- il y a 12 heures
DB - 06-03-2026
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00:07:45Après, on rentre ensemble à Montreuil.
00:07:46Ça me fait plaisir de te voir.
00:07:48Un mois depuis les vacances.
00:07:50Alors, c'est bien de travailler dans les hôtels ?
00:07:51Ouais, on voit les troupes marins.
00:07:53Qu'est-ce que tu fais toute la journée ?
00:07:55J'ouvre les ports, j'appelle les taxis, je te remmène le chien des clients.
00:07:57Et les autres groupes, ils sont sympas ?
00:07:59Il y en a un formidable qui m'apprend le judo.
00:08:01Non !
00:08:02Oh, dis, apprends-moi quelques frites pour épâter mon frangin.
00:08:05Tu veux ?
00:08:07Tiens, la baissée du judo, l'osautogarie.
00:08:09Quoi ?
00:08:10Le grand fauchage extérieur, tu vas pliger tout de suite.
00:08:12On m'en parle les bras. Vas-y.
00:08:17Viens à côté.
00:08:21Je vais te montrer comment me faire tomber.
00:08:23J'ai bien la jambe droite.
00:08:24Tiens-moi la veste.
00:08:25Et donne-moi un grand coupé en cheville. N'aie pas peur.
00:08:28Vachement facile, eh !
00:08:29Pas tant que ça. Tu verras quand je parlerai à la prise.
00:08:31Allez, recommence.
00:08:39Voilà.
00:08:42Je te l'ai volée, madame.
00:08:43Quand vous êtes parti hier soir, mon mari vous a dit quelque chose ?
00:08:46Non. D'ailleurs, il est parti avant moi.
00:08:48Avant vous ?
00:08:49Il est allé chez Luther.
00:08:50Il m'a demandé de fermer une magasin au cas où il ne serait pas rentré.
00:08:53Il n'est toujours pas là.
00:08:54Ah.
00:08:55J'ai attendu jusqu'à 4 heures ce matin.
00:08:57A cause de lui, je n'ai pas dormi.
00:08:58Ah, celui-là.
00:09:00Mais ne restez pas là comme un empoté à l'ouvrir la boutique.
00:09:03Chat, mon emoté.
00:09:05Ben, j'étais désemparée.
00:09:07Je ne savais plus quoi faire.
00:09:09Téléphoner aux hôpitaux.
00:09:10Oui, bien sûr.
00:09:10Mais auquel ?
00:09:12Alors, j'ai décidé de venir vous trouver.
00:09:14Bon.
00:09:14Alors résumons-nous, madame Depin.
00:09:16Vous n'avez plus vu votre mari depuis hier soir environ 6 heures.
00:09:20Oui, c'est ça.
00:09:21Pauvre chou.
00:09:24Était-il heureux ?
00:09:26On le serait à moins.
00:09:28Enfin, nous avions des petites brouilles comme tous les ménages.
00:09:32Quel genre d'existence menait-il ?
00:09:34Très calme.
00:09:35Enfin, un homme doux, simple, facile à vivre.
00:09:40Il sortait beaucoup sans vous ?
00:09:41On ne sait jamais.
00:09:43D'ailleurs, je suis très jalouse.
00:09:45Je ne l'aurais pas autorisé.
00:09:47Il travaillait toute la journée et le soir.
00:09:51Il disait.
00:09:52Il faisait des réussites.
00:09:54Excusez-moi de vous poser cette question.
00:09:56Est-ce que vous lui connaissez des relations ?
00:09:59Enfin, vous voyez ce que je veux dire.
00:10:01Avec d'autres femmes ?
00:10:02Pauvre chou, il aurait trop peur des complications.
00:10:05Ce jour-ci, est-ce qu'il a dépensé plus que d'habitude ?
00:10:07Enfin, a-t-il prélevé de l'argent à la banque ?
00:10:08Il ne possède pas un compte à son nom.
00:10:11C'est moi qui gère toujours nos finances.
00:10:13Ah.
00:10:15Pourquoi ?
00:10:16C'est un poète.
00:10:18Un panier percé, si on le laissait faire.
00:10:22Votre magasin marche bien ?
00:10:24Tout juste.
00:10:26Mon mari manque vraiment d'ambition.
00:10:29M. Depin était-il en bonne santé ?
00:10:32Oui.
00:10:33Enfin, depuis quelque temps, il s'imaginait cardiaque.
00:10:35Il suivait un régime.
00:10:39C'est la première fois qu'il quitte le domicile conjugal ?
00:10:43Non.
00:10:44Il y a un an, il a déjà fait une fugue.
00:10:47Je l'ai retrouvée.
00:10:49Mais, deux jours plus tard, il réintégrait.
00:10:52Ravi, notre maison.
00:10:55J'ai fermé les yeux.
00:10:56Où était-il parti ?
00:10:58Chez un ami.
00:10:59Il vous en avait donné les raisons ?
00:11:03Il prétendait qu'il ne voulait plus me voir.
00:11:05C'est un être extrêmement lunatique.
00:11:09Est-ce que vous lui connaissez des ennemis ?
00:11:11Lui ? Aucun, pauvre chou.
00:11:14Pour rien au monde, il n'aurait voulu se brûler avec qui que ce soit.
00:11:17Ces derniers temps, vous n'avez pas remarqué un changement dans son attitude ?
00:11:22Aucun ?
00:11:23A priori, il n'avait pas de raison de se donner la mort.
00:11:27Absolument pas.
00:11:29Il ne manquait de rien.
00:11:31Un travail paisible.
00:11:33Une femme qui le choyait.
00:11:36Vraiment pas.
00:11:37Vous pensez qu'il avait de l'argent sur lui ?
00:11:39Non.
00:11:41Alors, il m'en carottait.
00:11:43Vous ne voyez pas quelqu'un, un ami chez qui il aurait pu se rendre ?
00:11:46Ses amis des Galapia.
00:11:48D'ailleurs, depuis longtemps, je l'avais mis en demeure de choisir.
00:11:50Ou eux, ou moi.
00:11:51Ainsi, vous n'avez pas vu Monsieur Depin hier soir ?
00:11:53Non.
00:11:55Pourtant, en quittant son domicile, il a dit qu'il venait chez vous.
00:11:57Sa dernière gîte remonte au moins à deux semaines.
00:12:01Vous le connaissiez bien.
00:12:02J'avais avec lui des rapports professionnels.
00:12:05Je lui donnais des réparations à faire.
00:12:07Et sa femme ?
00:12:08Il était marié.
00:12:09Ça, j'ignorais.
00:12:10Il ne m'a jamais parlé de sa vie privée.
00:12:13Le magasin appartenait à Madame Depin.
00:12:14A l'époque, elle avait deux employés sous ses ordres.
00:12:16Et puis elle s'est mariée.
00:12:17Et puis son mari a travaillé dans la boutique.
00:12:19Oh, il y a bien 20 ans de ça.
00:12:20Il s'entendait avec sa femme ?
00:12:22Absolument pas.
00:12:22Elle voulait toujours avoir le dernier mot.
00:12:24Et elle l'avait.
00:12:25Est-ce que c'était un homme à quitter sa femme comme ça sur un coup de tête ?
00:12:28Oh non.
00:12:29Il l'aurait déjà fait depuis longtemps.
00:12:31Ah.
00:12:31Ça vous apprenait-il le métier ?
00:12:33Six mois, monsieur.
00:12:35Il recevait des visites ?
00:12:36À part la clientèle, personne.
00:12:38Enfin, pas quand j'étais là.
00:12:40Est-ce qu'il s'absentait ?
00:12:41Deux fois par semaine.
00:12:42L'après-midi.
00:12:43Pour aller voir des fournisseurs.
00:12:45Ces jours-ci, il vous a paru soucié ?
00:12:48Depuis un mois, il n'était plus le même.
00:12:50Il parlait de moins en moins.
00:12:51Même avec moi.
00:12:55Et avec sa femme ?
00:12:58Au bain sain.
00:12:59C'est-à-dire ?
00:13:02Je peux.
00:13:03Evidemment, vous êtes là pour ça.
00:13:05Eh bien, elle.
00:13:05C'est une drôle de vache.
00:13:07Ils se disputaient souvent ?
00:13:08Ils ne faisaient que ça.
00:13:09Et sur quoi portaient leurs discussions ?
00:13:11Sur tout.
00:13:12Depuis deux jours.
00:13:13D'ailleurs, quand elle lui posait une question, il ne répondait plus.
00:13:16Depuis deux jours ?
00:13:19Il paraissait cafardeux ?
00:13:20Il en avait marre.
00:13:23Hier soir, je l'ai trouvé bizarre.
00:13:26Il m'a donné des conseils sur mon avenir.
00:13:28Il m'a dit que je ferais mieux d'aller dans une école.
00:13:30Il m'aimait bien.
00:13:34Si demain vous appreniez qu'il s'est donné la mort, ça vous étonnerait ?
00:13:37Oh non, alors.
00:13:38Avec des données pareilles, il n'y a rien d'autre à faire.
00:13:53Ah, un bali.
00:13:55Comment ça va ? Bien dormi ?
00:13:56Oh là, moi, je dort toujours bien.
00:13:58Si le patron vous entendait, lui qui dort toujours si mal.
00:14:00Mais d'abord, il faut bien dormir, il faut bien manger.
00:14:03Il faut se caler l'estomac avec un bon petit repas, un bon petit vin.
00:14:06Le sommeil est garanti.
00:14:07C'est drôle.
00:14:08Moi, pendant des années, la nourriture, ça ne m'intéressait pas.
00:14:10En bas, je faisais du sport.
00:14:11Oh là, oh là là, c'est mauvais, ça.
00:14:13Oh.
00:14:14Marquez, il y a pire.
00:14:15Ceux qui boivent de l'eau minérale.
00:14:17Oui, la cousine de ma femme, elle en buvait tout le temps.
00:14:19Ils l'ont enterrée la semaine passée.
00:14:20Ah.
00:14:21Combien ?
00:14:21Enfin, il y avait peut-être une autre raison.
00:14:23Où pensez-vous ?
00:14:24Mais la vie, ça l'ennuyait.
00:14:25Vous lui auriez mis des petites griffes sous le nez, vous savez,
00:14:28avec des tartines à s'enlècher les doigts.
00:14:29Ben, on n'aurait pas voulu.
00:14:29Dans ces conditions-là, à quoi bon vivre ?
00:14:32Hein ?
00:14:32Oui, bon, alors, passons aux choses sérieuses.
00:14:34Vous voyez, vous dites, passons aux choses sérieuses.
00:14:36Comme si la cuisine n'était pas une chose sérieuse.
00:14:39Ce pauvre monsieur Depin, qui a disparu, qui s'est peut-être suicidé.
00:14:43Ben, si la bonne chère l'avait tiré un peu plus, il en sait pas là, va.
00:14:46Et sa femme.
00:14:47Il suffit de la regarder pour savoir qu'elle ignore toute la différence
00:14:50entre un rouget bordelaise et un rouget à la grecque.
00:14:52Un rouget à la...
00:14:53Oui, bon, enfin, vous m'expliquerez ça un autre jour.
00:14:55Alors, quoi de neuf dans l'affaire Depin ?
00:14:58Ben, on ne le retrouve toujours pas.
00:15:00Ça fait deux jours.
00:15:02Rien dans les hôpitaux, les commissariats, la province, rien.
00:15:06Ce type était Norasthenique, il a dû se tuer.
00:15:08J'ai retrouvé hier soir l'adresse d'un de ses amis, un certain l'a battu.
00:15:11J'ai laissé une convocation pour ce matin.
00:15:13Très bien, on va voir.
00:15:51Montuta, il ne me t'y a pas ?
00:15:51En telle, je suis la battue.
00:15:52Pardon, c'est bien messieurs ?
00:15:54Assyez-vous.
00:15:55C'est bien faits.
00:15:57Je suis désolée.
00:15:57Il y a toujours guérir il n'est problématique,
00:15:57est-ce même que tu es tout à fait ?
00:15:57Là, voilà. Couce-couce, sois sage, hein.
00:16:02Je le quitte jamais. Il est toujours avec moi.
00:16:05Dites-moi, j'ai reçu une convocation, là.
00:16:07Oui.
00:16:09Vous connaissez bien M. Depin, l'horloger.
00:16:12Raphaël, parfaitement. C'est un ami.
00:16:14Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois?
00:16:16Ben, la semaine dernière, mais vous savez, on se rencontre pas beaucoup, hein.
00:16:21À cause de sa femme.
00:16:23Pourquoi, à cause de sa femme?
00:16:24Elle me déteste.
00:16:26Il paraît qu'elle a très mal de caractère.
00:16:27Oh là là, vous savez, quand je la vois, je regrette pas d'être resté célibataire, voyez-moi.
00:16:32Eh bien, votre ami Raphaël a disparu depuis trois jours.
00:16:36Disparé?
00:16:36Oui, il a quitté son domicile un dix soir et depuis...
00:16:38Ah ben, dans mieux, dans mieux. Je vous dis toujours, plaque ta femme. Il hésitait.
00:16:43Ainsi, vous ne pensez pas qu'il ait pu se donner la mort?
00:16:46Oh, non.
00:16:48Certains de ses familiers, en particulier des voisins, sont moins sûrs que vous.
00:16:52Ces temps-ci, ils le trouvaient très abattu.
00:16:54Moi, je crois qu'il est parti pour le Canada.
00:16:57Pourquoi, pour le Canada?
00:16:58Ben, il m'en parlait souvent.
00:17:00Où est-ce qu'il aurait pris l'argent du voyage?
00:17:04Il l'a peut-être économisé.
00:17:06Avec Raphaël, tout est possible.
00:17:08Il est tellement secret.
00:17:10Même à moi, son meilleur ami, il ne me dit pas tout.
00:17:13Je le connais depuis 39. On était sur l'Inguagino ensemble.
00:17:17Il parle peu.
00:17:19Il écoute les autres.
00:17:21À Paris, vous vous rencontriez où, ça?
00:17:23À la pêche.
00:17:25On est allés à la pêche ensemble, avec couscous.
00:17:29Ainsi, ça ne vous surprend pas que votre ami ait disparu du domicile conjugal?
00:17:33Oh, non.
00:17:35Non, mais pour moi, il a dû adresser une maître à sa femme pour lui annoncer sa décision.
00:17:39Dans ce cas, pourquoi n'aurait-il pas annoncé carrément son intention de partir?
00:17:42Ah, parce que ça aurait fait une discussion de plus.
00:17:45Et puis Raphaël, il ne voulait plus discuter.
00:17:48L'année dernière, une fois, il a quitté sa femme en ayant le malheur de lui dire où il allait.
00:17:54C'était chez moi.
00:17:56Oh là là.
00:17:57Elle a répliqué aussitôt la grande scène.
00:18:01Les menaces, elle voulait se tuer.
00:18:03Mettre le feu à mon appartement.
00:18:05Alors ce pauvre Raphaël, il est retourné chez lui, parce qu'il était encore là qu'il était le plus
00:18:09tranquille.
00:18:10Autrement dit, Mme Depin est une femme qui abreuve son mari d'insultes et qui en même temps ne peut
00:18:14pas se passer de lui.
00:18:16Exactement.
00:18:18Elle n'a pas toujours été comme ça, j'espère.
00:18:20Oh, non, non.
00:18:21Non, mais ça ne s'arrange pas.
00:18:23Ah, Marie, sa première femme, c'était une perle à côté.
00:18:27Il avait déjà été marié?
00:18:28Oui.
00:18:29En 1940, elle est morte pendant la dévacle.
00:18:33Mais à ce moment-là, Raphaël et moi, on était déjà prisonniers en Allemagne.
00:18:37Et elle dit, ah, couscous, il est parti, couscous.
00:18:40Couscous, viens, couscous.
00:18:41Ah, celui-là, il ne vous connaît pas, il veut faire l'intéressant.
00:18:45Couscous, viens, couscous.
00:18:47Couscous, viens, couscous.
00:18:50Couscous.
00:18:50Couscous.
00:18:57C'était coincé sur le liste de ma péniche.
00:19:02Le billet de sillon.
00:19:07De facture.
00:19:11C'est un doigt de vin.
00:19:14Un doigt de sept rouages.
00:19:15De vin, ça me dit quelque chose.
00:19:24Qu'est-ce qui ?
00:20:53Avant de parler, avant de prendre position sur une question qui vous préoccupe et qui moi m'indiffère totalement, je
00:21:04tiens à m'assurer que ma déposition restera anonyme.
00:21:08C'est-à-dire ?
00:21:09Que personne ne saura que je suis venu ici.
00:21:12Non, écoute, professeur, tes amis se m'occuperont.
00:21:13D'abord, je n'ai pas d'amis. Je n'agis jamais en fonction des autres.
00:21:16Bon, bon, bon, ça va, ne te fâche pas.
00:21:18Mais, comprenez-moi bien.
00:21:21Je refuse de témoigner si cette demande n'est pas prise en considération.
00:21:26Bon, je vous garantis l'anonymat.
00:21:27En outre, je ne signerai aucune déclaration.
00:21:32Votre témoignage restera purement verbal. Vous êtes satisfait ?
00:21:35Je pense, oui.
00:21:38Oh, ne voyez là aucune atteinte à votre profession que, contrairement à beaucoup de gens, je ne considère pas comme
00:21:43plus méprisable qu'une autre.
00:21:45Nous sommes d'accord, professeur. Alors, au fait...
00:21:49Ah, t'es mauvaise conseillère.
00:21:51Pourquoi vouloir rattraper le cheval quand il ne vous reste plus que l'étrier ?
00:21:55Non.
00:21:56Non, j'ai déjà le sentiment d'avoir gâché ma journée en venant ici, alors ne remettez pas par votre
00:22:01impatience.
00:22:03Cigarette ?
00:22:03Non, merci.
00:22:05Mauvais pour la santé, poison.
00:22:08Bon.
00:22:09Alors, qu'est-ce que je dois dire ?
00:22:11Raconte ce que tu as vu la nuit en question.
00:22:15Bien, je m'apprêtais à dormir.
00:22:17Il devait être deux heures du matin.
00:22:21Oui, j'ai horreur de m'accoucher tôt.
00:22:30Continuez, je vous en prie.
00:22:35Donc, à ce moment-là, j'aperçus Tituban, marchant sur le quai, un homme.
00:22:42Il avait bu.
00:22:44Il t'arrêbucha sur un pavé et tomba.
00:22:48Il saigna abondamment du nez.
00:22:52Comme il ne me semblait posséder aucune notion médicale propre à enrayer cette bénigne hémorragie,
00:22:59j'entrepris de le soigner.
00:23:02Nous bavardons.
00:23:04C'était un homme courtois, fort civil.
00:23:08Il me parla de son métier d'horloger, de son épouse, qu'il appelait le dragon.
00:23:14Mais tout ça concorde.
00:23:15D'ailleurs, le professeur a également reconnu Depin sur les photos.
00:23:17Je peux même dire qu'il portait ce veston qui a été retiré du fleuve et que vous m'avez
00:23:21montré.
00:23:22Donc, vous l'avez soigné ?
00:23:24Oui.
00:23:24Oui, on a bavardé.
00:23:27Conversation banale en soi, de pure politesse.
00:23:30Et puis, il m'a quitté.
00:23:32Vous paraissiez-il homme à vouloir se tuer ?
00:23:34Monsieur le commissaire, sur les quais, il m'a été donné de voir plusieurs de ces désespérés
00:23:40qui préfèrent abréger le cours de leur existence plutôt que de profiter encore des joies qu'elles nous procurent.
00:23:48Et bien, entre nous, la tête que font ces gens-là quelques minutes avant de mourir
00:23:52ne diffère nullement de celle que nous rencontrons tous les jours dans la rue.
00:23:56Bon, mais après son départ, vous n'avez pas entendu un bruit suspect, un corps qui tombe à l'eau,
00:24:00par exemple ?
00:24:01Pour dormir, je mets des boules dans les oreilles.
00:24:03Depuis qu'il y a des autoroutes sur les berges, on n'est plus chez soi.
00:24:07Bien.
00:24:08Deux heures du matin, sur les quais, un veston repêché.
00:24:12Cette fois, je crains que Depin n'ait voulu en finir avec la vie.
00:24:15Et pourtant, patron, quand on se jette à l'eau pour mourir, on n'a pas de raison d'ôter
00:24:19son veston.
00:24:20Oui.
00:24:21En tout cas, on va prévenir sa femme.
00:24:22D'abord, mon mari n'était pas rentré à deux heures du matin sur les quais de la Fenne.
00:24:25Pourtant, madame, il faut se rendre à l'évidence.
00:24:27Je ne croirais mon mari mort que lorsque je l'aurai vu de mes propres yeux.
00:24:31Ou alors, on l'a tué.
00:24:32Ben oui, c'est un crime.
00:24:33Pourquoi l'aurai-t-on assassiné ?
00:24:34Oh, est-ce que je sais, moi ? C'est votre métier.
00:24:37Les crimes, il y en a tous les jours à Paris plus inexplicables les uns que les autres.
00:24:42Et les journaux, ils vont en parler.
00:24:44Ha, ha, quel scandale !
00:24:46Surtout pour ma famille, déjà, qu'il n'aimait pas mon mari.
00:24:51Dix minutes de retard.
00:24:52Il y avait du monde à la cantine. J'ai attendu.
00:24:54On est à vos réseaux, vous pouvez vous les garder.
00:24:57Ah, mais...
00:24:58Dimanche après-midi, madame, quel a été votre emploi du temps ?
00:25:02Dimanche dernier, ben, j'ai passé l'après-midi chez mon frère.
00:25:05Avec votre mari ?
00:25:07Ben non.
00:25:08Raphaël était resté ici à travailler.
00:25:10Vous en êtes sûre ?
00:25:12Ça.
00:25:13On a trouvé dans les poches de son veston deux places pour le cinéma en pire dimanche après-midi.
00:25:17Les billets avaient été contrôlés.
00:25:19Ben, c'est impossible, mon mari n'allait jamais au cinéma.
00:25:21Peut-être pas avec vous.
00:25:26Posez-vous un cinéma.
00:25:27Possédez-vous une preuve que votre mari est resté dimanche après-midi chez lui ?
00:25:33Non.
00:25:35Aucune.
00:25:40Ce n'est pas vrai.
00:25:44Ce n'est pas vrai.
00:25:45Ah, je m'excuse de vous recevoir au lit, mais hier c'était l'anniversaire de ma soeur, alors j
00:25:50'ai une crise de foie.
00:25:53Assez-vous ?
00:25:54Dimanche dernier, vous avez vu sortir monsieur Depin ?
00:25:57Dimanche, la veille de sa disparition ?
00:26:00Voyons...
00:26:01Ah, oui !
00:26:02Oui, j'étais là.
00:26:03Il faisait beau, il y avait du soleil.
00:26:05Et justement, dans ce cas-là, je me mets dehors pour brunir.
00:26:09Et j'ai vu sortir madame Depin, et puis cinq minutes après, monsieur Depin.
00:26:14Quelle heure était-il ?
00:26:15Oh, environ deux heures.
00:26:17Et il est rentré ?
00:26:19Ah, ça j'ignore.
00:26:20Vers trois heures, le soleil s'est caché, alors je suis rentrée dans la loge.
00:26:23Vous ne voulez pas voir quelque chose ?
00:26:26J'adore avoir de la visite.
00:26:28J'aime beaucoup bavarder.
00:26:30D'ailleurs, vous savez, vous avez bien fait venir, parce que j'ai peut-être appris quelque chose qui peut
00:26:34vous intéresser.
00:26:36Hier, je parlais avec madame Costebel, la locataire du premier gauche.
00:26:40Une femme charmante, distinguée et tout.
00:26:42Elle prend souvent le thé avec moi.
00:26:44Et nous parlions de ce pauvre monsieur Depin.
00:26:46Et voilà, ta brûle pourpoint, elle me dit.
00:26:49Savez-vous que je l'ai rencontrée une fois ou deux dans une brasserie, en compagnie d'une toute jeune
00:26:54femme ?
00:26:55Elle vous a donné des détails sur cette jeune femme ?
00:26:58Madame Costebel est une personne discrète.
00:27:01On interrogeront.
00:27:02Ah, malheureusement, elle ne rentre ce soir qu'après-dîner.
00:27:05Bon, vous l'honorez ça pour qu'elle se présente au commistariat demain matin.
00:27:10Elle sera ravie de vous rendre visite.
00:27:12Elle ne sait pas quoi faire de ces journées.
00:27:14Si on vous annonçait que monsieur Depin menait une double vie, ça vous étonnerait ?
00:27:18Ah, à vrai dire, oui.
00:27:20Mais enfin, pour lui, ça me ferait plaisir.
00:27:23On n'a pas tellement l'occasion de s'amuser.
00:27:26Ah, un petit verre de vodka pour me remettre les idées en place.
00:27:34Alors, François, où en est le mystère de l'horloger ?
00:27:36Eh bien, le mystère s'épaissit.
00:27:38Il est mort ou pas ?
00:27:39Il y a des chances.
00:27:40Sa veuve, enfin, sa femme prétend même qu'on l'a tuée.
00:27:43Ah, ben, il m'a raconté qu'il menait une double vie ?
00:27:45En principe, oui, mais nous n'avons pas encore entendu la voisine qui l'a rencontrée en compagnée d'une
00:27:49jeune femme.
00:27:50Bon, ben, tenez-moi au courant, hein.
00:27:51Viens.
00:27:52Moi, je vais retrouver mon affaire d'héritage.
00:27:54Une famille bien unie.
00:27:56Les bijoux de la défunte disparaissent.
00:27:58Bien sûr, personne ne les a vus.
00:27:59Moi-même, je désespère de les récupérer.
00:28:02Découragez pas, patron.
00:28:03Il y a des jours comme ça où on ne trouve rien.
00:28:04C'est une habitude à prendre.
00:28:07Bonjour, patron.
00:28:09J'ai vérifié.
00:28:11L'horloger n'avait pas de compte en banque.
00:28:12Madame Depin dit juste.
00:28:13Mais comment est-ce qu'il a pu mener une double vie dans ces conditions-là ?
00:28:15Ben, peut-être aimait-il une femme riche, hein ?
00:28:18Moi, je ne vois pas d'autre solution.
00:28:49Voici l'objet de ma visite.
00:28:51J'ai reçu une lettre de Deppin.
00:28:55Et cette lettre est datée du jour de sa disparition.
00:28:57Comment se fait-il que vous la receviez seulement maintenant ?
00:28:59Eh ben, comme vous voyez, il est adressé à l'atelier d'horloger où je travaille.
00:29:03Malheureusement, cette semaine, j'étais en congé de maladie.
00:29:06Vous étiez malade ?
00:29:07Ah non, non, non.
00:29:09Mais depuis mon service militaire, je me débrouille très bien pour faire semblant.
00:29:13Ben, si on se déprunte pour les vacances, eh ben, personne ne le ferait pour vous, hein ?
00:29:18Vous, au moins, vous avez le mérite de la franchise.
00:29:21Lisez.
00:29:31Oui.
00:29:33Autrement dit, il serait parti pour le Canada.
00:29:35Eh, ça correspondait avec ses intentions.
00:29:38Oui, c'est bien son écriture.
00:29:40Enfin, on dirait.
00:29:41Je la ferai examiner par le labo.
00:29:43Mais, à votre avis, pourquoi vous a-t-il écrit au lieu de vous rendre visite ?
00:29:47Eh, parce que je lui aurais déconseillé de partir.
00:29:49C'est pas parce qu'on veut fuir sa femme qu'on est forcés de franchir le cire, non ?
00:29:53Oui.
00:29:54En tout cas, c'est très aimable à vous de nous avoir apporté cette lettre.
00:29:57Malheureusement, ça n'infirme pas l'idée que M. Deppin se serait jeté dans la Seine
00:30:00au cours de la nuit de lundi à mardi.
00:30:02Enfin, moi, j'ai cru bon de...
00:30:03Ah non, mais je vous avais très bien fait, au contraire.
00:30:06Bon, eh bien...
00:30:07Eh bien, couscous, on s'en va, eh ?
00:30:09Eh, voilà.
00:30:11Eh, messieurs, et merci de votre visite.
00:30:20Mais ça prouve, en tout cas, que l'horloger n'a pas voulu se tuer,
00:30:23puisque quelques heures plus tôt, il voulait s'embarquer pour le Canada.
00:30:26À moins qu'il ait changé d'avis entre-temps.
00:30:31Ah oui ? Oui, c'est moi.
00:30:33Ah, bonjour, Renard.
00:30:35Non.
00:30:37Ah bien, bien.
00:30:38Je te remercie.
00:30:41Vous savez ce qu'on vient de sortir de la Seine ?
00:30:43Le cadavre de M. Deppin ?
00:30:44Non, son pantalon.
00:30:46Et avec des bretelles, encore.
00:30:47Il y a un homme qui se tue...
00:30:49Il n'a aucune raison d'ôter auparavant son pantalon, je sais.
00:30:51Par contre, si on a voulu le tuer,
00:30:52pourquoi les assassins auraient-ils déshabillé l'horloger ?
00:30:55Eh oui, pourquoi ?
00:30:56Eh oui, pourquoi ?
00:31:01Eh oui, pourquoi ?
00:31:04Si jamais il nous suffit, tu miaules deux fois, hein ?
00:31:06Tout juste.
00:31:07Non.
00:31:22Bonjour, madame.
00:31:23Bonjour, monsieur.
00:31:24Ah, bonjour, madame Costebel.
00:31:25Bonjour, monsieur.
00:31:26Je vous en prie.
00:31:27Merci.
00:31:28Je suis très heureuse de vous connaître, monsieur le commissaire.
00:31:30Très heureuse.
00:31:31Madame Costebel, vous êtes la voisine de M. Deppin, l'horloger.
00:31:34Oui, oui, oui, en effet.
00:31:34Oh, quelle histoire incroyable.
00:31:36Un si brave homme.
00:31:37Votre concierge nous a confié que...
00:31:39Oui, je sais.
00:31:39Elle m'a tout raconté.
00:31:41Eh bien, c'est vrai.
00:31:42J'ai vu M. Deppin à deux reprises en compagnie d'une femme.
00:31:44Toujours la même ?
00:31:45Ah oui, toujours la même.
00:31:46Et il y a combien de temps ?
00:31:49La première fois, il y a trois mois,
00:31:51et la seconde, la semaine dernière.
00:31:55Dans une brasserie, je crois.
00:31:57Oui, dans une brasserie, près de la place...
00:32:01Au coin d'une avenue.
00:32:04Mais vous voyez bien ce que je veux dire.
00:32:06Oh, c'est épouvantable, j'ai aucune mémoire.
00:32:09Vous êtes sûre qu'il s'agissait bien de M. Deppin ?
00:32:11Ah oui, tout à fait sûre.
00:32:13D'ailleurs, la première fois, il m'a aperçue.
00:32:14Et le lendemain, quand je l'ai croisée dans la rue,
00:32:16il m'a dit, surtout, ne dites pas un mot à ma femme
00:32:18de notre rencontre d'hier.
00:32:19Décrivez-moi cette personne qui se trouvait avec lui.
00:32:22Ah, ça alors !
00:32:23Quel âge ?
00:32:2522 ans, peut-être.
00:32:27Blonde, brune ?
00:32:29Blonde, blonde naturelle.
00:32:31Jolie ?
00:32:32Oui.
00:32:34Ils étaient au comptoir ou assis à une table ?
00:32:36Assis à une table.
00:32:37La dernière fois, ils faisaient des comptes, un crayon à la main.
00:32:40C'était peut-être une cliente.
00:32:42C'est un commissaire.
00:32:44Je ne voudrais pas vous contredire.
00:32:45Mais les clientes, en principe,
00:32:47on ne les embrasse pas sur les joues avant de les quitter.
00:32:49Madame Deppin, vous la connaissez bien ?
00:32:52Bonjour, bonsoir, c'est tout.
00:32:54Elle déteste les autres femmes.
00:32:56Elle fait le vide autour de son mari.
00:32:57À votre avis, avait-elle des raisons d'être jalouse ?
00:33:00À mon avis, oui.
00:33:02Je vais vous dire une chose qui va peut-être vous étonner.
00:33:05Monsieur Deppin, c'est un séducteur patenté.
00:33:08Un séducteur ?
00:33:09Je connais bien ce genre d'homme.
00:33:12Discret, pantoufleur,
00:33:13et puis déclaré sa maldre tournée.
00:33:15Rien ne prouve que l'horloger.
00:33:17Ah, mais si !
00:33:18L'année dernière, pendant les vacances,
00:33:20sa femme était partie dans la lezère.
00:33:21Et bien pendant deux semaines,
00:33:23Monsieur Deppin n'a pas couché une seule nuit chez lui.
00:33:25Comment le savez-vous ?
00:33:26De ma salle de beurre,
00:33:27on aperçoit sa chambre à moins de 5 mètres.
00:33:29Et vous n'avez aucune indication
00:33:30qui nous permettrait de savoir où il s'en rendait ?
00:33:33Ah, ça, vous m'en demandez trop.
00:33:35J'ai bien essayé de savoir, moi aussi.
00:33:37J'ai demandé à droite à gauche.
00:33:38Je suis plutôt curieuse de nature.
00:33:41Bon, alors, cette brasserie, où est-elle ?
00:33:44Ah, voilà.
00:33:46Madame Costebel, essayez de vous souvenir.
00:33:49On lui vend de merveilleux gâteaux au chocolat.
00:33:57Oui, ce monsieur-là, je le connais bien.
00:34:01Il venait souvent ici ?
00:34:02Oh, l'après-midi, de temps en temps.
00:34:04Seul ?
00:34:05Non.
00:34:06Non, il arrivait le premier,
00:34:07puis Mademoiselle Françoise venait le rejoindre.
00:34:09Mademoiselle Françoise ?
00:34:10Qui est-ce ?
00:34:11La jeune femme avec qui il avait rendez-vous.
00:34:14Comment connaissez-vous son prénom ?
00:34:16Quand il lui parle, il l'appelle comme ça.
00:34:18Alors, j'en ai déduit.
00:34:20Depuis combien de temps fréquente-t-il votre établissement ?
00:34:23Bon, c'était avant qu'on change les glaces
00:34:26et les peintures derrière le bar.
00:34:27Bon, deux ans.
00:34:28Ce client est déjà venu seul ?
00:34:30Non, jamais.
00:34:32Bon, alors, décrivez-nous, Mademoiselle Françoise.
00:34:35Pour moi, c'était une belle amazone.
00:34:39Mais encore ?
00:34:41Non, c'était...
00:34:43C'est bon, c'est bien l'orgueil.
00:34:45Alors, les cheveux, quelles couleurs ?
00:34:47Je regarde jamais les cheveux des femmes.
00:34:49Pourquoi ?
00:34:50Comme elles changent souvent de couleurs.
00:34:51Alors, quand on veut les reconnaître, ça sert à rien.
00:34:54Mais qu'est-ce que vous regardez, alors ?
00:34:56Les yeux.
00:34:57Alors, de quelles couleurs sont les yeux de Mademoiselle Françoise ?
00:35:01Un peu vert.
00:35:03Oui.
00:35:05Comment s'habille-t-elle ?
00:35:07Comme toutes les jeunes femmes d'aujourd'hui, quoi.
00:35:09C'est-à-dire ?
00:35:11Les yeux pour au-dessus des genoux, quoi.
00:35:14Combien de temps restait-il ici ?
00:35:17Jamais plus d'une heure.
00:35:18Ah.
00:35:20À votre avis, c'est une idyme ?
00:35:24Le patron dit que oui.
00:35:26Et Émilie dit que non.
00:35:27Qui est-ce, Émilie ?
00:35:28La dame des lavabos.
00:35:30Sur quoi se basait-elle pour avancer ça ?
00:35:33Ah, ben, sur rien.
00:35:35Est-ce que ce monsieur avait, avec Mademoiselle Françoise, des moments de tendresse ?
00:35:41Qu'est-ce que vous dire, par là ?
00:35:43Non, dans un café, vous savez, non.
00:35:46Non, ils étaient discrets.
00:35:51Bon, ben, je vois plus grand-chose à vous dire.
00:35:54Moi, je suis persuadé que vous avez encore des tas de choses à nous dire.
00:35:59Non, ça, Émilie pourrait mieux vous renseigner que moi.
00:36:01Elle leur vendait des cigarettes ?
00:36:03Ah, oui.
00:36:04Oui, oui, oui.
00:36:06Oui, mademoiselle Françoise fumait des Anglais.
00:36:08Ah, ben, vous voyez, vous voyez que vous savez des tas de choses.
00:36:11Allez, cherchez bien.
00:36:12Il leur arrivait pas de téléphoner, à l'un ou à l'autre ?
00:36:15Lui ? Ah, non, jamais.
00:36:16Et elle ?
00:36:17Elle, ah, oui, oui.
00:36:19Oui, elle disait, j'appelle Armande.
00:36:21Armande, oui.
00:36:22Et puis, eh ben, elle descendait téléphoner.
00:36:24Voilà, Armande !
00:36:26Qui était Armande ?
00:36:28Ça, je sais pas.
00:36:30Bon, ah, ben, dis, soyez gentil, allez chercher, Émilie.
00:36:35Vous êtes un très bon observateur.
00:36:37Allez, continuez de vous souvenir.
00:36:41Une fois, il est entré.
00:36:45Il n'a pas consommé.
00:36:47Non, il m'a confié un paquet en me disant
00:36:51Mademoiselle Françoise viendra le chercher.
00:36:53Et alors, elle est venue ?
00:36:55Ah, oui, le lendemain, oui.
00:36:57Oui, elle a ouvert le paquet devant moi.
00:36:59C'était un sac à main.
00:37:01Et puis, elle m'a dit, il est beau, hein.
00:37:05C'est d'où ?
00:37:06Ah, non.
00:37:07Oh, non.
00:37:09Elle m'a beaucoup parlé ce jour-là.
00:37:14J'ai tout oublié.
00:37:17Bon.
00:37:19Avez-vous remarqué si elle venait à pied, en taxi, en voiture ?
00:37:22En étabus.
00:37:25Comment le savez-vous ?
00:37:26Ah ben, elle laissait toujours des tickets périmés sur la table d'étabus.
00:37:30Très bien.
00:37:31Voyez, allez, cherchez, cherchez.
00:37:33Oui, oui, je cherche.
00:37:35Une fois, ma montre ne marchait plus.
00:37:38J'étais embêté parce qu'elle avait appartenu à mon pauvre père.
00:37:42Alors, j'en ai parlé à ce monsieur.
00:37:43Et il m'a dit très gentiment,
00:37:45eh bien, confiez-la à moi.
00:37:46Je vous la réparerai.
00:37:48Et la semaine suivante, il me l'a rendue.
00:37:50Et puis, il n'a pas voulu que je paie.
00:37:51Et alors ?
00:37:52Eh ben, ça prouve qu'il est horlogé.
00:37:57Madame, asseyez-vous.
00:38:01Je peux ?
00:38:02Non, oui.
00:38:05Quand Mlle Françoise téléphonait, elle vous demandait les jetons ?
00:38:08Oui.
00:38:09Eh bien, je composais le numéro pour elle.
00:38:11Ah, vous notez les numéros sur un registre ?
00:38:13Non, c'est trop fatigant.
00:38:18Alors, elle disait, je vais appeler Armande.
00:38:20Oui, je l'ai entendu dire, allô, Armande ?
00:38:22Et puis ?
00:38:23Puis, elle fermait la porte.
00:38:25Avec vous, elle était bavarde ?
00:38:27Oui, mais moi, je n'aime pas parler au client.
00:38:29Pourquoi ?
00:38:30C'est m'ennuie.
00:38:32Elle vous donnait des pourboires ?
00:38:33Oui, elle n'était pas regardante.
00:38:35Alors, vous ne vous souvenez vraiment pas du numéro de cette Mlle Armande ?
00:38:38Oh, si !
00:38:39Mlle Françoise m'a demandé pratiquement que c'est lui-là.
00:38:41Mais pourquoi ne disiez-vous pas ?
00:38:42Vous ne m'avez pas posé la question.
00:38:43Alors, quel est ce numéro ?
00:38:45Mont-Marc, quelque chose.
00:38:47Mont-Marc combien ?
00:38:48Cherchez !
00:38:49Oh, moi, les chiffres, j'en vois tellement.
00:38:52Mont-Marc, 10.
00:38:53Alors, je ne sais pas.
00:38:57Ah, le blanc.
00:38:58Tu vas nous donner un coup de main, hein ?
00:39:00Merci.
00:39:00On cherche une fille qui s'appelle Armande
00:39:02et dont le numéro de téléphone est Mont-Marc, 10, quelque chose.
00:39:05Sans l'adresse personnelle ou sans le bureau ?
00:39:07Bon, alors, ça, on n'en sait pas plus que toi.
00:39:09Cette Armande connaît très bien Françoise, la bonne amie de l'horloger.
00:39:11Bon, alors, on se partage le boulot tous les trois, hein ?
00:39:15Bon, alors, on se partage le boulot tous les 4, hein ?
00:39:22Bon, alors, on se partage le boulot tous les 3.
00:39:30Mon, alors, on se partage le boulot tous les 4.
00:53:00Tiens, bonjour, monsieur le commissaire.
00:53:01Bonjour, monsieur Labattu.
00:53:02Bien appris, je vous en prie.
00:53:03Merci.
00:53:04Bonjour, monsieur.
00:53:05Monsieur.
00:53:09Mademoiselle, nous avons quelques questions à vous poser.
00:53:12À moi?
00:53:13Eh bien, asseyez-vous, monsieur le commissaire.
00:53:15Comment vous appelez-vous?
00:53:18François, vous fourniez?
00:53:19Vos papiers.
00:53:21Je ne sais pas, c'est moi.
00:53:22Très bien. Dans ce cas, vous allez nous suivre au commissariat.
00:53:24Monsieur le commissaire, si vous avez besoin de renseignements concernant mon ami de pain, je peux vous en fournir.
00:53:29Parce que j'ai reçu ce matin une lettre du Canada.
00:53:31Oui, ça y est, il est arrivé, il est content.
00:53:32Vous avez cette lettre?
00:53:33Ah non, non, non, je ne garde jamais rien, je l'ai déchiré.
00:53:36Enfin, quand j'en aurai une autre, je vous la garderai pour vous la montrer, puisque vous n'avez pas
00:53:39l'air de me croire.
00:53:40Mais si, mais si, je vous le crois.
00:53:42Bien mademoiselle, suivez-nous.
00:53:44Je vais vous dire la vérité.
00:53:47Je suis la fille de monsieur de pain, l'horloger.
00:53:50Sa fille?
00:53:51Oui, sa fille.
00:53:52D'un premier mariage, juste avant la guerre.
00:53:55Mon père n'a connu mon existence qu'il y a à peine trois ans.
00:53:57Comment ça?
00:53:58Je suis née pas dans l'exode.
00:54:00Ma mère est morte juste après dans un bombardement et mon père, prisonnier en Allemagne, il n'y aura jusqu
00:54:04'à ma naissance.
00:54:05Mais qui vous a élevé?
00:54:06L'assistance publique.
00:54:08C'est elle qui, à la suite de nombreuses démarches, a réussi à retrouver mon père.
00:54:11Il y a trois ans.
00:54:12Ça a complètement changé la vie de mon ami de pain.
00:54:15Enfin, il était heureux, quoi.
00:54:17Il ne pensait qu'à fuir le domicile pour pouvoir rejoindre sa fille, il ne serait ça qu'une arroudée.
00:54:22Mais pourquoi, lorsqu'il a appris l'existence de mademoiselle, n'a-t-il rien dit à sa seconde femme?
00:54:27On voit bien que vous ne la connaissez pas.
00:54:28Alors, ou mal, d'abord, elle n'aurait jamais cru à la sincérité de son mari.
00:54:33Elle l'aurait accusée, je ne sais pas moi, de vouloir la déshéritée ou autre chose.
00:54:38Elle aurait mis une existence épouvantable à cette pauvre Françoise.
00:54:41Depuis longtemps, mon ami de pain avait compris l'inutilité de toute discussion avec sa femme.
00:54:47Alors il a choisi la tranquillité.
00:54:49Il ne vivait plus avec son épouse.
00:54:50Non, il vivait à côté.
00:54:52Vous prétendez donc que de pain est vivant?
00:54:54Je ne prétends pas que j'en suis sûr, et croyez-moi, il est ravi de vivre.
00:54:57Mais qu'est-ce que vous en savez?
00:54:59Je vous dis que j'ai reçu un être du Canada.
00:55:01C'est moi qui lui ai conseillé de partir, sans dire à sa femme où il allait.
00:55:05Françoise et moi, on l'a accompagné à Orly.
00:55:07Quand ça?
00:55:09Mardi de la semaine dernière.
00:55:11Et où a-t-il trouvé l'argent du voyage?
00:55:13C'est moi qui lui ai donné.
00:55:15Il y a une chose que je ne comprends pas, monsieur Labattu.
00:55:17Vous travaillez dans un atelier d'horlogerie pour un salaire modeste,
00:55:19et vous avez deux logements à Paris, dont une péniche qui vous appartient.
00:55:23Oui, je vois.
00:55:24C'est tout simple, vous savez.
00:55:26Il y a quatre ans, j'ai fait un petit tailletage.
00:55:28Mais ça n'a rien changé à mes habitudes.
00:55:30Je continue à préférer rouler en vélo, puis donc rouler en voiture.
00:55:34Mais alors, pourquoi vous travaillez?
00:55:35Pour le plaisir, monsieur.
00:55:37Rien que pour le plaisir.
00:55:39J'adore l'horlogerie.
00:55:40Vous alors?
00:55:42J'ai recommandé mon ami Raphaël au Canada, là-bas, à Québec.
00:55:47À Québec.
00:55:48Un de mes amis, oui.
00:55:49D'abord, il s'occuperait du travail.
00:55:51Bien.
00:55:52Eh bien, je vérifierai les listes d'embarquement à Orly.
00:55:55Je crois qu'il a pris son billet sous un fenôme à cause de sa femme.
00:55:58Pourquoi?
00:55:58Puisqu'il ne lui disait pas qu'il s'expatriait, il ne courait aucun risque.
00:56:01Oui, on ne sait jamais.
00:56:02Vous m'avez pas de précaution.
00:56:03Bien.
00:56:04Eh bien, monsieur Labattu, je vous prierai de rester à notre disposition.
00:56:06Et vous aussi, mademoiselle.
00:56:07Moi?
00:56:08Mais pourquoi?
00:56:10Monsieur Raphaël Depain a disparu.
00:56:12Vous me dites qu'il est parti, mais je n'ai aucune preuve.
00:56:14Il est peut-être mort, assassiné.
00:56:15Et dans ce cas, je dois vous suspecter.
00:56:16Mais c'est insensé, ça l'heure, Depain est mon meilleur ami.
00:56:18Qu'est-ce que je vous le dis, oui, oh.
00:56:20Entre ce qu'on dit à la police et ce qu'on pense vraiment, il y a souvent une marge.
00:56:24Oh.
00:56:26Vous verrez qu'un jour, j'avais raison.
00:56:28Allez, je vous verrai.
00:56:30Adolphe, laisse tomber.
00:56:32Ah.
00:56:33Monsieur Depain, peut-être.
00:56:35Eh oui.
00:56:38Je mentirai si je disais le contraire.
00:56:43Ah, ben, je n'ai pas eu de veine aujourd'hui.
00:56:45Bon, là, pas le moindre petit poisson.
00:56:49Rien, rien de des jours comme ça.
00:56:52Bonjour, ma petite fille.
00:56:55Bonjour, Adolphe.
00:56:57Merci.
00:56:58On peut vous offrir quelque chose à boire?
00:57:01Il y a une chose qui m'étonne.
00:57:02Vous paraissez être de braves gens et vous vous fatiguez à nous jouer une comédie qui nous a déjà fait
00:57:06perdre beaucoup de temps.
00:57:07Je vais te vous expliquer.
00:57:08Ah, permettez, hein.
00:57:10Vous avez voulu quitter votre femme.
00:57:12Ça vous regarde, c'est votre droit.
00:57:14Et pourquoi avoir essayé de nous berner?
00:57:16Pourquoi avoir inventé ce départ pour le Canada?
00:57:18Eh bien, c'est parce que nous avions peur que vous préveniez le dragon.
00:57:22Oui.
00:57:23Alors, pourquoi toute cette mise en scène sur les quais lundi dernier?
00:57:25Pourquoi vos vêtements jetés à l'eau?
00:57:27Ah, non, non, ça c'est une coïncidence.
00:57:29Vous me croirez si vous voulez, mais ma femme m'obligeait à porter les anciens costumes de son frère.
00:57:34Oui.
00:57:35Par économie.
00:57:37Alors lundi soir, j'avais un peu bu pour fêter ma liberté retrouvée.
00:57:43Vous voulez pas rentrer chez moi?
00:57:45Je me suis promené sur les quais.
00:57:46Non, mais ça, nous le savons.
00:57:47Vous avez rencontré un clochard qu'on appelle le professeur.
00:57:49Ah non, mais ça, c'était au début de la nuit.
00:57:51Après, j'ai sympathisé avec un étudiant américain.
00:57:54Complètement fauché.
00:57:55Il n'avait plus qu'une demi-bouteille de calva.
00:57:58On l'a bu.
00:57:59Et dans mon euphorie, j'ai voulu me débarrasser à jamais des vêtements du beau frère.
00:58:05Alors, j'ai tout flanqué à l'eau.
00:58:09Et ça nous a bien amusés.
00:58:11Oui.
00:58:12Et vous êtes rentré ici, habillé comment?
00:58:14Ah, ben, Edgar m'avait prêté son interne.
00:58:16Edgar?
00:58:16Ah oui, il est étudiant américain.
00:58:20Ah, puis j'ai fait...
00:58:21Donne-le.
00:58:22J'ai fait préparer un acte notarié.
00:58:25Merci.
00:58:26Je peux remettre ça à ma femme.
00:58:29Je lui abandonne tout en échange de ma tranquillité.
00:58:33Mais je prends tout sur moi.
00:58:34C'est moi le responsable.
00:58:36S'il y a des poursuites judiciaires, je vous demande de les engager contre moi.
00:58:42Il n'y en aura pas, oui.
00:58:44On ne va pas vous compliquer la vie pour ça.
00:58:49À la vôtre.
00:58:51Je...
00:58:52Je bois à ma femme.
00:58:54Qu'elle ne me retrouve jamais.
00:58:56Madame, notre enquête est maintenant terminée.
00:58:58Et c'est pourquoi je vous ai convoqué.
00:59:00Monsieur Depin se porte très bien.
00:59:02Ah, ben, ça, je pense bien.
00:59:03Il ne sait pas de bile.
00:59:04C'est moi qui ai tous les ennuis.
00:59:05Où est-il?
00:59:06Nous devions nous assurer qu'il n'y avait rien d'anormal dans la disparition de votre mari.
00:59:09C'est fait.
00:59:10L'enquête est donc close.
00:59:11Ah, il m'a chargé de vous remettre ceci.
00:59:13Vous êtes désormais seul propriétaire du magasin.
00:59:16Oui, enfin, ça ne change rien.
00:59:17Il n'avait pas à me quitter.
00:59:18Où est-il?
00:59:20Je n'ai pas à vous le dire, madame.
00:59:22Enfin, vous allez m'aider à le retrouver.
00:59:24Enfin, monsieur, j'exige.
00:59:25Madame, la loi ne vous autorise nullement à exiger de connaître le nouveau lieu de résidence de votre mari.
00:59:30Par contre, vous pouvez introduire une demande en séparation.
00:59:33Séparation?
00:59:35Ça, jamais.
00:59:38Il a voulu m'épouser.
00:59:39Il me rend malheureuse.
00:59:40Je le retrouverai.
00:59:42Monsieur, je ne vous salue pas.
00:59:48Allez, pauvre monsieur Depin.
00:59:50Il n'est peut-être pas au goût de ses peines.
00:59:52Oh, non.
01:00:19Chant.
01:00:21Si.
01:00:51...
01:01:21...
01:01:23...
01:01:25...
01:01:26...
01:01:26...
01:01:28...
01:01:29...
01:01:31...
01:01:31...
01:01:31...
01:01:31...
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