émériteur
09:49d'éthique médicale
09:50je renvoie
09:51à votre livre
09:52Le Tannésie
09:52le dernier acte
09:54c'est aux éditions
09:54du Cerf
09:55ainsi qu'à la chronique
09:56la tribune
09:57que vous aviez écrite
09:58dimanche
09:59dans le journal du dimanche
10:00avec Michel Houellebecq
10:01et Laurent Frémont
10:02merci à tous
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