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  • il y a 2 semaines
Ce lundi 5 janvier, l'existence réelle du droit international a été abordée par Mathieu Jolivet et Annalisa Cappellini dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Mathieu Jolivet, bonjour. Vous êtes face ce matin à Annalisa Capellini qui nous accompagne déjà depuis 6h.
00:06Ce matin, réunion de l'ONU, c'est prévu à 15h cet après-midi.
00:09Est-ce qu'on peut dire ce matin que le droit international existe toujours, Mathieu ?
00:13La question de s'affranchir du droit international, elle peut se poser, j'allais le dire, légitimement, tout simplement,
00:19parce qu'aujourd'hui on ne vit pas dans un monde de bisounours.
00:22Et ce sujet, il est vieux comme le monde. Il était au cœur du prince de Machiavel.
00:25Un dirigeant doit d'abord préserver l'État, quitte à agir contre la morale ordinaire ou contre le droit en cours.
00:32Quand je dis ça, il ne s'agit pas de cynisme mais de réel politique.
00:35Donc avant de s'argouter sur le don international, je pense qu'il est urgent de regarder lucidement le monde qui est en train de se dessiner sous nos yeux.
00:42On a quoi ? On a trois empires qui sont en train de détendre chacun leur zone d'influence.
00:46On a un, les États-Unis, avec Trump qui veut contrôler tout son hémisphère occidental,
00:50c'est-à-dire avoir la main sur tout le continent américain, avec l'Amérique latine, avec la sphère atlantique et arctique.
00:57Le Canada, le Groenland, au mépris du droit international.
01:00Pour y arriver, il est prêt à kidnapper le président d'un pays qui a les plus grandes réserves de pétrole au monde.
01:05Ensuite, vous avez la Chine.
01:06La Chine qui, elle, veut prendre le contrôle de la mer de Chine méridionale.
01:10Ça, c'est sa zone d'influence.
01:11Et pour y arriver, au grand mépris du droit international,
01:14elle est prête à créer des îles artificielles, à les militariser.
01:18Et tout ça pour avoir un contrôle sur une zone où se concentrera plus des deux tiers de la croissance mondiale d'ici dix ans.
01:24Et puis enfin, vous avez le grand nostalgique de son ancien empire, Poutine,
01:28qui, lui, on le voit depuis la Géorgie, depuis 2008, s'assoit sur le droit international pour conquérir des territoires.
01:34Donc ce que je dis là, ce n'est pas une conviction, ce n'est pas une idéologie,
01:37c'est juste la description d'un monde qui est en train de se brutaliser.
01:41Et la question que je pose, c'est que est-ce qu'aujourd'hui, c'est vraiment pertinent de s'abriter derrière ce droit international
01:46à l'heure où les crises s'empilent ?
01:49Ça, c'est un chiffre que je répète souvent sur cette antenne, 120.
01:52120, c'est le nombre de conflits armés qui sont recensés dans le monde aujourd'hui
01:56contre seulement 40 il y a 20 ans.
01:59C'est trois fois plus aujourd'hui.
02:01Et donc, dans ce monde qui se brutalise, où la loi du plus fort semble l'emporter,
02:05la question que je pose, c'est par exemple,
02:07est-ce qu'il faut encore respecter le principe de souveraineté sur des avoirs russes gelés
02:12quand Poutine envahit l'Ukraine ?
02:13Par exemple, faut-il encore rester les bras croisés quand la Chine viole les règles de l'OMC ?
02:18Ne peut-on pas, nous aussi, lui appliquer unilatéralement des droits de douane,
02:22même si ça contrevient aux droits internationaux ?
02:24Du coup, on annule la réunion de 15h.
02:26Ça ne sert plus à rien parce qu'en plus, il y a plus de conflits armés aujourd'hui
02:30que quand on n'avait pas l'ONU.
02:31Ça ne sert à rien.
02:32La réunion de 15h, c'est la réunion de l'ONU.
02:35Ce qu'il faut voir aujourd'hui, c'est qu'il faut reconnaître que l'ONU
02:37est à la base d'un ordre mondial qui a garanti une forme de stabilité,
02:41de paix depuis 1945.
02:43Il faut aussi reconnaître aujourd'hui que les dirigeants qui violent les droits internationaux
02:49sont les mêmes qui aujourd'hui ont des droits de veto au Conseil de sécurité de l'ONU.
02:53L'ONU qui, de toute façon, est totalement asphyxiée financièrement par les États-Unis
02:57depuis un an.
02:59Voilà, c'est un peu un zombie du droit international aujourd'hui.
03:01Annalisa ?
03:02Alors, oui, peut-être qu'en effet, l'ONU n'est plus au bout du jour.
03:05Effectivement, c'est la même institution depuis 1945.
03:08Le monde a changé.
03:09Je ne suis pas particulièrement attachée à l'ONU en tant que telle, en tant qu'institution.
03:12Peut-être qu'il faut modifier le Conseil de sécurité.
03:14Peut-être qu'il faut rajouter la Chine.
03:15Il y a peut-être des modifications, en effet, apportées à l'institution en tant que telle.
03:19Mais on ne peut pas dire que l'ONU aujourd'hui ne sert à rien.
03:22Sans l'ONU, ça serait dix fois pire.
03:24L'ONU empêche encore aujourd'hui des conflits.
03:26Il suffit de penser à la mission, par exemple, au Kosovo, à la mission à Chypre,
03:29qui est encore active aujourd'hui à la frontière entre la partie chypriote turque
03:33et la partie chypriote grecque et qui empêche des incidents beaucoup plus graves.
03:38Donc, non, on ne peut pas dire aujourd'hui que l'ONU, que le droit international ne sert à rien.
03:42Et puis, si on suit ce raisonnement, du coup, on arrive à un monde sans règles
03:46où chacun peut faire ce qu'il veut.
03:47C'est un peu ce que veut imposer Donald Trump.
03:49On l'a entendu, le président des États-Unis, dire que le Mexique doit faire très attention,
03:53que la Colombie, le président colombien, doit faire gaffe à ses fesses, je cite,
03:59et que peut-être qu'une invasion colombienne de la Colombie est possible,
04:02que s'il vivait à la Havane, il serait très inquiet, puisque Kouba est en train de tomber,
04:06va peut-être tomber.
04:08Donc, effectivement, lui a ce projet de doctrine Monroe,
04:11donc de réimposer le droit américain, le pouvoir américain,
04:15sur tout le continent américain, qui n'est que la base cour des États-Unis.
04:19Donald Trump l'a appelé d'ailleurs la doctrine Donnero,
04:21parce que c'est évidemment encore mieux que la doctrine Monroe,
04:24c'est la doctrine Monroe à la sauce de Donald Trump.
04:26On a entendu le ministre de la Défense du Venezuela parler d'ambition colonialiste,
04:31quand il parle des États-Unis.
04:33Est-ce qu'il a vraiment tort ? Peut-être pas.
04:35Et puis, où est-ce qu'ils vont s'arrêter ?
04:37Les États-Unis ont déjà menacé le Canada, le Groenland,
04:40donc finalement, où est-ce que ça s'arrête ?
04:42Mais est-ce qu'à la fin, il n'y a pas que les Européens qui ont intérêt à ce qu'il y a encore un droit international ?
04:46Non, mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui, les Européens,
04:49ce sont des spectateurs ahuris d'un monde qui est en train de les dépasser.
04:53Là où je suis d'accord avec Annalisa,
04:55c'est que oui, l'ONU, il ne faut pas la laisser tomber.
04:57L'urgence aujourd'hui, c'est peut-être de repenser une architecture juridique internationale
05:02qui soit portée par l'ONU, mais la mettre au goût du jour.
05:05Ça, ça ne se fait pas du jour au lendemain.
05:06Et moi, ce que je dis, c'est qu'en attendant de repenser cette architecture juridique internationale,
05:11il est urgent d'être pragmatique
05:13et d'avoir les réponses adaptées à ce monde qui se brutalise,
05:18dans un moment qui est entre parenthèses,
05:20si on ne veut pas être totalement dépassé, comme c'est le cas aujourd'hui par l'ONU.
05:23Merci beaucoup à tous les deux d'être venus débattre ce matin sur le plateau de Good Morning Business.
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