00:008h45, on prend tout de suite la direction du Forum économique de Davos.
00:03L'Orclosier, on vous retrouve sur place.
00:05La France monte en puissance ce mardi.
00:08Vous êtes en compagnie de Pascal Dalloz, directeur général de Dassault Systèmes.
00:14Absolument, Pascal Dalloz, bonjour.
00:15Merci d'être avec nous depuis Davos.
00:18La journée commence très fort ce matin.
00:19On a Donald Trump qui publie ce texto d'Emmanuel Macron,
00:22cette menace sur le champagne.
00:25Comment on navigue quand on est un éditeur de logiciels,
00:27mais vous êtes bien plus que ça comme vous, français,
00:30avec le tampon français, comment on navigue au milieu de cette géopolitique ?
00:34Bonjour Laure, effectivement, cette édition Davos 2026,
00:37elle démarre fort, avec cette redéfinition du monde en profondeur.
00:42Mais au fond, c'était déjà en œuvre.
00:46Fragmentation de l'économie, retour des grands rapports de force,
00:51la fin de la mondialisation telle qu'on l'a connue.
00:54Et au fond, c'est là où on est pertinent à Dassault Systèmes,
00:57parce que pour naviguer cette incertitude et cette complexité,
01:00on a besoin d'un jumeau numérique, d'un jumeau virtuel.
01:03On ne peut plus faire une stratégie basée sur un seul scénario,
01:06il faut être capable d'envisager tous les scénarios,
01:08et c'est ce que permet de faire la technologie avec la modélisation,
01:11la simulation et l'intelligence artificielle.
01:13Mais à quel point aujourd'hui, cette menace permanente des droits de douane,
01:15on le voit ce matin avec le champagne,
01:18ça vous gêne dans votre stratégie ?
01:20Comment vous l'intégrez ?
01:21Encore une fois, les services numériques ne font pas partie des droits de douane.
01:27Pour une raison évidente, c'est que la balance, elle est en faveur des États-Unis.
01:32Maintenant, encore une fois, c'est une façon pour nous de réifier une partie de la technologie
01:38et du sens de la technologie que l'on a.
01:40Quand vous êtes un industriel et que vous devez en permanence refonder vos stratégies d'approvisionnement,
01:46vos stratégies de localisation de production, votre dépendance technologique,
01:51vous avez besoin d'avoir à un moment donné des outillages
01:53qui vous permettent d'imaginer tous ces scénarios et de trouver des optimums.
01:58Je veux dire, au fond, ça nous aide dans un certain nombre de secteurs en grande difficulté aujourd'hui.
02:03Vous dites que les services numériques ne font pas partie des droits de douane.
02:05Évidemment, on le sait à quel point les GAFA sont importants, nous, pour notre fonctionnement en Europe.
02:10Est-ce que ça pourrait devenir une variable d'ajustement ?
02:12Ici, quand on parle aux acteurs de Davos, on dit que le seuil moins de pression, c'est ça.
02:16C'est le financier et les GAFA.
02:17Si on commence à discuter là-dessus, qu'est-ce que ça a comme impact sur vous ?
02:21Ça, on a, forcément.
02:23Mais encore une fois, la souveraineté, ce n'est pas l'autarcie.
02:26La souveraineté, c'est préserver ses choix.
02:30L'Europe, il y a un certain nombre d'avantages sur lesquels elle peut capitaliser.
02:34On ne peut pas capitaliser sur les volumes et sur la vitesse,
02:36mais en revanche, on peut capitaliser sur la confiance, la qualité et la maîtrise des technologies critiques.
02:41Et il y a des acteurs aujourd'hui dont on fait partie qui maîtrisent un certain nombre de technologies critiques.
02:46Quand vous discutez aujourd'hui avec vos clients, que vous leur parlerez de souveraineté,
02:50justement de mettre leurs intérêts critiques en Europe plutôt qu'aux Etats-Unis,
02:55on a eu cette conversation 20 fois avec Octave Clabat d'OVH Cloud qui dit
02:57« Moi, je prêchais dans le désert auparavant. »
02:59Est-ce qu'aujourd'hui, vous avez entendu, vous voyez des entreprises qui réfléchissent autrement ?
03:03Oui, ça a bougé.
03:04Et j'ai envie de dire, on a la même expérience.
03:06On a lancé les clouds souverains il y a maintenant plus de 15 ans.
03:10Avec ce concept, on a essayé plusieurs fois de le faire avec des groupements.
03:13On a fini par le faire nous-mêmes, d'AssoSystems.
03:15On a une filiale qui s'appelle 3DS Outscale.
03:18Mais il y a une prise de conscience.
03:19Il y a une prise de conscience qui est augmentée et qui est amplifiée par la géopolitique sur des sujets particuliers.
03:25Maintenant, la souveraineté, ce n'est pas « ou », c'est « est ».
03:29On a besoin, encore une fois, j'insiste, ce n'est pas l'autarcie.
03:31On ne peut pas vivre complètement refermé.
03:33Le monde a besoin de communiquer.
03:35Mais il y a des éléments sensibles.
03:36La propriété intellectuelle, par exemple, est un élément sensible.
03:39Puisque si à l'ère de l'IA, c'est l'apprentissage permanent,
03:43si vous ne maîtrisez pas cette propriété intellectuelle,
03:45si vous ne maîtrisez pas la souveraineté de cette propriété intellectuelle,
03:48vous vous exposez.
03:49C'est-à-dire que votre message, c'est de dire qu'on n'a pas besoin de tout mettre en Europe.
03:53Il y a des données critiques.
03:54Il y en a d'autres qui peuvent être mises chez AWS ou autres.
03:58Mais il faut réfléchir à ce qui est critique et ce qui ne l'est pas.
04:00Exactement.
04:01C'est ça, une stratégie industrielle.
04:03Et plus que jamais, il faut les rendre robustes dans ce contexte d'une extrême complexité.
04:07Emmanuel Macron, son objectif aujourd'hui, c'est de venir parler aux entreprises,
04:11des entreprises.
04:12Il voulait faire un Choose France Innovation
04:13avec des annonces sur l'intelligence artificielle.
04:16Juste avant cette interview, je vous ai dit,
04:18ça va être compliqué pour lui d'être audible là-dessus.
04:20Vous m'avez dit, oui, mais c'est important.
04:21Il faut absolument en parler.
04:23Car c'est aussi la définition de l'avenir.
04:26Oui, l'infrastructure numérique, elle devient essentielle pour l'industrie.
04:31Comme l'énergie l'a été en son temps, comme les réseaux de communication ou les voies de transport.
04:37Et on a besoin en Europe de se doter d'une grande infrastructure numérique.
04:41Le deuxième élément à prendre en compte, c'est que les entreprises,
04:45elles ont besoin d'une intelligence artificielle un peu différente de celle qu'on connaît aujourd'hui.
04:48Quand vous êtes dans le monde de l'industrie,
04:51quand vous faites voler un avion, quand vous mettez un médicament sur le marché,
04:55vous jouez avec la vie des personnes.
04:56Donc il faut une intelligence artificielle qui n'ait pas d'hallucination,
05:00qui soit enracinée dans la science,
05:02qui soit explicable et certifiable.
05:04Et au fond, il y a encore beaucoup de choses à inventer.
05:06Mais pour ça, il faut avoir cette infrastructure numérique.
05:09Vous dites, chez GPT-Grog, ça ne va pas suffire.
05:10Ça suffit pour un certain nombre de choses.
05:13Elles sont basées sur la maîtrise du langage.
05:15Or, vous m'avez vu discuter hier avec Yann Lecun.
05:18Oui, on vous a vu.
05:19C'est une des convictions qu'on partage,
05:22c'est que l'apprentissage par le langage, ce n'est pas suffisant.
05:24On apprend aussi en observant le monde.
05:26On a besoin de représenter la physique du monde.
05:28Et c'est là où la science rentre en jeu.
05:30Et c'est là où il y a encore énormément de choses à inventer.
05:32Et la France, on dispose d'un certain nombre.
05:34Et l'Europe, en général, on dispose d'un certain nombre d'atouts.
05:37La société est un bon exemple de ça.
05:39C'est à ça que ça sert ici, Davos.
05:40On se va faire des bilatérales entre deux cafés.
05:42Vous avez convaincu Yann Lecun de mettre sa start-up à Paris ou pas ?
05:45Je laisserai répondre.
05:46Mais de toute façon, il aura un centre de gravité à Paris.
05:49Très fort.
05:50Sur les questions d'intelligence artificielle,
05:52si on a ce centre de données,
05:53encore une fois, on attend une grosse annonce d'Emmanuel Macron cet après-midi.
05:57Qu'est-ce que ça change concrètement ?
05:58Est-ce qu'on se met au niveau, par exemple,
06:00des Émirats arabes unis qui ont déjà ce type de structure ?
06:03C'est important pour nous ?
06:04Ça l'est.
06:05Encore une fois, il y a une histoire de niveau et de vitesse.
06:08Mais il y a surtout une économie à construire autour de ces grands centres de données.
06:14Et c'est là où je pense que l'infrastructure n'est pas suffisante.
06:17Il faut construire l'écosystème qui va avec.
06:19Je pense qu'Emmanuel Macron et le gouvernement, d'une manière générale,
06:22depuis des années, promeut la French Tech.
06:25Il y aura un certain nombre de représentants à Davos.
06:28Et on appelle de nouveau à ce que cet écosystème
06:30développe les usages à valeur ajoutée au-dessus de ces grandes infrastructures.
06:34Une vingtaine d'entreprises qui accompagnent le chef de l'État aujourd'hui.
06:38On a eu beaucoup aussi, déjà depuis hier,
06:39on sera avec Inclusive Brain, ça sera tout à l'heure à 8h35,
06:42des critiques sur la réglementation européenne,
06:45en disant qu'on ne peut plus, à l'ère de Donald Trump,
06:47s'empêcher d'avoir certaines technologies,
06:49de se développer, d'avoir peur avant d'agir.
06:51Des critiques assez fortes même vis-à-vis de Thierry Breton.
06:53Comment vous regardez aujourd'hui la régulation européenne ?
06:56La réglementation, elle n'est pas facile,
07:00parce qu'en même temps, un des enjeux, c'est la confiance dans la technologie.
07:04Et l'intelligence artificielle fait peur, d'une certaine manière.
07:08Donc il faut rétablir cette confiance.
07:10Et en même temps, légiférer trop tôt, avant que l'innovation ait lieu,
07:14c'est au fond la stériliser.
07:16Donc il y a probablement des chemins qui permettent de définir des cadres de confiance,
07:19tout en laissant un degré de liberté pour que l'innovation émerge,
07:22et à faire une réglementation a posteriori.
07:24Je dirais, de ce point de vue-là, la Chine est en avance.
07:28La Chine, elle a des provinces dans lesquelles elle favorise l'innovation,
07:32et après elle fait une réglementation nationale.
07:34Il nous reste 1 minute 30, un mot sur le budget.
07:37Hier, on a eu un vote du 49-3, enfin, pas un vote d'ailleurs, 49-3 tout court,
07:41avec cette annonce de surtaxe à nouveau sur les entreprises.
07:45Il n'y aura pas la baisse de la CVE.
07:46Comment vous regardez le budget ? Pas du tout.
07:48Vous dites finalement que c'est le prix à payer.
07:50Quelle émotion ça vous fait ?
07:52Non, on le regarde de très près, parce que c'est la compétitivité des entreprises qui est en jeu.
07:57Il faut se dire qu'aujourd'hui, si vous regardez les rentabilités des entreprises,
08:02il y a une nette différence entre les entreprises européennes et les entreprises américaines.
08:06Entre autres, pas uniquement de l'effet dollar, mais également du poids de la fiscalité.
08:10Donc cette compétitivité, elle est nécessaire pour favoriser le réinvestissement.
08:15On est dans un, je l'ai dit, l'Europe, elle doit maîtriser ses technologies critiques.
08:20Pour ça, il faut qu'elle investisse.
08:21Et pour ça, il faut qu'elle ait les moyens d'investir.
08:24Merci beaucoup, Pascal Dalloz, d'avoir été avec nous ce matin.
08:26Je vous laisse rejoindre le forum.
08:28On sera dans quelques instants avec Sylvain Duranton de BCG qui va nous rejoindre.
08:31On va parler d'intelligence artificielle et notamment de cette blague
08:33qui se dit dans les couloirs.
08:35au PNA et qui pourraient faire faillite.
08:37C'est possible ou pas ?
08:38Vous en pensez quoi, Pascal ?
08:40Ce n'est pas possible, mais c'est à surveiller de près.
08:43Ah oui, d'accord.
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