00:00Damien Brunel, bonjour mon cher Damien Brunel.
00:03Bonjour.
00:04Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:07On voulait vous faire réagir par rapport à ce qui se passait
00:10tout simplement du côté des agriculteurs.
00:14Vous avez vu, j'imagine, ce qui s'est passé samedi soir dernier ?
00:18Oui, oui, j'ai vu les images sur les réseaux sociaux.
00:23Et comment vous avez...
00:25Allez-y, pardon.
00:26Oui, je ne sais pas s'il faut redire, mais on a tous vu les images
00:30d'un agriculteur qui était dans son tracteur
00:32et qui se faisait menacer, semble-t-il, par le commissaire
00:36avec une arme pointée sur lui dans le cadre d'une manifestation.
00:43J'ai trouvé ça, comme beaucoup d'agriculteurs,
00:45on trouve disproportionné, un peu comme avec les gilets jaunes
00:50à un moment donné, c'est-à-dire qu'on a l'impression
00:52que le pouvoir ne sait plus quoi faire
00:55et devient extrêmement violent.
00:57Alors qu'on voit tous l'incapacité de l'État à réagir
01:02face parfois à des hommes armés,
01:06il ne se passe rien.
01:07On a vu le Louvre se faire cambrioler.
01:10L'ordre a été donné aux gardiens de ne pas agir.
01:13Nous, des agriculteurs qui manifestent,
01:16on sort les armes.
01:18Enfin, ça devient n'importe quoi.
01:19Vous avez vu que la coordination rurale,
01:21le syndicat, Damien Brunel,
01:24je rappelle que vous êtes le secrétaire général
01:25de France Grande Agricole,
01:28le vrai sujet, c'est que vous avez,
01:31la coordination rurale a saisi l'IGPN
01:34et a qualifié ce geste de disproportionné.
01:36Eux disent que l'agriculteur n'a pas suffisamment suivi
01:39les instructions données.
01:40Est-ce que vous entendez cet argument
01:41ou pour vous, c'est en réalité,
01:45on va dire, un geste totalement à côté de la plaque ?
01:49Oui, c'est un geste complètement à côté de la plaque.
01:52On sait tous que nos forces de police
01:54ont tendance même à avoir peur
01:57de sortir leur arme
01:59quand ils sont dans les banlieues
02:01parce qu'ils savent que derrière,
02:02il y aura forcément une saisie automatique
02:05de l'IGPN.
02:06Et nous, c'est les agriculteurs qui sont menacés,
02:09enfin, en tout cas, complètement disproportionnés.
02:12Alors, je n'ai plus de responsabilité
02:16au niveau de la coordination rurale nationale.
02:18Je suis président de mon département.
02:20C'est président de la coordination rurale de l'Aisne, c'est ça ?
02:23Voilà, je suis président de l'Aisne.
02:25Mais on est tous choqués
02:26et ce type d'actes,
02:29comme on a pu le voir aussi
02:30au moment où les forces de l'ordre
02:33sont venues avec des hélicoptères,
02:36des blindés dans certaines manifestations,
02:37Du côté de l'Ariège, oui.
02:39Du côté de l'Ariège,
02:40ça choque tous les agriculteurs.
02:44Mais Daniel Brunel,
02:45le contexte dans cette fin d'année
02:46est particulièrement brûlant.
02:47Pour vous, l'hypothèse
02:48selon laquelle potentiellement
02:50l'agriculteur n'a pas suivi
02:52les instructions,
02:54les ordres donnés par les policiers
02:55qui étaient sur place,
02:56ne vous paraît pas crédible pour le moment ?
02:58Non, mais c'est clair que l'agriculteur
03:01n'a pas suivi les ordres.
03:02On est en cas d'une manifestation.
03:04Si on suivait les ordres,
03:05on resterait tous chez nous.
03:07Non, non, non.
03:07Alors, pas les ordres de la manifestation.
03:09C'était visiblement les consignes
03:10données par les policiers
03:11d'immobiliser le véhicule
03:13dans un contexte aussi pénible
03:14pour vous que pour eux
03:15sur le terrain.
03:16Est-ce qu'il ne fallait pas
03:17être un peu plus diplomatique ?
03:18Là, visiblement,
03:19des consignes n'ont pas été données
03:21sans le valider.
03:21Est-ce que vous ne pouvez pas
03:22vous admettre, en tout cas,
03:24au mieux, en réalité,
03:26une légère imprudence
03:27de l'agriculteur,
03:29au pire, vraiment,
03:30un geste un peu fou ?
03:32Alors, là, je vous vois,
03:36on est face à des agriculteurs
03:38qui ne sont plus raisonnables.
03:42On l'a vécu, même moi, enfant,
03:45quand j'ai connu,
03:46quand il y a eu la mise en place
03:46des quotas laitiers,
03:48les agriculteurs
03:49qui se retrouvaient
03:51à un moment donné
03:52dans un contexte
03:54où ils avaient l'impression
03:55d'être complètement trahis.
03:58J'ai vu des agriculteurs
03:59détruire leur matériel agricole
04:00parce qu'ils étaient
04:01au bout du rouleau.
04:03Là, on est face
04:03à des agriculteurs
04:04qui sont pareils.
04:06On n'a aucune visibilité
04:07sur notre avenir.
04:08Est-ce que cet épisode,
04:11quand même,
04:11Damien Brunel,
04:12ne vous inquiète pas
04:12pour les prochaines mobilisations ?
04:14Est-ce que vous ne craignez pas
04:15une montée des tensions,
04:17des face-à-face dangereuses
04:18entre désormais
04:19agriculteurs
04:20et forces de l'ordre
04:21parce que le contexte,
04:22parce que l'état
04:22de la mobilisation,
04:23parce que la fatigue ?
04:26C'est des risques
04:27quand on laisse
04:28plourir un mouvement.
04:31Clairement,
04:32nos élus nationaux
04:34ont pu rencontrer
04:35M. Macron,
04:37le 23 décembre,
04:39le Premier ministre
04:40auparavant.
04:42Et derrière,
04:43il n'y a aucune réponse.
04:46Il y a quand même
04:48des propositions
04:48qui sont faites
04:49par la coordination
04:50rurale,
04:51notamment.
04:53Il y a quand même
04:54des possibilités
04:55de répondre.
04:57Un engagement fort
04:58pour ne pas signer
04:59de nouveaux traités
05:01comme le Mercosur,
05:02ça permettrait
05:03de donner de satisfaction.
05:05Des propositions
05:07par rapport
05:08à l'abattage,
05:09ça pourrait donner
05:10des solutions.
05:11Et là,
05:12en fait,
05:12clairement,
05:13on a un gouvernement
05:14qui joue le pourrissement.
05:15Moi, je pense.
05:17Pour vous,
05:17c'est ce que fait
05:17le gouvernement.
05:18Il joue le pourrissement
05:19de la situation.
05:20C'est l'impression
05:21que ça nous donne,
05:22nous, sur le terrain.
05:24Le fait de se dire
05:25que ça va être les fêtes.
05:27Ils vont rentrer
05:28chez eux tranquilles.
05:29En plus,
05:29il fait froid.
05:31Ce n'est quand même
05:31pas la joie
05:32pour les manifester.
05:34Et comme vous dites,
05:34la grande crainte,
05:35c'est que ça dégénère
05:36parce qu'on est face
05:38à des gens qui...
05:39Enfin,
05:40je ne vous apprends rien.
05:41Il y a quand même...
05:42Il y a toujours
05:43une moyenne de 2 suicides
05:44par jour
05:44entre 1 et 2 suicides
05:46d'agressions par jour.
05:47Ces gens-là
05:48que même l'organisateur
05:50de la manifestation
05:51ne peut pas prévoir,
05:52des gens qui sont
05:53au bout du rouleau,
05:56en fait,
05:56ils n'ont plus rien à perdre.
05:57Donc,
05:58c'est très dangereux
05:59des deux côtés
06:00pour les organisateurs,
06:02pour aussi
06:04les forces de l'ordre.
06:07Et c'est pour ça
06:07qu'il est urgent,
06:08urgent,
06:08urgent
06:09que l'on ait
06:10des réponses
06:11positives
06:13à nos demandes.
06:14Et ça,
06:14on a bien compris,
06:15Damien Brunel.
06:16Mais il y a aussi
06:17deux petites...
06:18Mais ça fait des années,
06:19en fait,
06:19nous demandes,
06:20elles sont les mêmes,
06:21je dirais même
06:22depuis la création
06:22de la coordination
06:23forale.
06:24On sert de monnaie
06:25d'échange,
06:27mais tout le temps,
06:28tout le temps,
06:28tout le temps,
06:29notre agriculture.
06:30C'est-à-dire que
06:30pour avoir du lithium,
06:32on a signé
06:32il y a quelques années
06:33avec le Chili,
06:34à chaque fois,
06:35on est la monnaie
06:35d'échange.
06:36Là, c'est dramatique,
06:38c'est pour vendre
06:38des voitures allemandes
06:39potentiellement
06:41sur le continent américain,
06:42sud-américain,
06:43on sacrifie
06:44l'agriculture française.
06:45Mais à chaque fois...
06:48Et là,
06:49on a...
06:49Dans vos rangs,
06:50Damien Brunel,
06:51et je me permets
06:52de revenir sur ça,
06:53je lisais hier
06:53un article
06:54qui est justement
06:55enquêté
06:55dans cette région
06:56du Gers
06:57après cette mobilisation,
06:58après ces images,
06:59après ce choc,
07:00après ces réactions.
07:01Certains parlent
07:02aussi bien
07:03du côté agricole,
07:03que du côté
07:04des forces de l'ordre,
07:05mais enfin,
07:05ça revient
07:06du côté agricole,
07:07presque d'une crainte,
07:09les mots sont très forts,
07:10de guerre civile,
07:11de guérilla agricole.
07:13C'est vraiment
07:14la crainte dans vos rangs
07:15que ça dégénère
07:16à ce point ?
07:18Clairement,
07:20je fais confiance
07:23à nos dirigeants
07:24de Saint-Nicot,
07:26mais il y a en effet
07:27des gens
07:27qui aimeraient
07:29que ça dégénère.
07:31C'est qui les gens ?
07:32On fait des adhérents
07:34et on fait ce qu'il faut
07:36pour pas que
07:37ces gens-là
07:41soient
07:42avec des responsabilités.
07:44Mais c'est très inquiétant.
07:46c'est un risque.
07:49Et les réseaux sociaux
07:51sont un peu
07:52des...
07:54Ils mettent la pression.
07:58On arrive aussi
07:58à découvrir
07:59un peu les profils
08:00des gens qui sont...
08:01même au sein de notre syndicat,
08:05on s'est battus
08:06pour qu'il y ait
08:07davantage de doses
08:08de vaccins
08:08et maintenant
08:09on a des anti-vax
08:10qui arrivent là-dessus
08:11et qui nous disent
08:12il ne faut surtout pas vacciner.
08:13Mais c'est intéressant
08:13ce que vous nous dites
08:14Damien Brunet,
08:15je rappelle que vous êtes
08:15le secrétaire général
08:16de France Grande Culture
08:18et président
08:18de la coordination rurale
08:19de l'Aisne
08:20au niveau départemental
08:21et même au-dessus.
08:23Est-ce qu'on n'observe
08:24pas là
08:24ce que vous dites,
08:25c'est-à-dire
08:25l'arrivée des radicaux
08:26de manière massive,
08:28peut-être un risque
08:29que cela dégénère
08:30de manière importante
08:30début janvier.
08:32Est-ce que ce n'est pas aussi
08:33en réalité
08:33la fin de votre technique
08:36qui a pu être
08:37à un moment ou à un autre
08:38un peu jusqu'au boutiste ?
08:43Dans les actions,
08:44dans les manières de faire,
08:45dans la façon de demander ?
08:49On ne fait ni plus ni moins
08:51que de revenir
08:52à ce qui était la pratique
08:53il y a encore quelques années
08:54en agriculture.
08:58Clairement,
08:59on a un syndicat
09:01dit majoritaire
09:02qui est vraiment
09:03dans la co-gestion
09:03et ça se voyait tellement
09:06que...
09:06Enfin, ça m'est déjà arrivé
09:07d'aller au ministère
09:08de l'Agriculture
09:08et de voir
09:09une enveloppe
09:10marquée FNSE1
09:12sur le guichet
09:13du ministère de l'Agriculture.
09:14C'est-à-dire que
09:14les relations
09:15entre la ministre
09:17et le syndicat
09:19donc FNSE1,
09:21c'est presque eux
09:22qui dirigent
09:23la France
09:23depuis des années.
09:24Et ça se voyait tellement
09:26depuis quelques années
09:26que le rôle
09:29des syndicats
09:29devait évoluer.
09:31Et donc vous avez essayé
09:32de prendre cette place.
09:34Merci beaucoup
09:34Damien Brunel
09:35d'avoir été avec nous
09:36secrétaire général
09:37de France Grande Culture
09:38et président
09:39de la coordination
09:39rurale de l'Aisne.
09:40On a bien compris
09:41et surtout merci
09:42d'avoir fait preuve
09:42de parler vrai
09:43concernant en effet
09:44ce risque
09:45qui existe
09:46de guérillas agricoles,
09:47parfois de guerres civiles
09:48et des éléments radicaux
09:49qu'il ne faut pas négliger
09:51qui visiblement
09:52prennent place
09:52parmi vos adhérents
09:53et vos troupes
09:54et donc exercent
09:55une certaine pression
09:56vers le haut.
09:57On en parlera avec vous
09:58naturellement auditeurs.
09:59Qu'est-ce que vous pensez
10:00de ce témoignage très fort
10:01et qu'est-ce que vous pensez
10:02de ce risque-là
10:03de guérilla agricole,
10:05de guerre civile
10:05suite à la mobilisation
10:07des agriculteurs ?
10:08Est-ce qu'en réalité
10:09les face-à-face
10:10entre les forces de l'ordre
10:11et les agriculteurs
10:12doivent devenir
10:13une véritable crainte ?
10:140826 300 300
10:16on en parlera plus largement
10:17tout au long
10:18de cette matinale
10:19et vous avez la parole.
10:20Il est 7h22
10:21et on revient
10:21dans une poignée de secondes.
10:22A tout de suite.
Commentaires