00:00Toute personne qui a la liberté de prendre la parole doit avoir une précision des mots,
00:08et en plus sur le service public, parce que nous devons être irréprochables.
00:19C'est forcément inspirant, parce que notre métier de journaliste, c'est d'abord d'écouter les auditeurs,
00:26enfin toute personne, et notamment la parole des auditeurs, donc c'est forcément inspirant d'écouter les remarques qu'il nous envoie.
00:34Ça peut devenir une contrainte sur la forme, parce que les auditeurs n'échappent pas à la mode du coup de menton.
00:41On le voit en politique, on le voit aussi un peu partout, et ce coup de menton qui voit argument,
00:45et cette façon aussi parfois, évidemment, parfois de nous donner du fil à retordre,
00:50parce qu'on a bafouillé ou on n'a pas utilisé le bon mot, on l'entend.
00:56Je regrette la période où on recevait un courrier par lettre, parce que la lettre, c'était prendre son temps,
01:03et toute l'agressivité, parfois, disparaissait dans le courrier.
01:08On la ressent parfois avec les mails des auditeurs, mais ça c'est notre problème.
01:14Mais évidemment, c'est toujours inspirant, parce que nous ne sommes pas infaillibles, loin de là, à l'entend.
01:20Toute personne qui a la liberté de prendre la parole doit avoir une précision des mots,
01:31et en plus sur le service public, parce que nous devons être irréprochables.
01:35On ne l'est pas toujours, mais évidemment, on essaye.
01:38La langue est suffisamment riche en France pour qu'on soit vigilants,
01:42qu'on aille regarder un peu les faux amis à ne pas employer dans la langue française.
01:50Réouvrir, ça n'existe pas.
01:52On rouvre, alors qu'on dit bien réouverture, mais il faut faire attention à ces mots-là, évidemment.
01:56On a tous eu des marottes à un moment, et c'était à la mode, mais c'est passé de mode.
02:05Et quand c'est passé de mode, il faut mettre ça de loin, et surtout ne plus les employés.
02:11Je pense à une affaire à suivre.
02:13C'était un levier pour terminer une brève.
02:16C'est insupportable d'entendre une affaire à suivre.
02:19Ça se faisait en plus avec l'accent circonflexe, l'accent tonique circonflexe.
02:22C'était ta-ta-ti-ta-ta-ta-ta, une affaire à suivre.
02:25Et donc on avait une voix qui montait, une voix qui descendait,
02:28et une affaire à suivre ne servait absolument à rien.
02:30Ce n'était pas une information, mais c'était un levier.
02:34Et quand j'entends une affaire à suivre, ça me hirisse les poils un peu.
02:40J'ai tendance à chercher à l'antenne l'oralité.
02:44C'est-à-dire que les choses sont souvent écrites.
02:47Dans un journal de 13h ou de 19h que je présente le week-end,
02:51souvent tout est écrit et j'y mets de l'oralité.
02:53Et parfois en abusant de tics comme « alors », « cela dit »,
02:57qui rajoutent de l'oralité, mais qui ne rajoutent pas de l'information.
03:00Donc j'ai tendance à l'émettre et parfois un peu trop,
03:03alors il faut que je m'en dégage un peu.
03:08« Rocambolesque ».
03:10D'abord parce qu'il a cinq syllabes, et ce n'est pas si souvent,
03:12dans la langue française et en tout cas à l'antenne.
03:14Et puis « Rocambolesque », c'est la promesse à la fois d'une aventure,
03:19c'est « Rocamboles ».
03:20« Rocamboles » qui est devenu un peu un justicier alors qu'il a été d'abord un brigand.
03:26Et ça apporte cette narration « Rocambolesque » que l'on doit à l'auditeur
03:30sans jamais la ramasser, en apportant évidemment toujours l'effet.
03:33Mais le côté « Rocambolesque », le mot sonne toujours à mon oreille et j'aime bien ça.
03:37Je ne suis plus dur avec quand j'entends à l'antenne « j'ai fait un date ».
03:47Alors je l'accepte quand ce sont des humoristes, parce qu'ils ont leur univers les humoristes,
03:52ils ont leur façon d'avoir leur narration et avoir un date.
03:56Quand c'est dans une chronique humoristique, bon ça passe.
04:00Dans un journal, j'ai plus de mal.
04:02Pourquoi ne pas dire, j'avais un rendez-vous potentiellement amoureux
04:07parce que le date, l'anglicisme date, là ce sont des nouveaux mots qui arrivent.
04:10Je ne veux pas forcément les éloigner, mais ça n'a pas toujours sa place dans un journal.
04:20La radio, c'est d'abord un média.
04:22Et j'aime bien ce côté d'être entre deux mondes.
04:25On va regarder un monde, on va écouter un monde
04:28et on va le mettre à disposition des auditeurs.
04:34J'aime beaucoup ce côté média de la radio.
04:39J'aime bien la radio pour son histoire aussi,
04:42qui nous fait penser que son histoire pendant la guerre.
04:47La radio devient aussi un outil de propagande.
04:51La radio, les médias sont les premiers à payer les frais d'une dictature.
04:57Souvent ce sont les premières choses que l'on ferme
04:59quand on a un pouvoir un peu autoritaire.
05:03Donc j'ai beaucoup de respect pour la radio,
05:04pour son côté média et pour le côté démocratique aussi qu'il doit générer.
05:12Moi j'aime bien les voix graves.
05:14J'adore quand Benjamin Biolet vient l'antenne le matin à France Inter
05:17parce que dans mon salon ou dans ma cuisine,
05:21il fait résonner les murs avec sa voix.
05:23La voix grave, c'est souvent avec une lenteur.
05:29Les gens qui ont des voix graves parlent rarement vite.
05:33J'aime bien la voix grave pour ce qu'elle emmène de sagesse parfois.
05:38Et puis ça résonne bien à mon oreille.
05:40Ce n'est pas l'apanage des voix masculines.
05:43J'aime beaucoup la voix d'Agathe Lambray le matin sur France Info.
05:48Une voix grave avec beaucoup d'impertinence.
05:53C'est un beau mélange.