- il y a 5 mois
Est-ce un signe des temps ? Il est en tout cas beaucoup question des liens familiaux dans la rentrée littéraire de cet automne 2025. Il était donc naturel qu'Au bonheur des livres s'y intéresse, en choisissant les récits de deux écrivaines de grand talent, Anne Berest et Vanessa Schneider, que Claire Chazal reçoit pour évoquer leurs ouvrages Finistère (Ed. Albin Michel) et La peau dure (Ed. Grasset).Les deux livres ont en commun d'évoquer, avec subtilité et brio, des figures paternelles particulièrement marquantes : peut-on accéder à la lumière, quand l'ombre de tels modèles est si forte ?Anne Berest - dont les deux premiers livres s'appelaient La fille de son père et Les patriarches ! - raconte ainsi à la manière d'une véritable saga bretonne l'histoire de la branche paternelle de sa famille, riche en personnalités étonnantes, tandis que Vanessa Schneider, que l'on connaît aussi en sa qualité de journaliste, grand-reporter au Monde, dresse le portrait de celui qui fut un psychanalyste et écrivain distingué, mais aussi un haut-fonctionnaire important dans le monde français de la culture, Michel Schneider. L'une et l'autre réfléchissent, avec nuance mais aussi avec ferveur, à ce que peut-être une forme de fidélité et en même temps d'émancipation filiale, pour s'affranchir de la tutelle familiale. Autant dire que ce sont des sujets où chacun peut se retrouver qu'évoquera Claire Chazal avec ses deux invitées. Année de Production :
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00:00Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:20Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:24Nos deux invités aujourd'hui nous ont beaucoup touchés en cette rentrée littéraire.
00:28Elles décrivent toutes deux leurs familles, leurs origines.
00:31Ce n'est pas la première fois d'ailleurs pour l'une et l'autre.
00:34Et elles font un portrait fouillé cette fois-ci.
00:37J'allais dire à la fois tendre et lucide, parfois assez dur aussi de leur père.
00:41D'abord Vanessa Schneider qui nous propose La peau dure chez Flammarion.
00:45Et puis Anne Berest qui nous décrit ses origines bretonnes dans Finistère tout simplement chez Albin Michel.
00:51Merci beaucoup d'être là toutes les deux.
00:53Ça me fait très plaisir de vous recevoir.
00:55Nous allons parler successivement des deux livres, mais vous pouvez bien sûr intervenir quand vous le voulez sur l'ouvrage de l'autre.
01:03Alors Vanessa Schneider, je précise que vous vous adressez tout au long du livre à votre père, Michel Schneider,
01:09au fonctionnaire, psychanalyste, engagé très à gauche dans son jeune âge, si on peut dire.
01:14Mais enfin assez longtemps quand même, toujours en bagarre avec les autres, attaché à sa famille, mais entretenant aussi avec elle des rapports plus qu'exigeants, singuliers.
01:28Et d'ailleurs, dans ce livre, vous vous rappelez que vous écrivez après la mort de votre père qui est mort en 2022 d'un cancer alors qu'il disait avoir la peau dure.
01:39Anne Berest, vous aussi, ce père d'origine bretonne, peut-être par le hasard de la vie polytechnicien, est mort d'un cancer en 2022.
01:48Et vous racontez cette généalogie bretonne dans Finistère.
01:52Je précise que vous êtes romancière et scénariste et que vous avez déjà décrit la partie familiale juive Ashkenaz du côté de votre mère dans la carte postale,
02:01qui était ce livre très remarqué en 2021, Renaud Daud de Lycéen, et qui a été ensuite traduit et notamment récompensé aux Etats-Unis.
02:08C'est donc en quelque sorte, est-ce que je ne me trompe pas, en disant que c'est le troisième tome d'une saga familiale que vous avez déjà entreprise,
02:14avec Finistère, qui est d'ailleurs assez romanesque.
02:17Vous nous parlez de la Bretagne sur plusieurs générations, de ce peuple de marins, aussi de la destruction de Brest.
02:23Il y a aussi évidemment une géographie de la région qui est importante.
02:27Est-ce que cette terre occupe encore une place importante pour vous ?
02:30Oui, bien sûr. J'en reviens d'ailleurs. J'y ai passé une bonne partie du mois d'août.
02:38Pour moi, c'est le pays de mon père. Et aujourd'hui qu'il est mort, quand je vais en Bretagne, c'est comme si je retrouvais un peu ses bras.
02:48Il y a quelque chose dans ce paysage finistérien, à la fois granitique et ce bleu de la mer qui me fait penser au bleu de ses yeux.
02:56Oui, la Bretagne, ce paysage, c'était un peu retrouvé, mon père.
03:02Dans la carte postale, vous aviez écrit sous une forme particulière, presque d'un roman policier.
03:07En tout cas, c'est vrai qu'il y avait une forme de suspense.
03:10Cette fois, alors, j'allais dire que c'est une forme très différente, Anne Bérest, en chapitre court, je dirais attrayant, très accessible.
03:18Est-ce que vous diriez que c'est parce que le sujet est moins grave ?
03:23Je me trompe, peut-être, mais pourquoi avoir adopté cette forme assez particulière ?
03:27Alors, c'est vrai que chaque livre, et je pense que Vanessa sera d'accord avec moi, chaque livre impose sa forme.
03:34Et chaque livre nous dit comment il doit être écrit.
03:40Et celui-là, il y avait une forme d'urgence, puisque mon père était malade, et j'avais envie de le terminer, au fond, avant, vite, pour qu'il puisse le lire.
03:48Ah oui.
03:48Donc, il y a ces chapitres courts, et puis aussi, vous savez, lorsque j'ai écrit la carte postale, j'ai eu un rapport très particulier avec les jeunes lecteurs, la génération des 18, les grands adolescents, jeunes adultes.
04:04Et c'est aussi pour eux que j'écris, parce que j'écris des livres qui racontent l'histoire de France, et le territoire, et donc cette écriture-là, elle est pensée pour eux.
04:18C'est à eux que j'écris quand je... C'est à eux que je pense quand j'écris.
04:21C'est formidable, d'ailleurs, de penser qu'on a un jeune public qui s'intéresse aussi à cette histoire, qui est quand même antérieure.
04:27Est-ce que votre père a eu le temps de le lire, ou non ?
04:29Malheureusement, non.
04:31Le grand-père, donc, Eugène, agrégé de lettres, ça c'est le père de votre père, et ce père que vous décrivez, Pierre, lui, polytechnicien, sont donc, on l'a bien compris, des êtres brillants.
04:44Ils ont dû, il faut bien le préciser, quand même, quitter leur Bretagne pour faire des études à Paris.
04:49C'est ce qui les caractérise, parce que le père, l'arrière-grand-père était marin, enfin pêcheur, il a fondé une pêcherie.
04:56Mais tout ça, on va à Paris pour faire des études à ce moment-là, pour passer des concours, et c'est ça que vous racontez.
05:01Ce qui m'intéresse, en travaillant sur mon arbre généalogique, et sur plusieurs générations, c'est de travailler des sujets presque sociologiques,
05:10et là, j'ai travaillé sur le rapport entre la Bretagne et Paris sur quatre générations, c'est vrai.
05:15Pour mon arrière-grand-père, Paris, c'était l'ennemi.
05:18Pour mon grand-père, Paris, c'est l'endroit où il fait ses études, mais il revient en Bretagne pour exercer son métier,
05:25et puis pour devenir homme politique, pour défendre la Bretagne, puisqu'il a été député du Finistère, maire de Brest.
05:31Donc, pour s'engager dans sa région, mon père, lui, va faire des études à Paris et y rester.
05:37Et moi, je suis la première Brest à être une petite Parisienne, à naître à Paris,
05:42et pour qui la Bretagne, ce n'était plus que les vacances.
05:45Alors, ce père, vous en faites un portrait flatteur, parce qu'il est beau, il est brillant, ses yeux bleus dont vous parlez,
05:53mais on sent, Anne Brest, que vous le regardez souvent comme une sorte de mystère.
05:58Avec lui, la communication n'est pas toujours facile.
06:00C'est plutôt un taiseux.
06:02Oui, il appartient à cette génération d'hommes de pères qui n'avaient pas encore l'habitude,
06:09comme on peut voir les pères d'aujourd'hui, de dire à leurs enfants des mots d'amour.
06:14C'est encore une génération qui ne dit pas ces mots tendres.
06:20Et cette absence de mots, même si l'amour était là, cette absence de mots peut créer une inquiétude.
06:24Et puis, c'est vrai, c'est un portrait particulier, parce que c'est un grand scientifique.
06:31Et les grands scientifiques sont des hommes...
06:33Qui s'attaquent à des matières austères.
06:35Qui vivent dans un autre monde que le nôtre.
06:38C'était un chercheur.
06:39Il avait toujours la tête dans ses équations.
06:42Et il semblait mystérieux, parce qu'il réfléchissait à des choses qu'on ne comprenait pas,
06:47mais en même temps très poétiques.
06:49Parce que, par exemple, il faisait des recherches sur les bulles de savon.
06:51Donc, je voyais mon père faire des bulles de savon dans le salon.
06:55C'est vrai qu'il y a des questions de génération.
06:56Et cette parole qui est un peu rare de la part des pères,
07:01c'est un peu la même chose, mais pas tout à fait pour vous, Vanessa.
07:03On va bien sûr parler de votre livre,
07:04mais il y a aussi quelque chose de générationnel dans ce rapport à votre père.
07:09Oui, alors moi, mon père, c'était un homme de trop de mots.
07:12C'était le contraire.
07:13Mon père, il débordait de mots et il ne contrôlait pas toujours tous les mots qu'il avait à dire.
07:18Mais en effet, il avait une difficulté à exprimer de façon simple son amour.
07:24Son amour.
07:24Ça, c'est vrai.
07:25Oui, ça prenait toujours des chemins détournés.
07:29Je n'ai jamais douté de l'amour de mon père, mais…
07:32Mais c'était quand même un mystère.
07:34Oui, il y avait un flot de paroles, souvent tempétueux et colérique,
07:38et c'était difficile de décrypter la part d'amour ou de bienveillance derrière tout ça.
07:45On ne peut pas penser aussi que vous avez douté, vous, Anne Bérez, de l'amour de ce père.
07:48Pas du tout.
07:49Non.
07:49C'est ce que vous dites, d'ailleurs.
07:50Je ne doute pas de son amour, mais je parle de quelque chose, je crois,
07:55que beaucoup de lectrices se reconnaissent dans cette idée-là.
08:00Je rencontre là des femmes qui l'ont lu et qui disent aussi que…
08:04Quand on a eu un père taiseux, quand on a eu un père pudique,
08:09quand on a eu un père aussi qui, au moment de l'adolescence,
08:13prend ses distances parce qu'elle est nécessaire,
08:16c'est quelque chose qui crée, oui, une étrange inquiétude, un petit chagrin
08:20qui, avec le temps, peut devenir une incompréhension.
08:26Vous dites, pour lui, c'est ce que vous écrivez, avoir trois filles,
08:30puisque vous avez deux sœurs, était un bonheur, mais aussi un embarras.
08:34Oui.
08:35Ça m'a beaucoup frappée, cette phrase, évidemment.
08:38Oui.
08:38Vous le sentiez peut-être un peu à gauche ou interrogatif.
08:42Oui, c'est-à-dire que c'était…
08:44Je crois que ça a été un immense bonheur pour lui d'avoir des filles,
08:47mais c'était quand même une fille.
08:51C'était une drôle de chose.
08:53Il ne nous comprenait pas toujours, mais avec beaucoup de tendresse,
08:57mais aussi de… C'était un homme très timide, très réservé, très pudique,
09:04un homme très doux, très sensible, très loin des canons de la masculinité
09:09auxquelles on a l'habitude.
09:11Mon père ne savait pas conduire, ne savait pas bricoler,
09:14n'avait pas les attributs du masculin.
09:18Que votre mère avait, d'ailleurs.
09:19Voilà.
09:20Quand j'étais petite, je pensais qu'il n'y avait que les mères
09:24qui conduisaient les voitures.
09:25Oui, c'est ça.
09:27Alors, ce qui est aussi, évidemment, et on va en parler de nouveau
09:30avec la peau dure, ce père, Téze, mais un grand chercheur,
09:36un intellectuel comme Michel Schneider, d'ailleurs,
09:38il est très à gauche.
09:39Enfin, il y a quand même cet engagement-là.
09:42Et ça fait… ça va définir une éducation très particulière,
09:47qui est la vôtre, et qui est aussi celle de Vanessa, d'une certaine façon.
09:50Qui est la salle de nombreuses femmes de notre génération,
09:54et de nombreuses écrivaines.
09:57Ces pères-là ont donné quand même des filles qui ont écrit.
10:01Et oui, donc une éducation très à gauche, c'est-à-dire…
10:05Toute mon enfance, j'ai entendu, vous n'aurez pas d'héritage,
10:08je suis contre l'héritage, je suis contre le patrimoine,
10:12vous aurez tout à construire.
10:13Mais c'était une éducation aussi formidable,
10:16avec une mère féministe aussi, qui nous disait…
10:20Vous devez vous réaliser, vous devez être autonome.
10:22Autonome, elle disait…
10:23Cette phrase qui me troublait, elle disait
10:26« Ne laissez jamais un homme vous offrir vos cigarettes. »
10:29Oui, c'est ça.
10:31Donc voilà, soyez libre.
10:33Exactement.
10:34Et cette liberté, elle se paye aussi,
10:36parce que cette éducation, elle vous perd un peu.
10:38Enfin, elle vous… est-ce que ça n'a pas…
10:40Aucune éducation n'est récite, n'est parfaite.
10:43Bien sûr.
10:44Ça, quand on éprouve soi-même ce métier difficile d'être parent,
10:48on est sans doute plus indulgent avec nos parents.
10:52Ce n'était pas une éducation parfaite,
10:54mais c'est vrai que mon père a eu un rapport,
10:58disons, beaucoup plus simple avec moi,
11:03même si j'en décortique la complexité,
11:05que, par exemple, le rapport de Vanessa,
11:11dont elle parle avec son père.
11:12Oui, bien sûr.
11:12Ce père, Pierre, va tomber malade.
11:15Vous attendez…
11:16Bien sûr, il est hospitalisé.
11:20Et vous attendez vraiment la fin pour l'interroger
11:22sur ce passé à l'LCR,
11:24enfin, ce passé de gauchiste.
11:25Oui, je lui dis,
11:26je lui dis, alors voilà, tu sais,
11:28je vais écrire ce livre sur ta famille,
11:31mais toi, qu'est-ce que tu voudrais laisser de toi ?
11:34Il me dit deux choses, mes recherches scientifiques,
11:37donc ça, je me dis, ça ne va pas être simple,
11:38et mon engagement militant à la Ligue communiste.
11:45Et là, je tombe un peu de ma chaise,
11:47parce que je sais bien que j'ai été élevée
11:48par un père très à gauche,
11:50mais je n'avais jamais entendu parler,
11:51il ne nous avait jamais parlé concrètement
11:55de ces années de militantisme.
11:57Alors, on va en reparler,
11:58parce que, bien sûr, c'est un point commun très fort
12:00avec le père de Vanessa Schneider.
12:01Vanessa Schneider, je précise que vous êtes journaliste,
12:04grand reporter au Monde,
12:06et puis vous aussi, vous explorez la famille,
12:08avec notamment un récit qui avait été très remarqué
12:10sur l'actrice Maria Schneider,
12:11qui est votre cousine.
12:13Alors, voici donc la peau dure,
12:14ça, c'est donc le portrait de ce haut fonctionnaire
12:16qui s'appelle Michel Schneider,
12:18qui était aussi un psychanalyste,
12:19lui qui est né en 1944,
12:21et mort donc en juillet 2022,
12:24d'un cancer lui aussi,
12:25et vous l'accompagnez jusqu'à la fin,
12:27comme Anne.
12:27Vous l'avez d'ailleurs, vous lui aviez,
12:30je me souviens très bien,
12:31au moment où ça m'a rendu hommage,
12:33en republiant une émission dont on va parler,
12:36en parlant de lui.
12:41Mais j'allais dire que ce livre que vous nous proposez,
12:43qui s'appelle donc La peau dure,
12:46est plus, j'allais dire, moins apaisé
12:48que celui d'Anne Béresse, me semble-t-il,
12:49parce que ce n'est pas le même père,
12:51et ce ne sont pas tout à fait les mêmes relations
12:52que vous avez avec lui.
12:53Est-ce que ce livre,
12:57et on sent qu'il y a une dureté,
12:59est-ce que quand même,
13:00il vous a permis à la fin
13:01de faire la paix avec lui,
13:03d'une certaine façon ?
13:05Alors, je pense que c'est un peu l'inverse,
13:07en fait.
13:07Je pense que je n'aurais pas pu écrire
13:09ce livre sur lui
13:10si je n'avais pas été apaisée
13:12avec un certain nombre de choses.
13:14Si mon père était mort dix ans plus tôt,
13:17je n'aurais probablement pas écrit
13:21en tout cas le même livre.
13:22C'est parce que j'avais compris
13:24un certain nombre de choses
13:25sur notre relation,
13:26c'est parce que j'avais un peu cerné
13:28qui il était,
13:30et que, justement,
13:32on avait retrouvé une relation plus douce.
13:35Mais c'est vrai que chaque père est différent
13:37et chaque relation est différente.
13:39La relation avec mon père n'était pas apaisée
13:40parce que lui-même n'était pas
13:42un homme apaisé du tout.
13:43C'était un homme qui était très tourmenté,
13:46qui avait eu une enfance effroyable.
13:48Parce que ce portrait que vous faites
13:49qui est assez dur,
13:50c'est un personnage autoritaire même irascible,
13:52d'une façon qui part en guerre.
13:53– Colérique.
13:54– Colérique.
13:55Il a des circonstances atténuantes,
13:56c'est ça que vous nous expliquez.
13:58Il vient de là où il vient.
13:59– Oui, on vient tous de quelque part.
14:02Non, mais c'est ce que j'ai voulu montrer aussi,
14:03c'est que, alors évidemment,
14:04il y a des tempéraments,
14:05il y a des caractères,
14:06mais on vient aussi,
14:07d'abord on vient d'une époque,
14:09et c'est pour ça que c'était intéressant
14:10de raconter le contexte politique,
14:12et on vient de son enfance
14:15et de ce qu'on a vécu.
14:16Et l'enfance de mon père
14:17a été proprement effroyable.
14:18– Effroyable.
14:19– Il était dans un foyer,
14:21voilà, complètement,
14:22qui n'était pas un foyer.
14:23– Livré à lui-même.
14:23– Livré à lui-même.
14:25Quand ma mère l'a rencontré,
14:26il avait 14 ans,
14:27il vivait tout seul dans une chambre d'hôtel.
14:30Il avait un père dont il a appris après
14:31qu'il n'était pas son père
14:32et qu'il est mort très jeune.
14:33Une mère alcoolique,
14:34une fratrie avec des pères différents
14:38pour chaque enfant.
14:39et puis une grande pauvreté
14:41puisque c'était une famille
14:41qui avait déchu socialement.
14:43Donc il est né vraiment
14:44dans le manque à tout point de vue.
14:47Et il a fait une trajectoire
14:48assez exceptionnelle.
14:49– Bien sûr,
14:49par rapport à ses origines difficiles,
14:51il a raconté d'ailleurs,
14:53je crois,
14:54son enfant dans Bleu Passé.
14:55– Oui.
14:56– Bien sûr,
14:57dans cette famille maudite
14:59que vous décrivez
15:00et dont il va quand même
15:01faire quelque chose
15:02puisqu'il va rentrer à l'ENA
15:04alors que c'est difficile
15:05pour lui à l'école.
15:06Enfin, on sent bien
15:07qu'il est un peu...
15:08déscolarisé,
15:09mais qu'il va être évidemment,
15:10il va faire des études brillantes.
15:13Et puis alors,
15:14il y a comme pour Anne,
15:16cet engagement
15:16que vous décrivez bien
15:17à l'extrême gauche.
15:19Et là,
15:19c'est très important pour lui,
15:20mais ça va rester très longtemps
15:21dans la famille, ça,
15:22cet ancrage-là.
15:23– Oui.
15:23– Alors c'est aussi
15:24toute une époque.
15:25Il faut se remettre
15:26dans l'époque
15:28où un certain nombre de gens
15:30pensaient à une révolution possible.
15:32Alors maintenant,
15:33ça nous paraît un peu absurde
15:35et fou
15:35et depuis un certain temps.
15:36– On va mettre quelques erreurs
15:37parfois.
15:39– Mais c'est vrai
15:39que c'était cette époque
15:41de l'engagement
15:42dans la continuité
15:44de mai 68.
15:45C'était toute une jeunesse
15:46qui pensait
15:47qu'on pouvait remettre
15:49en question
15:49le système capitaliste,
15:50qu'on pouvait la battre,
15:51qu'il pouvait avoir
15:52un autre monde possible.
15:54Moi, mon père
15:54n'était pas trop de skis,
15:55il était maoïs,
15:56c'était une autre chapelle.
15:57Et c'était l'époque
15:58où on pensait
15:59qu'en Chine,
16:00il se passait des choses
16:00formidables.
16:01Bon, évidemment,
16:01l'histoire a montré
16:02que pas du tout.
16:04Et je pense que ce qui est
16:05dans le silence de nos pères,
16:06parce qu'Anne aussi
16:08faisait allusion,
16:09même si elle savait
16:10que son père était de gauche,
16:12il n'avait pas nommé
16:13avant, en fait,
16:13son appartenance à la LCR.
16:16Et mon père non plus
16:16ne s'attardait pas non plus
16:18sur son appartenance
16:19au grupuscule
16:20auquel il faisait partie.
16:21Parce qu'il y avait
16:22quelque chose
16:22de très compliqué,
16:24quand même,
16:25d'assumer cette erreur historique,
16:27même s'ils n'étaient pas
16:28les seuls.
16:28C'est sûr,
16:29mais à un moment,
16:29il faut assumer une erreur.
16:30Voilà, donc je pense
16:31qu'à la fois,
16:32ils l'ont assumée
16:34puisqu'ils ont vécu,
16:35voilà, mon père est devenu
16:36social-démocrate.
16:37Mais je pense que ça a été
16:39très douloureux pour eux
16:40de s'être trompés
16:42à ce point-là,
16:44d'avoir consacré
16:45énormément d'énergie
16:46qui empiétaient
16:47sur la vie de famille.
16:48Mon père était dans
16:49une organisation
16:50où on n'avait pas le droit
16:50d'être marié,
16:51pas le droit d'avoir d'enfant,
16:52extrêmement rigoriste.
16:54Et pour une personnalité
16:56aussi libre que lui,
16:57c'était une forme
16:58d'aberration
16:59qu'il accepte
17:01ce cadre-là.
17:02Mais il y avait bien
17:02d'autres contradictions aussi,
17:04Vanessa Schleder,
17:05parce que vous racontez,
17:06et l'inverse là,
17:08de ce qui s'est passé
17:09pour Anne Berest,
17:10votre mère a été quand même
17:11mis sous le joug paternel
17:13parce qu'il doit se prétendre
17:16féministe
17:17dans son engagement politique,
17:18mais il ne l'est pas du tout
17:19à la maison.
17:19et il l'a comptable
17:20dans son rôle
17:21de mère au foyer.
17:22Tout à fait.
17:23Il y avait une contradiction,
17:24mais mon père n'était pas du tout
17:25à l'abri des contradictions.
17:28Il les revendiquait, d'ailleurs,
17:29parce que pour ça,
17:30il était assez transparent.
17:31Mais en effet,
17:32ça faisait partie
17:32de ces contradictions
17:33où il affichait un féminisme.
17:36D'ailleurs,
17:36il a milité auprès du MLF
17:39et tout ça.
17:40Mais alors à la maison,
17:41on était très, très loin de ça.
17:42C'est-à-dire que la répartition
17:44des rôles entre mes parents
17:46était d'un classicisme.
17:49Voilà, ma mère s'occupait des enfants,
17:52elle n'avait pas le droit de travailler.
17:53Alors qu'elle travaillait dans une librairie.
17:55Alors qu'elle travaillait dans une librairie,
17:57il lui interdisait de travailler,
17:58il fallait qu'elle s'occupe des enfants.
18:00Et puis, il y a cette scène
18:01que je raconte,
18:02qui était une scène terrible,
18:03mais qui, moi, m'a formée aussi
18:04en tant que jeune fille
18:06et en tant que future femme.
18:09Il lui donnait de l'argent en liquide
18:10tous les dimanche soir
18:11pour les courses de la semaine.
18:12Et ça, c'est vrai que très tôt,
18:15ma mère m'a dit
18:16« Jamais, jamais, jamais,
18:17ne te retrouves dans... »
18:19Alors ma mère ne fumait pas de cigarette
18:21et elle était contre,
18:22donc elle ne me parlait pas
18:24des paquets de cigarettes.
18:25Mais elle me disait
18:25« Mais surtout,
18:27choisis n'importe quel métier,
18:28mais sois indépendante,
18:30ne dépend jamais de personne
18:31et ne dépend jamais d'un homme. »
18:33Il y a des injonctions.
18:33Pour une mère qui était
18:34beaucoup plus féministe,
18:35évidemment, du côté d'Anne,
18:36au contraire,
18:36qui avait une autorité naturelle
18:39et qui prenait le pas sur la famille.
18:40Il y a beaucoup de crises que vous décrivez,
18:43Vanessa Schneider, dans ce livre.
18:45Il s'en porte des colères
18:46et parfois même,
18:48on est au bord de la folie
18:50quand il se jette d'un toit
18:52ou des choses.
18:52Est-ce que vous diriez
18:53qu'à un moment,
18:54il avait des accès de folie,
18:55ce père,
18:56ce Michel Schneider ?
18:57Il y avait quelque chose...
18:58Je ne sais pas comment on peut les qualifier,
19:00mais il y avait...
19:01Je pense qu'il n'a jamais guéri
19:03de son enfance, en fait.
19:04C'était encore un enfant blessé,
19:07très perdu,
19:08avec des accès mélancoliques
19:10très profonds
19:11et des pulsions d'autodestruction.
19:14Oui.
19:14Et vous le sentiez.
19:15C'était très inquiétante, évidemment.
19:17Et ça a créé une espèce de...
19:21Oui, on se méfiait,
19:22on était sur nos gardes.
19:25On avait...
19:26Ce n'était pas une atmosphère
19:28très tranquille à la maison.
19:30Ce n'était pas très rassurant.
19:32Voilà.
19:32Ce n'était pas très rassurant.
19:33Et il le savait,
19:34puisqu'il nous disait...
19:35Il disait des phrases
19:36qui, moi, m'ont paru longuement anodines,
19:39mais après, j'ai découvert
19:40que ce n'était pas anodin du tout
19:41de dire ça.
19:42Et à chaque fois,
19:43il me disait souvent
19:44« Ta mère pense que je veux vous tuer. »
19:46Ou « Ta mère pense que je veux la tuer. »
19:48Oui.
19:49Bon, aucun père ne dit ça.
19:51On ne dit pas « Ta mère... »
19:52Non, mais enfin, il l'a dit quand même.
19:53Donc, il savait
19:54qu'il pouvait susciter cette crainte
19:57au sein de son foyer.
20:00Et en effet,
20:01on était toujours sur...
20:04Oui, puis après, il s'excusait,
20:06il revenait,
20:07il était...
20:08Je pense qu'il en souffrait aussi.
20:10On peut dire, Anne Béret,
20:11est-ce que vous n'avez pas vécu
20:12dans la même atmosphère ?
20:14Je pense qu'on sent bien
20:15que, vous, il y a une douceur,
20:17une espèce de chose apaisée.
20:18C'est vrai qu'avec les mots d'aujourd'hui,
20:21on dirait que mon père
20:22était un homme déconstruit avant l'heure.
20:23C'est vrai, oui.
20:24C'est-à-dire ne pensant absolument pas
20:27qu'il y avait une autorité masculine naturelle
20:31par rapport aux femmes.
20:33Moi, j'avais une mère
20:34qui était chercheuse aussi,
20:36qui partait beaucoup à l'étranger
20:38pour exposer ses recherches
20:41dans les universités.
20:43C'était jamais une question.
20:45Non, j'ai eu la chance d'être, au fond,
20:47vivre avec un homme,
20:48mon père, qui était très moderne.
20:50Mais je reconnais la modernité de mon père
20:56dans son rapport au foyer,
20:58dans son rapport à sa femme,
21:00et même dans sa...
21:02Et à la liberté.
21:02La liberté.
21:03C'est ce qu'on retrouve, bien sûr,
21:05chez Vanessa Schneider,
21:06parce qu'il y avait aussi une volonté
21:07de vous laisser libre.
21:08Il y avait quand même cette éducation-là.
21:10Bien sûr.
21:10Mais aussi une grande exigence.
21:12Et on sent beaucoup plus d'aproté
21:14dans votre écriture,
21:15enfin, en tout cas, dans ses récits d'enfance.
21:18Vous vous dites quand même,
21:20parfois, j'ai eu une enfance difficile
21:22ou j'ai souffert.
21:24Non.
21:26Paradoxalement, je ne me dis pas ça.
21:27Je me dis, j'ai eu...
21:28Ce n'était pas facile, par moments.
21:31Oui, ça a longtemps créé
21:34beaucoup d'inhibitions.
21:36J'étais une enfant très, très timide.
21:39J'avais très peur des autres.
21:40L'extérieur était quelque chose
21:42d'un peu angoissant.
21:44J'avais beaucoup de mal
21:45à prendre la parole à l'école.
21:47Et ça, c'est des choses qui m'ont...
21:48Ça a évidemment impacté mon caractère.
21:52Mais non, je n'ai pas des souvenirs
21:54d'une enfance malheureuse
21:55parce qu'à côté de ça,
21:56mon père avait aussi un côté très drôle.
22:00Il faisait...
22:01Alors, il n'était pas déconstruit
22:03au sens dans les relations hommes-femmes.
22:04Par exemple, il cuisinait beaucoup.
22:06On cuisinait avec lui.
22:08Il nous parlait énormément.
22:09Donc, je parlais énormément
22:10de politique, de livres sans cesse,
22:14de musique.
22:16Donc, c'était...
22:17Il y avait une vie intellectuelle
22:19qui était d'une grande richesse
22:21et dont je nourris vraiment...
22:25C'est une chance inouïe
22:26de pouvoir être élevée comme ça.
22:28Vous avez été devenu journaliste
22:29dont vous êtes exprimé
22:29ô combien pour l'extérieur.
22:31Et puis, en effet,
22:32c'était une génération
22:33à laquelle la génération précédente
22:35avait souvent imposé beaucoup de choses
22:37dans des cadres très rigides
22:38et qui s'étaient libérées
22:40de ces carcans après mai 68
22:42et donc qui laissaient ces enfants
22:44choisir leur métier,
22:46choisir...
22:47On avait le droit de s'exprimer,
22:48s'exprimer à table,
22:49ce qui n'était pas le cas
22:50des générations précédentes.
22:52Voilà.
22:53Les enfants avaient le droit
22:53de prendre place dans la famille,
22:56pas forcément au même titre
22:57que les adultes,
22:58mais en tout cas...
22:59Quand même, vous en avez joué
23:00de cette liberté aussi.
23:00Bien sûr, il était interdit d'interdire.
23:03Voilà.
23:04On le sentait.
23:05Moi, c'était toujours à lui.
23:07Oui, c'était surtout à lui
23:08qu'il était interdit d'interdire mon père.
23:10Il ne s'interdisait pas grand-chose.
23:12Est-ce qu'on en a tiré du bon
23:13de cette éducation ?
23:14Parce qu'on pourrait s'interroger
23:15un jour sur ce qui restait
23:16de mai 68.
23:16Moi, je ne sais pas
23:17si quelqu'un a fait un bilan réel
23:19de ce mouvement,
23:20mais est-ce que cette permissivité
23:22ou cette absence de cadre réel,
23:24est-ce que c'était bien, finalement ?
23:25Est-ce que...
23:26Ça rendait peut-être pas malheureux,
23:28oui, ça on comprend,
23:29mais est-ce qu'il y a quelque chose
23:30qui n'a pas manqué ?
23:32Non.
23:32Moi, il n'y avait pas de permissivité,
23:33en fait, dans ma famille.
23:34Parce qu'il y avait une exigence,
23:35mais pour un aussi.
23:36Oui, il y avait une exigence scolaire,
23:38d'abord très, très forte.
23:40Et puis, du côté de ma mère,
23:42ma mère était mère au foyer,
23:43elle posait un cadre très précis.
23:46Et c'est vrai qu'il y a eu des récits
23:48d'enfants de mai 68
23:49qui, eux, ont vécu un peu
23:52à la sauvageonne,
23:55ou qui avaient le droit de...
23:55Nous, non, on devait se coucher
23:57à heure fixe.
23:58Peut-être qu'il y avait des repas.
24:00On avait plus de permissivité
24:01chez un homme avec le maire.
24:02Nous, on avait une grande liberté,
24:03c'est vrai.
24:04Et moins d'exigence scolaire.
24:05Enfin, disons...
24:06Une grande exigence scolaire,
24:07mais aussi beaucoup de liberté,
24:09une grande confiance.
24:11Et je crois que ça dépend
24:12des caractères.
24:16Par exemple, chez moi,
24:17ça a créé le fait
24:17d'avoir beaucoup de liberté
24:19à fait que je me suis construit
24:21mes propres limites,
24:23que je suis devenue mon propre cadre,
24:28que je me suis surveillée toute seule.
24:30Donc, ce n'est pas parti dans le décor.
24:33Mais pour certains enfants...
24:34Ça peut partir dans le décor.
24:36Ça, voilà.
24:37Et puis, quand même,
24:40dans nos deux récits,
24:41dans nos deux enfances,
24:42il y a des transgressions
24:44qui n'ont pas eu lieu.
24:45Alors que dans d'autres récits
24:47qu'on peut avoir,
24:48dans d'autres livres
24:49qu'on a pu lire,
24:51c'était des ambiances
24:52avec des libertés
24:54qui sont allées trop loin
24:55et qui ont détruit les enfants,
24:57ce qui n'est pas le cas
24:58de nos deux livres.
24:59Oui, et puis il y avait de l'amour.
25:01Exactement.
25:01De toute façon, ça existait.
25:02Il y a bien sûr
25:03l'accompagnement à la fin
25:04de vie de ces deux pères,
25:06c'est ce que vous racontez
25:07l'une et l'autre,
25:08qui, d'une certaine façon,
25:09va correspondre
25:11à un moment d'apaisement,
25:12en tout cas pour Michel Schneider,
25:14et de dialogue pour vous.
25:17Donc, une partie importante
25:19de votre histoire avec ce père,
25:20je vais dire l'accompagnement
25:22de la fin.
25:24Oui, alors, moi,
25:24ça a été très particulier
25:25parce que mon père voulait
25:27cacher sa maladie
25:28et du coup,
25:31il était dans une forme
25:32de déni de sa maladie,
25:33donc on ne pouvait pas...
25:35Et donc, il l'a fait
25:36à sa façon,
25:36toujours inattendue,
25:38c'est-à-dire que sous prétexte
25:39de me donner des papiers
25:41administratifs
25:42pour que je puisse
25:43organiser l'après,
25:46les funérailles et tout ça,
25:49parce que c'est toujours
25:50des moments très difficiles
25:51à faire.
25:51C'est à vous qu'il a confié
25:52cette tâche ?
25:52Oui, c'est à moi
25:54qu'il a demandé
25:54de m'occuper de ça
25:56et en fait,
25:57il m'a donné des tas
25:58d'autres choses,
26:00des tas de papiers,
26:01de dossiers,
26:02de choses dont j'ai découvert
26:03après qu'il y avait
26:05des bulletins scolaires,
26:07il y avait des photos,
26:08il y avait des lettres,
26:09il y avait des choses
26:09qui ne me concernaient
26:10pas du tout,
26:11ni lui,
26:12mais...
26:13Et qu'il y avait évidemment
26:14un message,
26:15un message que j'ai compris
26:17lorsqu'un petit livre
26:20est tombé d'un des dossiers
26:21et c'était un livre
26:23de Sandor Maraille,
26:24un auteur qu'on aimait
26:25beaucoup tous les deux
26:26avec mon père,
26:27mais ce livre-là,
26:28je ne le connaissais pas
26:29et je pense qu'il avait
26:30choisi pour son titre
26:31puisque le titre,
26:32c'était
26:32Ce que j'ai voulu taire.
26:34Et là,
26:34quand j'ai vu ça,
26:35j'étais avec mon frère
26:36et on a éclaté de rire
26:38et j'ai dit,
26:38bon ben voilà,
26:38c'est encore un coup de papa
26:40et j'ai compris
26:42qu'il me disait,
26:43voilà,
26:44tout ce que je ne t'ai pas dit,
26:46eh ben,
26:47débrouille-toi avec ça
26:48et puis trouve-le,
26:50quoi,
26:50voilà,
26:50c'était une forme de défi.
26:52Donc ça s'est passé
26:53un peu différemment.
26:54Moi,
26:54ce que je voudrais dire,
26:55c'est que
26:56si vous accompagnez quelqu'un
26:57proche de vous
26:59qui est dans la maladie,
27:01c'est très difficile
27:02d'aborder l'idée
27:03de il faut se parler
27:04parce que c'est peut-être
27:06plus possible après.
27:07C'est très difficile de dire
27:08il faut que tu m'écrives
27:10mais il faut le faire,
27:12il faut le faire.
27:13Voilà.
27:14Alors ça,
27:15ça s'appelle Finistère
27:16et c'est Anne Berest,
27:17un livre très touchant
27:18sur les origines bretonnes
27:19de cet auteur
27:20et puis vous,
27:22Vanessa Schneider,
27:23la peau dure
27:24parce que c'est un homme
27:25qui disait avoir la peau dure
27:26mais qui a fini par,
27:27j'allais dire,
27:27lâcher prise d'une certaine façon
27:28quand il est malade
27:30et que vous l'accompagnez
27:30jusqu'à la fin de
27:31Très beau livre.
27:32Merci beaucoup d'être venue.
27:34Quelques coups de cœur
27:34pour terminer cette émission
27:35et pour prolonger d'ailleurs
27:38le thème d'aujourd'hui,
27:40le second roman d'un jeune auteur
27:42qui s'appelle Kevin Or,
27:43très intéressant,
27:45l'or,
27:45il est question d'un père
27:46qui va mourir
27:47mais aussi d'une magnifique
27:49histoire d'amour.
27:50Et puis à ne pas manquer
27:51la publication en poche
27:52des Monuments de Paris,
27:53Yolande Huissman,
27:55qui évoque les figures
27:56qui sont évidemment
27:57très romanesques
27:58de ses pères et grands-pères.
28:00Magnifique livre.
28:01Ah voilà,
28:02donc je remercie beaucoup
28:03Anne de nous signaler ça
28:05et pour ma part Maria Pourchet
28:07qui avait écrit bien sûr Western,
28:09c'était en 2022 je crois
28:11et qui avait été très remarquée
28:13parce qu'il y avait beaucoup
28:14de nuances dans ce féminisme nouveau
28:16et là c'est très saillir
28:18et c'est l'histoire d'une femme
28:19qui va chercher
28:20à repartir dans son pays natal
28:22pour fuir une forme
28:23de routine familiale
28:24mais ça ne marche pas vraiment
28:25mais c'est très beau
28:27et très émouvant.
28:28Voilà,
28:28merci à toutes les deux
28:29d'être venues.
28:30On se retrouve très vite
28:32bien sûr
28:33pour un nouveau numéro
28:34de Bonheur des livres.
28:35À très vite.
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