00:01Tout pour investir, la boîte à outils.
00:04On ouvre la boîte à outils ce matin, le mécano s'appelle Jonathan Kieffer de Jolka.
00:09Bonjour.
00:10Bonjour.
00:10Alors on va parler d'un concept dont on parle beaucoup sur les marchés,
00:13quand on parle de produits financiers, quand on parle dynamique,
00:16on parle performance absolue, c'est-à-dire vraiment la quintessence de la dynamique
00:21qu'on peut avoir sur certains produits boursiers, financiers au sens large.
00:26Est-ce qu'on peut rappeler un petit peu déjà la définition technique de ce que c'est la performance absolue
00:31et à quoi ça sert ?
00:32Alors la performance absolue, ça va être la capacité qu'ont généralement des gérants d'actifs
00:36de faire de la performance positive, quelles que soient les conditions de marché.
00:40C'est ça le but du jeu, c'est ça l'intérêt pour les investisseurs.
00:44Après, comment ils font ça ?
00:46Ils vont utiliser notamment la possibilité qu'on a sur les marchés financiers
00:50de pas juste acheter des actifs, mais aussi de pouvoir parier à la baisse des actifs,
00:53shorter des actifs, et donc faire des arbitrages entre certains actifs dont tout le monde pense qu'ils vont monter,
01:00d'autres dont on pense qu'ils vont baisser, et donc gagner sur la différence entre les deux
01:04et pas simplement gagner en achetant et en attendant que ça monte.
01:07Voilà, alors parmi ces produits, on parle beaucoup des longs shorts, des hedges,
01:12des systèmes de couverture pour se protéger contre les mouvements de change.
01:16Exactement, il y a plusieurs stratégies alternatives qui sont pour le coup très différentes,
01:20qui ont des drivers de performance très différents.
01:23Alors, il y a les hedge funds, c'est une grande catégorie de gestion alternative,
01:28et au sein de ces hedge funds, on va retrouver des stratégies,
01:31comme vous l'avez dit, sur les longs shorts equity, donc purement sur les actions.
01:35On va retrouver les fonds globales macro, qui vont avoir des scénarios macroéconomiques,
01:39et qui vont parier notamment sur les devises, les taux, les matières premières.
01:42On va avoir ce qu'on appelle les CTA, les suiveurs de tendance.
01:47Donc lui, eux, ils vont investir que ça monte ou ça baisse,
01:50juste s'ils voient une tendance sur n'importe quel marché.
01:52Et enfin, on va avoir des fonds qu'on appelle Event Driven,
01:56qui sont plus spécialisés sur des événements spécifiques sur les entreprises,
02:01et qui vont donc avoir différentes stratégies pour capitaliser sur des événements
02:05entreprise par entreprise, et pas forcément sur un marché en particulier.
02:09Alors, j'allais vous dire, c'est des choses qui me reviennent à l'esprit,
02:13parce que, voilà, c'était la gestion alternative.
02:17Début des années 2000, quand j'ai commencé, c'était très à la mode.
02:21Enfin, c'était réservé à une élite.
02:23C'était réservé aux pros, déjà, et puis vraiment aux très grandes fortunes
02:26et aux boursicoteurs, vraiment, qui sont toute la journée là-dessus.
02:30C'est quelque chose qui devient plus grand public, maintenant ?
02:34Alors, vous avez absolument raison.
02:37C'était, à la base, réservé aux institutionnels,
02:41aux fonds de pension, aux family office, peut-être,
02:44et aux investisseurs professionnels.
02:46En fait, il y a la démocratisation qu'on voit aujourd'hui en private equity,
02:49elle a eu lieu dans la gestion alternative il y a une dizaine d'années,
02:52avec ce qu'on a appelé les fonds USIT.
02:54Donc, c'est une façon de packager des stratégies alternatives
02:57dans un environnement réglementaire européen
03:00qui va, alors, effectivement, limiter un certain nombre
03:03de degrés de liberté du gérant alternatif,
03:06notamment en termes de levier, donc en termes...
03:08Puisque c'est des stratégies, quand on est long et short,
03:09du coup, on n'a pas besoin de beaucoup de cash.
03:11Donc, on peut être exposé de façon notionnelle,
03:14on peut avoir des engagements qui dépassent la valeur de l'argent
03:17mis au travail par l'investisseur.
03:18Et donc, ces fonds USIT vont limiter le levier,
03:23vont limiter le type d'actifs qu'on peut mettre en portefeuille,
03:28et notamment pour ne pas introduire de transformation de liquidité,
03:32puisque si on offre à un investisseur particulier un fonds liquide,
03:35il faut que le gérant puisse liquider les positions s'il y a des rachats.
03:40Voilà, donc il y a tout un environnement réglementaire
03:42qui a été construit au milieu des années 2010,
03:44même plutôt au début des années 2010,
03:46mais c'est vrai qu'on en a peu parlé,
03:48parce que, pour le coup, les performances de la gestion alternative liquide
03:51n'ont pas été extraordinaires sur toute la période des années 2010,
03:55et il était beaucoup plus simple d'être tout simplement long actions et obligations
03:59pour faire de la part.
04:01Il n'y avait pas besoin de payer plus cher,
04:04parce que du coup, là, on parle de payer un gérant,
04:06et donc avec des frais qui sont plus importants que de la gestion traditionnelle.
04:10Tout ça a un coût, parce que c'est un vrai savoir-faire,
04:13c'est des produits avec un bon gros niveau de technicité,
04:17donc oui, tout ça, ça se paye.
04:18Ce n'est pas un ETF du tout.
04:19Là, il est question vraiment de rémunérer un savoir-faire.
04:23Absolument, c'est vraiment l'opposé de l'ETF.
04:26Évidemment, le but n'est pas de...
04:28Aujourd'hui, pendant 10 ans, les performances n'étaient pas là,
04:33et ne permettaient pas de justifier les frais de ce type de stratégie.
04:40Il y a un changement de paradigme depuis, finalement,
04:43la remontée des taux en 2022.
04:45La remontée des taux, ça permet de faire des vraies différences
04:48entre les entreprises qui ne peuvent plus se financer à taux gratuits
04:53et qui ont des vrais problèmes et doivent se transformer,
04:56vont peut-être mourir, vont se faire racheter.
04:58Celles qui marchent vraiment...
05:00Donc, il y a plus de dispersion, par exemple,
05:02au sein du segment actions.
05:05On retrouve aussi de la volatilité sur les taux,
05:07de la volatilité sur les devises.
05:08Donc, il y a plus d'opportunités d'arbitrage.
05:10Donc, des sources d'alpha, de performances décorrélées des marchés
05:14qui augmentent et qui justifient, du coup,
05:18pour tous les investisseurs.
05:19Les institutionnels, en fait, ils étaient toujours là,
05:22mais les flux reviennent beaucoup sur les 2-3 dernières années.
05:26Et puis, aujourd'hui, il y a des produits qui existent pour les particuliers.
05:29Après, il faut être accompagné pour les trouver.
05:32Il faut qu'ils soient référencés dans des contrats d'assurance-vie.
05:36Donc, ce n'est pas le contrat à grand public, forcément.
05:38Mais voilà, c'est d'autres possibilités.
05:41Et dans un environnement 2026,
05:43où on peut se dire les marchés sont chers,
05:46les spreads de crédit sont plutôt étroits.
05:49Voilà.
05:49Ça peut être une façon d'apporter de la diversification dans son portefeuille.
05:52Oui, parce que j'allais vous dire,
05:53oui, il y a un contexte de marché particulier.
05:54Il y a aussi une technicité de tout ça,
05:58même sur les marchés en ce moment,
06:00qui rend cette technique et cette stratégie d'investissement payante.
06:06Vous me parlez de spread de crédit.
06:08On peut peut-être rentrer un tout petit peu dans les détails,
06:10parce que c'est vrai qu'on a une situation de taux
06:13qui se prête peut-être justement à tout ça.
06:15Alors, voilà.
06:16Certaines stratégies vont pouvoir se prêter
06:18à ces arbitrages sur les spreads de crédit,
06:21notamment la possibilité de parier sur un écartement des spreads.
06:24S'il y avait un écartement des spreads,
06:26certains gérants ont la possibilité d'investir dans des CDS
06:28et donc qui vont gagner de la valeur
06:30si effectivement ce scénario-là se réalise.
06:33Pour pouvoir faire d'ailleurs de l'arbitrage,
06:35entre eux, on pense qu'il y a un secteur en particulier
06:39qui va avoir des problèmes,
06:41mais au sein de ce secteur-là,
06:42certaines entreprises vont bien se comporter.
06:44Donc c'est une stratégie long short crédit, par exemple.
06:48Il y a d'autres facteurs, en fait,
06:50qui vont permettre de prendre des expositions
06:52sur un environnement de marché
06:54sans forcément avoir une directionnalité.
06:56Et donc là, le thème un peu aujourd'hui
06:58qui est dans le marché du hedge fund,
07:01c'est l'arbitrage de fusion-acquisition.
07:03Parce qu'on voit un volume qui a été très important en 2025
07:06et des anticipations de volume de fusion-acquisition
07:08qui sont d'autant plus fortes l'année prochaine.
07:12Alors, il y a des gros deals
07:13dont on parle en ce moment aux US,
07:16qui sont pour le coup très visibles
07:20et avec des spreads importants
07:22parce qu'il y a beaucoup de risques.
07:24Après, il y a en fait la masse des deals
07:27peuvent être sur des plus petites tailles
07:33et on voit notamment un retour
07:35de cette thématique en Europe.
07:37Et donc ça, c'est intéressant
07:39parce que pour les fonds qui sont investissables
07:41par les particuliers en Europe,
07:43c'est plutôt des fonds
07:44qui vont se concentrer sur l'Europe.
07:46Et donc, ce qui nous intéresse au final
07:47pour cette stratégie-là,
07:48c'est ce qu'il y a du volume
07:49et des spreads intéressants en Europe.
07:52Et c'est le cas.
07:54Et donc voilà.
07:54Et donc ça permet d'avoir une exposition
07:56donc deal par deal.
07:57Le gérant va se dire,
07:59en fait, quand un deal est annoncé,
08:01le prix d'acquisition,
08:02on ne converge jamais jusqu'au prix d'acquisition.
08:04Donc il y a un spread qui reste
08:05parce qu'il y a toujours des aléas
08:06et ce que le deal va se faire ou pas.
08:07Et donc un gérant dont c'est la spécialité
08:10va pouvoir décider,
08:11oui, celui-là a des bonnes probabilités de se faire
08:13et donc collecter ce spread
08:14potentiellement en protégeant le portefeuille
08:18sur les actions en général.
08:20Et donc, si le deal se fait,
08:22il va y avoir une convergence
08:24de la valeur d'entreprise
08:25jusqu'à la valeur d'acquisition
08:26et tout ça, même dans un marché baissier.
08:29Et potentiellement,
08:29il peut même gagner sur sa patte baissière.
08:31Donc on a vraiment une stratégie
08:32qui, là, est décorrélée
08:33mais qui a besoin de drivers
08:35et qui, potentiellement,
08:36n'était pas là les années précédentes
08:38mais qui est là aujourd'hui.
08:39Bon, on le rappelle,
08:40la performance absolue,
08:41c'est une stratégie
08:42qui n'est pas à son coût
08:43mais qui peut être payante
08:44dans ce contexte de marché
08:45et sans doute peut-être
08:46aussi un petit peu l'année prochaine.
08:48Jonathan Kiffert de Jolka,
08:49merci de nous avoir expliqué ça
08:50parce que là, vraiment,
08:51c'était nickel.
08:51C'est quand même quelque chose de complexe.
08:53Vous savez l'expliquer
08:54avec beaucoup de simplicité.
08:56Merci.
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