00:00Ayons le courage, à un moment donné, de montrer à Donald Trump, par l'exemple, qu'il s'égare.
00:06Et ayons le courage de lui dire que non seulement il s'égare, mais il nous égare.
00:19La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement,
00:30dans la paix.
00:32Et c'est un vieux pays, la France d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le
00:40dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie.
00:47Il faudrait que la France, le président français, se lève et prononce les mêmes mots aujourd'hui face à Trump.
00:53Il ne s'agit pas seulement de prononcer des mots, vous avez la gentillesse de passer cet extrait ce soir.
00:57Quelques semaines après cette déclaration, qu'est-ce que je faisais ?
01:02J'embarquais mon collègue britannique et mon collègue allemand en Iran, parce que nous craignions à l'époque le risque
01:08d'une frappe sur l'Iran,
01:09pour engager les premières négociations pour arrêter le programme nucléaire iranien.
01:14C'est-à-dire arrêter les perspectives de prolifération qui se développaient également en Corée du Nord.
01:19Vous voyez, le monde, à force d'avoir perdu cette boussole de la diplomatie, mais aussi de l'action,
01:26c'est-à-dire utiliser toute l'énergie qui est la nôtre pour renverser le cours de l'histoire quand
01:31il se dessine de façon aussi tragique,
01:33eh bien nous avons perdu finalement le goût de l'action et la capacité d'agir.
01:37Donc la France, elle n'a pas fait que parler ce jour-là, elle a mis en place un autre
01:42regard sur le monde,
01:43une autre exigence et une capacité d'entraînement.
01:45Donc vis-à-vis de Donald Trump, il faut donner des repères à Donald Trump.
01:50Donald Trump, il mène une politique erratique qui n'a pas d'autre but que de créer de l'instabilité
01:55et de l'imprévisibilité,
01:57avec un corollaire.
01:58C'est que le désordre qu'il crée partout dans le monde, il le crée également à l'intérieur des
02:04États-Unis,
02:04qui sont au bord d'une sorte de guerre civile culturelle,
02:08avec un risque pour la démocratie américaine,
02:11où on voit basculer ce régime de la démocratie libérale vers la démocratie illibérale.
02:17Et c'est un risque qui nous menace, nous aussi.
02:20Et c'est pour cela que nous devons être si vigilants sur la défense du droit international comme de l
02:25'État de droit.
02:26Et les Européens qui ont cette expérience, que n'ont pas les Américains,
02:30qui ont cette capacité à un moment donné à porter des idéaux,
02:33eh bien ils doivent s'engager bien davantage.
02:35Et c'est pour cela que le spectacle aujourd'hui de Marc Routet,
02:39admonestant le Parlement européen, est une véritable honte.
02:42Jouant sur la peur, le patron de l'OTAN, jouant sur la peur des Européens,
02:48une chose est certaine, prenons notre destin en main.
02:51Mais sur le plan de nos programmes militaires, sur le plan de nos objectifs stratégiques,
02:57nous avons besoin de renforcer notre puissance,
03:00et nous avons besoin de penser à un monde où l'Amérique ne viendra plus à notre soutien.
03:04Je vais vous faire hurler, Dominique Routet.
03:05Est-ce que ça n'est pas naïf de croire précisément que vous pouvez faire entendre à Trump
03:11cet argument du droit international, de nos idéaux, de nos valeurs ?
03:15Est-ce que ça n'est pas naïf ?
03:16Est-ce que précisément, comment vous dites, vous parlez des fanatiques de la force,
03:21est-ce que ces fanatiques de la force peuvent entendre vos arguments aujourd'hui ?
03:25– Mais ils peuvent d'autant plus l'entendre qu'il y a une très grande vanité,
03:28il y a une très grande impuissance de la puissance.
03:30Regardez M. Trump au Groenland, il a fait machine arrière, regardez M. Trump au Venezuela,
03:36vous savez, le réel, il est têtu.
03:38Nous, ce qu'il faut de façon très décidée faire, c'est prendre appui sur le réel.
03:45Quand nous parlons du droit, quand nous parlons de l'action, c'est en appui sur le réel.
03:51M. Trump est en train, drame après drame, de se heurter au réel.
03:57Il se heurte au réel en Ukraine, il se heurte au réel à Gaza, le ridicule de ce Conseil de
04:02paix.
04:03Mais ayons le courage, à un moment donné, de montrer à Donald Trump, par l'exemple, qu'il s'égare.
04:10Et ayons le courage de lui dire que non seulement il s'égare, mais il nous égare.
04:16Il est aujourd'hui important qu'aux États-Unis, en Europe, tous les alliés des États-Unis à travers le
04:22monde
04:22prennent conscience que nous ne pouvons pas laisser les clés du monde à un Donald Trump imprévisible et inconséquent
04:30et par ailleurs si peu des grands idéaux et notamment des idéaux démocratiques.
04:35Pensons-nous que nous sommes seuls à avoir à faire face à cette obligation de l'ordre du monde et
04:43d'un monde humaniste.
04:44Est-ce que ça veut dire que pour cela et pour porter ces idéaux dont vous parlez ce soir,
04:49il faut malgré tout être fort militairement, nous, Français, nous, Européens ?
04:54Ça veut dire mettre plus d'argent, on sait que le budget de la défense va être augmenté.
04:58Est-ce que vous dites, pour défendre ces idéaux, il faut aussi avoir les porte-avions, il faut aussi avoir
05:02les troupes ?
05:02Bien sûr, mais pas seulement des porte-avions.
05:05Il faut que nous retrouvions une souveraineté numérique.
05:08Il faut que nous retrouvions une souveraineté technologique.
05:11Il faut que nous retrouvions une souveraineté financière.
05:13Car aujourd'hui, nous prenons l'eau, pas uniquement dans le domaine de la défense,
05:17mais dans beaucoup d'autres domaines sur le plan industriel.
05:20Et chaque Européen voit son avenir en ordre dispersé en se disant
05:24la garantie nucléaire américaine, de toute façon, elle restera là.
05:29Prenons acte du fait qu'aujourd'hui, la parole des États-Unis ne vaut pas ce qu'elle valait.
05:34Et qu'à partir de là, notre meilleure garantie, c'est notre capacité ensemble à mettre en avant un pacte
05:42européen de souveraineté.
05:44Et en unissant nos forces, ça veut dire une capacité de mutualisation de nos moyens.
05:48Ça veut dire une capacité à mettre nos programmes ensemble pour déterminer une capacité à agir.
05:55Ça veut dire une capacité également à faire en sorte qu'il y ait une interopérabilité de nos systèmes d
06:02'armes,
06:03de nos stratégies, de nos réflexions.
06:06Ça, c'est un élément très fort de la puissance européenne.
06:09Je vais prononcer un gros mot. Une armée européenne ?
06:11Alors justement, là, il s'agit de faire fonctionner ensemble les moyens qui sont les nôtres.
06:15Les chiffres sont connus.
06:16Nous avons un peu plus de 500 milliards d'efforts de défense, 560 milliards.
06:21Les Américains ont 1 000 milliards aujourd'hui et ils visent 1 500 milliards.
06:26Mais les Chinois ont la moitié de la force qui est la nôtre et les Russes encore moins, de l
06:31'ordre de 150 milliards.
06:32Donc nous avons des atouts. Nous avons des capacités.
06:35Notre problème, c'est que nous ne croyons pas en nous-mêmes et que le leadership européen aujourd'hui n
06:41'est pas à la hauteur de l'histoire.
06:42Donc je crois que les peuples européens doivent désormais se mêler de la partie.
06:47Ils ont la tentation d'écouter les sirènes populistes des partis dits patriotes qui sont tous sauf patriotes.
06:54Il est important que la démocratie, qui est notre force, et on le voit quand on voit la dérive américaine,
07:00eh bien nous la considérions comme aujourd'hui notre véritable armure.
07:03C'est la démocratie et notre capacité à travailler ensemble qui doit constituer l'élément de retour de l'Europe
07:10dans la scène internationale.
07:10Oui, mais précisément, les leaders européens, ils ont autre chose en tête.
07:13Peut-être qu'ils se disent qu'ils ont besoin de Donald Trump.
07:15Vous parliez de l'Ukraine tout à l'heure. Sans les Américains, comment on fait ?
07:19Les Européens comptent sur Donald Trump pour apporter des garanties de sécurité.
07:25Quelles garanties avons-nous que le moment venu, ces garanties de sécurité ne connaîtront pas un chantage qui sera fait
07:31par l'administration Trump ?
07:32Vous n'avez aucune confiance dans la parole de Trump.
07:34Mais je crois qu'il faut juger sur les actes. Il faut le souhaiter.
07:38Il faut faire tout pour que nous puissions les garder à bord.
07:41En matière de renseignements, nous le savons. En matière de défense anti-aérienne, nous le savons.
07:45Mais il faut tout préparer.
07:47Comme si, du jour au lendemain, cet appui devait cesser.
07:52Donc je crois qu'il faut être lucide.
07:53D'ores et déjà, il faut tirer les conclusions.
07:56Que nous maximisions les chances de garder l'administration avec nous.
08:00Mais nous sommes désormais, quand on regarde ce qui se passe avec la police de l'immigration, la bataille que
08:06vont se livrer les Américains entre eux,
08:09eh bien, il faut constater que l'allié américain a désormais beaucoup changé.
08:14Dominique de Villepin. Je parlais des fanatiques de la force. C'est une expression que vous utilisez.
08:18Vous me dites, si je me trompe, vous mettez dans cette catégorie-là Trump, Poutine, Netanyahou ?
08:23Ce sont deux aussi dont vous parlez ?
08:25Ce sont ceux qui ont, dans les dernières années, mobilisé la force sur la scène internationale,
08:32en pensant que ce raccourci-là allait leur permettre de satisfaire à tous leurs devoirs.
08:37Je précise ma question.
08:38Mais je ne compare pas Donald Trump, Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahou.
08:43Chacun, dans sa région, pense que la force est la solution.
08:48Mais précisément, vous dites, qu'ont-ils obtenu cela ?
08:51Oui, parce que je constate...
08:53Ils ont obtenu le pouvoir. Ils sont tous les trois au pouvoir.
08:55Un pouvoir qui est suspendu à la prochaine bataille et qui les rend fragiles,
09:00qui les condamne en permanence à utiliser davantage de force.
09:04Donald Trump au Venezuela, qu'est-ce qu'il a obtenu ?
09:06Il a changé le président vénézuélien, la vice-présidente a pris le pouvoir,
09:11les majors américains vont revenir exploiter le pétrole.
09:14Dans quel nombre d'années ?
09:16Et quand est-ce que la démocratie reviendra au Venezuela ?
09:19De la même façon, au Proche-Orient, Benjamin Netanyahou est suspendu en permanence
09:24à une nouvelle bataille à mener.
09:27Et donc, nous sommes très loin d'un ordre international.
09:30Et c'est là où les Européens, avec l'ensemble des puissances émergentes,
09:34les puissances du SUS global, ont un rôle à jouer pour rééquilibrer ce monde,
09:39réinventer un multilatéralisme, réinventer des mécanismes,
09:42ne serait-ce qu'entre ces États, avec une règle du jeu, avec un objectif,
09:46avec des idéaux.
09:47Nous devons repenser les choses et ne pas attendre que Donald Trump quitte la scène,
09:52sachant que peut-être lui succèdera quelqu'un qui sera aussi disrupteur que lui.
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