00:00La démocratie c'est quoi ? C'est un débat public.
00:02C'est le fait que les citoyennes et les citoyens puissent forger un jugement éclairé sur les enjeux publics
00:08en se fondant sur les déclarations notamment de leur gouvernement.
00:12Ça c'est un débat public qui doit nous permettre à chacune et chacun d'être informé, d'être éclairé
00:18et de ne pas voter au hasard.
00:19Si tu n'as pas un bon débat public, la démocratie n'est pas démocratique, c'est simplement un concours
00:23de popularité.
00:24Et je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que ça non plus c'est pas la
00:26démocratie.
00:26La démocratie ça ne doit pas être le peuple qui une fois tous les cinq ans vote un peu au
00:30pif pour un mec ou un autre
00:32parce qu'il aime bien sa coupe de cheveux ou parce qu'il aime bien comment celui-là y parle
00:35ou parce que celui-là il l'a vu en couverture d'un magazine et que sa femme elle est
00:38super glamour.
00:39Ça ne peut pas être ça la démocratie.
00:47Il y a trois piliers de la démocratie menacés par l'ère de la post-vérité.
00:51La souveraineté populaire, l'état de droit et le débat public ou la délibération des citoyens.
00:57Comme ça, ça paraît très théorique.
01:00En quoi ces piliers de la démocratie sont menacés par cette ère de la post-vérité ?
01:05On en a déjà en partie parlé, mais effectivement, moi j'ai ce vieux réflexe d'universitaire,
01:12mais je pense qu'en l'occurrence il est salutaire, c'est que je définis les termes que j'emploie.
01:16Et donc, effectivement, dans logocratie, je pense une sortie de la démocratie.
01:21Je pense l'idée que nous en sommes déjà sortis.
01:24Je pense l'idée que même si les institutions démocratiques, et je le répète, demeurent, n'ont pas été atteintes,
01:30l'idéal démocratique, lui, s'est effondré sur lui-même, a été dévoré de l'intérieur par le langage.
01:37Mais pour dire ça, on est bien forcé d'avoir une définition de ce qu'est la démocratie.
01:41Et en l'occurrence, la démocratie représentative, qui est le modèle, non pas auquel je souscris,
01:46mais dans lequel je m'inscris.
01:47C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand toi, moi, dans la rue, on emploie le mot de démocratie,
01:52en fait, il y a un modèle que l'on vit, ce qui est le modèle de démocratie représentative.
01:55Je ne dis pas que j'en suis satisfait, je ne dis pas qu'il me convient,
01:57je ne dis pas que je ne pense pas qu'il doit évoluer.
01:59Mais par contre, c'est cela dont on parle, quand on parle communément aujourd'hui de démocratie.
02:03Donc, je m'inscris dans ce modèle-là et je montre qu'au-delà du vote et des seules élections,
02:10la démocratie représentative, c'est effectivement trois piliers.
02:14L'état de droit, le fait que les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens soient garantis,
02:19puisque sans état de droit, la démocratie n'est plus la démocratie,
02:22c'est simplement la dictature de la majorité sur les minorités.
02:25Et je crois que personne n'en veut, enfin, certains en veulent d'ailleurs,
02:28mais en tout cas, moi, je n'en veux pas.
02:29Donc, la démocratie, c'est un état de droit.
02:31Si les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens de chacune et de chacun d'entre elles et d'entre
02:35eux ne sont pas garantis,
02:37on n'est pas dans une démocratie, on est dans une, au mieux, dictature de la majorité sur les minorités
02:41qui peuvent être opprimées.
02:42C'est ce qu'a été notamment le fascisme.
02:45La démocratie, ensuite, c'est une souveraineté populaire.
02:49Le pouvoir pour le peuple de choisir son destin commun.
02:51On a besoin de souveraineté populaire, évidemment, c'est le cœur de ce qu'on appelle communément la démocratie.
02:56L'état de droit sans la souveraineté populaire, ce n'est pas non plus la démocratie.
02:59Ça devient une dictature éclairée ou une monarchie constitutionnelle, par exemple.
03:03Donc, on a besoin de ces deux piliers-là.
03:05Et puis, et c'est ce que montre Jürgen Habermas dans son livre « Droits et démocratie »,
03:10on a besoin d'un troisième pilier pour lier les deux, qui est le débat public.
03:15Et ça, c'est moins un principe de la démocratie que sa quotidienneté.
03:20Au quotidien, la démocratie, c'est quoi ? C'est un débat public.
03:23C'est le fait que les citoyennes et les citoyens puissent se forger un jugement éclairé sur les enjeux publics
03:29en se fondant sur les déclarations, notamment de leur gouvernement.
03:33Ça, c'est un débat public qui doit nous permettre à chacune et chacun d'être informé, d'être éclairé
03:38et de ne pas voter au hasard.
03:40Si tu n'as pas un bon débat public, la démocratie n'est pas démocratique, c'est simplement un concours
03:44de popularité.
03:44Et je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que ça non plus, ce n'est pas
03:47la démocratie.
03:47La démocratie, ça ne doit pas être le peuple qui, une fois tous les cinq ans, vote un peu au
03:51pif pour un mec ou un autre
03:53parce qu'il aime bien sa coupe de cheveux ou parce qu'il aime bien comment celui-là y parle
03:55ou parce que celui-là, il l'a vu en couverture d'un magazine et que sa femme, elle est
03:59super glamour.
03:59Ça ne peut pas être ça, la démocratie.
04:01Alors, tu me diras, ça l'est déjà peut-être un peu et je pourrais, en le déplorant, être d
04:06'accord avec toi,
04:06mais on ne peut pas s'en satisfaire.
04:07La démocratie, pour être véritablement le pouvoir pour le peuple de se choisir son destin commun,
04:13ça doit être le pouvoir pour le peuple de voter de manière éclairée.
04:16Et pour voter de manière éclairée, il faut qu'il y ait un débat qui soit un débat exigeant, rigoureux,
04:19qui nous permette d'être éclairé et non pas d'être obscurci.
04:23Je pars de cette trame et effectivement, je montre comment est-ce que la démultiplication du mensonge
04:29a attaqué les uns après les autres, chacun de ses piliers.
04:32D'abord, le débat public, on en a abondamment parlé, la corruption par le mensonge,
04:36l'utilisation de mots qui ne veulent plus rien dire, les substitutions connotatives,
04:40l'essor de la déloyauté, l'air du vide.
04:42Je montre notamment, en m'appuyant sur les travaux d'encore un autre chercheur, d'Amont Maïafre,
04:46je montre notamment comment est-ce qu'Emmanuel Macron, en 2017, a été élu en ne disant rien.
04:51Et donc, on a voté pour lui, enfin je dis on, les Françaises et les Français ont voté pour lui
04:55en ne sachant pas ce qu'il allait faire.
04:57Et on ne savait pas ce qu'il allait faire parce qu'il a réussi à masquer son vide derrière
05:00de la rhétorique,
05:01derrière donc de la déloyauté en réalité.
05:03C'est déjà problématique.
05:04Donc je montre comment est-ce que, sous le coup de ces mensonges et de cette déloyauté,
05:10le débat public a été profondément dévitalisé, profondément corrompu,
05:14jusqu'à nous faire parler de mots qui ne veulent rien dire, je le disais tout à l'heure,
05:18parce que Jean-Michel Blanquer, Frédéric Vidal ont employé le mot d'islamo-gauchisme
05:23en disant qu'ils gangrenaient la société et l'université.
05:25Nos concitoyens, sans doute dans leur dîner de famille, se sont demandé si l'enseignant de leur fille,
05:31tiens, ma fille, elle a un prof d'amphi, est-ce que ce n'est pas un islamo-gauchisme,
05:34puisqu'il paraît que l'islamo-gauchisme gangrène l'université,
05:36jusqu'à ce que le CNRS et la conférence des présidents d'université disent toutes deux
05:41que le mot n'avait aucun sens, aucune définition.
05:44Bon, donc, notre débat public s'est effondré.
05:47On en a parlé tous les deux.
05:49Je montre comment est-ce que, n'ayant plus à dire ce qu'il faisait,
05:52parce que le débat public s'est effondré,
05:54les gouvernants ont pu attaquer en France
05:57l'État de droit,
05:58les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens,
06:00et en fait, en particulier l'un d'eux,
06:02qui a été attaqué
06:04de manière absolument vigoureuse
06:07et systématique en France,
06:08qui est le droit de manifester.
06:10Ça aussi, je le montre en rappelant
06:13certaines décisions littéralement liberticides,
06:15qui étaient des atteintes, mais directes
06:17au droit de manifester, qui ont été votées par le gouvernement,
06:19enfin votées sous l'impulsion du gouvernement,
06:21et censurées par le Conseil constitutionnel.
06:23Il a fallu que le Conseil constitutionnel
06:25vienne au secours par deux reprises
06:26du droit de manifester,
06:28qui sinon, aujourd'hui,
06:29auraient, bon an, mal an, disparu en France.
06:31Donc, il faut voir quand même
06:32ce que le Conseil constitutionnel, ici, nous a évité.
06:35Et puis, je montre comment est-ce que,
06:36par d'autres moyens,
06:38notamment les violences policières,
06:40qui n'existent pas,
06:41en tout cas dans la langue du gouvernement,
06:42je montre comment est-ce que
06:43le droit de manifester a été très sérieusement
06:46et très vigoureusement attaqué en France,
06:48au point qu'on commence à voir aujourd'hui,
06:49dans les États-Unis de Trump,
06:51un pays qui est en train de basculer
06:52dans l'autoritarisme,
06:53on commence à voir des répressions policières
06:55de manifestations qui rappellent
06:56ce qu'on voit en France
06:57depuis les Gilets jaunes.
06:58Et en réalité, tu me diras,
06:59depuis la loi travail de François Hollande,
07:01et tu auras à ce titre parfaitement raison.
07:05Donc, l'État de droit a été attaqué.
07:08Il existe encore,
07:09mais il s'est déjà restreint.
07:11Et le troisième pilier,
07:12c'est la souveraineté populaire.
07:13Et là aussi, je montre
07:14comment est-ce que, année après année,
07:15le gouvernement n'a eu de cesse
07:16de vouloir piétiner la volonté du peuple
07:19quand elle s'exprimait
07:21de manière claire et univoque.
07:22Et je rappelle,
07:23on peut s'attarder si tu veux,
07:25mais tous les épisodes,
07:26le grand débat national
07:27dont les conclusions ont été balayées,
07:29les cahiers de doléances jamais exploités,
07:31la Convention citoyenne pour le climat,
07:33avec 150 propositions,
07:35concrètes, pratiques, opérationnalisables,
07:37qu'Emmanuel Macron avait juré
07:38de transmettre sans filtre
07:40et qui finalement ont été filtrés,
07:42édulcorés, vidés de leur contenu,
07:44la réforme des retraites
07:46qui était rejetée par le peuple,
07:47quelle que soit la définition du peuple.
07:49C'est-à-dire que la réforme des retraites,
07:50plusieurs millions de personnes dans la rue,
07:5370% des Françaises et des Français
07:54qui étaient contre,
07:55plus de 90% des actifs qui étaient contre,
07:59les syndicats de salariés
08:01qui tous étaient contre,
08:03et même l'Assemblée nationale
08:04qui s'apprêtait à voter contre,
08:06la réforme passe néanmoins.
08:07Bon, jusqu'à les élections législatives de 2024,
08:11où là le dossier est complexe,
08:13je le traite dans le livre,
08:14en essayant de l'aborder
08:15de la manière la plus rigoureuse qui soit,
08:17et j'en conclue que, selon moi,
08:19en tout cas, c'est l'argument que je porte,
08:21ces élections de 2024 ont bien été
08:23une forme de déni de démocratie
08:25et de dénégation de la volonté du peuple
08:27telle qu'elle s'est exprimée dans les urnes.
08:29Et donc on voit bien que,
08:31oui, le peuple français, sans doute,
08:33est toujours souverain.
08:34Il y aura des élections d'ici 2027.
08:36On peut imaginer qu'elles aient un impact
08:38et que les Françaises et les Français
08:40puissent choisir leur prochain président
08:41ou leur prochaine présidente.
08:43Mais nonobstant cela,
08:45entre-temps,
08:46le pouvoir n'aura eu de cesse
08:49de vouloir ignorer la volonté du peuple
08:51pour faire prévaloir sa propre volonté.
08:53Et ça ne me semble pas être
08:54la définition la plus optimiste
08:56et optimale qui soit de la démocratie.
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