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Dans cet extrait du Greenletter Club, le politologue Clément Viktorovitch, docteur en science politique et enseignant en rhétorique à Sciences Po Paris, analyse la crise démocratique et l’ère de la post-vérité.
Il explique comment trois piliers de la démocratie représentative sont fragilisés : l’état de droit, la souveraineté populaire et le débat public. Selon lui, la multiplication du mensonge politique et la dégradation du débat public empêchent les citoyens de voter de manière éclairée, transformant parfois les élections en simple concours de popularité.
Une analyse politique et médiatique sur l’évolution de la démocratie, la manipulation du langage et les dérives du discours politique contemporain.

#democratie #politique #france #societe #actualite

00:00 Intro
00:47 Clément Viktorovitch
08:57 Outro

Vidéo complète disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=WS16qHDAACg
Pour s’abonner : https://www.youtube.com/@greenletterclub4184

Réponses au quiz de fin :
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Quel modèle politique Clément Viktorovitch utilise-t-il pour définir la démocratie actuelle ?
➡ Démocratie représentative.

Que devient la démocratie sans débat public éclairé selon Clément Viktorovitch ?
➡ Concours de popularité.

Combien de propositions concrètes ont été formulées par la Convention citoyenne pour le climat ?
➡ 150.

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Transcription
00:00La démocratie c'est quoi ? C'est un débat public.
00:02C'est le fait que les citoyennes et les citoyens puissent forger un jugement éclairé sur les enjeux publics
00:08en se fondant sur les déclarations notamment de leur gouvernement.
00:12Ça c'est un débat public qui doit nous permettre à chacune et chacun d'être informé, d'être éclairé
00:18et de ne pas voter au hasard.
00:19Si tu n'as pas un bon débat public, la démocratie n'est pas démocratique, c'est simplement un concours
00:23de popularité.
00:24Et je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que ça non plus c'est pas la
00:26démocratie.
00:26La démocratie ça ne doit pas être le peuple qui une fois tous les cinq ans vote un peu au
00:30pif pour un mec ou un autre
00:32parce qu'il aime bien sa coupe de cheveux ou parce qu'il aime bien comment celui-là y parle
00:35ou parce que celui-là il l'a vu en couverture d'un magazine et que sa femme elle est
00:38super glamour.
00:39Ça ne peut pas être ça la démocratie.
00:47Il y a trois piliers de la démocratie menacés par l'ère de la post-vérité.
00:51La souveraineté populaire, l'état de droit et le débat public ou la délibération des citoyens.
00:57Comme ça, ça paraît très théorique.
01:00En quoi ces piliers de la démocratie sont menacés par cette ère de la post-vérité ?
01:05On en a déjà en partie parlé, mais effectivement, moi j'ai ce vieux réflexe d'universitaire,
01:12mais je pense qu'en l'occurrence il est salutaire, c'est que je définis les termes que j'emploie.
01:16Et donc, effectivement, dans logocratie, je pense une sortie de la démocratie.
01:21Je pense l'idée que nous en sommes déjà sortis.
01:24Je pense l'idée que même si les institutions démocratiques, et je le répète, demeurent, n'ont pas été atteintes,
01:30l'idéal démocratique, lui, s'est effondré sur lui-même, a été dévoré de l'intérieur par le langage.
01:37Mais pour dire ça, on est bien forcé d'avoir une définition de ce qu'est la démocratie.
01:41Et en l'occurrence, la démocratie représentative, qui est le modèle, non pas auquel je souscris,
01:46mais dans lequel je m'inscris.
01:47C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand toi, moi, dans la rue, on emploie le mot de démocratie,
01:52en fait, il y a un modèle que l'on vit, ce qui est le modèle de démocratie représentative.
01:55Je ne dis pas que j'en suis satisfait, je ne dis pas qu'il me convient,
01:57je ne dis pas que je ne pense pas qu'il doit évoluer.
01:59Mais par contre, c'est cela dont on parle, quand on parle communément aujourd'hui de démocratie.
02:03Donc, je m'inscris dans ce modèle-là et je montre qu'au-delà du vote et des seules élections,
02:10la démocratie représentative, c'est effectivement trois piliers.
02:14L'état de droit, le fait que les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens soient garantis,
02:19puisque sans état de droit, la démocratie n'est plus la démocratie,
02:22c'est simplement la dictature de la majorité sur les minorités.
02:25Et je crois que personne n'en veut, enfin, certains en veulent d'ailleurs,
02:28mais en tout cas, moi, je n'en veux pas.
02:29Donc, la démocratie, c'est un état de droit.
02:31Si les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens de chacune et de chacun d'entre elles et d'entre
02:35eux ne sont pas garantis,
02:37on n'est pas dans une démocratie, on est dans une, au mieux, dictature de la majorité sur les minorités
02:41qui peuvent être opprimées.
02:42C'est ce qu'a été notamment le fascisme.
02:45La démocratie, ensuite, c'est une souveraineté populaire.
02:49Le pouvoir pour le peuple de choisir son destin commun.
02:51On a besoin de souveraineté populaire, évidemment, c'est le cœur de ce qu'on appelle communément la démocratie.
02:56L'état de droit sans la souveraineté populaire, ce n'est pas non plus la démocratie.
02:59Ça devient une dictature éclairée ou une monarchie constitutionnelle, par exemple.
03:03Donc, on a besoin de ces deux piliers-là.
03:05Et puis, et c'est ce que montre Jürgen Habermas dans son livre « Droits et démocratie »,
03:10on a besoin d'un troisième pilier pour lier les deux, qui est le débat public.
03:15Et ça, c'est moins un principe de la démocratie que sa quotidienneté.
03:20Au quotidien, la démocratie, c'est quoi ? C'est un débat public.
03:23C'est le fait que les citoyennes et les citoyens puissent se forger un jugement éclairé sur les enjeux publics
03:29en se fondant sur les déclarations, notamment de leur gouvernement.
03:33Ça, c'est un débat public qui doit nous permettre à chacune et chacun d'être informé, d'être éclairé
03:38et de ne pas voter au hasard.
03:40Si tu n'as pas un bon débat public, la démocratie n'est pas démocratique, c'est simplement un concours
03:44de popularité.
03:44Et je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que ça non plus, ce n'est pas
03:47la démocratie.
03:47La démocratie, ça ne doit pas être le peuple qui, une fois tous les cinq ans, vote un peu au
03:51pif pour un mec ou un autre
03:53parce qu'il aime bien sa coupe de cheveux ou parce qu'il aime bien comment celui-là y parle
03:55ou parce que celui-là, il l'a vu en couverture d'un magazine et que sa femme, elle est
03:59super glamour.
03:59Ça ne peut pas être ça, la démocratie.
04:01Alors, tu me diras, ça l'est déjà peut-être un peu et je pourrais, en le déplorant, être d
04:06'accord avec toi,
04:06mais on ne peut pas s'en satisfaire.
04:07La démocratie, pour être véritablement le pouvoir pour le peuple de se choisir son destin commun,
04:13ça doit être le pouvoir pour le peuple de voter de manière éclairée.
04:16Et pour voter de manière éclairée, il faut qu'il y ait un débat qui soit un débat exigeant, rigoureux,
04:19qui nous permette d'être éclairé et non pas d'être obscurci.
04:23Je pars de cette trame et effectivement, je montre comment est-ce que la démultiplication du mensonge
04:29a attaqué les uns après les autres, chacun de ses piliers.
04:32D'abord, le débat public, on en a abondamment parlé, la corruption par le mensonge,
04:36l'utilisation de mots qui ne veulent plus rien dire, les substitutions connotatives,
04:40l'essor de la déloyauté, l'air du vide.
04:42Je montre notamment, en m'appuyant sur les travaux d'encore un autre chercheur, d'Amont Maïafre,
04:46je montre notamment comment est-ce qu'Emmanuel Macron, en 2017, a été élu en ne disant rien.
04:51Et donc, on a voté pour lui, enfin je dis on, les Françaises et les Français ont voté pour lui
04:55en ne sachant pas ce qu'il allait faire.
04:57Et on ne savait pas ce qu'il allait faire parce qu'il a réussi à masquer son vide derrière
05:00de la rhétorique,
05:01derrière donc de la déloyauté en réalité.
05:03C'est déjà problématique.
05:04Donc je montre comment est-ce que, sous le coup de ces mensonges et de cette déloyauté,
05:10le débat public a été profondément dévitalisé, profondément corrompu,
05:14jusqu'à nous faire parler de mots qui ne veulent rien dire, je le disais tout à l'heure,
05:18parce que Jean-Michel Blanquer, Frédéric Vidal ont employé le mot d'islamo-gauchisme
05:23en disant qu'ils gangrenaient la société et l'université.
05:25Nos concitoyens, sans doute dans leur dîner de famille, se sont demandé si l'enseignant de leur fille,
05:31tiens, ma fille, elle a un prof d'amphi, est-ce que ce n'est pas un islamo-gauchisme,
05:34puisqu'il paraît que l'islamo-gauchisme gangrène l'université,
05:36jusqu'à ce que le CNRS et la conférence des présidents d'université disent toutes deux
05:41que le mot n'avait aucun sens, aucune définition.
05:44Bon, donc, notre débat public s'est effondré.
05:47On en a parlé tous les deux.
05:49Je montre comment est-ce que, n'ayant plus à dire ce qu'il faisait,
05:52parce que le débat public s'est effondré,
05:54les gouvernants ont pu attaquer en France
05:57l'État de droit,
05:58les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens,
06:00et en fait, en particulier l'un d'eux,
06:02qui a été attaqué
06:04de manière absolument vigoureuse
06:07et systématique en France,
06:08qui est le droit de manifester.
06:10Ça aussi, je le montre en rappelant
06:13certaines décisions littéralement liberticides,
06:15qui étaient des atteintes, mais directes
06:17au droit de manifester, qui ont été votées par le gouvernement,
06:19enfin votées sous l'impulsion du gouvernement,
06:21et censurées par le Conseil constitutionnel.
06:23Il a fallu que le Conseil constitutionnel
06:25vienne au secours par deux reprises
06:26du droit de manifester,
06:28qui sinon, aujourd'hui,
06:29auraient, bon an, mal an, disparu en France.
06:31Donc, il faut voir quand même
06:32ce que le Conseil constitutionnel, ici, nous a évité.
06:35Et puis, je montre comment est-ce que,
06:36par d'autres moyens,
06:38notamment les violences policières,
06:40qui n'existent pas,
06:41en tout cas dans la langue du gouvernement,
06:42je montre comment est-ce que
06:43le droit de manifester a été très sérieusement
06:46et très vigoureusement attaqué en France,
06:48au point qu'on commence à voir aujourd'hui,
06:49dans les États-Unis de Trump,
06:51un pays qui est en train de basculer
06:52dans l'autoritarisme,
06:53on commence à voir des répressions policières
06:55de manifestations qui rappellent
06:56ce qu'on voit en France
06:57depuis les Gilets jaunes.
06:58Et en réalité, tu me diras,
06:59depuis la loi travail de François Hollande,
07:01et tu auras à ce titre parfaitement raison.
07:05Donc, l'État de droit a été attaqué.
07:08Il existe encore,
07:09mais il s'est déjà restreint.
07:11Et le troisième pilier,
07:12c'est la souveraineté populaire.
07:13Et là aussi, je montre
07:14comment est-ce que, année après année,
07:15le gouvernement n'a eu de cesse
07:16de vouloir piétiner la volonté du peuple
07:19quand elle s'exprimait
07:21de manière claire et univoque.
07:22Et je rappelle,
07:23on peut s'attarder si tu veux,
07:25mais tous les épisodes,
07:26le grand débat national
07:27dont les conclusions ont été balayées,
07:29les cahiers de doléances jamais exploités,
07:31la Convention citoyenne pour le climat,
07:33avec 150 propositions,
07:35concrètes, pratiques, opérationnalisables,
07:37qu'Emmanuel Macron avait juré
07:38de transmettre sans filtre
07:40et qui finalement ont été filtrés,
07:42édulcorés, vidés de leur contenu,
07:44la réforme des retraites
07:46qui était rejetée par le peuple,
07:47quelle que soit la définition du peuple.
07:49C'est-à-dire que la réforme des retraites,
07:50plusieurs millions de personnes dans la rue,
07:5370% des Françaises et des Français
07:54qui étaient contre,
07:55plus de 90% des actifs qui étaient contre,
07:59les syndicats de salariés
08:01qui tous étaient contre,
08:03et même l'Assemblée nationale
08:04qui s'apprêtait à voter contre,
08:06la réforme passe néanmoins.
08:07Bon, jusqu'à les élections législatives de 2024,
08:11où là le dossier est complexe,
08:13je le traite dans le livre,
08:14en essayant de l'aborder
08:15de la manière la plus rigoureuse qui soit,
08:17et j'en conclue que, selon moi,
08:19en tout cas, c'est l'argument que je porte,
08:21ces élections de 2024 ont bien été
08:23une forme de déni de démocratie
08:25et de dénégation de la volonté du peuple
08:27telle qu'elle s'est exprimée dans les urnes.
08:29Et donc on voit bien que,
08:31oui, le peuple français, sans doute,
08:33est toujours souverain.
08:34Il y aura des élections d'ici 2027.
08:36On peut imaginer qu'elles aient un impact
08:38et que les Françaises et les Français
08:40puissent choisir leur prochain président
08:41ou leur prochaine présidente.
08:43Mais nonobstant cela,
08:45entre-temps,
08:46le pouvoir n'aura eu de cesse
08:49de vouloir ignorer la volonté du peuple
08:51pour faire prévaloir sa propre volonté.
08:53Et ça ne me semble pas être
08:54la définition la plus optimiste
08:56et optimale qui soit de la démocratie.
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