00:00Des études de cas valent souvent mieux qu'un long raisonnement économique.
00:13Ici, la multinationale danoise Yara. Peu connue, elle est numéro 1 mondial des engrais azotés
00:20et a réalisé en 2023 un chiffre d'affaires consolidé de près de 16 milliards de dollars.
00:26Sa matière première principale, le gaz naturel, est transformé en ammoniaque,
00:30un composant essentiel pour la fabrication d'engrais.
00:34Selon l'estimation du groupe, en incluant les aides de l'État américain,
00:38le prix de production de l'ammoniaque outre-Atlantique va devenir 4 fois moins élevé qu'en Europe.
00:44Les conséquences ? Les fermetures d'un site en Belgique, d'un autre en France,
00:48et ce n'est certainement pas terminé.
00:51Le cas n'est pas isolé.
00:52L'allemand BASF, géant de la chimie, a réduit son activité sur son site historique
00:57tout en réalisant le plus gros investissement étranger de son histoire en Chine.
01:0310 milliards de dollars dans la construction d'un complexe chimique.
01:06Le sidérurgiste Asselin-Mittal envisage une expansion en Alabama
01:11alors qu'il ferme ses usines de Reims et de Denain en France.
01:14Au cœur de l'Europe, l'industrie manufacturière allemande est sous pression.
01:19La production des secteurs les plus énergivores a notamment plongé de 15%
01:23par rapport à son niveau d'avant la crise Covid.
01:26Et il y a de la casse.
01:27Les défaillances dans l'industrie manufacturière sont sur une pente montante,
01:31tout comme dans l'industrie en général au sein de la zone euro.
01:35La cause de tous ces déboires est multifactorielle,
01:39mais il existe un coût coupable plus que les autres.
01:42L'énergie.
01:43L'exemple français en donne une illustration parfaite.
01:46Le prix du gaz naturel a bondi de 80% en France
01:49entre le premier semestre 2019 et le premier semestre 2024,
01:53avec, selon les volumes consommés, des hausses étalantes de 45% à 80% environ.
01:59Et peu importe que les tarifs soient aujourd'hui inférieurs au pic atteint
02:03peu après le déclenchement de la guerre en Ukraine,
02:05le choc reste d'une violence inouïe.
02:08Le nœud du problème, c'est qu'à la différence du pétrole,
02:11marché globalement unifié, avec des écarts de cours limités entre le Brent,
02:15la référence en Europe, et le WTI pour l'Amérique,
02:18le marché du gaz est fragmenté,
02:21entraînant de fortes disparités entre les régions
02:23depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.
02:26La volonté des pays européens de limiter leur dépendance au gaz russe
02:30a conduit à un ranchérissement structurel des coûts d'approvisionnement.
02:35Bilan, en 2024, le prix du gaz naturel en Europe
02:38était cinq fois plus élevé que celui des États-Unis.
02:41Comme le prix de l'électricité est en grande partie couplé à celui du gaz,
02:46les évolutions sont du même acamie et dans ce cas comme dans l'autre,
02:49les gros consommateurs, les industriels les plus énergivores,
02:52sont aussi ceux qui subissent les hausses les plus spectaculaires.
02:56Les particularismes nationaux peuvent nuancer le discours,
02:59mais le sens de l'histoire est donné.
03:02Le prix de l'électricité est trois fois plus élevé en Europe qu'en Chine par exemple.
03:07Comment les secteurs électro-intensifs, chimie,
03:09métallurgie notamment, où les coûts de l'énergie peuvent représenter jusqu'à 60% de leurs coûts globales,
03:15peuvent-ils rivaliser et rester compétitifs sans un soutien massif ?
03:20Le risque sinon, c'est que le fer, l'acier, l'aluminium, la chimie, la pétrochimie,
03:26mais aussi une partie de l'agroalimentaire subissent le même sort que l'industrie du textile et se retrouvent décimés.
03:32L'Europe est sous la menace d'une perte massive de sa puissance industrielle.
03:36C'est un enjeu de souveraineté.
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