- il y a 2 jours
DB - 07-03-2026
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TVTranscription
00:00Musique
00:43Monsieur Sanguinelli, bonjour.
00:45Tu as mis du temps ?
00:46Ah non, je suis venu...
00:47Je vais être très mal, tu sais.
00:49Allons, allons, on vous soigne, on va vous guérir.
00:51Pour guérir, il faut être un corps bien portant.
00:55Moi, j'ai désespéré.
00:59Moi, j'ai à te parler.
01:01Au sujet du vol de cigarettes ?
01:03Oh, que cigarettes ?
01:05Alors, je n'en parle plus, j'ai eu copé, c'est fini.
01:10Non, petit, moi, j'ai toujours eu de l'honneur.
01:12Plutôt trop que pas assez.
01:15Alors, je ne voudrais pas partir pour l'éternité sans être en règle avec ma conscience.
01:20Pour moi, c'est plus fort que moi.
01:23Alors, la rouge serait plus tranquille.
01:25Je vous écoute.
01:26J'ai payé pour toutes mes embrouilles.
01:29Six ans pour le braquage de la place des Vosges,
01:32trois pour le casse de la rue de la Victoire,
01:35enfin, etc., etc., quoi.
01:37Mon curriculum vitae, tu le connais.
01:39Bref, j'ai toujours casqué.
01:44Sauf, il y a fois.
01:47Il y a longtemps ?
01:48Il y a trois ans, je croyais avoir réussi le plus beau coup de ma carrière.
01:55Ça ne m'a rien apporté du tout.
01:57Le bide, complet.
02:07Je prends, là, c'est la clé de chez moi, au Vésiné.
02:12Dans la grenier, tu trouveras un petit placard.
02:16À l'intérieur, il y a un tableau.
02:21Ce tableau, je l'ai volé.
02:25C'est un joli paysage avec des arbres tout fleuris dans la campagne, en Arles,
02:31avec beaucoup de jaune.
02:33Moi, j'aime le jaune.
02:35Personne n'en a voulu de mon tableau.
02:37Pas même la compagnie qui l'avait assurée.
02:38Il me plaisait bien, moi, pourtant.
02:41C'est un Van Gogh.
02:42Un Van Gogh, vous êtes sûr ?
02:44C'est peut-être un faux.
02:46Eh, c'est ce que j'ai pensé aussi.
02:48Mais alors, pourquoi aller le renfermer dans un coffre-fort ?
02:51D'ailleurs, ce tableau, pour me le procurer,
02:52j'ai travaillé pendant cinq heures.
02:55Au chalumon.
02:57Voilà, c'est tout.
02:59J'ai plus rien à me reprocher.
03:03Je me sens tout propre.
03:04Et je vais faire une enquête.
03:06Oui, oui, fais ce que tu voudras.
03:07Moi, ça ne me regarde pas.
03:09Au revoir.
03:13De toute façon, tu pourras pas mal payer.
03:17Je ne serai plus là.
03:20Quelle misère.
03:21T'es en compte ?
03:23Moi, qui ai connu toutes les années noires de Marseille,
03:26on se canardait tous les soirs, en train de chez soi,
03:29on risquait sa vie pour un oui, pour un non.
03:32Et d'ailleurs, même en 40, à Sedan, je l'ai échappé belle.
03:35J'ai passé à travers toutes les rafales.
03:39Et voilà.
03:40Et maintenant, mon cœur qui flashe comme un seul homme.
03:48Parlez pas trop.
03:50Reposez-vous.
03:51Oh, vous reposez, j'aurai bien le temps.
03:55Je pense que pour me charrier, on m'appelait Marco le pépère.
03:58Bon, la preuve que j'ai pas chômé, c'est que je meurs d'un infarctus,
04:03comme les businessmen surmenés.
04:06Le tableau, chez qui l'était ?
04:10Eh, ouf, pas quelque part à la 17e, là, c'est la mémoire, maintenant.
04:17L'assurance, c'était quelle compagnie ?
04:21C'était du côté de la rue de Notre-Dame-de-Lorette.
04:26C'était dans une maison, juste à côté du commissariat de police.
04:32C'est ça, alors, c'est pas des choses qu'on oublie.
04:36Le nom du propriétaire du tableau ?
04:40Cherchez.
04:40Le nom du...
04:42Le nom du...
04:44Le nom du malement de trop, là, je sais, maintenant, je suis fatigué.
04:52Je vais chez vous.
04:54Je reviendrai vous voir.
04:56Téléphone avant, à l'interne de service, hein.
05:00Tu risques de te déranger pour rien.
05:05Au revoir.
05:07Au revoir.
05:09Adieu, oui.
05:18Il était dans le placard en question.
05:22Ça, vrai ou faux, je ne suis pas capable de le dire.
05:25Maroy, je vous charge de l'enquête.
05:28Il y a là une jolie énigme à résoudre.
05:31Bon, allez d'abord à la PJ, au service des faux.
05:34Demandez le commissaire Chassagne.
05:37Voilà, j'ai trouvé. Il y a même une photo.
05:39Peinte par Van Gogh, avril 1888.
05:43Collection particulière, Madame Seignan.
05:45Madame Seignan ?
05:46Oui, la veuve d'un peintre mondain déjà oublié.
05:49Aucune plainte concernant ce tableau.
05:51Rien.
05:52Alors ce serait un faux, non ?
05:53Alors ça, bon, je...
05:54Entrez.
06:00Pour moi, c'est un vrai.
06:03Vous dites, pour moi, il y a un doute ?
06:05Alors je suis formel.
06:06C'est une toile peinte par Van Gogh.
06:08Ou alors par un faussaire de génie.
06:10Je rédigerai mon rapport ce soir.
06:12Vous l'aurez demain.
06:14Avec vos autres experts, c'est toujours pareil.
06:16On n'a jamais la moindre certitude.
06:18Faites-le examiné par des confrères.
06:23Je vous donne l'adresse de la propriétaire du tableau.
06:28Alors Madame Seignan ?
06:57Madame Seignan ?
06:58Elle-même.
06:59Police.
07:00Entrez.
07:04Mes contraventions, peut-être.
07:06J'ai oublié de les payer.
07:07J'attends une nouvelle amnistie.
07:09C'est pour ça ?
07:10Non, Madame.
07:10Je viens au sujet d'un de vos tableaux.
07:12Oh, la peinture.
07:14Toute ma vie.
07:15J'étais mariée avec un peintre.
07:17Ludovic Vladimir Seignan.
07:19En dehors des toiles de votre mari,
07:20vous possédez d'autres tableaux ?
07:22Oh, trop peu, hélas.
07:23J'ai quelques contemporains.
07:24J'ai un Georges, un Henri.
07:28Je veux dire, un Braque, un Matisse.
07:31J'ai aussi deux, Suzanne.
07:33Valadon, bien sûr.
07:35Un Maurice.
07:37Un trio.
07:38Il faut m'excuser.
07:39Mon mari et moi, nous étions tellement intimes avec eux
07:42que j'ai pris l'habitude de les appeler par leur prénom.
07:44Vous n'avez pas par hasard un Van Gogh ?
07:47Si.
07:48Venez le voir.
07:50Dans le salon rose.
07:55Parfait, je le ferai.
08:00Fantastique, n'est-ce pas ?
08:02Quelle sensualité.
08:03Très beau.
08:05On n'a jamais essayé de vous le voler ?
08:06Jamais, mon Dieu.
08:07Remarquez, je suis assurée.
08:10Vous est-il arrivé de le prêter ?
08:12Non, pourquoi ?
08:13Non, non, pour rien.
08:15Alors, c'est une erreur.
08:16Enfin, je ne comprends pas.
08:18Je voulais simplement savoir si votre Van Gogh était toujours ici.
08:21Oh, non.
08:22C'est trop aimable à vous.
08:27Je vous ai fait mal ?
08:28Non.
08:31Quatre ans, je suis fiancée avec lui.
08:34Quatre ans.
08:35C'est déjà long pour un mariage.
08:37Alors, pour des fiançailles.
08:39Il ne se passe décider.
08:40Plaquez-le.
08:42Je l'aime.
08:44Oui, en attendant, les années passent.
08:46Un homme, ça ne vieillit jamais.
08:49Une femme, à 25 ans, elle voit naître ses rides.
08:52Quel âge avez-vous ?
08:5322.
08:55Alors, si je peux vous donner un conseil, dépêchez-vous.
09:01Monsieur, je suis occupé.
09:02C'est Mme Seigneault.
09:05Quelle barbe lâcheuse !
09:07Je vous croyais morte.
09:09Comment allez-vous ?
09:10Je viens d'avoir la visite d'un jeune policier
09:13qui m'a demandé si on ne m'avait pas volé mon Van Gogh.
09:15Il a voulu le voir.
09:16Je lui ai fait visiter l'appartement.
09:19À la réflexion, je me demande si ce n'était pas un faux policier.
09:23Enfin, un type qui serait venu repérer
09:25où se trouvaient les tableaux pour les voler.
09:29Vous croyez ?
09:31Je vais quand même faire mettre un quatrième verrou à ma porte.
09:34Bonne idée !
09:35Je m'excuse de vous abandonner, cher ami.
09:37J'allais sortir.
09:38Vous me verrez attraper au vol.
09:41On s'appelle, hein ?
09:42À bientôt.
09:49Qu'en étions-nous, tous les deux ?
09:51Vous me disiez de me dépêcher.
09:55Me dépêcher à quoi ?
09:57À rien.
09:58Il est déjà trop tard.
10:12Oh, c'est toi !
10:13On va rentrer.
10:14Désolé, vieux.
10:16Si tu permets, je me recouche.
10:31Ah, la nuit était sévère.
10:33On a fini à 9h du matin.
10:35Avec de la coivite.
10:38Ça marche, ton Gauguin ?
10:40Pas fort.
10:42Je l'ai promis à Garot, tu sais.
10:45Et Ingres, sa femme turque.
10:46En ce moment, j'ai pas l'inspiration.
10:49À propos, tu n'as rien entendu dire au sujet du Van Gogh d'il y a trois ans.
10:54Le printemps dans la campagne provençale, personne ne t'en a parlé.
10:59Personne ?
11:00Et toi, tu n'en as parlé à personne.
11:03Ah non ? Pourquoi ?
11:05Pour rien.
11:22Vous voyez ?
11:23T'allais pas désespérer.
11:25Eh oui, je vais mieux.
11:26Les Toubibs m'en reviennent pas.
11:27Il paraît que je suis un cas.
11:28Je suis bien content pour vous.
11:29Oui, je sais pourquoi tu es bien content.
11:30Parce que tu te dis, il est vivant comme ça.
11:32Je ne serais pas venu pour rien.
11:34L'autre jour, vous m'avez parlé d'une affaire de tableau, Van Gogh.
11:37Oui.
11:38J'aurais mieux fait de me taire, parce que si je sors d'ici verticalement,
11:41ce sera avec les menottes au poignet.
11:43Pourquoi vous dites ça ?
11:43Eh, ça va, je vous connais, vous autres.
11:46Je vous remets votre clé.
11:47Merci.
11:51Alors, tu l'as trouvé, mon paysage ?
11:54Oui.
11:55Il est beau, hein ?
11:58Mais tu en croiras, si tu veux, mais parfois, dans mon grenier, je passais dix heures à le contempler.
12:03Tu sais, ça me rappelait les Alpilles et Saint-Rémy-de-Provence.
12:07Moi, je n'ai jamais pu m'habituer à la capitale.
12:09Seulement, dans ma profession, c'est comme dans le tout.
12:11Si on ne monte pas à Paris, on ne peut pas réussir.
12:14M. Sanguinelli, faites un effort de mémoire.
12:19À qui appartenait le coffre dans lequel vous avez trouvé le Van Gogh ?
12:23Je ne suis plus dans le coma, alors il vaut mieux que je me taise.
12:27Vous avez eu la malchance de tomber sur un escroc ?
12:29Un escroc ? Explique-toi.
12:31Le vrai Van Gogh, je l'ai eu.
12:33Alors, le mien, il est faux.
12:34Il y a des chances.
12:36Ça expliquerait pourquoi on n'a pas voulu vous l'acheter.
12:38Oui, vache.
12:39La fausse monnaie, tu vois, je comprends.
12:41Enfin, ça fait de tort à personne.
12:42Mais la contrefaçon, dans les beaux-arts, c'est malhonnête, c'est ça.
12:45Mais alors, le mien, de Van Gogh, de qui il était ?
12:47Ah, ça, justement, je voudrais bien le savoir.
12:50Et à ce sujet, vous pourriez m'aider.
12:52Oui, mais comme ma santé s'améliore, j'aime mieux pas.
12:55Ben, essaie-t-on jamais.
12:56Vous savez, aujourd'hui, ça va, et puis...
12:58Et demain, je peux te tapoter, merci.
13:00Il y a deux jours, tu me disais le contraire.
13:01Ah oui, mais ça, c'était pour vous remonter le moral.
13:03Et maintenant, c'est pour me le dessindre.
13:04Allez, va, ça va, insiste pas, va, petit.
13:06Ah oui, à ce moment, j'ai le cœur trop fragile pour qu'on me marche dessus.
13:11Bon.
13:13Je m'en vais.
13:15Reposez-vous bien.
13:20Dis, le type, il s'appelait Boisveigne.
13:24Courtier, un tableau dans le 17ème...
13:27Enfin, l'adresse exacte, tu la trouveras dans l'annuaire téléphonique de 63.
13:32Moi, dans le coffre, je croyais trouver du pognon.
13:35Il y avait juste le Van Gogh.
13:37Merci.
13:38Je vous tiens au courant.
13:41Dis, la prochaine fois que tu reviens, apporte-moi des cigarettes, des brunes.
13:45Sans filtre, hein.
13:47Parce qu'ici, il m'empêche de fumer.
13:50D'accord.
14:20Qu'est-ce que vous en pensez?
14:30Il en avait du talent, ce Gauguin.
14:32C'est un camp d'effort pour mettre la main dessus.
14:36Entendez-nous, comment procédez-vous pour dégoter comme ça des toiles inconnues?
14:39Bon, celle-là, j'étais sur sa trace depuis longtemps.
14:43Dans une lettre, Gauguin raconte qu'il a donné trois toiles à un épicier de Quimperlé, le père Antoine.
14:48Voici d'ailleurs le pédigré du tableau.
14:53Son histoire, ses mésaventures.
14:57Il y a en particulier une photocopie de la lettre en question.
15:10Vous avez recherché les descendants du père Antoine?
15:13Oui, et je ne suis pas le seul.
15:15Mais la chance m'a servi, car un jour, par hasard,
15:18j'ai appris que le second fils de l'épicier s'adonnait en amateur à la peinture.
15:23Et vous avez pensé naturellement qu'il avait peint par économie sur les toiles de Gauguin?
15:28Bien sûr. Pendant cinq ans, j'ai écumé les parages, les fermes de la famille,
15:32fouillant dans les granges et achetant des marines abominables
15:35que j'examinais soigneusement les unes après les autres.
15:37Et puis, ce fut le miracle.
15:39Sous un chromo, un coucher de soleil à Concarneau, il y avait un Gauguin.
15:43Celui-ci.
15:44On l'a décapé le mieux qu'on a pu.
15:46Malheureusement, dans cette opération, vous voyez,
15:48les Noirs ont perdu un peu de leur tonalité.
15:53Quel expert qui a examiné la toile?
15:55Raphaël Landon.
15:56Ah, bravo. Je le considère comme un des meilleurs.
15:59Qu'est-ce qu'il en pense?
16:01Authentique, sans discussion.
16:03Il y a son rapport dans le dossier.
16:06Je le dirai.
16:09Vous avez apporté une autre toile?
16:10Oh, non, non, ce n'est pas pour vous.
16:15Je compte la proposer à une petite galerie.
16:18Ça peut les intéresser pour des raisons de curiosité.
16:22C'est un faux Delacroix qui date d'une centaine d'années.
16:26On peut voir.
16:28Peint sans doute par Andrieux, un élève de Delacroix.
16:30Oh, ça n'a pas grande valeur.
16:32La copie est tellement grossière.
16:36Vous me le laissez 24 heures?
16:38Oh, après tout, si vous voulez.
16:41J'ai l'intention d'organiser bientôt avec quelques collègues
16:44une exposition de faux.
16:47De faux?
16:48Oh, ça se vend de plus en plus.
16:50Bon, à condition de prévenir les gens, bien entendu.
16:53Non.
16:54Oh, mais si.
16:57Décidément, on aura tout.
16:59Tenez, je passerai le prendre demain.
17:03Au revoir.
17:07Ah, j'ai une bonne nouvelle, Mareille.
17:17J'ai retrouvé l'adresse du type à qui on avait volé le Van Gogh
17:19et qui n'avait pas trouvé bon à l'époque de porter plainte.
17:21Le Boisvin?
17:22Oui.
17:23J'avais un dossier le concernant que je vais vous passer.
17:26Il est toujours dans la peinture.
17:29Il achète des trônes pour les États-Unis.
17:32Il y a une chose étrange dans son cas.
17:34Il était en possession d'un Van Gogh
17:35dont on a de bonnes raisons de penser qu'il est fou
17:37puisque l'original se trouve chez Mme Seignon.
17:39Et il le gardait précieusement enfermé dans son coffre-fort.
17:43Peut-être le croyait-il vrai.
17:45Je vous ferais remarquer que notre propre expert
17:47qu'on ne saurait soupçonner de partialité
17:49s'y est trompé lui-même.
17:50Quel genre de bonhomme est ce Boisvin?
17:52Louche, honnête?
17:54Vous savez, chez certains vendeurs de tableaux,
17:56la frontière entre ces deux pôles n'est pas très délimitée.
18:00Boisvin fait partie de ces marchands
18:01qui vendent des toiles françaises aux États-Unis,
18:03généralement dans le Middle West ou dans le Texas.
18:06Enfin, dans des pays où on n'est pas trop regardant sur la promenance.
18:09Et ces toiles sont néanmoins certifiées par des experts.
18:11Bien entendu, mais s'il le faux est bien limité,
18:13encore une fois, un expert peut s'y tromper.
18:16Il est même arrivé que des peintres, des grands peintres,
18:19eux-mêmes soient abusés
18:20et prennent pour leur propre toile
18:21des faux particulièrement réussis.
18:23À ce point?
18:24Oui, prenez coraux, par exemple.
18:26Bon, ce peintre a produit environ 3 000 toiles.
18:29Et bien, on estime qu'il existe dans le monde
18:30environ 6 000 coraux.
18:336 000 vrais coraux.
18:37Donc, on pourrait en conclure
18:38qu'il n'y a pas de toiles vraies ou fausses.
18:39Il y a seulement celles qui passent pour vraies
18:41et celles qui passent pour fausses.
18:42Exactement.
18:43Si vous voulez faire cesser ce trafic,
18:45il faut devoir mettre la main sur le faussaire.
18:47Enfin, sur celui qui fabrique les toiles.
18:49Les autres, hélas.
18:52Merci de vos conseils.
18:53Oh, de rien.
18:54Et bonne chance.
19:40Vous avez des papiers d'identité?
19:42Oui, j'ai un passeport.
19:43Asseyez-vous.
19:44Merci.
19:51Vous voulez boire quelque chose?
19:53Non, merci.
19:59Monsieur Boivin, il y a 3 ans, vous habitiez dans le 17ème.
20:02Ah oui, d'ailleurs, vous voyez,
20:03mon passeport porte encore cette adresse.
20:05Oui, j'ai vu.
20:06Vous étiez possesseur d'un coffre-fort.
20:08Ah oui.
20:09Je vends des toiles parfois rares ici,
20:11mais il me faut évidemment un coffre.
20:12Ici aussi.
20:12A l'époque, on s'est introduit chez vous une nuit.
20:14On a découpé votre coffre au chalumeau
20:16et on a emporté un Van Gogh.
20:17Mais jamais de la vie.
20:18Qu'est-ce que c'est que cette histoire?
20:19Pourquoi n'avez-vous pas porté plainte?
20:20On ne m'a rien volé.
20:22Absolument rien.
20:27Un Van Gogh représentant des arbres en fleurs
20:29dans la campagne provençale.
20:31Mais c'est insensé.
20:32Qu'est-ce que c'est que cette histoire?
20:37Tenez.
20:38Merci.
20:39Mettez votre veston.
20:40Et où m'emmenez-vous?
20:41Dans un hôpital pour une confrontation.
20:49Qu'est-ce qu'il vous a raconté ça?
20:51Un confrère jaloux.
20:53Mes affaires sont honnêtes.
20:55Tout ce qu'il y a de plus honnête, je vous assure.
20:57Allons, venez.
20:58Après vous.
21:25Sous-titrage Société Radio-Canada
21:29Vous avez des cigarettes?
21:30Oui.
21:31Des brunes sans filtre?
21:34J'ai ça.
21:34Vous en voulez?
21:35Non, merci.
21:37Ce n'est pas pour moi.
21:38Vous allez voir Sanguinelli à la chambre 28?
21:40Oui.
21:41Il est mort ce matin à 5 heures.
21:48Vous le reconnaissez, oui ou non?
21:51Non.
21:54Mais je sais bien entendu à qui il appartient.
21:56Ça fait partie de mon métier.
21:59Et à qui appartient-il?
22:01À la veuve d'un peintre, Mme Seignan.
22:04Je suis allé chez elle.
22:05Le vrai tableau était accroché au mur.
22:08Vous me permettrez d'en conclure que celui qui se trouvait chez vous dans votre coffre est un faux.
22:13Je n'ai jamais eu ce tableau chez moi.
22:16J'ai feuilleté votre dossier.
22:17Il y a une chose surtout qui m'a...
22:19Enfin disons intéressé.
22:21M. Boivin, vous faites de la peinture vous aussi.
22:24Un amateur.
22:26C'est pour me distraire, M. le commissaire.
22:27Ce n'est aucun talent.
22:29On dit ça et on imite les tableaux des autres.
22:31Alors je ne vous permets pas.
22:32Vous êtes un faussaire.
22:33L'auteur de ce tableau c'est vous.
22:34Voilà pourquoi vous niez avec tant d'obstination.
22:36Mais enfin j'en serais totalement incapable.
22:37Écoutez-moi.
22:38Cette toile était chez vous dans votre coffre.
22:40Si elle est fausse en tant que marchand, vous n'avez rien à craindre.
22:43Vous pourrez toujours dire que vous l'ignorez.
22:45Alors pourquoi?
22:45Pourquoi vous taisez-vous?
22:47Parce que l'imitateur de ce Van Gogh, c'est vous, M. Boivin.
22:51Mes compliments d'ailleurs, c'est du beau travail.
22:55On va vous expédier à la Pégille.
22:57Ils vous feront faire des tests sur votre manière de peindre.
23:00Non, inutile.
23:01Je vais tout vous dire.
23:03Ce tableau est un vrai.
23:05Par contre, celui qui se trouve chez Mme Seignan est faux.
23:09Comment ça?
23:11Expliquez-vous.
23:12Selon une clause du testament de son mari, Mme Seignan n'a pas le droit de vendre les toiles qui
23:16lui sont venues en héritage.
23:17Vous voulez dire que pour échapper à cette clause, elle a fait faire un faux et vous a vendu le
23:21vrai.
23:22C'est cela.
23:29Donc, celui-ci est le vrai.
23:32Oui.
23:34Vous l'aviez acheté pour vous ou pour le compte de quelqu'un?
23:37Pour le compte d'un américain.
23:39De Boston.
23:44Je n'ai pas eu le temps de faire la transaction.
23:46Le tableau a été volé avant.
23:47Transaction qui devait rester secrète tant que Mme Seignan est en vie.
23:52C'est cela.
23:53Il y a des collectionneurs, surtout à l'étranger, qui achètent dans ces conditions.
23:57Bien entendu, le prix est moins élevé.
23:59Ils font une bonne affaire.
24:01C'est Mme Seignan elle-même qui vous a vendu le Van Gogh?
24:04Ah non, en intermédiaire.
24:05Je n'ai jamais eu affaire à elle.
24:06Je ne la connais même pas.
24:08Vous ne la connaissez pas?
24:10Enfin, il ne vous est pas venu à l'idée que l'intermédiaire en question vous avait peut-être vendu
24:14un faux.
24:15Mais premièrement, j'ai fait expertiser le tableau.
24:19Deuxièmement, cette personne qui enseignait Mme Seignan dans ses affaires, j'avais confiance.
24:23D'autant que Mme Seignan était dans l'impossibilité, ce qui est très compréhensible, de traiter elle-même.
24:28D'ailleurs, par la suite, cet intermédiaire m'a prouvé qu'il était un parfait honnête homme.
24:32Par la suite?
24:33C'est-à-dire?
24:34Mais quand on m'a volé, ma première idée était de porter plainte.
24:37Mais il m'a déconseillé de le faire, par égard à Mme Seignan.
24:39Il a préféré me rembourser lui-même l'argent que je lui avais versé, plutôt que de savoir Mme Seignan
24:43en proie aux conséquences d'une plainte.
24:45Il vous a remboursé intégralement?
24:46Ah oui?
24:47Combien?
24:4820 millions.
24:49Combien?
24:49Mais j'avais donné une avance sur la vente aux Etats-Unis.
24:52Son nom?
24:54Non, mais ça, je ne peux pas vraiment plus.
24:55Ah non, monsieur, non. Écoutez, finalement, dans cette affaire, personne n'a été laissé.
25:00Il s'appelle Reed Manier.
25:03Répétez?
25:05Reed Manier.
25:07Où habite-t-il?
25:08Ah, ça, je l'ignore. Je l'ai perdu de vue depuis un an.
25:10Ah, vous l'ignorez?
25:12Oui.
25:12Mais ça n'a pas d'importance. Nous le retrouverons.
25:14Prenez la déposition de monsieur.
25:16Dans les jours à venir, nous aurons peut-être d'autres questions à vous poser.
25:18Si ça ne vous dérange pas.
25:22Ce monsieur prétend avoir traité avec monsieur Reed Manier de la vente de votre avant-gogue.
25:25C'est impensable.
25:27Vous déraisonnez, jeune homme.
25:29Ces tablons, je n'ai pas le droit de les vendre.
25:31Mon mari est honnête tellement.
25:33Vous connaissez monsieur Reed Manier?
25:35C'est un de mes meilleurs amis.
25:37Un être exquis.
25:39Vous ne pensez pas qu'il ait pu profiter de votre amitié pour monter une escroquerie
25:42et vendre un faux à monsieur Boivin?
25:45Si vous connaissiez monsieur Reed Manier,
25:47vous ne me poseriez pas des questions aussi imbéciles.
25:50Monsieur Boivin n'hésite pas à dire que le tableau qui se trouve ici est un faux, madame.
25:54C'est d'abominable menteur.
25:56Et vous l'avez cru.
25:57S'il persiste, je le poursuis en diffamation.
26:01J'ai donné rendez-vous à deux experts qui viendront examiner votre toile ici.
26:05Eh bien, vous avez du temps à perdre dans la police.
26:07C'est toi les vrais.
26:09Mais combien de fois faudra-t-il vous le dire?
26:11Vous m'énervez à la fin.
26:18Mon cher Reed.
26:22Asseyez-vous, je vous en prie.
26:24J'ai une grande nouvelle à vous annoncer.
26:26Je peux rester debout.
26:27Mon cœur est encore salide.
26:29Pour une fois, ce n'est pas vous qui dénichez un tableau de grande valeur.
26:33C'est moi.
26:33Ah oui?
26:35Autre jour, vous m'avez apporté un faux de la croix, disiez-vous.
26:37J'avais insisté pour le garder et l'examiner.
26:40Oui, et alors?
26:42Eh bien, d'abord, ce n'est pas un faux de la croix.
26:44C'est une toile peinte maladroitement à la manière du maître par un de ses élèves.
26:49Oui, mais cela ne change rien au point de vue de sa valeur, zéro.
26:52Tout à fait d'accord.
26:54Mon cher Reed, je n'ai pas dormi de la nuit.
26:57Vous n'ignorez pas, bien entendu, la rivalité qui opposait Ingres et Delacroix.
27:01Chacun vers ses partisans farouches, qui allaient jusqu'à se battre en public.
27:06Oui, je sais.
27:07C'était de la frénésie.
27:08Les uns luttaient pour la ligne, les autres pour la couleur.
27:11Mais pourquoi me racontez-vous tout ça?
27:13Mon cher Reed, votre Delacroix au petit pied, il est passé au rayon.
27:19Centimètre par centimètre.
27:22Et il y a quelque chose en dessous?
27:23Une toile d'Ingres, mon cher, une de ses nombreuses versions de femmes turques.
27:28Non, ce n'est pas vrai.
27:29Si.
27:31Oh, bien, je demande à voir.
27:32Mais vous verrez.
27:34Et ce n'est pas tout.
27:36J'ai fait des recherches.
27:38Dans son journal intime, un des élèves de Delacroix, dont le nom m'échappe, avouait avoir volé cette toile.
27:43Non.
27:43Oui, mon petit Rébouis, parce qu'il haïssait Ingres.
27:48Est-ce pour cacher cette toile?
27:50Ou alors plutôt par le plaisir d'avisir l'oeuvre en nid, d'la recouvrir par une peinture plus jeune,
27:54plus révolutionnaire?
27:56Toujours est-il qu'il a peinture l'urée dessus.
27:59C'est le mot.
28:00Et que pour cette raison, cet Ingres, depuis un siècle, échappe à toutes les recherches.
28:05Je ne l'en reviens pas.
28:06Alors, eh bien, il faut vous faire à cette idée.
28:11J'espère qu'en remerciement, vous m'accorderez des conditions abordables.
28:15Ce serait normal.
28:18Moitié et moitié?
28:20Ça va?
28:21Ça va.
28:25Surtout, pas un mot de cette histoire.
28:27Je veux sortir la toile de France avant que l'affaire ne s'ébrute.
28:30Vous avez un acheteur?
28:31Toujours le même, mon marchand de bestiaux en Oklahoma.
28:34Ce gars-là doit commencer à avoir une sacrée collection.
29:13Le type qui avait volé chez moi, le Van Gogh a parlé.
29:15Mais oui, je sais.
29:16Madame Seigneault m'a encore téléphoné ce matin.
29:18Elle me raconte tout.
29:19Oui, mais j'étais obligé de citer votre nom.
29:21Bon, essayez-vous, tout cela est sans gravité.
29:24Non, je voudrais vous poser une question.
29:26Allez-y.
29:28M'aviez-vous vendu un faux?
29:29Qu'est-ce qu'il vous a raconté, ça?
29:31Les policiers, pour vous avoir au tournant, ils vous ont eu.
29:34Madame Seigneault prétend que le vrai est toujours chez elle.
29:36Normal.
29:37Elle continue de jouer le jeu.
29:39Le vrai, c'est-à-dire le vôtre.
29:42Bon, je veux bien l'admettre.
29:43De toute manière, vous avez été très correct.
29:45Non, croyez-moi, il n'y a pas de quoi s'affoler.
29:47Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi, depuis un an, vous avez disparu de la circulation.
29:52Ben, enfin, c'est vous qui ne vouliez plus traiter avec moi.
29:56Vous estimiez que je ne payais pas assez.
29:59Ce n'est pas une raison.
30:02Je ne demande pas mieux que de refaire des affaires avec vous.
30:06Je suis sur un coup en ce moment qui peut vous intéresser.
30:09Ah oui, quoi?
30:11Motus pour l'instant, on en reparlera.
30:13À la vôtre.
30:14À la nôtre.
30:15Mais vous êtes sûr que la police ne nous causera pas d'ennuis pour le Van Gogh?
30:18Pas si nous nous mettons d'accord tous les deux.
30:24Mais comment ça?
30:26En adoptant le même système de défense, ni vous, ni moi, ni Mme Seignan ne seront inquiétés.
30:31Je vous le garantis.
30:34Je vous fais confiance.
30:39Feuillez!
30:40J'ai les rapports de tous les experts.
30:42On en a mis cinq dans le coup, finalement.
30:44Ils ont comparé les deux croûtes.
30:45Et alors?
30:46Eh bien, alors le tableau de Mme Seignan est vrai.
30:48À 100%.
30:50Garantie pure Van Gogh.
30:51Et l'autre?
30:5270% seulement des suffrages.
30:54Oui, ce serait un faux extrêmement réussi.
30:56Et sur ce point, les experts sont en désaccord.
30:59Bon, admettons.
31:00Alors, ça signifierait que Ribemani a essayé, avec ou non la complicité de Mme Seignan,
31:04de profiter de cette clause de testament pour vendre un faux à Boivin.
31:08Eh oui, et ça expliquerait aussi pourquoi Ribemani tenait tellement à rembourser Boivin,
31:12quitte à laisser 20 briques de sa poche.
31:14Vous le connaissez, ce Ribemani?
31:15Oui, je fais établir un dossier sur lui en ce moment.
32:09Toi, je sens que tu vas me faire la morale.
32:11Penses-tu comme si c'était mon genre?
32:15Ribem, crache-moi dessus.
32:17Si, si, si, si, je le mérite.
32:19Tu es fou.
32:20Je suis le plus épouvantable raté que la téléportée.
32:23J'adore quand tu exagères.
32:26Ah là là.
32:28Ah, je me dégoûte.
32:33Ingres, ta femme turque, tu veux savoir?
32:36Non.
32:36Hum, emballez la femme turque.
32:39Elle finira ses jours en Oklahoma comme les autres.
32:42On traverse une période de chance tous les deux.
32:44Tu vas gagner beaucoup d'argent.
32:46Je ne sais plus comment le dépenser.
32:47Un conseil, un seul, en public comme ça, le soir, dans les bars.
32:52Sois prudent.
32:54T'as peur?
32:55La police?
32:57Oh, ce serait formidable s'il m'arrêtait, non?
32:59Oh, formidable!
33:00Je serais célèbre.
33:01Allez, couche-toi, ça valera mieux.
33:04Demain matin, j'appelle le Quai des Orfèvres.
33:07T'as le numéro?
33:09Non.
33:10Je le trouverai dans la nuit.
33:17Bonjour tout le monde.
33:21Hé, bonjour, Abadie.
33:22Bonjour, patron.
33:23Ça va?
33:23Ça va, et vous?
33:24Je préfère mes oeufs de la nuit, moi.
33:26Ah, et pourquoi?
33:27Ma femme avait une rage de dents.
33:28Alors, je ne sais pas si vous avez déjà essayé de trouver un dentiste à temps de soirée du matin.
33:31Non, jamais.
33:32Qu'est-ce que vous avez essayé de faire avec ça?
33:32Finalement, j'ai lui appelé les pompiers.
33:34Les pompiers?
33:35Oui, parce que pour me maintenir debout, j'ai voulu me faire chauffer du café, puis à la place d
33:38'allumer le gaz, j'ai mis le feu à un rideau.
33:41Oui, et si vous aviez un boulot, je serais preneur. L'air pur, ça ne me requinquerait.
33:44Bon, on va voir ça, hein?
33:45Oui, non, il y a quelqu'un dans votre bureau. Ma reuille est avec lui.
33:48Et c'est maintenant que vous me le dites?
33:49C'est maintenant, oui.
33:51Messieurs, bonjour.
33:55Monsieur Rimm-Magné, je pense que vous ne doutez pas des raisons qui vous amènent ici.
34:02Si, justement, et je...
34:05Il y a trois ans, un voleur s'introduit dans l'appartement de M. Boivin, marchand de tableaux.
34:10Il découpe le coffre au chalumeau et s'approprie le Van Gogh qui se trouve à l'intérieur.
34:15Cette toile, il essaie de la vendre. Personne n'en veut.
34:17En désespoir de cause, il s'adresse alors à l'assurance en espérant toucher au moins une prime,
34:21comme cela se pratique parfois en restitution de l'objet.
34:24Là encore, on refuse la transaction.
34:28Nous avons procédé à une enquête.
34:30Cette toile, nous la possédons aujourd'hui.
34:33Il en résulte qu'il s'agit d'un faux particulièrement réussi,
34:36l'original appartenant à Mme Seignion, la veuve d'un peintre.
34:40Cette personne, par suite du testament de son mari,
34:43n'a pas le droit de vendre les toiles qui proviennent de l'héritage.
34:47Dans le milieu de la peinture, tout le monde savait que Mme Seignion était la propriétaire de ce Van Gogh.
34:52Tout le monde, sauf le voleur, qui s'est alors heurté à l'impossibilité de vendre.
34:57Vous connaissez, je crois, Mme Seignion ?
35:00Très bien, excellente amie.
35:03Joue divinement à la canasta.
35:05M. Boivin, que nous avons interrogé, a déclaré que tout en étant au courant de cette clause testamentaire,
35:10il pensait acquérir la vraie toile.
35:12On lui avait expliqué que Mme Seignion s'en débarrassait clandestinement puisqu'elle ne pouvait faire autrement.
35:16Il acheta donc de bonne fois le tableau avec l'intention de le revendre aux États-Unis.
35:21Or, ce tableau était un faux, Mme Seignion ayant conservé l'original.
35:25Et savez-vous qui M. Boivin a désigné comme étant l'intermédiaire ?
35:29Oui, moi.
35:30Je suis donc en droit de vous demander quelques explications.
35:33Bien volontiers. J'ai été victime d'une épouvantable escroquerie.
35:39D'une escroquerie ?
35:40Oui. Un jour, un homme se présente chez moi, un ami de Mme Seignion.
35:44Il m'apporte le Van Gogh en me disant que Mme Seignion veut s'en défaire d'urgence.
35:49Si je comprends bien selon vous, le faux Van Gogh ne vous aurait pas été fourni par Mme Seignion,
35:53mais par une tierce personne.
35:56C'est cela.
35:56Et vous n'avez pas eu la curiosité d'en référer à Mme Seignion ?
36:00J'ai essayé. Elle était en croisière dans les îles grecques.
36:05Bien entendu, cet intermédiaire mystérieux, M. Boivin ne l'a jamais rencontré.
36:10Si, il me semble bien.
36:13Il vous semble bien.
36:15Peut-on vous demander son nom ?
36:16Cassini.
36:18Sa profession ?
36:19Officiellement vendeur de tableaux, je devrais plutôt dire escro.
36:26Vous prévenez le blanc qu'il allait chercher Boivin tout de suite.
36:29Oui.
36:29Il y a trois ans, quand M. Boivin a constaté le vol, vous l'avez dissuadé de porter plainte.
36:35Entre temps, Mme Seignion était rentrée.
36:37J'avais découvert la vérité sur Cassini.
36:39Et pour que le scandale ne retombe pas sur Mme Seignion et moi,
36:42j'ai préféré perdre un million et rembourser à M. Boivin la perte que lui a fait le vol.
36:48M. Boivin, c'est-il que vous avez été la victime de M. Cassini ?
36:52Non. J'avais été roulé. Tant pis pour moi.
36:56J'aimerais avoir des détails sur votre Cassini.
37:00Son prénom était Boris, originaire du Danemark.
37:05Par la suite, j'ai appris qu'il avait lancé sur le marché plusieurs milliers de fausses statuettes nègres.
37:11Quel âge ?
37:13Comme vous et moi, la quarantaine.
37:16Et physiquement ?
37:18Grand, long, un peu dégarni, des yeux gris clairs, très sain, le beau sportif.
37:25Vous avez eu une explication avec lui ?
37:28Orageuse. Il a avoué que le Van Gogh était faux, il a juré de me rembourser et il a disparu.
37:33Parce que les 20 millions de M. Boivin étaient passés par votre intermédiaire dans la poche de M. Cassini.
37:39Évidemment.
37:40Sans prendre de commission.
37:41Non, je croyais rendre service à Mme Seignan.
37:46M. Rimanier, ce M. Cassini n'existe pas.
37:51J'aurais préféré.
37:53Et par la même occasion, économiser 20 millions.
37:59Que Chassaigne regarde dans son fichier et interrogez Mme Seignan par téléphone.
38:03D'accord.
38:08Chapeau, vous êtes fort.
38:10Mais la partie n'est pas encore gagnée.
38:12Quand on n'a rien à se reprocher, on est toujours très fort.
38:16Cassini ! Quel horrible bonhomme !
38:19Je ne veux plus en entendre parler.
38:20Quand il a disparu, il m'a volé un collier de perles.
38:23Des perles de culture, mais tout de même.
38:26Pensez-vous qu'il était capable d'organiser l'escroquerie de Van Gogh ?
38:29Oui, il est capable de tout.
38:31Quand vous m'en parlez, j'en ai la chair de tout.
38:33Bon, eh bien, je vous remercie, madame.
38:34Au revoir, jeune homme.
38:37Qui a peint le faux Van Gogh ?
38:39Je l'ignore.
38:40Cassini, ça m'étonnerait.
38:42Moi aussi.
38:47Entrez !
38:50Oh !
38:51Bonjour, cher ami.
38:52Comment allez-vous ?
38:53Très bien, je vous remercie.
38:55Très heureux de vous revoir.
38:56Oh, et moi donc ?
38:58Monsieur Boivin, prenez place.
39:00L'autre jour, vous nous avez cité monsieur Riemannier
39:03comme étant le vendeur du Van Gogh.
39:06Oui, oui, en effet.
39:09Quand vous le rencontriez, était-il seul ?
39:11Ah non, généralement, il était en compagnie de monsieur Cassini.
39:15Ah, parce que vous connaissez monsieur Cassini ?
39:17Oui.
39:18L'autre jour, vous ne m'en avez pas parlé.
39:19Parce que moi, je traitais avec monsieur Riemannier.
39:24Décrivez-le-moi, ce Cassini.
39:28Grand, le genre nordique, les yeux clairs.
39:30Oh, mais ça suffit.
39:33Entrez !
39:34J'ai le renseignement sur Cassini.
39:44Réfugié au Mexique, il y a deux ans.
39:46En fuite depuis.
39:48Mandat international lancé contre lui pour plusieurs faux en peinture.
39:54Introuvable.
39:56Messieurs, il est inutile que nous poursuivions plus avant cette conversation.
40:02Vous finiriez par me convaincre.
40:06On ferait ça avec un Toulouse-Lautrec pas trop connu.
40:09Il m'en reste un.
40:10Tu es d'accord ?
40:14Hum, quoi ?
40:16Tu n'as rien écouté.
40:18Non.
40:21Je peins pour moi.
40:24Tu permets ?
40:26Ça s'est fait déjà cinq ou six fois à ma connaissance.
40:29Toujours avec succès.
40:30Parce que les experts, dans ce coup-là, ils sont paumés.
40:33Tu prends un tableau, un vrai, mon Toulouse-Lautrec par exemple.
40:37Tu le coupes en deux parties, pas forcément égales, comme ça t'arrange pour les raccords.
40:40Et d'un même tableau, tu en fais deux.
40:43Hum.
40:44C'est-à-dire que sur chaque, je peins la partie manquante.
40:46Oui.
40:47Et on a deux toiles que tous les experts qualifieront d'authentique, sans problème.
40:52À condition de ne pas les lancer sur le marché en même temps.
40:54Penses-tu ?
40:55Au contraire.
40:56On croit à Toulouse-Lautrec qu'on a fait deux versions.
40:58T'inquiète pas.
41:04Toulouse-Lautrec qu'on a fait deux versions.
41:29Toulouse-Lautrec qu'on a fait deux versions.
41:59Il s'appelle Druge, il est peintre.
42:02C'est le meilleur ami, semble-t-il, de Rimes-Magné.
42:04Il dépense beaucoup d'argent ?
42:05Oui, beaucoup.
42:06Et ses toiles se vendent ?
42:08Mal.
42:09Mais il prétend qu'il a fait un héritage.
42:11L'an dernier, il s'est payé une Rolls.
42:14Il dit que c'est pour faire comme les grands peintres.
42:16Mais il vit surtout la nuit dans les bars.
42:17Oui, mais ça m'a tout l'air d'être.
42:18Notre homme, il boit ?
42:19Ah, ça oui, alors.
42:20Et dans ces cas-là, il parle beaucoup.
42:22Philosophie, politique, jamais peinture.
42:28Quel boulot de suivre ce gars-là, il n'arrive pas une minute.
42:31Aujourd'hui, trois vernissages.
42:32En plus, il connaît une centaine de personnes.
42:33Il n'y a rien d'anormal dans tout ça.
42:35Ah non, rien d'anormal.
42:36Aucune preuve.
42:38D'ailleurs, des preuves dans cette affaire, nous n'en aurons jamais.
42:41On peut continuer à les suivre le temps qu'on veut, on ne trouvera rien.
42:43Non, il faut y aller au blaf au chiqué.
42:45C'est une méthode que je n'aime pas beaucoup, mais nous n'avons pas le choix.
42:49François, vous me dites que ce peintre, Druge, c'est ça ?
42:52Oui.
42:53Aime boire.
42:54Oui, patron.
42:56Bon, c'est parfait.
43:06Monsieur m'excusera.
43:08Vous en prie, oui.
43:12Dois-je vous annoncer ?
43:13Non, inutile.
43:14Nous connaissons M. Rivemanier.
43:18Entrez, monsieur.
43:19Entrez.
43:20Excusez-moi de vous déranger.
43:22Si vous n'y voyez pas d'inconvénients, je continue.
43:23Je dois aller au théâtre et je suis déjà en retard.
43:26Asseyez-vous.
43:26Non, merci.
43:27J'ai quelques questions à vous poser.
43:29Ah, toujours au sujet de ce Van Gogh ?
43:31Non.
43:32Pas mieux.
43:33Votre ami Druge m'intéresse beaucoup.
43:37Quel personnage étonnant.
43:38À Montparnasse, il n'est pas le seul.
43:41Jamais nous n'aurions pensé à nous occuper de lui sans certaines dépositions de patrons de bistrot.
43:49Des patrons de bistrot ?
43:51Oui.
43:53Le premier que vous avez vu, que vous a-t-il dit déjà ?
43:56Ce soir-là, Druge s'était vanté en public d'être l'auteur de certains faux.
44:00Druge raconte n'importe quoi, surtout la nuit.
44:04Je peux vous donner son emploi du temps depuis dix jours.
44:07Et même la liste de toutes ses consommations dans les bars, c'est impressionnant.
44:11Rassurez-vous, il tient le coup.
44:13Non, mais je ne m'inquiète pas pour sa santé, mais pour son avenir.
44:16S'il continue à débiter autant d'histoires sur les fausses toiles dont il prétend être l'auteur, il risque
44:22d'énormes ennuis.
44:24Monsieur le commissaire, vous perdez votre temps.
44:26Druge, je le connais.
44:27Il est bien incapable de réussir le moindre faux.
44:30Pour ça, il faut avoir du talent.
44:32Vous avez vu ces toiles ?
44:33Non.
44:34Quand vous les verrez, vous comprendrez.
44:36C'est à vous, je crois, que mardi dernier, vers 2h du matin, il a raconté comment il fallait s
44:40'y prendre pour peindre un Rembrandt.
44:42Oui, oui. Il m'a expliqué que pour les tableaux anciens, il employait en général comme moi des douves de
44:47vieux tonneaux.
44:48Les craquelures artificielles, il les provoque en ajoutant de la résine.
44:52Oui, de la résine dans les couleurs.
44:54Ah, il affirme aussi que 3 de ces faux se trouvent dans les plus grands musées du monde.
44:59Mais enfin, monsieur le commissaire, pourquoi vous racontez-vous tout ça ?
45:02Pourriez-vous passer demain matin au commissariat avec monsieur Druge ?
45:05Enfin, vers 11h. J'ai convoqué 3 patrons de bistrot et 4 clients qui ont entendu votre ami perroré au
45:12sujet de ces fausses toiles.
45:13Mais je ne crois pas un mot de tout ce que vous me dites.
45:17Rendez-vous demain matin à 11h et nous en finirons avec toute cette histoire.
45:29Louis.
45:32Prévenez mes amis que je n'arriverai au théâtre que pour le second acte.
45:34Bien, monsieur.
45:36Prévenez mes amis.
46:11Enfin, c'est de la folie de dégoiser comme ça en public.
46:14Je savais bien que ça devait t'arriver un jour ou l'autre, je t'avais prévenu.
46:16Tu m'amuses.
46:17Oui, plaisante, c'est le moment.
46:19Je te répète que je n'ai pas prononcé une seule phrase compromettante.
46:21Mais il m'a donné des détails.
46:22Lesquels ?
46:23Sur tes ventardises.
46:24Tes manières de t'y prendre pour faire des tableaux sur bois.
46:26N'importe quel faussaire connaît ça, mais enfin réfléchis un peu.
46:28C'est la baissée du métier.
46:30T'es tombé dans le panneau, c'est tout ce qu'il voulait.
46:31Oui, penses-tu ?
46:32Et demain, rendez-vous à 11h au commissariat, avec trois patrons de bistrot et quatre clients qui vont apporter tes
46:37propres paroles.
46:38Que c'est de la provocation, rien de plus.
46:40Mais qu'est-ce que tu en sais ?
46:42Certains jours, tu ne te rappelles plus ce que tu as dit au cours de la nuit.
46:45Question travail, je suis toujours lucide.
46:46Et quand tu veux alerter la police pour démontrer que le plus grand peintre français, c'est toi.
46:50Parce que tu es à la fois Rembrandt, Ingres, Gauguin et Utrillo.
46:53Je dis ça pour t'effrayer, tu sais bien que je ne le ferai jamais.
46:55Enfin, ça sera arrivé depuis le temps.
46:57Mais en attendant, on est dans le sale drap.
46:59Et demain, à 11h, qu'est-ce qu'on leur dira ?
47:01Allez, va, fais-moi confiance.
47:04Je ne me demande pas mieux.
47:05On ira se pointer à 11h là-bas et il sera bien étonné.
47:07Oui.
47:08Oui.
47:12Oui.
47:27Sous-titrage Société Radio-Canada
47:57Police, monsieur.
47:59Commissaire Lambert.
48:01Vous m'attendiez ?
48:02Pouvons-nous entrer ?
48:06Je croyais que vous aviez rendez-vous demain matin à 11h.
48:09Demain matin, qui vous a dit ça ?
48:10Rem m'a prévenu.
48:12Nous avons en effet interrogé monsieur Rembrandt, mais sans lui fixer de rendez-vous.
48:15Vous ne fichez pas de moi.
48:18Je sais ce que je dis.
48:20Pourquoi Rem m'aurait-il raconté ça ?
48:22Pour vous éprouver.
48:23Pour savoir si en ce moment vous tenez votre langue.
48:26Monsieur le commissaire, j'ai sommeil.
48:27Alors finissons-en.
48:29Quelle est la raison de votre visite ?
48:30De quoi m'accusez-vous ?
48:32D'être le plus étonnant, le plus merveilleux peintre faussaire de notre époque.
48:36Je serais ravi de mériter ces épithètes flatteuses, hélas.
48:40Fouillez l'appartement, vous ne trouverez rien.
48:43Je n'ai jamais fait un faux de ma vie.
48:45Je suis comme petit artisan qui vit heureusement au-dessus de ses moyens grâce à un héritage.
48:49De qui ?
48:50Un oncle.
48:52Comment s'appelle-t-il ?
48:54Étienne.
48:54Étienne Druge.
48:56Mort.
48:57Quand ça ?
48:58Il y a trois ans.
49:01Notez, nous vérifierons.
49:04Ribes Manier, où l'avez-vous connu ?
49:08Dans un bar, à Montparnasse, il y a quatre ans.
49:11Ah, pendant que j'y pense, je suis heureux de vous féliciter pour votre Van Gogh, le paysage de Provence.
49:17La peinture est pour moi une grande joie dans la vie.
49:20Eh bien, ce Van Gogh au commissariat, j'ai...
49:23Enfin, je me suis amusé à l'examiner, à étudier votre technique, à comparer.
49:30Hier soir, j'ai même essayé d'en faire autant, c'est une catastrophe.
49:33Savez-vous que l'expert numéro un de la PJ s'y est trompé ?
49:38Monsieur le commissaire, je vous ai laissé parler par politesse.
49:40Encore une fois, vos éloges ne me concernent pas.
49:43C'est de vous tout ça ?
49:49Ben, le trait passe encore, mais les couleurs...
49:53Il y a un manque de goût.
49:55Ben, oui, qu'est-ce que vous en pensez ?
49:57La peinture, vous savez, je n'y connais pas grand-chose.
49:59Non, mais donnez votre avis quand même.
50:01Ben, moi, ça ne m'emballe pas beaucoup.
50:03Vous avez fini, oui ?
50:04De toute façon, vous n'y connaissez rien, ni un ni l'autre.
50:07Étonnant, aucune imagination.
50:09Et pourtant, quand vous inventez à la place de Van Gogh, il y a du génie.
50:13Oui, je ne perdrai plus mon temps à vous répondre.
50:15À propos, Mareu, vous vous êtes occupé du compte en banque de monsieur ?
50:17Oui, oui, les trois banques dans lesquelles M. Druge a des comptes doivent nous fournir des fiches demain matin à
50:229h.
50:24Vous n'avez commis qu'une erreur, Druge.
50:27Pour justifier votre argent devant votre auditoire de bistrot, vous avez cru bon de vous inventer un héritage.
50:32Vous m'avez même donné un nom et vous avez eu tort, vous le savez.
50:34Demain, avant midi, j'aurai vérifié, je saurai tout.
50:37Et je n'aurai plus qu'à vous arrêter.
50:40Vous avez encore 11 heures de liberté.
50:45Dormez bien quand même.
50:47Vous aussi ?
50:48Je croyais qu'il avait du panache, il n'en a pas.
50:51Pour moi, copier, c'est égaler.
50:55Et quand on est capable d'égaler Rembrandt, Van Gogh et quelques autres,
50:58on devrait savoir narguer la terre entière.
51:02Mais enfin, Druge, entre nous, votre peinture, personne n'en veut.
51:04Tandis que vos faux, on se les arrache.
51:06Parce qu'ils sont illustres.
51:08Ils ont cette chance au départ.
51:10Mais vous, qu'avez-vous fait pour devenir célèbre ?
51:13Vous travaillez dans l'ombre.
51:14Vous avez peur de vous.
51:18Je vois ce que vous êtes.
51:20Le faussaire étriqué, le petit, le minable.
51:24L'artiste fonctionnaire dans toute son horreur.
51:28Au revoir, monsieur.
51:29A demain, de toute façon.
51:31Non, ne partez pas.
51:35C'est moi.
51:41Van Gogh.
51:44C'est moi.
51:45Et Rembrandt aussi.
51:48Vous savez, le Rembrandt du musée de Chicago.
51:50Et Gauguin.
51:52Quatre toiles qui font époque.
51:53On en parle dans les histoires de l'art.
51:55Et Ingres.
51:56Vous l'avez pas vu ?
51:57Un des plus beaux.
51:59Demain, tous les journaux parleront de moi.
52:01En gros titre.
52:02Le plus génial escroc du siècle.
52:05Oui, les journalistes exagèrent toujours.
52:16J'arrive du théâtre.
52:18Je suis parti d'El Rideau.
52:20Ici, par contre, vous avez raté le dénouement.
52:22Une apothéose.
52:24Votre ami a avoué.
52:25Par orgueil.
52:27J'aime ça.
52:36Je ne t'en veux pas, bonhomme.
52:37T'es un grand gars.
53:26Sous-titrage ST' 501.
54:08Sous-titrage ST' 501.
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