Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
DB - 22-01-2026

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00:00Le prix Nobel de littérature
00:00:30C'est le titre d'un livre qui a été publié en 1913, c'est-à-dire il y a juste 50 ans.
00:00:35Voici ce que Roger Martin Dugard en disait.
00:00:38Jean Barrois, c'est un individu parmi tant d'autres.
00:00:43Je ne dirais même pas que c'est un français, ni que c'est un catholique.
00:00:47Il a été prouvé que son histoire pouvait éveiller une compréhension fraternelle en des nations et en des confessions religieuses très diverses,
00:00:56tout au plus concéderait que c'est un Européen, et un Européen de la fin du XIXe siècle.
00:01:05Disons donc, Jean Barrois est le drame d'une conscience européenne.
00:01:12Rien de plus.
00:01:14Aucune intention d'y aller.
00:01:15Et ça n'a pas été de prouver quoi que ce soit, mais simplement de soumettre à la réflexion du lecteur certains problèmes vitaux.
00:01:26Je ne suis pas de prouver quoi que ce soit, mais je ne suis pas de prouver quoi que ce soit.
00:01:56Le Bromur agit. La nuit va être plus calme.
00:02:19Il dort.
00:02:20Le voyage vous a épuisé.
00:02:33Je sens que vous m'en voulez, Philippe, d'avoir emmené Jean là-bas.
00:02:37Pourtant ici, tous me l'ont conseillé.
00:02:41Les gens qui me tourmentaient pour que je l'inscrisse.
00:02:42Il avait le pressentiment, ce petit, qu'il reviendrait débarrasser de son mal.
00:02:49Pendant tout le voyage, il s'est fait répéter l'histoire de Bernadette.
00:02:53Je ne vous reproche rien.
00:02:56Rien sinon de m'avoir averti lorsqu'il était trop tard pour que je dise non.
00:03:00Jean n'était pas capable de supporter un pareil voyage dans un train amnibus en troisième.
00:03:04Est-ce que vous ne vous exagérez pas son état, Philippe ?
00:03:09Depuis cette bronchite, il n'a jamais repris sa mine, c'est certain.
00:03:12Il se plaignait d'un point là.
00:03:15Mais enfin, il n'avait pas l'air d'un enfant malade.
00:03:18Vous l'avez retrouvé ce soir avec de la fièvre, avec du délire.
00:03:23Mais vous ne l'avez pas vu tout cet hiver.
00:03:24J'ai été tellement occupé tout cet hiver.
00:03:29C'est dur le métier dans ces cas-là.
00:03:32Un fils malade, à quelques heures de Paris,
00:03:36il se laissait prendre son temps, tout son temps, heure par heure, pour d'autres.
00:03:42Chaque fois qu'on inscrit un rendez-vous nouveau,
00:03:45pensez à cette feuille d'agenda qu'on ne peut pas garder blanche.
00:03:50Ah, si je pouvais quitter tout, m'installer ici, près de lui.
00:03:54Près de vous.
00:03:56Mais je ne peux pas, c'est impossible.
00:04:00Et il va falloir redoubler de surveillance nuit et jour.
00:04:03Combattre pied à pied le mal.
00:04:08Respire profondément.
00:04:10Régulièrement.
00:04:13Viens.
00:04:15Viens, je suis ici.
00:04:16Viens, je recommence.
00:04:18C'est bien, mon petit.
00:04:33Voici ce que j'ai à te dire, Jean.
00:04:36En trois mots.
00:04:37Tu es malade.
00:04:40Tu es malade et plus que tu ne crois.
00:04:42J'ai voulu que tu le saches.
00:04:44Parce que si tu ne te soignes pas, toi-même, énergiquement,
00:04:49ça pourrait devenir grave.
00:04:52Tout à fait grave.
00:04:52Alors, ce qui s'est passé à Lourdes ?
00:04:57Ce qui s'est passé là-bas, moi, je n'en sais rien.
00:05:01Je dis seulement ceci.
00:05:02Aujourd'hui, tel que tu es là, devant moi,
00:05:06tu es...
00:05:07très sérieusement atteint.
00:05:09Qu'est-ce que j'ai ?
00:05:11Tu as eu...
00:05:13Non, laisse-moi t'expliquer, mon petit.
00:05:16Écoute-moi.
00:05:18Et tâche de comprendre ce que je vais te dire.
00:05:22Ta mère...
00:05:24Tu ne te rappelles rien de ta maman.
00:05:29Ta maman, jeune fille, vivait ici, à la campagne.
00:05:33Elle se portait bien, mais n'était pas très robuste.
00:05:38Après notre mariage, il a fallu qu'elle vienne habiter Paris,
00:05:40à cause de moi.
00:05:42L'essence m'a beaucoup fatiguée.
00:05:46C'est à ce moment-là qu'elle a commencé à être malade.
00:05:50D'abord, une bronchite infectieuse.
00:05:54Tu sais ce que c'est.
00:05:57Je ne te raconte pas ça pour ta tristé, mon petit.
00:06:01Tu avais hérité de ta maman une prédisposition à être malade comme elle.
00:06:05Une prédisposition.
00:06:07Tu ne comprends rien de plus.
00:06:08C'est-à-dire que si tu te trouvais dans certaines conditions défavorables,
00:06:13le même mâle pouvait s'attaquer à toi.
00:06:16Eh bien, tu en es là.
00:06:18Exactement.
00:06:19Il ne s'agit pas de mourir, Jean.
00:06:22Il s'agit de vivre.
00:06:24Tu peux te défendre.
00:06:25Défends-toi.
00:06:26Dix ans plus tard.
00:06:49Ma fille est bien contente de te voir.
00:06:54N'est-ce pas, Cécile?
00:06:56Jean, dès que ton père sera réveillé, je viendrai te le dire.
00:06:59Nous payons cher le bonheur de nous revoir.
00:07:11Jean, ton père est réveillé.
00:07:30Je ne sais pas.
00:08:00Il est...
00:08:02Il est fatigué.
00:08:18Dis-moi,
00:08:20on t'a fait venir
00:08:22et si
00:08:24je sais
00:08:26qui
00:08:28le docteur ?
00:08:30Non ?
00:08:32Ta marraine ?
00:08:36Ils ont bien fait.
00:08:38Ce n'ira plus
00:08:40bien longtemps.
00:08:42Je t'attendais.
00:08:44Je t'attendais.
00:08:46Je t'attendais.
00:08:48Maintenant,
00:08:50écoute.
00:08:52Ecoute-moi.
00:08:54Cécile
00:08:56et toi,
00:08:58n'est-ce pas ?
00:09:00Si.
00:09:02Elle m'a tout raconté.
00:09:06Elle me dit
00:09:08qu'elle te rendra heureux.
00:09:10Je suis content.
00:09:12Toi,
00:09:14tâche
00:09:16qu'elle soit heureuse aussi.
00:09:18un peu.
00:09:20C'est plus difficile.
00:09:22Tu verras.
00:09:24Les femmes,
00:09:26on cherche à les comprendre.
00:09:28C'est impossible.
00:09:30Il faut
00:09:32seulement consentir à ceci.
00:09:34qu'elles sont
00:09:36autres.
00:09:38C'est déjà
00:09:40bien difficile.
00:09:42Je me fais des reproches.
00:09:44Moi,
00:09:46pour ta maman.
00:09:48Maintenant,
00:10:02écoute.
00:10:04Ta santé.
00:10:06Tu as été, mais...
00:10:08Oui,
00:10:10tu n'as pas fait ton volontariat,
00:10:12mais c'était par excès de prudence.
00:10:14En excès de prudence.
00:10:16Maintenant,
00:10:18tu es guéri.
00:10:20Complètement.
00:10:22J'allais parler
00:10:24à ta marraine
00:10:26en toute sincérité.
00:10:28Pourtant,
00:10:30il faudra
00:10:32que tu y penses quelquefois.
00:10:36Il faudra
00:10:38ne pas te surmener.
00:10:40plus tard.
00:10:42Surtout,
00:10:44faire la quarantaine.
00:10:48Ça sera toujours
00:10:50ton point faible.
00:10:54Tu me promets,
00:10:56rappelle-toi
00:10:58tout ça.
00:11:02C'est tout.
00:11:04Ta marraine,
00:11:06elle a rien dit.
00:11:08Elle a été
00:11:10très bonne
00:11:12pour moi.
00:11:14Elle a fallu
00:11:16beaucoup.
00:11:18Beaucoup.
00:11:20Beaucoup.
00:11:22Hier,
00:11:24je me suis confié
00:11:26qu'il y a
00:11:28beaucoup.
00:11:30Hier,
00:11:32je me suis confessé.
00:11:38Je vais communier
00:11:40aujourd'hui
00:11:42avec toi,
00:11:44avec vous tous.
00:11:48avec vous tous.
00:12:06Voilà.
00:12:08Tous les deux là.
00:12:10C'est bien.
00:12:12C'est bien.
00:12:14N'est-ce pas ?
00:12:16qu'il y a
00:12:44Quelle heure est-il ?
00:12:49Six heures et demie.
00:12:50Pas tard.
00:12:52J'ai mal dormi ?
00:12:53Non, mon chéri.
00:12:56Samedi.
00:12:58Tu n'as pas cours ce matin ?
00:12:59Non.
00:13:02Mon chéri.
00:13:04J'ai quelque chose à te demander.
00:13:08Comment ?
00:13:10Tu ne vas pas te fâcher, dit.
00:13:14Tu ne vas pas me faire de la peine.
00:13:17Qu'est-ce qu'il y a encore ?
00:13:19Si tu commences comme ça...
00:13:21Mais parle, voyons, qu'est-ce qu'il y a ?
00:13:24Tu ne peux pas me refuser ça.
00:13:27Mais quoi ?
00:13:28Tu sais qu'en ce moment, je fais une neuveine.
00:13:35Non.
00:13:37Tu ne sais pas ?
00:13:38Me l'as-tu dit ?
00:13:40Tu as bien dû t'en apercevoir.
00:13:43Une neuveine pour quoi ?
00:13:44Pour avoir un enfant ?
00:13:47Vois-tu, je suis sûre que je serai exaucée.
00:13:50Mais il faut que toi aussi...
00:13:53Je ne te demande pas grand-chose...
00:13:56De venir avec moi, ce soir...
00:13:58À Notre-Dame des Victoires.
00:13:59Simplement une fois.
00:14:02Pour le neuvième jour.
00:14:03Mais tu sais bien...
00:14:04Tais-toi.
00:14:05Tais-toi.
00:14:06Ce n'est pas possible.
00:14:07Mais tais-toi donc !
00:14:07Tu ne peux pas me refuser ça.
00:14:10Pense donc, mon chéri.
00:14:12Un enfant.
00:14:14Entre nous.
00:14:15À nous.
00:14:17M'accompagner seulement.
00:14:18Sans rien faire.
00:14:20Sans rien dire.
00:14:21Ce n'est pas grand-chose.
00:14:22Tais-toi.
00:14:22Tu ne me dis rien, c'est promis.
00:14:27Non, je ne peux pas faire ça.
00:14:30Ne pleure pas, ça n'avance à rien.
00:14:36Mais tu ne réponds pas ce que tu peux me faire faire.
00:14:39Tu es donc aveuglé à ce point qu'il ne voit pas la laideur du geste que tu me proposes.
00:14:43Mais qu'est-ce que ça te fait, puisque je t'en supplie ?
00:14:46Voyons, Cécile, réfléchis seulement une seconde.
00:14:48Tu sais très bien, n'est-ce pas, que je ne crois pas à l'efficacité de cette prière, de ces serges.
00:14:51Alors, veux-tu me contraindre à jouer la comédie ?
00:14:53Qu'est-ce que ça te fait, puisque je t'en supplie ?
00:14:56Mais comment as-tu pu croire que j'accepterais ?
00:15:00Tu ne comprennes pas qu'en me demandant des choses pareilles après toutes les pénibles discussions que nous envoyons ensemble,
00:15:03tu nous avilies tous les deux ?
00:15:05Puisque je t'en supplie !
00:15:06Non !
00:15:12Je t'ai expliqué ça vingt fois.
00:15:16Ce qu'il y a de plus propre en moi, c'est justement cette loyauté dans le doute.
00:15:20C'est d'attacher une si grande importance à tout acte de foi que je ne peux plus en faire le simulacre par complaisance.
00:15:26Tu ne comprends rien, rien, ce qui est pour vous.
00:15:29Mais à cette heure-là, tu ne rencontreras personne !
00:15:33C'est toi qui me donnes des raisons pareilles.
00:15:37Voyons, Cécile, réfléchis un instant.
00:15:39Cette neuvaine, je refuse absolument d'y prendre part.
00:15:44C'est le moindre de mes droits.
00:15:45Tu parles toujours de tes droits, parle donc aussi de tes devoirs !
00:15:49D'ailleurs, je n'ai rien à t'expliquer, tu ne comprendrais pas.
00:15:52Mais il faut, il faut absolument que tu viennes avec moi ce soir, sans quoi tout est perdu.
00:15:57C'est stupide, en m'amenant là-bas mon corps défendant, qui penserais-tu tromper ?
00:16:01Je t'en conjure, viens avec moi ce soir.
00:16:03Non, non et non !
00:16:05Je ne me pose pas tes croyances, mais laisse-moi libre d'agir selon les miens.
00:16:08Oh, ce n'est pas la même chose !
00:16:10A quoi bon vouloir qu'elle comprenne ?
00:16:26Je n'arriverai jamais qu'à lui faire du mal.
00:16:29Plutôt céder que de la martyrisée odieusement pour rien.
00:16:32Après tout coup de menthelle.
00:16:37Guerre plus que ce que j'ai fait souvent cet été en l'accompagnant dimanche à la messe.
00:16:43Tant pis pour elle,
00:16:44s'il ne voit pas la sottise, la laideur de cette démarche forcée.
00:16:47Écoute, c'est bien, j'irai ce soir avec toi où tu voudras, pourvu que tu ne pleures plus.
00:17:00Je sais qu'il faudra que nous quittions un jour.
00:17:05Dans un an.
00:17:07Dans deux ans.
00:17:09Dans dix, je ne sais pas.
00:17:12Mais un jour, certainement, il le faudra.
00:17:16Et je te détesterai.
00:17:20Tu me fais déjà heureux !
00:17:22C'est bien, je pensais te faire plaisir.
00:17:29Ah oui.
00:17:31Pour ce soir.
00:17:36C'est vrai, je te remercie.
00:17:41Merci, mon chéri.
00:17:45Vois-tu,
00:17:48voilà pourquoi je ne serai jamais qu'à arrêter.
00:17:50Et ce n'est même pas ta faute, tu ne peux pas faire autrement.
00:17:54Toutes les réalités les plus pressantes de ma vie,
00:17:56tu ne les aperçois pas, tu ne les soupçonneras jamais.
00:17:58Pour toi, ce seront toujours des manies inutiles.
00:18:01Ou ce qui est pion hauteuse criminelle.
00:18:04C'est ta nature.
00:18:06C'est comme ça que tu es vraiment toi.
00:18:09L'atmosphère que tu crées autour de moi, j'y étouffe.
00:18:13Tout mon courage, toute mon activité s'y dissonne.
00:18:17Le seul bonheur que tu peux me donner,
00:18:18la petite affection dont tu es capable,
00:18:19ne pourront jamais que me nuire.
00:18:22Me rapetisser à ta mesure.
00:18:25Voilà la vérité,
00:18:25l'atroce vérité.
00:18:28Du fait que tu es là dans ma vie,
00:18:29il est gâché, et quoi que je fasse,
00:18:30et quoi que je fasse, tu resteras là dans ma vie, toujours.
00:18:34Tu briseras mes élans un à un
00:18:35et tu ne t'en douteras même pas.
00:18:37Tu n'auras jamais une lueur pour comprendre ce que tu es.
00:18:40Toute ta vie,
00:18:41tu pleuras sur tes petits chagrins à toi.
00:18:43Et moi, par ta faute,
00:18:45je suis foutu.
00:18:46Irré-médiablement foutu!
00:18:50Bulletin du Congrès de la Libre-Pensée
00:19:15M. Barrois,
00:19:17agrégé et science,
00:19:17chez Mme Pasquelier,
00:19:19puis la dame oise.
00:19:21En vacances,
00:19:21tu te feras dresser ça
00:19:22ailleurs que chez moi.
00:19:25J'ai été trompée par toi.
00:19:27J'ai été trompée par ton passé,
00:19:28par tes paroles,
00:19:29par ton attitude.
00:19:30Crois-tu qu'elle puisse tolérer
00:19:31que son mari soit un athée,
00:19:32un ennemi de notre religion?
00:19:34C'est abominable,
00:19:35élevé comme tu l'as été.
00:19:38Je ne peux pas empêcher mes idées
00:19:39d'évoluer et d'être vivante.
00:19:40Ce n'est pas moi
00:19:42qui dois les diriger,
00:19:43mais elle qui doit diriger ma vie.
00:19:45Non!
00:19:47Tant que je serai là, non!
00:19:48Non!
00:19:49Elle te quitterait plutôt.
00:19:51N'est-ce pas, Cécile?
00:19:58C'est trop bête, à la fin.
00:20:00Tu empoisonnes notre vie
00:20:01avec tes idées.
00:20:03Tes idées.
00:20:04Tout le monde en a des idées.
00:20:06Tu n'as qu'à voir
00:20:07celles de tout le monde.
00:20:08Si tu n'es pas décidée
00:20:10à reprendre l'existence
00:20:12d'autrefois comme autrefois,
00:20:14Cécile ne rentrera pas
00:20:15à Paris avec toi.
00:20:17Tu entends, Cécile?
00:20:19Maman a raison.
00:20:21Écoute, Cécile,
00:20:22et pas de bêtises,
00:20:23je te jure que je ne plaisante pas.
00:20:26Veux-tu rentrer avec moi
00:20:27à Paris en octobre
00:20:28comme c'était convenu?
00:20:35Non.
00:20:36Cécile, écoute-moi bien.
00:20:38Si tu refuses
00:20:39de m'accompagner à Paris,
00:20:40si tu iras sciemment
00:20:41les seuls liens
00:20:42que je veuille encore ménager,
00:20:44alors rien ne me retiendra plus.
00:20:46Mais tu veux donc la tuer
00:20:47dans la situation où elle est?
00:20:49C'est tout réfléchi.
00:20:51J'aime mieux te perdre
00:20:52tout à fait
00:20:52que de vivre avec un païen.
00:20:56Tu l'auras voulu, Cécile.
00:20:59Tu l'auras voulu.
00:21:00Me voici libre.
00:21:11Libre.
00:21:13J'atteins cet affranchissement
00:21:14en pleine jeunesse encore,
00:21:17en plein courage.
00:21:19Après un long apprentissage
00:21:20de la servitude,
00:21:22après deux années
00:21:23pendant lesquelles j'ai obscurément
00:21:25et patiemment désiré
00:21:27cette liberté,
00:21:29elle se donne à moi enfin,
00:21:30sans restriction.
00:21:33Je l'étreins,
00:21:33je la possède,
00:21:35je me rivale pour toujours
00:21:36et tout me pénètre à la fois.
00:21:39Un printemps de soleil,
00:21:42des flûches de sèvres,
00:21:45de beauté.
00:21:45Jamais je n'ai ressenti
00:21:48rien de pareil.
00:21:56Tu t'es une donc maintenant?
00:21:57Oui.
00:21:58Oui, oui.
00:22:01Mon cher saisissant,
00:22:03dans l'amené par hasard,
00:22:05vous ne trouverez rien de mieux.
00:22:06À par où,
00:22:07j'ai trouvé ça tout à l'heure
00:22:09dans les paroles d'un croyant.
00:22:11Prêtez l'oreille
00:22:12et dites-moi d'où vient
00:22:14ce bruit confus,
00:22:15vague, étrange,
00:22:16que l'on entend de tous côtés.
00:22:19Posez la main sur la terre
00:22:20et dites-moi
00:22:20pourquoi elle a tressaillie.
00:22:23Quelque chose
00:22:24que nous ne savons pas
00:22:25se remue dans le monde.
00:22:26Est-ce que chacun
00:22:27n'est pas dans l'attente?
00:22:28Est-ce qu'il y a un cœur
00:22:29qui ne batte pas?
00:22:31Fils de l'homme,
00:22:33monte sur les hauteurs
00:22:34et annonce ce que tu vois.
00:22:37Je propose
00:22:38de graver ces lignes
00:22:39sous le titre
00:22:40de notre revue.
00:22:41Ce sera le plus beau
00:22:42et le plus concis
00:22:43des manifestes.
00:22:44Entendu.
00:22:45Voyons,
00:22:45asseyons-nous.
00:22:46Procédons avec un peu d'ordre.
00:22:52Il manque
00:22:53du portage.
00:22:54Nous ne l'attendrons pas.
00:22:56Mes amis,
00:22:56nous voici entre nous,
00:22:58animés des mêmes désirs,
00:23:00guidés par la même conscience.
00:23:03Bon,
00:23:03puisque
00:23:04puisque j'ai commencé
00:23:05un véritable discours,
00:23:07je voudrais dire ceci.
00:23:08nous n'avons plus 20 ans,
00:23:11nous voulons de passer
00:23:11la trentaine.
00:23:13C'est très important.
00:23:14L'ardeur qu'aujourd'hui
00:23:15nous mettons d'abord
00:23:16à consolider,
00:23:17ensuite à imposer
00:23:18et à défendre nos idées,
00:23:21ce n'est plus un trop-plein
00:23:21de jeunesse
00:23:22qui mousse
00:23:22et qui déborde.
00:23:24C'est la flamme même,
00:23:26l'essence
00:23:26de nos sensibilités.
00:23:29C'est l'attitude
00:23:29résolue
00:23:31et définitive
00:23:32que nous avons prise
00:23:33dans la vie.
00:23:34Et quel merveilleux
00:23:35coup de fouet
00:23:36ce doit être
00:23:36que de se sentir
00:23:37périodiquement lu,
00:23:38suivi,
00:23:39discuté.
00:23:41Le succès
00:23:41dépend de notre élan,
00:23:43de notre foi.
00:23:44On dit plutôt
00:23:45de la persévérance
00:23:46de nos efforts.
00:23:46La foi n'a jamais
00:23:47accompli de miracle
00:23:48qu'en apparence.
00:23:49Mais la volonté,
00:23:50oui,
00:23:51chaque fois qu'elle
00:23:51s'affirme puissamment.
00:23:53Voilà, voilà.
00:23:54Vous avez déjà commencé ?
00:23:57C'est pas possible.
00:23:58Vous dîniez à six heures
00:23:59en quartier
00:23:59comme dans Balzac.
00:24:00Il faut qu'avant six mois
00:24:01notre revue
00:24:02soit devenue l'allié
00:24:02de tous les groupes isolés
00:24:03s'occupant de philosophie
00:24:04positive ou de sociologie.
00:24:06Il n'y a plus d'efforts
00:24:07individuels qu'on ne croit.
00:24:08Absolument.
00:24:09Tous les organisateurs
00:24:10de l'Igge Sociale,
00:24:11l'Union Morale,
00:24:12tous les croyants
00:24:12sans église,
00:24:13les pacifistes.
00:24:15En un mot,
00:24:15tous les généreux.
00:24:16Voilà notre clientèle.
00:24:18Est-ce que Barrois
00:24:18vous a communiqué
00:24:19la pensée qu'il a eue
00:24:20pour le premier numéro ?
00:24:21Non, pas encore.
00:24:23Un projet qui,
00:24:24je l'avoue,
00:24:24me tient fort à cœur.
00:24:25Voilà.
00:24:26Je voudrais consacrer
00:24:30qui ?
00:24:31Luce.
00:24:32Luce.
00:24:33Ah, parfait.
00:24:34J'y verrai plusieurs avantages.
00:24:36D'abord,
00:24:36ce serait manifesté
00:24:37par un choix significatif
00:24:38quel est notre point de vue
00:24:39et au quai de nos contemporains
00:24:41nous tendons délibérément la main.
00:24:42Mais n'aurons-nous pas l'air
00:24:43d'acheter pour nos débuts
00:24:44un patronage illustre ?
00:24:45Mais aucun de nous
00:24:46ne le connaît personnellement.
00:24:47Nous ne savons de lui
00:24:48que ses livres,
00:24:48ses arts,
00:24:49sa vie publique.
00:24:50Je propose même
00:24:50qu'il ne soit averti de rien.
00:24:51De plus, c'est un isolé.
00:24:52En philosophie,
00:24:53il ne se rattache aucun système.
00:24:54En politique,
00:24:55au Sénat,
00:24:55il n'adhérait aucun groupement.
00:24:57L'honneur que nous voulons lui faire
00:24:58n'atteindra donc que lui seul,
00:25:00l'homme qu'il est.
00:25:01Puis, du même coup,
00:25:02nous affirmerions
00:25:03que nous ne sommes pas
00:25:03des démolisseurs systématiques
00:25:05ni des utopistes impuissants
00:25:06puisque notre idéal
00:25:07a trouvé dans la réalité
00:25:08une sorte d'incarnation,
00:25:10je peux dire,
00:25:11un vivant exemple.
00:25:12J'ai lu votre Sommeur.
00:25:17C'est très dangereux
00:25:17de recevoir les éloges
00:25:18de plus jeunes que soi.
00:25:20On y est trop sensible.
00:25:23Un bien beau titre
00:25:24pour la culture
00:25:27des qualités humaines.
00:25:31Vous avez raison.
00:25:32Il manquait un organe
00:25:33comme votre Sommeur.
00:25:35Mais vous assumez
00:25:35un rôle énorme.
00:25:37Pourquoi ?
00:25:38Justement parce que
00:25:38vous serez seul à aborder
00:25:39les véritables problèmes contemporains.
00:25:41vous serez très lus,
00:25:43lourds de tâches.
00:25:45Songez que chacune
00:25:45de vos paroles
00:25:46aura une répercussion
00:25:47et que cette répercussion
00:25:48ne vous appartiendra pas.
00:25:49Ne pas la diriger.
00:25:50Bien plus
00:25:51que vous l'ignorez
00:25:52le plus souvent.
00:25:55Ah, on écrit toujours
00:25:56trop vite.
00:25:58Semez, semez.
00:26:01Il faut trier,
00:26:02analyser minutieusement
00:26:03ces graines
00:26:04pour être à peu près sûr
00:26:06de ne lancer que les bonnes.
00:26:09Disposez de moi,
00:26:10je suis avec vous.
00:26:11Ah, si mes amis
00:26:13pouvaient entendre
00:26:14ces mots
00:26:14et le timbre
00:26:15de votre voix.
00:26:16Vous avez pris
00:26:17dès le premier numéro
00:26:18une attitude
00:26:18très franche,
00:26:20très courageuse,
00:26:21mais un peu jacobine.
00:26:24Nous sommes tous ardents,
00:26:26convaincus,
00:26:26présalutés
00:26:27pour nos idées.
00:26:30Il ne me déplaît pas
00:26:30de montrer
00:26:31quelque intransigence.
00:26:33Je crois
00:26:33qu'une doctrine
00:26:35puissante et jeune
00:26:36est par nature
00:26:38intolérante.
00:26:39une conviction
00:26:41qui commence
00:26:41par admettre
00:26:42la légitimité
00:26:44d'une conviction
00:26:45adverse
00:26:45se condamne
00:26:47à n'être pas
00:26:47agissante
00:26:48et sans efficacité.
00:26:51Pourtant,
00:26:51c'est l'esprit
00:26:51de tolérance
00:26:52qu'il faut essayer
00:26:53d'établir
00:26:53entre les hommes.
00:26:54Nous avons tous
00:26:55le droit
00:26:55d'être ce que nous sommes
00:26:56sans que notre voisin
00:26:57puisse nous l'interdire
00:26:58au nom de ses principes
00:26:59personnels.
00:27:01Vous savez,
00:27:01si je suis hostile
00:27:02à l'esprit clérical,
00:27:03eh bien,
00:27:04ce qui m'écarte
00:27:04des églises,
00:27:05bien plus que leur erreur,
00:27:06c'est leur intolérance.
00:27:07Non,
00:27:09je ne conseillerai jamais
00:27:10d'opposer le mal
00:27:11au mal.
00:27:12Il suffit de réclamer
00:27:13pour tous
00:27:13la liberté de la pensée
00:27:15et d'en donner l'exemple.
00:27:16Que l'erreur reste libre,
00:27:18mais que la vérité
00:27:19le soit aussi.
00:27:20Et ne nous préoccupons
00:27:21pas des suites.
00:27:22La vérité sera toujours
00:27:23victorieuse un jour.
00:27:24Le capitaine Dreyfus,
00:27:28reconnu traître
00:27:29à sa patrie
00:27:29et dégradé.
00:27:34Barrois,
00:27:35il faut que Luce
00:27:36lise ce mémoire
00:27:37sans partie
00:27:38de la bonne foi
00:27:39et sa probité.
00:27:40Encore ce Dreyfus.
00:27:42Attendez, Barrois,
00:27:44ne vous prononcez pas.
00:27:45Non, non,
00:27:46ne me dites pas.
00:27:48Ne vous redissez pas,
00:27:49Barrois.
00:27:50Vous allez être juge.
00:27:52Soyez seulement impartial.
00:27:54Mais je vous en prie,
00:27:55Barrois,
00:27:56je vous en supplie
00:27:57au nom de tout
00:27:58ce qui est noble
00:27:58et juste,
00:28:00abandonnez
00:28:01tout parti pris.
00:28:03Je vous en supplie,
00:28:05Barrois,
00:28:06écoutez-moi.
00:28:07Il y a là
00:28:08une mission de justice
00:28:09à laquelle
00:28:10ni moi,
00:28:11ni vous,
00:28:11ni Luce
00:28:12ne pouvons plus
00:28:13nous dérober.
00:28:16En Guyane,
00:28:19Alfred Dreyfus
00:28:20est emprisonné
00:28:21à l'île du Diable.
00:28:31Ne nous le rend pas,
00:28:32mon ami,
00:28:33ce sera la lutte
00:28:34du bon droit
00:28:35contre la société française.
00:28:37Lutte acharnée
00:28:38et peut-être
00:28:39en un sens
00:28:40criminel.
00:28:42Écoutez-moi.
00:28:45Je ne veux pas
00:28:45me poser
00:28:46en redresseur de tort.
00:28:48Je veux seulement
00:28:48que mon cri d'alarme
00:28:49avertisse le gouvernement
00:28:50et provoque dans l'opinion
00:28:51un revirement de conscience
00:28:52qui s'impose.
00:28:53Après quoi,
00:28:54je suis résolu
00:28:54à m'effacer.
00:28:55Vous me comprenez.
00:28:57Simplement,
00:28:58rejetez ce doute
00:28:58qui m'étouffe.
00:29:01Si Dreyfus
00:29:01c'est coupable,
00:29:02qu'on le prouve
00:29:03en débat public,
00:29:03nous nous inclinerons.
00:29:05Mais avant tout
00:29:05que l'on dissipe
00:29:06cet air irrespirable.
00:29:07Barrois,
00:29:12j'ai besoin
00:29:13d'un organe
00:29:13d'où lancer
00:29:14cet appel
00:29:14à la loyauté.
00:29:16Consentiriez-vous
00:29:16à jeter votre semeur
00:29:17dans la mêlée ?
00:29:18Non, non, réfléchissez,
00:29:19mon ami.
00:29:20Voilà deux ans
00:29:20que pour créer
00:29:21cette revue,
00:29:21vous vous êtes donné
00:29:22sans restriction.
00:29:23Votre semeur
00:29:23est en plein élan.
00:29:25Et bien s'il devient
00:29:26mon porte-voix,
00:29:27tout est compromis.
00:29:28C'est la faillite
00:29:29probable
00:29:29de tous vos efforts.
00:29:30Chacun de vous
00:29:36sait ce qu'est Dreyfus.
00:29:38Une lutte
00:29:38qui dépassait
00:29:39de beaucoup
00:29:39le cadre d'une nation.
00:29:41Une lutte
00:29:41pour laquelle
00:29:42toute l'Europe
00:29:43s'est passionnée
00:29:43parce qu'elle mettait
00:29:44aux prises
00:29:44d'une part
00:29:45l'ordre établi,
00:29:46le gouvernement armé,
00:29:47la majorité
00:29:47d'une opinion publique
00:29:48faussement renseignée
00:29:49et d'autre part
00:29:50une idée abstraite,
00:29:51morale,
00:29:52le respect de la justice
00:29:53quelle qu'elle soit.
00:29:56Barrois n'hésite pas.
00:29:58Il se jette
00:29:58dans la mêlée
00:29:59avec intransigence
00:30:00et groupe autour
00:30:01de son fanatisme contagieux
00:30:02une jeunesse ardente
00:30:03dont il devient le chef.
00:30:05Il fallut douze années
00:30:06d'âpre bataille
00:30:07pour que la justice
00:30:08triomphe.
00:30:10Le général Gilles
00:30:11confère la croix
00:30:12de la Légion d'honneur
00:30:13au commandant
00:30:13de la Légion d'honneur.
00:30:14Après l'affaire Dreyfus,
00:30:15Jean Barrois
00:30:15demeure le champion
00:30:16de la libre-pensée française.
00:30:18Intègre,
00:30:19inattaquable,
00:30:19généreux,
00:30:20toujours prêt
00:30:21à aller de l'avant.
00:30:22Ne ménageant
00:30:22que sa conscience,
00:30:23il consacre
00:30:24toute son activité
00:30:25à faire triompher
00:30:26ses idées.
00:30:30Je ne connais pas.
00:30:40Harris
00:30:43de New York et Old.
00:30:47Donnez.
00:30:50Allô ?
00:30:51J'en ai parlé
00:30:52à M. Barrois.
00:30:54Il veut bien.
00:30:54Mais pas de phrase,
00:30:56pas d'éloge.
00:30:57Les faits, sa vie.
00:31:00À votre disposition,
00:31:01questionnez.
00:31:04Depuis l'affaire Dreyfus ?
00:31:06Pourquoi pas depuis 70 ?
00:31:09Oui,
00:31:10la besogne actuelle,
00:31:11ça vaudra mieux.
00:31:13Si vous voulez,
00:31:15d'abord,
00:31:15c'est cours du soir
00:31:16au mairie de Belleville,
00:31:18de Vosgirard,
00:31:19du Panthéon,
00:31:20coup d'ouvrier.
00:31:21Au Panthéon,
00:31:21une majorité d'étudiants.
00:31:24Oui,
00:31:24et oui,
00:31:24insister,
00:31:25c'est l'idée directrice.
00:31:27Tout ce qui peut servir
00:31:28à la liberté de la pensée.
00:31:31Maintenant,
00:31:32il y a son cours
00:31:32aux études sociales
00:31:33deux fois par semaine.
00:31:35Cette année,
00:31:36sur la crise universelle
00:31:38des religions,
00:31:39ça fait un livre par an.
00:31:41Enfin,
00:31:41il y a le sommet,
00:31:43c'est le gros morceau.
00:31:45200 pages
00:31:46tous les 15 jours.
00:31:48Allô ?
00:31:50Allô ?
00:31:54Soit,
00:31:56mais vous auriez trouvé
00:31:56la liste partout.
00:31:58D'abord,
00:32:01c'est livre
00:32:01sur l'affaire Dreyfus,
00:32:03pour la vérité,
00:32:05première,
00:32:05deuxième et troisième séries,
00:32:06sans compter les brochures,
00:32:08je passe.
00:32:10Ensuite,
00:32:10les conférences
00:32:11qui paraissent
00:32:12à la fin de chaque année,
00:32:13Paroles de combat,
00:32:15six volumes,
00:32:16le septième est sous presse.
00:32:18Et puis,
00:32:19cinq bouquins.
00:32:21Son enseignement
00:32:21aux études sociales,
00:32:24les progrès
00:32:24de l'instruction populaire,
00:32:27la libre pensée
00:32:28hors de France,
00:32:30essai sur le déterminisme,
00:32:32la divisibilité de la matière,
00:32:35et puis l'avenir
00:32:38de l'incroyance.
00:32:39Je vous salue,
00:32:39les preuves de grâce,
00:32:40vous salue-moi
00:32:41les têtes de grâce !
00:32:42Je vous salue,
00:32:44les preuves de grâce,
00:32:44je vous salue,
00:32:45les preuves de grâce !
00:32:45Le FIAC rêvait la place.
00:32:54Si le tramway droite
00:32:55n'avait pas accéléré ?
00:32:57Vous souffrez ?
00:32:59Non, non.
00:33:01Écoutez-moi.
00:33:02Vous avez un peu de fièvre,
00:33:03barrois,
00:33:04restez tranquille,
00:33:05ne parlez pas.
00:33:06Non, non, je reparlais,
00:33:07je ne me rappelais pas tout.
00:33:09J'ai oublié le plus beau.
00:33:12Bon, le smith,
00:33:14au moment où j'ai vu
00:33:15que j'étais perdu,
00:33:15savez-vous ce que j'ai fait ?
00:33:18Eh bien, j'ai prié
00:33:19la Sainte Vierge.
00:33:22À ce moment-là,
00:33:22moi, Jean Barrois,
00:33:23je n'ai pensé
00:33:24à rien d'autre.
00:33:26J'ai été soulevé
00:33:27par un espoir fou,
00:33:29et j'ai supplié
00:33:30la Sainte Vierge
00:33:31de tout mon être
00:33:32de faire un miracle.
00:33:33Ha, ha !
00:33:34Après cela,
00:33:40mon cher,
00:33:40on peut être fier
00:33:41de son armature.
00:33:44Alors, vous comprenez,
00:33:45je suis hanté
00:33:46par l'idée
00:33:46que ça pourrait recommencer.
00:33:49Ce soir,
00:33:49cette nuit,
00:33:50est-ce que je sais maintenant ?
00:33:53Je veux rédiger
00:33:54quelque chose,
00:33:55protester d'avance.
00:33:57Je ne serai pas
00:33:58tranquille avant.
00:33:59Oui, demain,
00:34:00je vous le promets,
00:34:01vous me dicterez.
00:34:02Tout de suite,
00:34:03Walt Smith,
00:34:03tout de suite,
00:34:04vous m'entendez ?
00:34:07Ceci est mon testament.
00:34:16Jean,
00:34:17ton père est rêvé.
00:34:23Je ne connais rien
00:34:24de plus poignant
00:34:24que l'attitude
00:34:25d'un vieillard
00:34:26dont la vie
00:34:28toute entière
00:34:29a été employée
00:34:31a été employée
00:34:31au service
00:34:32d'une idée
00:34:32et qui,
00:34:36dans l'affaiblissement
00:34:37final,
00:34:40blasphème
00:34:40ce qui a été
00:34:41sa raison de vivre
00:34:42et renie lamentablement
00:34:46son passé.
00:34:47en songeant.
00:34:49En songeant que l'effort
00:34:50de ma vie
00:34:51pourrait aboutir
00:34:54à une semblable
00:34:56trahison,
00:34:58en songeant
00:34:59au parti
00:35:00que ceux
00:35:01dont j'ai si
00:35:02ardemment
00:35:03combattu
00:35:05les mensonges
00:35:07et les empiétements
00:35:09ne manqueraient pas
00:35:11de tirer
00:35:12d'une si lugubre
00:35:14victoire,
00:35:16tout mon être
00:35:17se révolte
00:35:18et je proteste
00:35:20d'avance
00:35:21avec l'énergie
00:35:23farouche
00:35:24de l'homme
00:35:27vivant
00:35:28que j'aurais été
00:35:30contre les dénégations
00:35:33sans fondement,
00:35:38peut-être même
00:35:39contre la prière
00:35:41agonisante
00:35:44déchet humain
00:35:46que je puis devenir.
00:35:50J'ai mérité
00:35:51de mourir
00:35:51debout
00:35:52comme j'ai vécu
00:35:55sans capituler,
00:35:58sans quitter
00:35:59de vaines espérances,
00:36:02sans craindre
00:36:02le retour
00:36:03de la grande évolution
00:36:04de la germination
00:36:07universelle.
00:36:11Je ne crois pas
00:36:12à l'âme humaine
00:36:13substantielle
00:36:15et immortelle.
00:36:19Je ne crois pas
00:36:20que la matière
00:36:21s'oppose
00:36:23à l'esprit.
00:36:27Je n'ai jamais
00:36:28constaté
00:36:28de la pensée
00:36:31hors de la matière,
00:36:36hors d'un corps
00:36:37en vie.
00:36:38je n'ai jamais
00:36:41rencontré
00:36:42qu'une substance
00:36:45unique,
00:36:48la substance
00:36:50vivante.
00:36:52Que nous l'appelions
00:36:54matière
00:36:56ou vie,
00:36:59je la crois
00:37:00éternelle.
00:37:01la vie
00:37:04a toujours été
00:37:05et produira
00:37:07la vie
00:37:08éternellement.
00:37:13Mais je sais
00:37:15que ma personnalité
00:37:18est une agglomération
00:37:21de particules
00:37:24matérielles
00:37:27dans la désagrégation
00:37:30entraînera
00:37:33la mort
00:37:35totale.
00:37:37Comment vous trouvez-vous,
00:38:00père, aujourd'hui ?
00:38:01Mieux.
00:38:04La maladie
00:38:04nous apprend
00:38:05combien nous avons
00:38:06besoin des autres.
00:38:09Je peux bien le dire,
00:38:11vous avez mis
00:38:12dans ma vie
00:38:12quelque chose
00:38:13qui n'y était pas,
00:38:15dont je ne soupçonnais
00:38:16même pas le prix.
00:38:18Une présence,
00:38:21une affection.
00:38:23Je parle
00:38:23de l'affection
00:38:24que je ressens,
00:38:25moi.
00:38:25je puis paraître
00:38:30avoir idée
00:38:30tord
00:38:31vis-à-vis
00:38:31de votre mère
00:38:31et de vous.
00:38:33Je ne nie pas
00:38:34que j'ai
00:38:34certains reproches
00:38:35à me faire,
00:38:37mais pourquoi
00:38:38feindrais-je ?
00:38:40Ma vie
00:38:40était tout ailleurs.
00:38:42Elle me passionnait
00:38:43exclusivement
00:38:44et j'étais déjà
00:38:45parti
00:38:46quand vous êtes née.
00:38:50Voyez-vous,
00:38:51Marie,
00:38:53depuis deux mois
00:38:53que vous êtes ici,
00:38:55je me pose
00:38:56la même question.
00:38:58Pourquoi a-t-elle
00:38:59désiré venir ?
00:39:02Oui, pourquoi ?
00:39:04Je me suis attaché
00:39:07à vous, Marie.
00:39:10Et pourtant,
00:39:11vous m'êtes une énigme,
00:39:12vous êtes indéchiffrable.
00:39:14Je sens qu'il y a
00:39:15un abîme entre nous.
00:39:17Je sens tous les matins
00:39:18quand je vois revenir
00:39:18de la messe.
00:39:21Et pourtant,
00:39:22à d'autres moments,
00:39:24quand vous êtes ici
00:39:25le soir,
00:39:25près de moi,
00:39:27recherchant dans le sommaire
00:39:28tout ce que j'ai écrit,
00:39:30lisant mes livres,
00:39:31me demandant
00:39:32des explications,
00:39:34les écoutant sans brancher
00:39:35comme si vous étiez
00:39:36curieuse de libre-pensée.
00:39:42Alors, il me semble
00:39:43que vous n'êtes pas
00:39:44si loin.
00:39:46Je veux être religieuse,
00:39:48père.
00:39:48Je savais que vous aviez
00:39:53perdu la foi.
00:39:56Alors, j'ai voulu
00:39:56vous connaître,
00:39:59vivre de votre vie,
00:40:02étudier vos œuvres,
00:40:04subir votre influence.
00:40:07C'était l'épreuve décisive
00:40:09de ma vocation.
00:40:10Je suis contente
00:40:14d'être venue.
00:40:16Vous voulez être religieuse,
00:40:18Marie ?
00:40:20Je ne m'y attends
00:40:22des guerres.
00:40:22Vous avez lu tout ça
00:40:41en y appliquant votre esprit
00:40:44et ce que vous aviez cru
00:40:46vrai jusque-là
00:40:47ne vous a pas semblé.
00:40:48Mais, père,
00:40:53ma certitude
00:40:53était à la merci
00:40:54des objections.
00:40:58Ce ne serait plus
00:40:59une certitude.
00:41:05Quand on a éprouvé
00:41:06ce que j'ai éprouvé, père,
00:41:10je ne sais pas
00:41:11comment vous dire
00:41:12la présence même
00:41:15de Dieu.
00:41:18Dieu qui pénètre
00:41:20l'âme,
00:41:23qui inonde
00:41:24d'amour,
00:41:26de bonheur.
00:41:34Quand on a éprouvé cela
00:41:35ne fût-je qu'une fois
00:41:36dans sa vie
00:41:37tous vos raisonnements,
00:41:42père.
00:41:48Marie,
00:41:50écoutez-moi.
00:42:02Je ne veux pas discuter
00:42:03avec vous,
00:42:03il ne s'agit pas
00:42:04d'autrefois.
00:42:06Vous avez lu dans mes articles
00:42:07tous les arguments
00:42:07que je pourrais développer
00:42:08et ne vous ont pas convaincu,
00:42:09n'en parlons plus.
00:42:11Voyez,
00:42:12ce n'est pas le libre-penseur
00:42:14qui parle.
00:42:14c'est simplement
00:42:16l'homme de 50 ans,
00:42:17l'homme de bon sens
00:42:18qui a vu des idées
00:42:20se modifier
00:42:20au cours d'une même vie.
00:42:23S'engager à 20 ans,
00:42:25se lier pour toujours.
00:42:28Quelle folie
00:42:29des serments éternels.
00:42:31Songez à tout
00:42:32ce qui peut se passer
00:42:33encore en vous,
00:42:34que vous ne soupçonnez pas,
00:42:35que l'âge
00:42:36et la réflexion
00:42:37et les circonstances
00:42:38pourront modifier.
00:42:39mais rien que votre atavisme
00:42:44devrait vous faire
00:42:45frémir d'inquiétude.
00:42:47Tous les instincts
00:42:48qui m'ont franchi moi
00:42:49quand j'avais votre âge,
00:42:50ils sont en vous, Marie.
00:42:52Plus ou moins obscurs,
00:42:53plus ou moins matés,
00:42:54mais ils sont.
00:42:56Ils peuvent remonter
00:42:57brusquement à la surface
00:42:58et bouleverser votre vie.
00:43:03Voyons, Marie,
00:43:04comment pouvez-vous affirmer
00:43:05que vous ne douterez pas ?
00:43:08Père,
00:43:10vous n'avez pas eu la chance
00:43:13de connaître la grâce.
00:43:18Vous n'avez pas senti
00:43:19ce que c'est
00:43:19qu'un regard de Dieu.
00:43:25Et pourtant,
00:43:26vous êtes bon
00:43:26et juste.
00:43:34Mais comme vous avez dû
00:43:35vous donner du mal,
00:43:38c'est tellement plus simple
00:43:42d'être bon
00:43:42pour l'amour de Dieu.
00:43:45Croyez-vous
00:43:45qu'il soit plus beau
00:43:46d'abdiquer
00:43:46toutes les responsabilités,
00:43:48tout le labeur de la vie
00:43:49et de s'en remettre
00:43:50une fois pour toutes
00:43:51à une règle monastique
00:43:52plutôt que de prendre
00:43:54courageusement
00:43:54la tâche qui se présente
00:43:55et de l'accomplir
00:43:56par les chemins
00:43:57de tout le monde ?
00:43:59Ce que vous désirez
00:43:59c'est insuficit
00:44:00de la pensée
00:44:00et de l'action.
00:44:01C'est ma rançon
00:44:04que vous voulez payer.
00:44:06Je ne vous demande pas
00:44:07de me comprendre,
00:44:08père.
00:44:11Oui.
00:44:13Ces vœux,
00:44:14ils acquittent un peu
00:44:15la dette de la famille.
00:44:19Ils réparent un peu
00:44:20ce que vous avez pu faire
00:44:24par vos livres.
00:44:25qui saisit cette vocation
00:44:33n'a pas été voulue
00:44:34par Dieu
00:44:34en l'échange
00:44:38d'une âme
00:44:38qui est belle
00:44:39et qui sans ça
00:44:44serait damnée.
00:44:48Dans combien d'années
00:44:49après combien
00:44:50de générations hésitantes
00:44:51la vérité scientifique
00:44:54donnera-t-elle
00:44:54cet apaisement total ?
00:44:57Jamais peut-être.
00:45:12Vous viendrez me dire adieu
00:45:14la veille de la prise du voile.
00:45:24Marie.
00:45:28Marie.
00:45:29Marie.
00:45:35Qu'est-ce que je vais devenir ?
00:45:37Qu'est-ce que je vais devenir ?
00:45:43Qu'est-ce que je vais devenir ?
00:45:44Par pitié,
00:45:48ne pleurez pas,
00:45:49maman.
00:45:49Dieu vous donnera la force,
00:45:55la consolation.
00:46:01Si vous saviez
00:46:02comment je suis heureuse,
00:46:04je vais t'en prier,
00:46:07Père.
00:46:07ne vous séparer plus maintenant.
00:46:21Marie.
00:46:26Marie.
00:46:26Marie.
00:46:26C'est parti.
00:46:56C'est parti.
00:47:26C'est parti.
00:47:56Les leviers n'obéissent plus. Le cœur bat la broloque. Je sens là comme un soufflet percé. Le moindre froidissement me met au lit avec la fière. Non, je suis fini. Je me sens incapable de fournir une étape nouvelle.
00:48:10C'est affreux de vieillir.
00:48:15Mais vous êtes plus jeune que moi.
00:48:17Mais vous ne sentez donc pas les années, vous ? Le cerveau qui fléchit, les habitudes qui se figent, l'isolement, le vide sentimental, l'impossibilité de prendre quelque chose à cœur.
00:48:29Je les sens bien. Ma vie est bloquée. C'est une impression atroce.
00:48:33Et quand je me tourne vers le passé, qu'est-ce que j'y trouve, qu'est-ce que j'ai fait ?
00:48:40J'ai écrit, j'ai... j'ai aligné des mots, j'ai... j'ai échafaudé des argumentations.
00:48:47Je laisse des livres, des articles qui ont eu leur actualité.
00:48:55Et croyez-vous que je sois leur dupe ? Que je m'illusionne sur la pauvreté de tout ça ?
00:49:01Vous méconnaissez votre vie, Barois. Ce n'est pas dire...
00:49:04Vous avez cherché. Vous avez trouvé des parcelles de vérité. Vous les avez divulguées généreusement.
00:49:10Vous avez contribué à extirper quelques erreurs et à préserver quelques certitudes qui vacillaient.
00:49:15Vous avez défendu la justice avec une ferveur communicative qui a fait de vous pendant 15 ans l'âme vivante d'un parti.
00:49:21Je trouve votre vie très belle.
00:49:24Merci, mon ami.
00:49:27Autrefois, ces paroles m'aurèrent mis d'aplomb.
00:49:31Je ne rêvais pas d'autres raisons funèbres.
00:49:34Et maintenant...
00:49:45Je viens d'avoir en vous regardant cette idée que beaucoup de ceux qui nous ont précédés ont dû éprouver la même angoisse.
00:49:58Ces hommes à qui nous sommes redevables de tout ce que nous avons pu faire ont dû avoir ce même désespoir.
00:50:04ont dû s'imaginer que leur effort était inutile.
00:50:09Allez, allez, Barois.
00:50:11La vérité, c'est qu'il n'y a pas de bonne graine qui se perde.
00:50:14Pas une idée qui nous germe un jour.
00:50:16Pas une parcelle de conscience acquise qui disparaisse.
00:50:19Savons-nous si une des pensées que nous avons émise, vous ou moi,
00:50:23ne sera pas le point de départ d'une découverte qui libérera davantage l'avenir.
00:50:27Pour avoir fait du bon ouvrage, il suffit de s'être donné humainement toute sa vie.
00:50:31Quand on a semé le mieux et le plus possible, on peut s'en aller en paix et céder la place à d'autres.
00:50:36Mais je ne suis pas aussi sûr que vous d'avoir semé le bon grain.
00:50:39J'ai totalement changé d'attitude avant l'univers.
00:50:42Certains jours comme aujourd'hui, je ne peux plus accepter comme vrai ce que j'ai défendu jusqu'ici.
00:50:46Je sens bien que je n'arriverai pas à me prouver logiquement l'humanité de mes convictions passées, mais...
00:50:53Comment dire ?
00:50:56C'est physiquement que je les repousse.
00:50:59Je les repousse parce qu'elles ne m'ont apporté que des déceptions.
00:51:02J'en ai assez de me débattre dans une vie dont le sens m'échappe.
00:51:05Je ne sais plus où j'en suis, voilà la vérité.
00:51:09Vous ne raisonnez plus.
00:51:11On peut raisonner quand on a 30 ans, la vie ne vence pas pour changer d'opinion.
00:51:15Une sève qui bouillonne du bonheur plein les veines.
00:51:18Et quand on se sent près du terme, on est tout petit dont on a fini.
00:51:22On a par-dessus tout un désir vague.
00:51:29Un désir de je ne sais quoi, qui serait le remède à toutes les trances.
00:51:36Un peu de paix, un peu de confiance.
00:51:41Quelque chose sur quoi s'appuyer.
00:51:45Pour n'être pas trop malheureux.
00:51:48Le temps qu'il reste encore.
00:51:51Mon pauvre ami, que voulez-vous que je vous dise ?
00:51:56Je ne peux plus rien pour vous maintenant.
00:51:59Non.
00:52:01Je ne peux plus rien pour vous, moi.
00:52:06Oh, l'atroce nuit !
00:52:21J'avais la tête en feu, le cœur tout refroidi.
00:52:25tout resserré comme si l'ombre l'écrasait.
00:52:29Mon cerveau travaillait vide.
00:52:32Je cherchais à prier.
00:52:35Je faisais des esports désespérés pour attirer l'attention de Dieu.
00:52:40Et à chaque élan, une voix en moi me disait.
00:52:45Non, non.
00:52:47Personne ne te répondra.
00:52:50Personne.
00:52:51Tu vois bien qu'il n'y a personne.
00:52:54J'étais si faible.
00:52:59J'ai perdu connaissance.
00:53:01J'ai dormi sans doute.
00:53:02Mais tout en dormant,
00:53:05je ne cessais pas de sentir une lutte au-dessus de moi.
00:53:09J'avais la certitude obscure que la volonté de Dieu finirait par triompher.
00:53:16Et puis,
00:53:19il m'a semblé qu'on parlait.
00:53:22Et j'ai ouvert les yeux.
00:53:25J'ai même cru entendre si distinctement mon nom
00:53:29que j'ai dit quoi, pensant que c'était ma femme.
00:53:33Mais j'étais seul.
00:53:36J'entendais seulement la respiration du domestique dans le cabinet.
00:53:43Et tout d'un coup,
00:53:46je me suis senti lucide.
00:53:49Extraordinairement lucide.
00:53:53comme allégé d'une façon miraculeuse.
00:53:57Alors,
00:54:00j'ai fait un nouvel effort pour prier.
00:54:03Et la voix qui disait non,
00:54:06c'était tu.
00:54:08à la place de mon impuissance,
00:54:11de cet affreux sentiment du néant,
00:54:15j'avais,
00:54:17j'avais une,
00:54:19une espèce de certitude imprécise,
00:54:23une confiance.
00:54:27je percevais sur moi,
00:54:30comme un secours,
00:54:34comme une infection.
00:54:37Je ne sais pas comment expliquer.
00:54:42l'impression de sortir d'un tunnel
00:54:45après plusieurs années de sommet.
00:54:51L'impression de sortir d'une,
00:54:57d'une léthargie,
00:54:59de trouver la lumière,
00:55:04de commencer vraiment une nouvelle vie,
00:55:09un immense bonheur intérieur,
00:55:13la paix surtout,
00:55:16la paix,
00:55:18le calme.
00:55:22Je sais que je n'ai plus à chercher,
00:55:26que ma volonté comme fondue,
00:55:30que je vais obéir avec délice,
00:55:35que tout est clair,
00:55:38tout est pur,
00:55:41tout un sang.
00:55:45Alors,
00:55:47je vous ai fait venir mon ami,
00:55:51pour me confesser.
00:55:55C'est une consolation pour moi,
00:56:00de m'apercevoir combien ma vie aura été harmonieuse.
00:56:04Pendant que l'on vit,
00:56:07on se désespère de ne pas pouvoir donner plus d'unité à ses actions.
00:56:11Et maintenant, je vois que je n'ai pas à me plaindre.
00:56:16J'ai rencontré tant d'êtres tourmentés, insatisfaits,
00:56:25sans cesse emportés en deçà ou au-delà de leur centre de gravité.
00:56:30Mon existence à moi n'a pas connu de ses secousses.
00:56:36Elle pourrait s'exprimer par deux ou trois mots simples et clairs.
00:56:42Cela me donne en m'en allant un sentiment de paix.
00:56:47Je suis né avec de la confiance en moi,
00:56:53en l'effort quotidien,
00:56:56en l'avenir des hommes.
00:56:59J'ai eu l'équilibre facile.
00:57:01Mon sort a été celui d'un pommier de bonne terre,
00:57:06qui porte régulièrement ses fruits.
00:57:08Mon espérance n'exige pas l'abdication de ma raison.
00:57:16Au contraire, ma raison l'était.
00:57:20Elle me prouve que notre vie n'est ni un mouvement avide,
00:57:24ni une simple occasion de souffrir,
00:57:27ni une course au bonheur individuel.
00:57:32Elle me prouve que mes actes collaborent au grand effort universel,
00:57:37et partout,
00:57:39elle me fait découvrir des motifs d'espérés.
00:57:45Partout, je vois la vie naître de la mort,
00:57:49l'énergie naître de la douleur,
00:57:52la science naître de l'erreur,
00:57:56l'harmonie naître du désordre.
00:58:01Et en moi-même,
00:58:03ces évolutions-là se produisent tous les jours.
00:58:07J'vais mourir, dit, j'vais mourir, dit !
00:58:13J'vais mourir, dit !
00:58:15J'vais mourir, dit !
00:58:17J'vais mourir, dit !
00:58:19J'vais mourir, dit !
00:58:21J'vais mourir,...
00:58:25Santander !
00:58:27Filii et Spiritus Sancti, estingua tur in te omnis virtus diaboli, per in positionem manum nastrarum, et per in vocationem gluériose et sancte Dei Genetricis Virginis Mariae, eiusque inclitis pansi Iosef, et amnium sanctorum angelorum, archangelorum, patriarcarum, prophétement.
00:58:48Délivrez-moi, délivrez-moi, délivrez-moi, ne me laissez pas souffrir.
00:58:57Je ne connais rien de plus poignant que l'attitude d'un vieillard dont la vie toute entière a été employée au service d'une idée,
00:59:16et qui, dans l'affaiblissement final, blasphème ce qui a été sa raison de vivre, et renie lamentablement son passé.
00:59:24En songeant que l'effort de ma vie pourrait aboutir à une semblable trahison,
00:59:32en songeant au parti que ceux dont j'ai si ardemment combattu les mensonges et les empiétements
00:59:37ne manqueraient pas de tirer d'une si lugubre victoire,
00:59:41Tout mon être se révolte, et je proteste d'avance, avec l'énergie farouche de l'homme que je suis,
00:59:52de l'homme vivant que j'aurais été, contre les dénégations sans fondement,
00:59:58peut-être contre la prière agonisante du déchet humain que je puis devenir.
01:00:02J'ai mérité de mourir debout, comme j'ai vécu, sans capituler, sans quitter de vaines espérances.
01:00:12Sous-titrage Société Radio-Canada
01:00:42Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:12Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:42...
01:01:43...
01:01:44...
01:01:45...
01:01:48...
01:01:51...
Commentaires

Recommandations