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  • il y a 4 heures
Les livres émeuvent, éveillent, nourrissent nos convictions et influencent parfois nos choix, qu’ils soient personnels ou professionnels. Dans cette rencontre, Anne Bassi donne la parole à Caroline Rostang, directrice des établissements du groupe familial Rostang Pères et Filles, figure emblématique de la restauration française. Au fil de leurs échanges, Caroline raconte comment la lecture a accompagné son parcours et partage les ouvrages qui l’ont profondément marquée, parmi eux, ceux de Boris Vian et de Stefan Zweig.

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Transcription
00:00Tout de suite, place à la littérature avec Anne Bassi.
00:07Elle rencontre Caroline Rostand qui nous raconte comment Boris Vian et Stéphane Sveig ont marqué sa vie professionnelle.
00:14Merci Sybille et bienvenue dans ces livres qui comptent.
00:18Aujourd'hui, je reçois Caroline Rostand. Bonjour Caroline.
00:20Bonjour Anne.
00:22Caroline, vous êtes la sixième génération d'une famille de restaurateurs et de chefs étoilés au Guide Michelin.
00:27Vous dirigez plusieurs restaurants, dont celui où on se trouve aujourd'hui, des Syriers.
00:34Les livres ont marqué souvent notre vie, enfants, adolescents et puis adultes.
00:40Ils ont influencé notre vie et parfois même notre personnalité.
00:43Et aujourd'hui, on va parler des ouvrages qui vous ont marqué, qui ont nourri vos convictions, votre énergie et votre créativité aussi.
00:51Et qui même parfois vous ont aidé à changer de façon de penser.
00:56Diriger un restaurant et cuisiner, c'est beaucoup de choses.
01:02C'est imaginer, c'est créer, c'est aimer apprendre, c'est veiller sur la qualité, c'est partager.
01:10Quel lien vous faites entre la lecture et la dirigeante que vous êtes devenue ?
01:15Tout d'abord, bonjour.
01:17Déjà, notre métier est un métier qui est très prenant, d'accord, qui prend énormément de temps.
01:24Et on a effectivement besoin d'être concentré, d'être tourné vers l'autre.
01:28Parce qu'entre nos équipes et nos clients, l'humain est au cœur de nos vies.
01:33Et effectivement, une des soupapes pour recharger ses batteries passe par la lecture pour moi.
01:41Et c'est vrai que dans ma famille, on est plutôt livre gastronomique et on parle toujours, toujours de cuisine.
01:48Mais avec ma maman, avec le temps, on a appris, dès qu'on a un livre qui nous passionne, à se les donner, à se les échanger.
01:54On les fait circuler.
01:56Et voilà, donc la lecture est plus qu'un passe-temps, ça fait partie de mon ADN de construction.
02:04Alors, vous m'avez dit que vous aviez finalement découvert réellement la lecture en troisième,
02:10quand vous aviez été en pension et que dans cette pension, il y avait une merveilleuse bibliothèque.
02:15C'est ça.
02:16À l'époque, on n'avait pas tellement de réseaux sociaux, on n'avait pas de téléphone.
02:19Et c'est vrai que la pension, quand on se retrouve à 15 ans, il n'y a pas grand-chose à faire.
02:23Et il y avait du coup, l'ennui est merveilleux, il y a la bibliothèque.
02:28Et là, la bibliothèque, ça a été une caverne d'Ali Baba pour moi.
02:33J'ai découvert plein de styles de livres.
02:36J'ai découvert tous ces romans d'anticipation, des dystopsies.
02:39J'étais fan des George Orwell, des Fahrenheit 451.
02:44Ça, ça a été un moment dans ma vie.
02:46Et je me dis, j'étais fascinée de me dire qu'à cette époque,
02:49en 48, il avait été capable d'imaginer le monde en 84.
02:52Et c'est tellement d'actualité aujourd'hui.
02:54Donc ça, je trouve ça, ces moments-là, j'ai vraiment bien aimé.
02:58Et puis, je me suis mis à fond.
03:01J'ai quitté les bandes dessinées pour me mettre dans la lecture.
03:04Et puis aussi, c'est les professeurs.
03:06J'ai aussi un professeur de français en troisième
03:08qui a été très inspirant, qui nous a fait lire des livres
03:11pas dérangeants, mais qui nous ont un peu perturbés.
03:17Et donc, du coup, on a ouvert un champ de...
03:22Voilà.
03:23Complètement nouveau pour moi.
03:25Et quels sont les livres dont vous gardez un souvenir marquant ?
03:29Les premiers livres.
03:30Justement, le premier livre qui m'a marquée,
03:34c'est un livre de Boris Vian, L'écume des jours.
03:37D'accord.
03:39Je ne sais pas si aujourd'hui, à mon âge, je le relirais,
03:42je serais autant impactée par ce livre.
03:45Mais à l'époque, j'avais été fascinée par cette folie,
03:49par cette critique de la société qui fait de consommation.
03:55Et en même temps, ça part sur une histoire d'amour qui est folle,
04:03qui est complètement folle, qui est d'une tristesse absolue
04:05parce que tout ça finit super mal.
04:09Mais en même temps, c'est plein d'espoir, ce livre.
04:12Et du coup, ça m'a donné envie de lire Boris Vian.
04:14J'ai adoré plein de ses livres.
04:17J'ai découvert que c'était un artiste incroyable,
04:20d'une richesse incroyable.
04:22Il adorait le jazz.
04:24J'adore sa chanson aussi, « Je suis snob, c'est le seul défaut que je gobe ».
04:27Voilà, donc ça, c'est le premier livre qui m'a marquée.
04:31C'est ce livre de Boris Vian.
04:34Et alors justement, vous travaillez aujourd'hui dans une maison de tradition
04:39où il y a un univers qui est codifié quand même dans la cuisine.
04:43Est-ce que justement cette folie et cette poésie qu'on retrouve chez Boris Vian
04:48vous ont influencé de quelle manière peut-être dans votre façon d'animer vos établissements
04:54ou même d'aborder la cuisine ?
04:57Je pense que je suis un peu folle aussi.
04:58Et je me suis retrouvée dans « J'ai une vraie folie en moi ».
05:02Et comme vous dites, c'est un monde qui est très codifié, très conventionnel.
05:08Et ces livres-là, on fait prendre conscience qu'en fin de compte,
05:13le bonheur, ce n'était pas les cartes postales que la société nous envoyait.
05:16C'était à travers nous qu'on allait le trouver, à travers justement notre propre folie.
05:21Et il fallait s'autoriser à ça, il fallait s'écouter.
05:23Justement, et pas se laisser bercer par toutes ces injonctions que le monde nous envoie
05:29de cartes postales utopiques.
05:32Et qui sont en fin de compte des sources de frustration, de chaos,
05:35plutôt que de vrai bonheur.
05:37Et dans notre métier, qui justement est très conventionnel et très structuré,
05:43être soi-même.
05:44En fin de compte, ce qui est important, c'est d'être soi-même,
05:47et avec justement sa folie, la laisser venir.
05:50Moi, mes équipes, je pense qu'elles pensent que j'ai un grain.
05:54Mais voilà, ça fait partie de ça aussi,
05:56c'est de cette énergie qu'on donne au monde qui est importante.
05:59Et tous ces livres-là, par lesquels j'étais fascinée,
06:05comme ça, avec ça que ça fait partie des écrivains
06:07qui m'ont le plus marquée aussi quand j'étais jeune,
06:10par sa poésie, par son approche aussi psychanalytique des personnages.
06:18Et ça, j'ai adoré, parce que justement,
06:20il a une approche des émotions, des obsessions qui m'a embarquée,
06:25parce que c'était, on ne le voit pas venir.
06:27C'est-à-dire, il a une complicité avec le narrateur.
06:31On ne voit pas venir, il ne juge pas,
06:34mais il nous montre toutes nos obsessions
06:38et on s'y autorise.
06:42Voilà, c'est ça qui m'a plu.
06:44Et alors, Zweig en particulier,
06:47parle de destin, de transmission.
06:52Évidemment, c'est toujours très sensible
06:54au parcours humain, comme vous dites.
06:57Et vous, votre métier, l'humain est au cœur, au cœur de tout.
07:02Alors, est-ce que justement, cette façon dont Zweig sonde,
07:06comme on dit, les âmes,
07:09résonne avec votre manière de diriger,
07:12ou d'animer, ou de cuisiner ?
07:14Déjà, on est attentif à l'humain autour de nous.
07:20Je le dis, par nos clients, à les signaux faibles,
07:23par nos équipes, vraiment, l'humain est au cœur de nous tous.
07:26Mais ce qui m'a vraiment séduit chez Zweig,
07:28c'est ces portraits empathiques de ces personnages.
07:34Et ça, on ne se rend pas compte, en fin de compte.
07:37Je ne sais pas si vous vous souvenez,
07:38dans un de ces livres que j'ai adoré,
07:40c'est « L'appétit dangereuse »,
07:40dans ce livre, on ne voit pas venir
07:43à quel point c'est un cercle vicieux.
07:45Parce qu'en fin de compte, on est gentil,
07:47et on se laisse embarquer là-dedans,
07:49et on ne se rend pas compte à quel point
07:50ça va devenir un engrenage,
07:52et on ne va plus pouvoir en sortir.
07:54Et il faut garder la bonne distance par rapport à tout ça.
07:57Et chez nous, c'est pareil.
07:59Parce qu'on peut aussi se faire embarquer
08:00dans pleine situation ubuesque,
08:03dans nos équipes, dans tout.
08:04Parce qu'on ne se rend pas compte que l'âme humaine,
08:06elle peut être aussi...
08:08On est tenté, par des bonnes intentions,
08:12à partir dans des choses qui nous dépassent.
08:15Donc moi, mon métier,
08:16c'est aussi pas toujours de se laisser embarquer,
08:17même si on a envie de le faire,
08:19mais de garder cette distance aussi par rapport à ça.
08:24Mais Isveig, il est fascinant.
08:26Est-ce qu'il y a, Caroline,
08:28un autre genre de littérature que vous aimez ?
08:31Oui, j'aime beaucoup les histoires de vie réelles,
08:34les biographies,
08:35les parcours de vie.
08:37J'ai eu la chance d'aller en Afrique du Sud en voyage,
08:40et j'ai voulu absolument lire l'histoire de Mandela.
08:44J'étais fascinée par l'histoire de cet homme,
08:47de cette force, de ce courage qu'il a eu,
08:49et cette foi en la vie.
08:52J'ai adoré aussi la biographie de Marcel Bouchon-Blanchet.
08:57Pour moi, c'est des personnages
09:00qui nous ont fait avancer la vie,
09:03qui nous ont fait avancer...
09:05Voilà, je ne les connais pas,
09:07mais en tout cas, pour moi,
09:08ça m'inspire énormément
09:09de voir des gens qui ont autant de courage
09:11et de foi dans la vie.
09:12En fait, ils ont façonné leur destin
09:14en dépit des circonstances.
09:15C'est ça.
09:16Ils ont tenu le cap, comme on dit.
09:18Tenu le cap.
09:19Et est-ce que, justement, ça,
09:21ça résonne dans votre façon de voir le monde ?
09:25C'est le principe d'un chef d'entreprise.
09:27Un chef d'entreprise,
09:28c'est un capitaine d'un bateau.
09:29Et qu'elle est souvent dans les tempêtes,
09:31nos collaborateurs,
09:32même si nous, on ne sait pas où on va,
09:34il faut qu'on ait foi.
09:35Il faut qu'on ait foi.
09:36Et moi, j'ai foi dans ma vie,
09:37j'ai foi dans mon entreprise.
09:38Et c'est hyper important
09:39de rassurer nos équipes,
09:41justement,
09:42dans les tempêtes, quoi.
09:44Et c'est en ça que ces livres sont inspirants
09:46parce que
09:47quand un monde est là,
09:49il reste 40 ans en prison,
09:50il sait qu'il va s'en sortir.
09:52Je me dis,
09:52mais comment on est cortiqués pour ça ?
09:54Voilà.
09:55Merci Caroline Rostand.
09:56Merci Anne.
09:57Merci Anne pour cette plongée littéraire
09:59derrière les cuisines.
10:00Tout de suite,
10:01on passe à Tempolux.
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