00:00Il y a des risques de contraintes dans l'accès au pétrole pour l'Europe dès cette décennie.
00:07Et ce risque se transforme en probabilité très, très élevée pour la décennie 2030.
00:20D'ici 2050, je vais citer quelques-uns des plus gros importateurs de pétrole de l'Union européenne,
00:26des plus gros fournisseurs, pardon, le Kazakhstan, moins 40%, la Libye, moins 60%, l'Algérie, moins 65%, l'Angola, moins 93%,
00:34le Nigeria, moins 90%. Et sachant qu'il y a des pays comme le Nigeria qui ont une croissance démographique exponentielle,
00:40on se dit que d'une part, ils sont en déclin et qu'en plus, ils vont avoir des besoins domestiques de plus en plus importants.
00:48Ça va être très compliqué d'aller trouver ne serait-ce qu'un peu de pétrole en 2050.
00:53Absolument, absolument. Encore une fois, on ne prétend pas prédire l'avenir. On décrit juste un risque.
01:02On documente un risque. On n'a pas travaillé comme ça. Ce n'est pas du doigt mouillé.
01:06J'ai dit le pédigré des gens qui ont fait cette étude. Mais on s'est fondé sur l'une des trois sources de références mondiales
01:15sur l'intelligence économique, oil and gas, qu'utilise l'OPEP, qu'utilise l'AIE.
01:20Richstadt Energy, une société norvégienne pour ne pas la nommer. On a utilisé ces données-là.
01:24Et la conclusion, c'est qu'il y a des risques de contraintes dans l'accès au pétrole pour l'Europe dès cette décennie.
01:34Et ce risque se transforme en probabilité très, très élevée pour la décennie 2030.
01:41Mais du coup, ça suppose de faire des choix audacieux et cohérents. Je vous donne un exemple.
01:46A la fois de ce qu'il faudrait faire et puis de l'étroitesse de vue dominante aujourd'hui en Union européenne.
01:54Le rapport Draghi, Mario Draghi a publié en septembre dernier un rapport qui a fait beaucoup de bruit
01:58et qui est en train de donner le tempo de la nouvelle Commission européenne.
02:03Le premier élément de son diagnostic, la figure 1 de son rapport, c'est montrer l'écart de compétitivité sur les prix de l'énergie
02:12entre l'industrie européenne, d'une part, et les industries américaines et chinoises, d'autre part.
02:17Bon.
02:17Monsieur Draghi, mais globalement, c'est le tempo, encore une fois, qui est donné pour la Commission européenne, dit
02:27« Donc il faut faire le marché unique, il faut déréguler, et puis il faut développer plein d'activités qui vont consommer beaucoup d'énergie. »
02:40Donc à commencer par le numérique et l'intelligence artificielle dont on n'avait pas...
02:47Bon bref, je ne vais pas discuter de l'intérêt, mais en tout cas, ce qui est certain, c'est que l'Union européenne n'a pas les moyens de tout faire.
02:55Nous sommes contraints.
02:57Alors je mets à côté, encore une fois, parce que manifestement, malheureusement, ce n'est pas une raison suffisante pour agir,
03:03je mets de côté les objectifs au nom de décarbonation, au nom du climat.
03:06Voilà. Mais compte tenu de notre situation, du point de vue de nos approvisionnements en pétrole et en gaz dans le système,
03:12tel qu'il est fait aujourd'hui, ou comme tu l'as rappelé, les deux tiers de ce qu'on consomme, c'est l'énergie fossile,
03:18échapper à la NAS, à cette NAS-là, ça suppose de faire des choix ciblés et exclusifs,
03:26ciblés et exclusifs sur ce que l'on veut faire, ce que l'on veut développer ou encourager comme industrie,
03:33et ce que l'on veut promouvoir comme mode de consommation.
03:38Tu peux prendre un exemple ?
03:39L'exemple peut-être le plus quotidien, c'est la mobilité, les transports.
03:47C'est marrant, l'automobile un peu rêvée, ça reste peut-être, je ne sais pas dans mon imaginaire,
03:57ça reste la grosse Cadillac qui consommait peut-être 25 litres au 100.
04:02Les SUV qu'on sort aujourd'hui, alors certes, ils ne consomment plus 25 litres au 100, mais ils sont très lourds,
04:10surpuissants, c'est-à-dire qu'on les fabrique pour qu'ils puissent monter à 180 ou 200, alors qu'on limite sur à 130,
04:17et surtout, enfin, et aussi, ils sont vides.
04:20C'est-à-dire que grosso modo, quand vous regardez le matin pour vos transports quotidiens, il y a une personne dans la caisse.
04:24Bon. Le Shift, on n'est pas les seuls, mais on est allé très loin dans cette démonstration,
04:30a montré que, moyennant un développement à nouveau cohérent, audacieux et exclusif
04:35de modes de transport pour, au quotidien, faire les 15-20 bornes que la plupart d'entre nous, ou moins, faisons au quotidien,
04:50il est parfaitement possible, moyennant des investissements qui n'ont rien à voir avec l'argent qu'a pu mettre la France,
04:57par exemple, pour développer ces lignes de TGV ou ces autoroutes,
05:00donc c'est-à-dire en développant une composition intelligente de covoiturage, vélo, train, bus, intégrés de façon pertinente,
05:10il est parfaitement possible de permettre à la majorité, une grande partie de la population de se déplacer au quotidien
05:16sans utiliser ces grosses bagnoles vides, trop lourdes, trop puissantes, qui font le déficit commercial d'un pays comme la France.
05:24L'essentiel du déficit commercial qu'on a en France, c'est notre facture de pétrole et de gaz.
05:28Bon. Là encore, décarbonation, souveraineté économique, c'est la même chose.
05:35Bon. Ça suppose de changer... En fait, de changer d'objectif.
05:40C'est-à-dire que, grosso modo, on sent bien là que le système industriel, le système économique est un peu comme un canard sans tête.
05:49Où est-ce qu'on va, aujourd'hui ?
05:51On mésestime, on ignore, on met sous le tapis un certain nombre d'objectifs environnementaux,
05:56dont l'objectif climatique. On double down, comme on dit en anglais, on double la mise sur ce système
06:04fondé sur les énergies fossiles qui nous conduit au précipice, qui nous conduit à la catastrophe climatique
06:10et qui fait qu'aujourd'hui, on a Trump d'un côté, Poutine de l'autre et Mohamed Ben Salman derrière.
06:19Il faut qu'on se réveille. On est dans un moment équivalent à l'effort de paix.
06:24Je n'ai pas envie de parler d'effort de guerre, mais l'effort de paix que la nation a fait en France, par exemple,
06:28où les nations européennes ont fait après la Seconde Guerre mondiale,
06:31quand il n'y avait plus un seul pont entre le Havre et Paris,
06:34et qu'on ne se posait pas la question de savoir comment on allait...
06:37Non, on s'est mobilisés collectivement face à quelque chose qui était peut-être plus tangible,
06:43qui était la destruction d'un certain nombre de villes, de poumons économiques,
06:47en France, en Allemagne, en Belgique et ailleurs.
06:49Aujourd'hui, c'est un poison lent, peut-être plus diffus, plus discret.
06:55Mais enfin, la perte d'emploi industriel qui fait qu'on perd notre destin aussi,
07:00parce qu'on perd notre savoir-faire, c'est quand même un phénomène ancien
07:04et qui, pour moi, tient à une première limite physique qui était la limite sur le charbon.
07:09Le choc de 1973, l'Europe ne s'en est jamais vraiment remise.
07:12Il y a vraiment un moment, un avant, un après.
07:14Les crises européennes au début des années 2010, elles sont directement liées à la crise de 2008.
07:20Bref, derrière tout ça, pour moi, il y a un sous-bassement physique
07:25qui a trait à notre situation d'humains, avec une volonté de puissance délirante,
07:33misant sur des ressources finies.
07:36Et puis, il y a notre situation, à nous, Européens, qui sommes les parangons,
07:41qui sommes, pour moi, la pointe extrême de cet aveuglement,
07:44parce qu'on n'a même pas le pétrole de schiste ou le gaz de schiste des Américains
07:48ou le charbon des Chinois.
07:51On pourrait se dire, après nous, le déluge, et tant pis, on sera les plus puissants.
07:53Mais on ne peut même pas.
07:54Donc il faut se réveiller et regarder cette situation en face.
08:27Abonnez-vous !
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