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Dans cet extrait du podcast InPower, Jérémy Ferrari, humoriste, auteur et metteur en scène français connu pour Anesthésie générale et Vends deux pièces à Beyrouth, partage une réflexion nuancée sur la liberté d’expression, la responsabilité des médias et la place des opinions extrêmes dans l’espace public.
Face à Louise Aubery, créatrice et animatrice du podcast InPower, il évoque l’objectivité, les limites personnelles quand on prend la parole publiquement et la difficulté de faire coexister des idées opposées en démocratie.
Un échange posé et intelligent sur les médias, l’engagement politique, la nuance et le rôle de ceux qui s’expriment devant le public.

#politique #democratie #medias #societe #liberte

Réponses au quiz de fin :
/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Qu’est ce qui serait antidémocratique selon Jeremy Ferrari concernant les médias ?
➡ Imposer un choix aux médias.

Selon Ferrari qui est responsable en cas de dérapage d’un discours extrémiste ?
➡ La justice.

Quels sont les 3 critères qui guident le choix des sujets dans ses spectacles ?
➡ Drôle, documenté, objectif.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Je pense que ce qui serait antidémocratique, c'est d'imposer une chose à une personne.
00:05Les médias doivent être libres d'inviter qui ils veulent.
00:09Et je pense que c'est ça, la démocratie.
00:11En gros, ce que je veux dire, c'est que ça serait antidémocratique de forcer les gens à inviter les gens,
00:16et ça serait antidémocratique d'empêcher les gens d'inviter les gens.
00:18Et après, les gens sont responsables de leurs propos.
00:20Je vais te poser une question que je me pose réellement, en tout cas sur laquelle j'essaye de me faire un avis tranché.
00:33C'est la question de savoir si on accueille ou non des extrémistes politiques sur les médias.
00:39Parce qu'il y a deux écoles.
00:40L'école qui, de ce que tu me dis, en tout cas j'ai l'impression, est plus en adéquation avec tes propos.
00:46A savoir, si on ne leur donne pas la parole, c'est pire.
00:50Parce qu'en plus, ça leur donne encore plus de grains à moudre pour se faire entendre et pour se victimiser.
00:54Et l'autre école que j'entends aussi, qui est pas mal défendue par les gens qui viennent sur ce podcast.
00:57A savoir, ce n'est pas...
01:00Enfin, finalement, la haine de l'autre n'est pas républicaine.
01:03Je n'ai pas envie de donner de la visibilité à des personnes qui sont finalement une menace pour la démocratie.
01:08Il y a des questions où il n'y a pas de vérité.
01:10Parce qu'elle est propre à chacun.
01:12Elle est propre au choix de chacun.
01:13Et elle est propre à la manière dont les gens voient leur liberté à eux.
01:18Toi, tu as un podcast.
01:19Si tu décides d'inviter des extrêmes politiques, comme le Fonds National, ou...
01:24C'est ton droit et c'est ton choix.
01:27C'est pas illégal.
01:28Et c'est ton droit.
01:29C'est ta liberté à toi.
01:31Il y a des médias qui décident de laisser la place à tout le monde.
01:35Et d'autres qui décident parce que ça va à l'encontre de leurs fondamentaux.
01:41Décident de ne pas le faire.
01:42Et je pense que la vérité, elle est là.
01:45C'est-à-dire que je pense que ce qui serait antidémocratique, c'est d'imposer une chose à une personne.
01:51Les médias doivent être libres d'inviter qui ils veulent.
01:55Et je pense que c'est ça, la démocratie.
01:57En gros, ce que je veux dire, c'est que ça serait antidémocratique de forcer les gens à inviter les gens.
02:02Et ça serait antidémocratique d'empêcher les gens d'inviter les gens.
02:04Et après, les gens sont responsables de leurs propos.
02:06Si un extrême politique a tout un coup un discours qui dérape, c'est à la justice de les rattraper.
02:15Donc je pense que la liberté, malheureusement, c'est très difficile parfois de faire cohabiter toutes ces idées en même temps.
02:21Ce qui manque dans cette société, c'est la nuance, à mon sens, ce qui manque à cette société, c'est la nuance.
02:27C'est très difficile la nuance.
02:28Parce que la nuance, c'est accepter que deux idées contraires puissent coexister et qu'une vérité puisse être entre les deux.
02:34Et qu'une vérité puisse être différente d'une minute à l'autre.
02:39Donc c'est pour ça que ce monde est compliqué.
02:40C'est pour ça qu'il y a énormément de problèmes dans ce monde.
02:42C'est parce que les gens veulent des choses tranchées.
02:45Je crois que souvent, l'intelligence et la vérité, c'est entre les deux.
02:48Je crois que la vérité n'existe pas.
02:50Je pense qu'une vérité change.
02:52Le monde est en permanence en train de se mouvoir.
02:56Là, on est enfermé dans une pièce, on a éteint nos téléphones.
02:59Si ça se trouve, on est en train de penser quelque chose.
03:00On va rallumer nos téléphones dans un quart d'heure, une demi-heure, une heure.
03:03Et on changera d'avis parce qu'il y aura un fait, quelque chose qui se sera déroulé, qui va nous démontrer l'inverse.
03:08Donc moi, personnellement, qui suis évidemment quelqu'un qui lutte contre toute forme d'extrémisme, de rejet, etc.
03:16Au fond de moi, j'ai envie de te dire, ne leur laissons pas la parole.
03:20Mais ça serait aller à l'encontre de ce que je défends.
03:25Donc c'est ça aussi, je crois, la responsabilité de chacun.
03:29C'est quand on prend la parole, quand on décide de faire un métier public,
03:32quand on décide de faire un métier de média et de s'exprimer auprès des gens.
03:36Je pense qu'on a la responsabilité de mettre de côté nos convictions.
03:40Je pense qu'on peut exprimer nos convictions, mais elles ne doivent pas prendre le pas sur la manière dont on va gérer notre discours auprès des gens.
03:52Est-ce que ton travail, ce n'est pas finalement d'exprimer, toi, tes convictions, justement par le biais de l'humour et de la scène ?
03:59Je le fais, mais en réalité, ça ne se voit pas sur scène.
04:03Tu sais, des fois sur scène, je dis, je ne vous donne jamais mon avis personnel.
04:05Je le dis dans le spectacle actuel, et les gens, ils rigolent.
04:08Quand je dis, je ne vous ai jamais donné mon avis personnel, ça allait faire rire.
04:10Mais en vrai, je ne donne pas vraiment mon avis personnel.
04:12On le comprend, mon avis personnel, évidemment, on le comprend.
04:15On le sent, mon avis.
04:17Je donne mon avis, mais en réalité, je me fais quand même violence pour essayer d'être entre les deux.
04:24Ce que je veux dire, c'est que selon notre éducation, selon ce qu'on a vécu, selon nos drames personnels, selon nos failles, selon nos expériences, on a des choses sur lesquelles on va être plus sensible que d'autres.
04:35Et on peut perdre en lucidité et on peut perdre en objectivité.
04:39Voilà, merci.
04:40Donc, il faut en avoir conscience.
04:42Il faut avoir conscience qu'on n'a pas forcément conscience.
04:44Et je pense que dans nos choix, on doit le faire.
04:47Par exemple, si je prends l'exemple d'anesthésie générale, je parle sur scène de mon alcoolisme.
04:51Je suis alcoolique.
04:52J'ai un problème de dépendance de manière générale avec l'alcool et toute forme de drogue que je peux prendre.
04:57Donc, je sais très bien que je ne vais pas être objectif sur l'alcool.
05:01Ce qui fait que, par exemple, quand j'ai traité de la santé, j'aurais très bien pu faire un truc sur le lobby de l'alcool.
05:06J'ai un dossier comme ça sur le lobby de l'alcool dans mon bureau.
05:09J'avais de quoi défoncer les lobbyistes.
05:12Je ne l'ai pas fait.
05:12Pourquoi ? Parce que quand j'ai commencé à écrire, j'ai senti que je me plaçais en victime.
05:17Parce que je me sentais victime de ce lobbyisme.
05:19Donc, je ne vais pas être objectif.
05:21Et mon rôle, ce n'est pas de monter sur scène pour exprimer mon truc.
05:25Ça aurait peut-être été très bien.
05:27Mais quand même, j'ai senti que je n'allais pas être complètement objectif.
05:29Donc, je n'ai pas traité le sujet.
05:30Pourquoi cette objectivité te tient tellement à cœur ?
05:32Parce que c'est la promesse que j'ai faite aux gens.
05:34Comme tu dis, on évolue.
05:36Je te pose un retranchement, mais tu pourrais choisir de faire un spectacle engagé en disant
05:40« Moi, j'ai été victime de ça.
05:41Et justement, parce que je ne veux pas que ça arrive à d'autres, je vais vous montrer les dommages. »
05:46Mais le monde de l'injustice, il est vaste.
05:51Ce que je veux dire, c'est que pourquoi tel sujet plutôt qu'un autre ?
05:54Pourquoi tel truc ?
05:54Il faut faire des choix.
05:55Alors, pourquoi tel sujet ?
05:56Des fois, parce que je n'arrive pas à rendre assez drôle.
05:58Parfois, parce que je peux manquer d'objectivité ou je sens que je vais manquer d'objectivité.
06:02Là, je fais un spectacle qui dure trois heures.
06:03C'est déjà très long.
06:04Il y a tellement de choses à dénoncer qu'il faut faire des choix.
06:08C'est comme ça.
06:09C'est pour ça que je fais des spectacles à thème.
06:10Des fois, il y a des gens qui me disent « Oui, pourquoi tu ne traites pas de ce sujet ? »
06:12« Attends, est-ce que tu es sûr que je n'ai pas traité de ce sujet ou est-ce que je ne l'ai pas traité dans un spectacle d'avant ? »
06:16Et puis, ce n'est pas parce que je ne le traite pas maintenant que je ne vais pas le traiter plus tard.
06:20J'essaie de traiter absolument de tous les sujets.
06:23Mais de toute façon, tu dois faire des choix.
06:25Donc, dans ces choix, je regarde « Est-ce que c'est suffisamment drôle ? »
06:28« Est-ce que c'est suffisamment documenté ? »
06:31« Est-ce que je vais être complètement objectif ? »
06:32S'il y a un de ces trois trucs qui ne répond pas,
06:35potentiellement, ça va être un sujet que je vais sacrifier.
06:38Ça ne veut pas dire que je n'en parlerai pas plus tard.
06:39Mais là, en tout cas, sur ce spectacle, j'ai senti qu'il ne fallait pas que j'en parle.
06:42Et je vais te dire, peut-être que ça aurait quand même été drôle.
06:45Sur le papier, même en le voyant, peut-être que tout le monde se serait dit
06:47« C'est très objectif et c'est très drôle. »
06:49Mais ça ne veut pas dire qu'en réalité, ça aurait été objectif.

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