- il y a 4 mois
Les “émissions de la chaîne de valeur”, le fameux scope 3, peuvent représenter jusqu'à 90% des émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise. Impossible de réussir sa transition en vase clos. Décarboner sa chaîne de valeur implique une transformation systémique : collaboration fournisseurs, traçabilité, nouveaux modèles d'affaires. Comment orchestrer ce changement collectif ?
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00:06Le sommet de la transformation durable édition 2026 depuis le pavillon d'Armenonville. On va
00:11s'intéresser à la chaîne de valeur. Comment la décarboner ? On a des exemples et des experts avec
00:17nous. On est ravis d'accueillir à ma droite Carole Brinati. Bonjour Carole. Bonjour. Vous
00:23êtes vice-présidente Sustainability chez OP Mobility. Tout à fait. Bienvenue à vous. On accueille également
00:31Ingrid Jouve. Bonjour Ingrid. Bonjour. Vous êtes directrice de la RSE chez SPIE France. Bienvenue à
00:36vous. Exactement. Et Adrien Dessigny. Bonjour Adrien. Bonjour. Vous êtes directeur stratégique de
00:42décarbonation. Décarbonation, c'est South Pole. Je vais y arriver. Merci d'être avec nous. On va
00:49commencer avec OP Mobility ex Plastic Omnium. On s'en souvient, pour les plus anciens en tout cas.
00:55Là, on est en plein dans les chaînes de valeur chez OP Mobility évidemment. Tout à fait. Vous
01:01êtes partout. Vous êtes dans la mobilité. Une mobilité qui est en pleine transformation. On en
01:05parlait dans l'antenne avec le boom des électriques. On a vu ça, des véhicules électriques en tout cas.
01:10Et d'ailleurs, la crise de ce début d'année en a profité. Les gens se sont rués sur les
01:15électriques.
01:15Peut-être un changement de paradigme. Alors, comment on fait pour décarboner sa chaîne de valeur ?
01:22Comment vous avez travaillé sur ce sujet chez OP Mobility ? Alors, on s'y attelle depuis un
01:26certain nombre d'années. Mais effectivement, après avoir atteint la neutralité sur nos opérations en
01:302025, c'est extrêmement important pour nous, pour la suite, d'embarquer nos fournisseurs. Et donc,
01:36depuis l'année dernière, on a mis un critère de choix qui est lié au CO2 dans le choix de
01:42nos fournisseurs
01:43pour à peu près 50% de nos achats aujourd'hui, où on évalue l'impact carbone des pièces au
01:50moment
01:50où on les achète. Et on va les évaluer au moment où elles entrent dans nos usines en s'assurant
01:55qu'elles
01:55sont en ligne avec nos objectifs de moins 30% d'ici 2030. Mais ça veut dire qu'il y
01:59avait des
01:59partenaires historiques, peut-être, qui n'ont pas été parmi les élus parce qu'ils ne remplissaient pas ce qu
02:05'il y a des charges ?
02:05Il y a des partenaires historiques qui travaillent avec nous sur ce sujet, bien entendu comme des
02:11partenaires beaucoup plus nouveaux. Aujourd'hui, comme je vous le disais, on embarque 50% à peu près de la
02:17supply base. Donc, on a encore la possibilité parfois de travailler avec des partenaires qui ne sont pas
02:21totalement en ligne avec nos objectifs. L'idée étant d'amener 100% de la supply base en ligne avec
02:28nos
02:29achats partout où ils soient puisque aujourd'hui, une grosse partie des activités du groupe se fait
02:34en dehors des frontières de France. Donc, il faut emmener les fournisseurs de façon mondiale avec nous dans
02:38cette belle aventure. Bien sûr. Et en plus, tout le monde n'a pas justement cette sensibilité ou ces
02:42réglementations partout sur la planète. Comment ça se passe justement chez SPIE France ? Ingrid, vous qui
02:49êtes justement directrice de cette RSE, vous êtes attentive également à cette problématique de
02:54décarbonation. Comment on fait ? Oui, et depuis longtemps. Nous, on a engagé la démarche dès 2019
03:00pour travailler avec des fournisseurs qui sont eux-mêmes engagés dans une stratégie climat. On
03:05atteste SBTI, COVADIS ou d'autres démarches. Donc, plutôt un accompagnement qualitatif, à les faire
03:11grandir sur le sujet, à travailler ensemble pour qu'ils fassent des bilans carbone, par exemple. Et puis,
03:16depuis 2025, on est allé un peu plus loin dans la collecte de la data physique en s'appuyant si
03:22possible
03:22sur des données précises, normées en analyse du cycle de vie. Et on intègre ces données dans des
03:30calculateurs qui nous permettent d'avoir un bilan carbone projet, une évaluation globale au niveau
03:35de la stratégie et de la trajectoire de réduction. Puisqu'en fait, notre scope 3, c'est 94 % des
03:41émissions carbone de SPIE. Et donc, toutes les émissions qui sont liées à nos achats, certes,
03:46sont importantes à maîtriser, à réduire en ayant une sélection de fournisseurs. Mais il faut aller plus loin.
03:52Il faut que les produits qu'on achète auprès de ces fournisseurs soient également contributeurs
03:56d'une décarbonation. Puisque les émissions en usage, une fois que le produit, l'équipement fonctionne,
04:02génère de la chaleur et consomme, eh bien, on cherche à réduire également ces émissions carbone.
04:08Et on mobilise différents leviers de décarbonation pour nos clients à l'échelle des projets.
04:12Très bien. Adrien, de Sydney chez South Pole, vous accompagnez plusieurs clients, bien sûr,
04:20dans cette transformation. Quels sont les freins, les principaux, les principales sources de résistance
04:25au changement ? On sait que ce n'est pas évident toujours de se transformer et d'atteindre ses objectifs.
04:29Alors, ce n'est pas évident de se transformer. Qui plus est, avec des gens qui ne sont pas dans
04:33l'entreprise
04:34ou des partenaires, par définition, puisqu'ils sont dans la chaîne des valeurs. Et donc, il y a pas mal
04:39de verrous.
04:41En fait, il y a des verrous tout au long du chemin, on va dire. Mais les verrous qu'on
04:44voit en premier,
04:46c'est est-ce que toutes les personnes dans l'entreprise sont convaincues qu'il faut y aller et est
04:50-ce qu'elles sont
04:50alignées sur la démarche ? On a eu des exemples, nous, d'entreprises qu'on accompagnait où les acheteurs
04:56n'avaient pas la même vision que le département RSE et pas les mêmes visions que la R&D, par
05:02exemple. Donc ça,
05:02c'est un premier verrou, on va dire, organisationnel à l'intérieur des entreprises qu'il faut faire sauter,
05:07mais ce n'est pas très compliqué, normalement. Néanmoins, il existe au départ. Et après, il y a le verrou,
05:14on va dire, on en a un peu parlé lors de la conférence, mais il y a le verrou financier,
05:19parce que très
05:19rapidement, on se pose la question qui finance la transformation. Et ça, on pourra en reparler,
05:25mais il y a plein de modèles qui existent où, effectivement, d'un coup, c'est le donneur d'ordre,
05:30un coup, c'est le fournisseur, un coup, c'est plutôt des approches participatives ou incitatives.
05:34Oui. Et Ingrid en a parlé aussi sur l'aspect data. C'est aussi rapidement quelque chose qui devient un
05:43sujet,
05:44parce que dès qu'on essaye de décarboner sa chaîne de valeur, on se pose la question de les actions
05:50de
05:50mes fournisseurs que j'arrive à décarboner, comment est-ce que je les retraduis dans ma propre empreinte ? Et
05:55ça,
05:55ce n'est pas aussi simple que ça, parce que ça dépend de quelles données on dispose. Et donc, il
05:58faut arriver à parler des langages communs avec ses fournisseurs.
06:01Et là, il y a plein d'initiatives qui peuvent se créer pour débloquer ce verrou-là de la donnée
06:06et de la passabilité.
06:07Alors, je résume, de la pédagogie, évidemment, de la mesure, la data et puis le côté finance. Qu'est-ce
06:14qui est le plus compliqué, tiens, chez Opé Mobility, par exemple, sur l'ensemble de ces leviers ?
06:21Je ne sais pas si c'est le plus compliqué, mais l'idée, c'est d'essayer que tous ces
06:26leviers avancent ensemble, puisqu'ils contribuent les uns aux autres.
06:31Aujourd'hui, la décarbonation est aussi un levier de compétitivité, puisque il y a un certain nombre de réglementations.
06:38Vous le mentionniez, qui entre en effet en 2032, notamment la réglementation sur la fin de vie des véhicules, où
06:44les constructeurs devront recycler 30% de plastique dans les véhicules.
06:51Et donc, ils ont besoin, en fait, d'atteindre ces objectifs. Et c'est un vrai avantage aujourd'hui d
06:56'avoir des solutions qui répondent à ces attentes et qui vont même au-delà de ces attentes.
07:00Et nos équipes en innovation travaillent sur ces sujets depuis un certain nombre d'années. Et aujourd'hui, on a
07:05des vraies solutions innovantes qui nous permettront d'aider nos constructeurs à atteindre ces objectifs.
07:09Oui, alors à chaque fois qu'on fixe ces objectifs, c'est vrai que c'est ambitieux. Est-ce que
07:132032, c'est demain ? Est-ce qu'on est dans la ligne de marche ? Est-ce qu'ils
07:18sont atteignables ? Est-ce qu'on va devoir les repousser ou adapter la situation ?
07:22Aujourd'hui, de notre fenêtre, il nous semble tout à fait atteignable par rapport à nos pièces. On a même
07:29des solutions validées qui permettent d'aller au-delà et qui permettront aux constructeurs de jouer sur des familles de
07:36produits
07:37qui seront un petit peu plus complexes pour eux. Et on est heureux de pouvoir utiliser la réglementation comme un
07:46outil qui va nous permettre d'aller tous ensemble à la même vitesse
07:48vers un objectif qui est virtueux, puisque effectivement, aujourd'hui, on se rend compte que les années passent et on
07:55n'a plus énormément de temps pour décarboner toute la chaîne de valeur.
07:58Et puis, on en voit surtout les effets directs, que ce soit dans l'extrême fraîcheur ou en ce moment,
08:03dans l'extrême chaleur avec ces canicules à répétition.
08:06Chez SPI, on a abordé les sujets. Je voudrais revenir sur la data. Comment on arrive à bien mesurer ?
08:12Parce que c'est vrai que c'est complexe de mesurer avant, après, les gains, de pouvoir les formaliser.
08:18C'est quelque chose que vous suivez. Comment on fait pratiquement ?
08:23Dans la pratique, on a depuis longtemps des calculateurs internes qui permettent de modéliser, de faire un bilan carbone projet,
08:33scope 1, 2 et 3.
08:35Donc, de regarder aussi les émissions liées aux engins qu'on va prendre sur nos projets et puis surtout les
08:41achats.
08:42Ce sont ces outils qu'on a améliorés et avec un partenariat avec NUCO, la base de données des facteurs
08:49d'émission devient de plus en plus grande.
08:53Et elle permet d'avoir soit des datas physiques précises dont les fournisseurs disposent.
08:57Et dans ce cas-là, ils les intègrent par des plateformes dans la base de données.
09:02Soit ils sont sur le chemin pour les avoir et avec eux, selon des protocoles vérifiés, on va travailler autour
09:10d'approximations au regard de familles sensiblement similaires, d'attributs comparatifs.
09:17Donc, ce n'est pas l'idéal, mais en tout cas, c'est ce qui permet d'avancer et d
09:21'éclairer des décisions.
09:22Et puis, dans certains cas, on n'a rien du tout.
09:25Et dans ce cas-là, malheureusement, on est encore, mais heureusement, c'est une part faible, sur de la valeur
09:29monétaire, ce qu'on appelle du spend.
09:31Donc, il y a toute une démarche d'acculturation sur la gestion de la data qu'on entreprend avec nos
09:39fournisseurs.
09:39On leur explique, on fait des webinaires, on fait des business reviews.
09:43On a plein de livrables, des formations, enfin, énormément de choses que l'on partage avec eux, évidemment, selon leur
09:50niveau de maturité, pour pouvoir avancer sur cette...
09:53Alors, je ne doute pas que vous fassiez les livres blancs, les webinaires qui vont bien, mais est-ce que
09:56c'est consulté ?
09:56Est-ce que les gens embrassent le projet ?
10:00Les collaborateurs de SPI ?
10:02Alors, oui, la seule chose, c'est qu'il faut qu'il y ait toute une partie sensibilisation, explication, j
10:08'oserais dire vulgarisation, parce qu'en fait, ce domaine d'expertise, c'est super.
10:13Moi, j'adore, mais ce n'est pas le domaine de l'ensemble de l'entreprise.
10:17Quand on veut embarquer nos équipes, qu'elles soient opérationnelles, commerciales et concrétisées.
10:23L'idée, c'est de voir quels sont les leviers.
10:25En gros, les pourcentages de réduction que je peux obtenir en ayant recours à de l'efficacité énergétique, à du
10:32réemploi, à de la sobriété.
10:34Est-ce que c'est du 5, 10, 20% ? Et comment je vais pouvoir le vendre à mes
10:39clients ?
10:40Donc, là encore, on a énormément de dispositions qui sont mises en place en interne ou avec des partenaires pour
10:46expliquer, sensibiliser, donner des chiffres, des ratios,
10:49des indicateurs qui permettent de comprendre notre propre stratégie, de savoir l'expliquer à nos clients et surtout de comprendre
10:56celle des clients pour trouver les offres que SPI va pouvoir mettre en valeur.
11:01Adrien, une question justement, on parlait tout à l'heure de compétitivité.
11:04Il y a aussi des enjeux de souveraineté aujourd'hui.
11:08Comment, avec vos clients, vous franchissez le pas ou vous les aiguillez justement sur ces notions de dire,
11:13mais ce n'est pas seulement la valeur verte, mais ça va être derrière.
11:16Vous allez améliorer significativement pour les années à venir ou les décennies à venir votre production.
11:22Alors, sur la notion de souveraineté ou de compétitivité ?
11:28Si je parle de compétitivité, en fait, il y a un certain nombre d'outils qui existent, qui sont bien
11:37connus des spécialistes du style calculer des coûts marginaux d'abattement,
11:41ce qu'on appelle en anglais des MAC, mais qui permettent de savoir pour chaque typologie d'action avec tel
11:48fournisseur,
11:48qu'est-ce qui va être le plus intéressant et le plus pertinent en termes économiques.
11:53Et on parle de plus en plus de, si on dézoome un petit peu, on parle de plus en plus
11:57des risques et opportunités liées au climat
12:01et de la monétarisation de ces risques.
12:05Le coût de l'inaction, par exemple, le coût de l'action.
12:07Et donc, en fait, on a plein d'outils.
12:08Si on veut, on peut faire des tonnes et des tonnes d'études sur le sujet.
12:11Après, il ne faut justement pas trop se perdre là-dedans.
12:13Qu'est-ce qui va les faire bouger, finalement, les CEO, les patrons, qui vont se dire, là, on engage
12:18l'action ?
12:19Monétariser quelques impacts pour leur montrer des éléments concrets, regarder ça marche.
12:23Et que, effectivement, ce n'est pas en 2027 que tout de suite, on est en net, mais que le
12:28croisement, il se fait en 2028 ou 2030
12:30et qu'après, on est bénéficiaire en comparant ces deux scénarios.
12:33Ça, typiquement, c'est des choses qu'on peut faire et qui marchent bien.
12:36Et ça convainc un CEO qui n'a pas une vision à deux ans, mais plutôt une vision à cinq,
12:41six ans.
12:42Donc, on imagine que les uns et les autres, la réglementation ne va pas diminuer.
12:47Elle a été inflationniste ces dernières années.
12:52Aujourd'hui, ça tend à se stabiliser quand même.
12:54Est-ce que vous avez les moyens de bien travailler en attendant peut-être les prochaines présidentielles et puis d
13:00'autres réglementations ?
13:01En sachant qu'il y a la réglementation européenne et puis il y a les réglementations dans les autres pays
13:05qui évoluent de façon parfois différente des réglementations européennes.
13:10Il faut composer avec tout ça en sachant que chez OP Mobility, on a tendance à utiliser les réglementations
13:18qui sont en faveur de l'environnement et de globaliser nos politiques de façon mondiale
13:23par rapport à ces différentes réglementations, de façon à continuer à être de plus en plus virtueux
13:29et pas non plus dépendre trop des variations de réglementations de certains pays
13:36pour définir des actions qui pèsent sur le moyen et le long terme.
13:40En fait, on ne peut pas se permettre de changer de stratégie tous les deux mois.
13:44Donc, aujourd'hui, je pense qu'effectivement, on est outillé pour faire les choses correctement,
13:52mais si on travaille de façon collaborative avec l'ensemble de la chaîne de valeur.
13:57Ingrid Jouf, c'est le terme que j'avais en tête, le collectif.
14:03C'est vrai que même pour des clients qui sont assujettis à des obligations réglementaires complexes,
14:08on intervient aussi pour les aider à concrétiser leurs projets qui peuvent parfois prendre du temps
14:13ou qui demandent beaucoup de dossiers administratifs.
14:15Voilà, on en sait un petit peu plus sur cette décarbonation de la chaîne de valeur.
14:19Merci à nos invités, Carlo Brinati, OP Mobility, Ingrid Jouf de Spi et Adrien Dessigny de South Pole.
14:26Merci messieurs dames et à très bientôt sur Bsmart.
14:28Sous-titrage Société Radio-Canada