Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Philippe Juvin, député Les Républicains des Hauts-de-Seine, chef des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, était l’invité du "8h30 franceinfo", dimanche 28 juin 2026. Canicule : augmentation du nombre de décès, dépenses de santé... Il répondait aux questions d'Hadrien Bect et de Camille Vigogne Le Coat.



Depuis mercredi, un millier de décès de plus que la normale ont déjà été recensés en France, a annoncé dimanche l'agence nationale de santé publique, alors que s'achève une canicule exceptionnelle par son intensité, prévenant que le bilan réel est voué à s'alourdir. Il faut s'attendre à un bilan "probablement très très lourd", selon Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine et chef du service des urgences à l'hôpital Georges-Pompidou. Selon Philippe Juvin, "le bilan est loin d'être terminé". Il s'attend à une forte surmortalité liée à la chaleur dans les prochains jours : "Demain matin, lundi, les aides ménagères, les gens qui s'occupent des personnes âgées à domicile vont revenir travailler, ainsi que les familles. On va rouvrir les portes et on va probablement découvrir des gens qui sont soit en très très mauvais état [...] ou qui sont morts chez eux". Dans son service des urgences, Philippe Juvin constate des décès et des patients "qui arrivent dans des situations dépassées, où on sait qu'ils vont mourir". "La majorité des gens meurent avant l'arrivée à l'hôpital", précise le médecin.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:08Bonjour Philippe Juvin, et merci d'être avec nous ce matin sur France Info.
00:12Effectivement, on va commencer avec l'info de cette matinée.
00:15On vient de l'apprendre, près de 1000 décès supplémentaires observés en France depuis mercredi,
00:22en raison de toute évidence des très fortes chaleurs.
00:26Ça veut dire, Philippe Juvin, qu'il faut s'attendre à un bilan lourd, très lourd peut-être ?
00:32Probablement un bilan très très lourd, puisque nous sommes dimanche,
00:36et que demain matin, lundi, les aides ménagères, les gens qui s'occupent des personnes âgées à domicile
00:42vont revenir travailler, ainsi que les familles, et on va ouvrir les portes,
00:46et on va probablement découvrir des gens qui sont soit en très très mauvais état chez eux,
00:51qui n'ont pas bu depuis trois jours, qui sont dans la chaleur, ou qui sont morts.
00:54Donc le bilan est loin d'être terminé, et il est très important.
00:5785% des décès recensés concernent des personnes âgées de 65 ans et plus.
01:03Ce sont toujours ces classes d'âge, les personnes, alors peut-être même bien au-delà de 65 ans,
01:09qui sont touchées. Je ne sais pas vous ce que vous observez à l'hôpital, Georges Pompidou ?
01:13À l'hôpital, ce qu'on observe, d'abord on a observé au début de la canicule les jeunes qui
01:18faisaient du sport.
01:19Il y en a toujours quelques imbéciles qui continuent à montrer qu'ils sont forts quand il fait 40.
01:24Donc ceux-là, on en a beaucoup moins. Désormais, on a essentiellement trois catégories.
01:29La catégorie très dominante, ce sont les personnes âgées, qui arrivent très déshydratées,
01:34avec des compensations de toutes leurs pathologies, avec des températures corporelles qui sont parfois de 40, 42.
01:39On a une deuxième catégorie moins importante, mais probablement assez spécifique à la ville de Paris,
01:45qui sont les SDF, parce que le SDF, il n'a pas d'endroit pour aller se mettre au frais,
01:51et il est abandonné. Pour le coup, il n'y a personne qui s'occupe de lui.
01:55Et puis, il y a aussi une catégorie moins importante, mais qui est aussi importante en qualité.
02:01J'ose dire, ce sont les patients qui ont des maladies psychiatriques,
02:04qui soit décompensent leurs maladies psychiatriques, soit eux-mêmes sont très déshydratés,
02:08parce qu'il y a un certain nombre de médicaments qu'on donne dans les maladies psychiatriques,
02:10je pense aux neuroleptiques, qui modifient ce qu'on appelle la thermogénèse et la thermolyse,
02:16c'est-à-dire la thermorégulation du corps.
02:18Vous constatez une hausse des décès aussi à l'hôpital, ou ceux qui arrivent, vous arrivez à les soigner ?
02:23Alors, globalement, à l'hôpital, on a eu quelques décès, oui, oui, quand même.
02:25Dans notre service, on a eu des décès, on a eu des gens qui sont arrivés dans une situation dépassée,
02:32où on sait qu'ils vont mourir.
02:34Et probablement, hier soir, quand j'ai quitté l'hôpital, assez tard,
02:38on avait, j'avais trois personnes qui, je crois, étaient dans un état très dépassé.
02:43Je m'attends, après votre émission, je vais à l'hôpital, je m'attends à ne pas les retrouver vivantes
02:47ce matin.
02:49Mais la majorité des gens, probablement, meurent avant d'arriver à l'hôpital.
02:53C'est ça qui fait que, je suis très heureux d'être avec vous, mais je suis médecin hospitalier,
02:57c'est-à-dire que j'ai une vision qui est une vision vraiment de terrain, mais qui est une
03:00vision de terrain hospitalier.
03:01Il est probable que la majorité des gens meurent avant d'arriver.
03:04Le SAMU nous dit, à Paris, qu'ils ont beaucoup plus d'arrêts cardiaques que d'habitude,
03:11dans la rue et à domicile, et beaucoup plus de décès.
03:13Le SAMU qui s'est dit un peu dépassé, avec des services qui sont pleinement surchargés.
03:16Non, mais en fait, tout le monde est dépassé.
03:18Le SAMU est dépassé, les pompiers le sont aussi.
03:21Nous, dans les services d'urgence, nous le sommes.
03:24Le plan blanc a été activé hier, qui permet de rappeler des soignants,
03:28qui permet aussi de déprogrammer des opérations.
03:30Ça change quelque chose ? C'est efficace ?
03:32Le plan blanc, il a une vertu principale, c'est qu'il annonce officiellement
03:36qu'il faut diminuer l'activité normale.
03:39Les blocs opératoires qui étaient prévus, par exemple, demain lundi,
03:42une intervention chirurgicale prévue de longue date pour vous.
03:45Nous avons, par exemple, décidé à l'hôpital Pompidou de tout annuler,
03:48à l'exception des urgences, bien entendu,
03:51et à l'exception de la chirurgie du cancer, qui ne peut pas attendre.
03:54On ne va pas faire perdre une chance aux gens.
03:55Mais à part ces deux activités, on va probablement repousser
04:00tous les patients qui peuvent l'être.
04:02Et donc, ça, ça permet de donner un signal, en particulier aux équipes,
04:05pour qu'elles reviennent.
04:06Dans mon service, tous les médecins,
04:08tous les infirmières et les aides-soignantes,
04:09tous sont mobilisés.
04:11Et on a suspendu les vacances.
04:14Et moi, j'y suis tous les jours, bien sûr.
04:17Mon adjointe aussi, et la nuit.
04:20Et les autres médecins, on leur demande de...
04:23Tous les deux jours sont là.
04:24Ça veut dire quoi, Philippe Jeuvin ?
04:25Ça veut dire que vous vous attendez,
04:26même si là, les températures, semble-t-il,
04:28commencent à régresser un petit peu,
04:30vous vous attendez à ce que ça dure encore quelques jours ?
04:32Sébastien Lecornu parlait peut-être du milieu de semaine
04:35avant de constater une décrue.
04:36Moi, je ne suis pas météorologiste,
04:38donc je ne sais pas comment ça va évoluer.
04:40Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu un peu de rage cette nuit.
04:42Non, pardonnez-moi, je parle des hospitalisations.
04:44Est-ce qu'on a atteint le pic ou pas ?
04:45Non, je ne sais pas, je ne sais pas, Mme Irma.
04:48Toutefois, je peux vous dire la chose suivante,
04:49c'est qu'on sait traditionnellement que les patients âgés
04:52qui souffrent de la chaleur
04:54arrivent de façon décalée chez nous.
04:55Donc c'est pour ça que je crains beaucoup aujourd'hui,
05:00beaucoup demain lundi et probablement mardi.
05:03On va avoir des gens qui sont d'ores et déjà,
05:05à l'heure où nous parlons, chez eux, dans le coma,
05:09qu'on n'a pas découvert
05:10et qu'on va découvrir ce soir ou demain matin.
05:13Il y a déjà l'inquiétude.
05:15Alors évidemment, tout ça reste à prendre avec beaucoup de pincettes
05:17puisque, comme vous l'avez dit,
05:18vous n'êtes pas météorologiste, nous non plus,
05:20mais en tout cas, certains modèles évoquent déjà
05:22la possibilité d'un retour à de fortes chaleurs
05:25d'ici, peut-être à partir de la fin de la semaine
05:28et peut-être un peu après.
05:29Évidemment, je le répète, il faut être très prudent,
05:31mais si ça devait arriver,
05:32qu'est-ce que ça voudrait dire à la fois pour les patients,
05:35à la fois pour l'hôpital ?
05:36Pour les patients, ça veut dire que ceux qui ont franchi
05:38la première étape de cette vague actuellement
05:40vont être exposés à une deuxième vague.
05:42Donc, il faut vraiment que nous en tirions des leçons
05:44et en particulier ceux qui habitent autour d'eux,
05:47qui s'en prennent vraiment soin.
05:48Voilà, allez voir votre voisin,
05:49donnez-lui à boire et d'eau froide.
05:52Et pour nous, ça signifie qu'on risque,
05:54et c'est toute la difficulté,
05:56nous risquons d'être encore occupés,
05:58nos lits d'hospitalisation occupés par les gens
06:00de cette première vague que nous vivons actuellement,
06:02qui submerge l'hôpital.
06:04Vraiment, il faut bien comprendre ça.
06:05Et peut-être ne seront-ils toujours pas sortis
06:08d'hospitalisation dans quelques jours.
06:10Et si une deuxième vague arrive,
06:11la difficulté peut être là.
06:13Mais ça peut aussi nous donner 5-6 jours de préparation
06:16pour voir éventuellement quels lits on peut réouvrir.
06:18Il faut bien comprendre que dans tous les hôpitaux de France,
06:21ça peut paraître curieux pour les gens qui nous écoutent,
06:23mais il y a des lits, il y a des chambres qui sont fermées,
06:25dans lesquelles on ne peut pas mettre de patients.
06:27Pourquoi ? Parce que nous n'avons pas le personnel.
06:30Non pas qu'on n'ait pas les budgets pour les embaucher,
06:32mais parce que physiquement, il n'y a pas d'infirmière,
06:35il n'y a pas d'aides-soignants et il n'y a pas de médecins.
06:37Vous voulez dire que cette crise sanitaire,
06:39elle s'ajoute à une situation de crise structurelle à l'hôpital ?
06:44Oui, bien sûr.
06:45En fait, toutes les crises, la canicule en l'occurrence,
06:48révèlent les dysfonctionnements chroniques.
06:50C'est valable pour tout.
06:53Quand vous-même, vous vivez une crise personnelle,
06:57cela met à jour tout ce qui est latent.
06:59C'est pareil à l'hôpital.
07:01Et c'est pareil, en fait, plutôt dans le système de santé.
07:03Moi, ça fait des années que je dis que nous ne formons pas assez
07:06de professionnels de santé, pas assez de médecins, d'infirmières, d'autorignants.
07:09On n'a pas suffisamment de masse, si vous voulez.
07:12Et c'est vrai qu'on aurait besoin de gros bataillons d'enforts.
07:15Ces bataillons d'enforts, ils n'existent pas.
07:16On a beaucoup entendu de débats autour de la climatisation,
07:19y compris à l'hôpital.
07:20Sur France Info, on a entendu des témoignages au début
07:22de familles de patients, de malades,
07:24qui achetaient eux-mêmes des climatisés ou des ventilateurs
07:26pour essayer de faire baisser la température des chambres.
07:29Vous, à l'hôpital Georges-Pompidou,
07:31c'est dans quel état, on est à quel niveau de climatisation dans les services ?
07:35Alors, dans le service des urgences, nous avons la chance d'être climatisés.
07:38C'est une très grande chance pour les patients, pour les soignants aussi.
07:40Sinon, on n'aurait pas pu tenir.
07:41On est fini la journée et la nuit sur les rotules,
07:45si en plus il fallait travailler par 35.
07:46Mais c'est vrai qu'il y a certaines chambres qui ne sont pas climatisées,
07:52certaines ne sont.
07:53Je veux vraiment remercier un certain nombre d'industriels.
07:56Je pense au groupe Muliez, le roi Merlin.
08:01Les propriétaires de Décathlon.
08:02Oui, Décathlon, le roi Merlin.
08:04Ils nous ont livré des centaines de climatiseurs
08:08qui nous ont livré gratuitement.
08:10Et ça, c'est quand même un signe de très grande fraternité.
08:13Mais ça veut aussi dire qu'on en est réduit à être soumis
08:17à la générosité aux mécénats de grands groupes
08:19pour avoir moins chaud dans les épisodes en France ?
08:22Non, c'est une vision un peu négative des choses.
08:25Ça signifie qu'on bénéficie de la générosité
08:29d'un certain nombre de gens qui, du jour au lendemain, se déclenchent.
08:33Moi, écoutez, je les ai appelés avant hier soir.
08:36Donc, c'était jeudi soir à 22h.
08:39Je leur ai dit, parce que je les connais un peu,
08:40est-ce que vous pouvez nous donner un coup de main ?
08:42C'était à 22h.
08:44Et à 9h le matin, on avait 300 climatiseurs.
08:46Donc, voilà, c'est efficace et je leur dis bravo.
08:49Un mot encore, Philippe Juvin.
08:50Vous évoquiez le fait qu'un certain nombre de personnes
08:55sont plutôt, sans doute, décédées chez elles
08:57au lieu de décéder peut-être à l'hôpital.
09:00Vous disiez que la mortalité...
09:01Avant d'arriver à l'hôpital.
09:02Avant d'arriver à l'hôpital.
09:05Est-ce que ça veut dire que, là-dessus,
09:07on a un angle mort complet
09:10sur le suivi d'un certain nombre de personnes isolées ?
09:13Et honnêtement, on a l'impression
09:13que beaucoup de gens sont un peu démunis face à ça.
09:15On avait hier l'adjoint à la Santé de la Ville de Paris
09:18qui nous disait, voilà, on a mis en place un fichier
09:21pour suivre les gens, pour les appeler, etc.
09:22Mais voilà, ça ne semble pas du tout suffisant.
09:24Non, mais dans nos villes, la moitié des gens vivent seuls.
09:27Ça, c'est un chiffre malheureusement connu.
09:30Et la fraternité a disparu au profit de la solidarité.
09:33C'est-à-dire que la solidarité, à bon compte,
09:37fait que les uns et les autres s'estiment,
09:40finalement, ayant payé leur écho.
09:43La solidarité, d'une certaine manière,
09:45quand on a fait une valeur supérieure dans notre pays,
09:48dédouane chacun de la fraternité.
09:50Alors pas tous, heureusement, mais quelques-uns.
09:52C'est-à-dire d'être proche de son voisin ?
09:53La solidarité, ça consiste à dire,
09:55j'ai fait un chèque de 30 euros pour telle ou telle association,
09:59j'ai payé mes impôts, donc je suis solidaire.
10:01Et moi, ce n'est pas ça ma société.
10:02Ma société, c'est une société de fraternité,
10:05avec de l'épaisseur humaine.
10:06Donc en fait, vous en appelez carrément à la société elle-même,
10:09pas seulement au pouvoir public pour organiser
10:11le fait d'appeler des gens, etc.
10:13J'en appelle à l'application de ce qu'on appelle la fraternité,
10:15c'est-à-dire que chacun doit faire sa part du job.
10:18Vous devez faire la part du job.
10:20La personne qui nous regarde doit faire la part du job.
10:22Et la personne qui nous regarde, je lui dis,
10:23dès que l'émission est finie, vous levez vos fesses de votre canapé,
10:27vous allez taper à la porte de la personne âgée
10:29qui habite en face de chez vous ou au-dessus,
10:32vous tapez, même si vous êtes un peu timide,
10:34vous lui demandez si ça va.
10:35Et vous signalez ce qui ne va pas.
10:37Et vous lui donnez à boire.
10:38Si chacun faisait ça, il y aurait moins de morts.
10:40Les gens meurent de chaleur, évidemment,
10:42et ils meurent de solitude.
10:44Et si chacun vraiment faisait ce travail,
10:47et on ne peut pas tout attendre,
10:48la société elle est débordée,
10:50si chacun faisait ce travail, il y aurait moins de morts.
10:52C'est vrai que ça prend quelques secondes à faire.
10:53Ça prend quelques secondes et vous sauvez des vies.
10:55Et quant au SDF, pardon, qui est dans la rue,
10:58c'est pire encore parce que lui, il est exposé à la chaleur.
11:00Les hyperthermies les plus importantes que nous avons vues,
11:03ce sont des SDF.
11:04Et eux, ils meurent.
11:05Et bien quand vous voyez un SDF dans la rue,
11:06même s'il vous paraît aller bien,
11:08je ne sais pas d'ailleurs comment il peut paraître aller bien actuellement,
11:10vous prenez une bouteille d'eau glacée qui est dans votre frigo
11:12et vous lui donnez.
11:13C'est ça qu'il faut faire.
11:14D'accord ?
11:15On note effectivement ce conseil, Philippe Juvin.
11:17Vous restez avec nous.
11:18Et on va évoquer la manière aussi de s'adapter,
11:21juste après l'info en une minute.
11:239h moins le quart, voici Diane Ferchit.
11:25Un millier de décès en plus que la moyenne en France depuis mercredi.
11:28C'est ce qu'annonce ce matin Santé publique France
11:30en cause de la canicule qui sévit depuis plus d'une semaine.
11:33Deux départements restent en vigilance rouge à cette canicule.
11:36Le Barin et le Haut-Rhin ce matin, 34 autres en orange.
11:39La fin de l'épisode caniculaire qui se profile.
11:42Mais attention aux effets sur les organismes qui risquent d'agir
11:45avec un retard, prévient la ministre de la Santé, Stéphanie Riste,
11:48dans la tribune dimanche.
11:50Un jeune homme de 19 ans tué par balle cette nuit à Nantes,
11:53peu avant 5h du matin dans le nord-est de la ville.
11:56On ignore encore les circonstances,
11:58mais il s'agit du cinquième décès par arme à feu à Nantes
12:01depuis le début de l'année.
12:03Un mort, un blessé dans le sud de la Russie,
12:04dans une attaque massive de drones ukrainiens,
12:07selon les autorités locales.
12:08Un peu plus tôt cette nuit, c'est Kiev qui a été frappé
12:10par une attaque de missiles balistiques,
12:12au moins deux personnes blessées.
12:14Le stade Toulousain soulève à nouveau le bouclier de Brenus
12:17au stade de France, quatrième fois que Toulouse décroche le titre
12:20en finale de top 14 de rugby.
12:22Victoire 28 à 20 sur Montpellier.
12:27France Info
12:29Le 8.30 France Info
12:31Adrien Bec, Camille Vigogne-Lecouat
12:34Et nous sommes toujours en direct avec Philippe Juvin,
12:37chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou à Paris,
12:39mais aussi député Les Républicains, rapporteur général du budget.
12:44On va parler justement des conséquences politiques
12:46et des leçons à tirer de cette canicule.
12:48À la rentrée, il y aura l'épisode du budget à nouveau,
12:51avec des débats, notamment sur le projet de loi sur la sécurité sociale.
12:55Alors vous êtes plutôt de ceux qui appellent généralement
12:58à faire des économies dans le budget.
13:01Est-ce qu'il faudra prévoir cette fois-ci des crédits supplémentaires,
13:03notamment pour la rénovation énergétique ?
13:06Non, mais d'abord, je pense qu'il ne faut pas tout confondre.
13:10C'est un peu compliqué d'avoir passé 48 heures non-stop à l'hôpital
13:15et switcher sur le budget, mais je vais vous dire ce que je pense.
13:17D'abord, la situation...
13:18Vous posez la question parce que ça a des conséquences
13:20et que ça soulève des problématiques budgétaires.
13:22Et c'est très important.
13:23La situation financière du pays n'est pas grave, elle est gravissime.
13:26La Cour des comptes, il y a 48 heures,
13:29a expliqué très clairement, il suffit de lire entre les lignes,
13:31que nous nous sommes face à potentiellement une difficulté
13:36face aux gens qui nous prêtent de l'argent,
13:37qui peuvent demain dire que le risque français est trop important
13:40et donc on va considérablement augmenter les taux.
13:44Donc il faudra faire des choix.
13:46Mais sur la question...
13:47Donc il faut diminuer le déficit.
13:49Comment fait-on ?
13:49Pour diminuer le déficit, il y a deux manières, globalement.
13:52Enfin, il y a trois manières.
13:53Soit vous augmentez les recettes, c'est-à-dire les impôts,
13:55ils sont déjà max, on ne va pas pouvoir les augmenter.
13:59Soit vous baissez vos dépenses
14:00et vous dépensez mieux, je vais y revenir,
14:02soit vous produisez plus de richesses à redistribuer.
14:05Il faut dépenser moins, il faut dépenser mieux.
14:07Sur la santé, il faut que les Français comprennent
14:10que la santé, il y a beaucoup d'argent.
14:12Il n'y en a pas un peu, il y a beaucoup d'argent.
14:15Sauf que l'argent ne va probablement pas au bon endroit.
14:18On dépense de l'argent dans des choses qui ne sont pas efficaces.
14:21Mais comme quoi, par exemple ?
14:22Parce qu'on a du mal à voir les traitements.
14:24On a vu encore cette semaine qu'on n'avait pas les traitements
14:26forcément les plus modernes.
14:28L'hôpital, ça coûte cher,
14:30mais ce n'est pas terrible.
14:32Je vais vous donner des exemples.
14:33Moi, je sais où me faire opérer,
14:34mais vous, vous ne savez pas.
14:36Et moi, surtout, je sais où ne pas me faire opérer.
14:39Et vous, vous ne savez pas.
14:41Il y a des endroits où on n'est pas bien soigné,
14:43en France.
14:45Quand vous avez, dans des hôpitaux,
14:47la Cour des comptes a publié un travail très intéressant
14:49sur le cancer de l'ovaire.
14:52Cancer de la femme, cancer de l'ovaire.
14:54C'est un cancer qui se soigne mieux aujourd'hui qu'hier,
14:57mais à une condition, c'est qu'on opère,
14:58lors de la première intervention, très bien.
15:00Et les endroits où on opère très bien,
15:02ce sont les endroits qui font au moins
15:03plus de 20 cas par an.
15:05D'accord ?
15:06Si vous faites moins de 20 cas par an,
15:07vous n'opérez pas très bien.
15:08Et donc, vous avez une perte de chance de la femme,
15:10perte de chance qui ne se rattrape pas.
15:13Eh bien, dans la majorité des hôpitaux aujourd'hui en France,
15:16on fait moins de 20 cas par an.
15:17Donc, il faudrait choisir et mieux regrouper
15:19à certains endroits.
15:20Exactement.
15:20Comme pour les maternités.
15:22Mais exactement comme les maternités.
15:24Il ne viendrait à personne, l'idée d'aller accoucher
15:26dans une maternité qui fait 50 accouchements par an.
15:28Philippe Juvin, on entend...
15:29On voit de sécurité celle de l'enfant, celle de la femme,
15:31mais aussi, ça crée des économies.
15:33Donc, il y a beaucoup d'argent dans la santé,
15:34mais on le jette par les fenêtres d'une certaine manière.
15:36On entend vos critiques.
15:38Ma question, elle portait sur le budget,
15:39parce que l'écologie a été victime de plusieurs coups de rabot.
15:41Je pense notamment au fonds vert.
15:43Sa dotation, elle est passée de 2,4 milliards
15:45à seulement 837 millions d'euros en 2026.
15:50Et ce fonds, c'est celui qui permet notamment aux mairies
15:52de rénover les bâtiments, de renaturer les communes, etc.
15:55On voit à quel point c'est stratégique aujourd'hui.
15:58Est-ce que vous avez des regrets ?
16:00Le fonds vert, tenez-vous bien, il faut que les gens le sachent.
16:03Tout le monde dit, le fonds vert pleurniche en disant
16:05le fonds vert, il baisse.
16:05Le fonds vert, on n'avait pas le droit de financer avec le fonds vert
16:08la climatisation.
16:09Les maires disent quand même que c'était très utile,
16:10notamment pour rénover les bâtiments, les écoles.
16:12J'ai été maire 25 ans, donc je suis au courant.
16:14Mais je vous dis, le fonds vert interdit
16:17d'utiliser cet argent pour faire de la climatisation.
16:19Donc il faut quand même qu'à un moment dans ce pays,
16:21on se pose la question de la logique de la dépense publique.
16:24Ce que je veux dire...
16:25Enverser des cours d'école, ce n'est pas complètement inutile en ce moment.
16:28Il est mieux d'isoler les bâtiments, non ?
16:30Bien sûr, mais la question c'est, quelle est la priorité ?
16:33Est-ce qu'il vaut mieux climatiser les classes
16:35ou créer une cour végétalisée ?
16:40L'un n'est pas forcément toujours exigif de l'autre.
16:42J'attendais, évidemment, les deux c'est mieux.
16:43Mais il se trouve, vous voyez-vous, qu'on a moins d'argent.
16:46Donc il faut faire des choix.
16:48Pardon de vous le dire, vous ne faites pas de politique.
16:50Donc je peux vous le dire facilement.
16:51Mais le niveau zéro de la politique,
16:52c'est celui qui vous dit dans l'hémicycle,
16:55ah ben il faut faire les deux.
16:56Ben oui Coco, on ne peut pas faire les deux parce qu'on a plus d'argent.
16:57Là c'est même pas faire les deux, là c'est de faire de moins en moins
17:01parce qu'on a eu l'annonce, en tout cas la piste du gouvernement
17:05à cause des conséquences économiques de la guerre en Iran,
17:07c'est de raboter de nouveau ce fonds,
17:0920% en moins, 163 millions d'euros en moins pour le fonds d'air.
17:13Est-ce que vous pensez que c'est toujours une bonne idée ?
17:15Est-ce que vous allez infléchir la marge ?
17:16Et donc j'y viens.
17:18Si vous voulez redonner de l'argent à différents services publics,
17:20dont celui-ci, parce que c'est un service public,
17:22il faut retrouver des marges de manœuvre financière.
17:24Le vrai problème du pays,
17:26ce que vous venez de dire, vous pourriez le dire pour plein de choses.
17:28Vous pourriez le dire pour l'éducation bien sûr,
17:30pour la recherche, pour la défense.
17:32Si on ne se redonne pas des marges de manœuvre,
17:34en fait le premier budget, les retraites et la santé mis à part,
17:38ça sera quoi ? C'est quoi ?
17:39C'est le paiement des intérêts de la dette.
17:42On va plus payer en 2026 pour payer les intérêts de la dette.
17:46Pour l'éducation nationale, plus de 70 milliards.
17:48Et la recherche, et la recherche, et la police.
17:49Justement, quand on a peu d'argent, il faut établir des priorités.
17:52Est-ce que vous vous dites, on a été bon dans les priorités établies
17:55ou est-ce qu'au contraire, ce sujet-là a été sous-estimé pendant des années ?
17:59La première dépense publique,
18:00parce qu'on dit, les uns et les autres disent,
18:02oui, il faut maintenant dépenser moins et mieux.
18:03Où est-ce qu'on dépense moins ?
18:05La première dépense en France, c'est sur les retraites.
18:09Autrement dit, si vous...
18:10120 milliards d'euros à peu près, si vous ne touchez pas à la question,
18:12si vous ne vous intéressez pas aux retraites,
18:14vous ne pouvez pas baisser la dépense publique en vrai.
18:16La deuxième, c'est la santé.
18:17Et la troisième, c'est l'État, le fonds vert, l'éducation, la sécurité.
18:22Mais ils sont à l'os, en fait, l'État est à l'os.
18:25Mais pardonnez-moi, Philippe Juvin,
18:27Quand on fait des économies,
18:29on touche tout de suite, assez spontanément,
18:31au financement sur l'adaptation,
18:33sur la transition écologique,
18:34et peut-être un peu moins à d'autres parties
18:38de notre finance.
18:40Travailler un an de plus,
18:42ça va rapporter 10 milliards
18:43à la fin de la retraite.
18:46Travailler un an de plus,
18:47reculer l'âge de la retraite d'un an,
18:49ça rapporte 10 milliards,
18:50et avec 10 milliards, vous financez largement.
18:53Donc l'adaptation doit être aussi
18:57non pas être une remise en cause,
18:59mais en tout cas doit aussi s'appuyer
19:00sur notre réforme de notre modèle social.
19:02Ah mais, si vous ne touchez pas à la question,
19:05si vous ne posez pas la question
19:07du financement des retraites,
19:07vous ne pouvez pas rétablir les comptes publics,
19:09ce n'est pas possible.
19:10Celui qui vous raconte ça,
19:11vous raconte des carabistouilles.
19:13Donc oui, si vous voulez retrouver
19:14des marges de manœuvre
19:15pour plus d'argent dans la sécurité
19:17et la justice,
19:19sur la recherche,
19:20sur l'éducation,
19:21sur le fonds vert,
19:22oui, vous devez effectivement
19:24vous intéresser au modèle social,
19:25sinon ça ne peut pas marcher,
19:27c'est de la blague.
19:28Merci beaucoup Philippe Juvin,
19:29je rappelle que vous êtes donc
19:29chef des urgences de l'hôpital
19:31Georges-Pompidou à Paris
19:32et vous êtes également député
19:33Les Républicains des Hauts-de-Seine,
19:34rapporteur général du budget.
19:36Un grand merci Camille Vigogne-Lequatre,
19:38restez avec nous sur France Info.
19:40Sous-titrage Société Radio-Canada
19:42Sous-titrage Société Radio-Canada
19:42Sous-titrage Société Radio-Canada
19:42Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations