- il y a 2 mois
Chaque week-end, Emilie Broussouloux vous accompagne de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00Je vous invite donc à regarder la suite de l'émission en coulisses parce qu'on va vous parler d'une affaire complètement dingue.
00:06C'est l'histoire d'un fugitif américain qui a été condamné pour des faits très graves.
00:11Il était recherché par le FBI depuis 13 ans.
00:14Il vient juste d'être retrouvé dans une commune d'Alsace.
00:18Oui, il était chez nous, à Kilstead, 2500 habitants.
00:21C'est là qu'il s'était installé il y a un an sous une fausse identité.
00:25Regardez le récit de Pierre Desmits et Lucille Pascané.
00:30C'est dans ce quartier d'un village d'Alsace que la cavale de Michael Weisman a pris fin.
00:35Interpellé le 1er novembre dernier au petit matin, l'homme vivait ici avec sa femme et ses deux fils.
00:41Les riverains se souviennent d'une famille discrète et polie, d'apparence sans histoire.
00:46Mes filles ont joué avec les garçons tout l'été.
00:49Elles ont été là-bas en plus.
00:51Les garçons sont venus jouer chez moi à la maison.
00:54C'est choquant d'apprendre ça dans un petit village.
00:57Forcément, on se pose plein de questions en tant que parents.
01:00Arrêté une première fois en 2008 en Arizona pour des faits d'exploitation sexuelle sur mineurs,
01:05il est alors placé sous surveillance judiciaire,
01:07mais réussi à fuir le pays après avoir sectionné son bracelet électronique.
01:11Repéré en Espagne un an plus tard, il est alors extradé vers les Etats-Unis.
01:15Condamné en 2012, il réussit à fuir une nouvelle fois alors qu'il est en liberté conditionnelle.
01:20Le fugitif se rend alors au Vietnam, puis en Pologne et enfin en France,
01:24où il s'installe sous le nom d'emprunt de Robert Danilewski, dans ce village au nord de Strasbourg.
01:30Considéré comme l'un des fugitifs les plus recherchés d'Arizona,
01:33les enquêteurs américains retrouvent sa trace grâce à un mandat d'arrêt transmis aux autorités françaises après 14 ans de cavale.
01:39Cette arrestation est le fruit d'années de persévérance, de travail d'équipe
01:44et d'un engagement sans faille envers la protection des enfants.
01:47Dans l'attente de son extradition vers les Etats-Unis,
01:50l'homme est également poursuivi en France pour des soupçons de viol et d'agressions sexuelles sur mineurs.
01:56Et pour évoquer cette affaire, on est avec Thibaut Chevillard.
01:58Bonsoir Thibaut, vous êtes journaliste pour 20 minutes et consultant Police Justice BFM TV.
02:04Axel Ronde, bonsoir.
02:05Bonsoir.
02:05Merci d'être avec nous au porte-parole du syndicat CFTC Police et puis Vincent Delamore-Andière.
02:10Bonsoir.
02:11Vous êtes avocat au Barreau de Paris.
02:13Je voudrais d'abord qu'on fasse un détour par Washington pour aller retrouver notre correspondant sur place, Antoine Hollard.
02:20Bonsoir Antoine.
02:21Alors c'est vrai que le dénouement de cette affaire est complètement dingue
02:24quand on sait que cet Américain a été recherché depuis 13 ans et il était chez nous en fait.
02:32Oui exactement et cette histoire c'est vrai est rocambolesque
02:35depuis le début, tout commence en 2008, ça se passe dans la banlieue de Fénix,
02:40ça a Scott Dell à l'époque, Michael Weisman a une trentaine d'années
02:43et il est arrêté par la police locale pour des faits de détention d'images pédopornographiques.
02:49C'est une précision qui m'a été apportée tout à l'heure par un porte-parole de la police.
02:53Il est donc arrêté, on lui met un bracelet électronique en attendant son procès,
02:58seulement Valois il va sectionner ce bracelet et s'enfuir, il part en cavale.
03:02Il est retrouvé l'année suivante en Espagne, en 2009, extradé vers les Etats-Unis.
03:07Lorsqu'il revient sur le sol américain, cette fois il est placé en détention provisoire,
03:11il va faire trois ans de prison et puis à l'issue il va conclure un accord de plaie des coupables
03:16avec la justice, c'est une possibilité que les justiciables ont aux Etats-Unis
03:20pour obtenir un aménagement de peine, ce qui va lui permettre donc de sortir de prison
03:24et d'être placé sous le régime de la liberté conditionnelle.
03:27Sauf que là, à nouveau, il en profite, il part en cavale.
03:31D'abord le Vietnam, la Pologne et puis enfin il s'établit en France.
03:35Alors ce qui est très intéressant c'est que la police de Scaldel n'a jamais refermé le dossier,
03:39les enquêteurs ont toujours continué à effectuer des recherches
03:42et c'est ce travail qui a fini par payer.
03:46Ce travail a notamment permis d'obtenir un mandat de perquisition de son ordinateur.
03:51En clair, les policiers ont eu l'autorisation de pirater son ordinateur à distance
03:55et en piratant cet ordinateur, ils se sont rendus compte qu'en France,
03:59Michael Wasman s'était rendu coupable de faits de viol sur l'un de ses fils adoptifs,
04:04ce qui a donc notamment aussi permis de l'inculper en France.
04:09Il y a donc beaucoup de soulagement ici du côté des autorités de l'Arizona.
04:12Le chef de la police salue, je le cite, la persévérance et l'engagement indéfectif de ses équipes
04:17qui a donc permis cette arrestation 14 ans plus tard.
04:20Merci beaucoup Antoine Ellard depuis Washington.
04:24C'est compliqué de résumer 14 ans de cavale, Thibaut Chevillard,
04:30parce que c'est vrai que l'affaire est complètement rocambolesque, c'est ce qu'on disait,
04:34mais on se demande surtout comment un fugitif recherché par le FBI
04:38a pu vivre un an en France, chez nous notamment.
04:43Parce qu'il vivait sous une fausse identité, ça on l'a appris,
04:47puisque cet homme, Michael Wasman, il a commis une erreur lorsqu'il était en Espagne.
04:52Il a tenté de se procurer une licence de pilote et à cette occasion,
04:56son employeur a googlisé son nom.
04:59Et en fait, il a donné sa véritable identité cette fois-ci.
05:02Et son employeur s'est rendu compte...
05:04C'est grâce à cet employeur en Espagne.
05:07Exactement, c'est grâce à cette erreur que tout fugitif commet un jour ou l'autre, d'ailleurs,
05:12que finalement il a été identifié et retrouvé.
05:15On s'est rendu compte à cette occasion, les policiers américains se sont rendus compte
05:19qu'il avait changé d'identité, qu'il se faisait appeler par un autre nom, Robert Daniloski.
05:27On s'est rendu compte qu'il s'était procuré un passeport polonais
05:33et puis qu'il avait voyagé, notamment au Vietnam, qu'il avait adopté deux enfants
05:37et qu'il était parti donc habiter en France, de côté des Pyrénées,
05:42à quelques kilomètres de Strasbourg, 15 kilomètres au nord de Strasbourg, dans un petit village.
05:46Donc il était caché, il se pensait caché, en tout cas en Alsace.
05:51Et malheureusement, cette erreur a mis les enquêteurs américains
05:54qui n'ont pas lâché l'affaire sur sa piste.
05:58Il se trouve donc assez rapidement, en septembre,
06:01les Américains ont délivré un mandat d'arrêt,
06:04ils ont contacté les autorités françaises.
06:08Il se trouve que le FBI a un bureau à Paris
06:11qui a plutôt des bonnes relations avec les enquêteurs de la police judiciaire française.
06:15Donc le travail finalement se fait assez facilement.
06:18Les policiers se sont rendus à son domicile en Alsace pour l'interpeller.
06:23Et à cette occasion, ils ont également fouillé ses e-mails
06:26et c'est là qu'ils ont découvert des vidéos laissant penser
06:29qu'il a pu abuser sexuellement de son fils adoptif.
06:34De son fils qu'il avait adopté au Vietnam avant de s'installer en France.
06:38Exactement.
06:38Et c'est ce qui fait qu'il est également mis en examen en France
06:42pour cette agression sexuelle et puis pour détention d'images pédopornographiques.
06:46Vincent Delamorandière, que risque-t-il ?
06:50Alors là, il y a beaucoup d'infractions en fait qui ont été commises.
06:53Déjà, le fait de s'évader, c'est une infraction.
06:57C'est-à-dire, vous ne répondez pas à une obligation.
06:59Vous êtes en libération conditionnelle.
07:01Vous êtes ce qu'on appelle en post-sententiel.
07:04C'est-à-dire, après le procès, vous avez effectué, par exemple,
07:07la moitié de votre peine ou les deux tiers de votre peine.
07:10Vous arrêtez de répondre aux convocations de la justice.
07:13Dans le système judiciaire français, c'est une infraction spéciale
07:16qui est, je crois, punie de cinq ans d'emprisonnement.
07:18Donc là, vous avez déjà un premier élément.
07:21Et on voit que le fait d'être en cavale, c'est un risque pénal supplémentaire.
07:27Une petite parenthèse sur ce point-là qui me semble importante.
07:30Ce n'est pas forcément simple d'être en cavale psychologiquement.
07:33Moi, j'ai des clients qui se sont retrouvés en cavale pendant quelques années,
07:37qui ont été libérés, par exemple, à la suite d'une unité de procédure,
07:40qui ont fui la France, qui reviennent finalement
07:43et qui se dénoncent eux-mêmes au commissariat.
07:46Parce qu'en fait, l'état de cavale est vraiment lourd psychologiquement.
07:50C'est très dur financièrement.
07:52Là, on voit que la personne en question, c'est l'inverse.
07:54Là, ça faisait quand même 13 ans qu'il était en cavale.
07:57Exactement.
07:57C'est énorme.
07:58C'est l'inverse.
07:59C'est quelqu'un qui vivait très bien, manifestement, psychologiquement avec ça,
08:02avec une fausse identité, qui avait une véritable duplicité de vie.
08:06Donc, en fait, on est vraiment dans un élément très significatif sur ce point-là.
08:11Après, il y a des infractions qui sont extrêmement graves.
08:14C'est-à-dire que, par une captation de données informatiques
08:18qui a été réalisée depuis les États-Unis, manifestement,
08:22puisque c'est ça qui a été énoncé par votre invité spécial,
08:28on s'aperçoit qu'il a commis un viol sur mineurs de 15 ans
08:31sur lequel il avait en fait une autorité.
08:34Donc, vous me demandiez quel est le risque pénal.
08:36Ça, c'est un risque pénal à hauteur de 20 ans de réclusion criminelle encourue.
08:41Donc, en fait, il est sur un risque pénal majeur.
08:45Il y a beaucoup d'informations dans cette affaire, bien évidemment.
08:48Mais, Axel Ronde, il y a une question qui nous vient quand même
08:52quand on voit cette affaire.
08:54Pourquoi est-ce que, d'après vous, il a décidé de fuir en France ?
08:58C'est plus facile de se cacher en France ?
09:01Pardon, peut-être que ma question est très compliquée.
09:03Je le vois à votre visage, mais en gros, qu'est-ce qui lui a permis
09:07de passer sous les radars pendant autant de temps ?
09:09Alors, peut-être déjà qu'il parlait français à la base, peut-être.
09:12Je ne sais pas.
09:13Peut-être que c'est quelqu'un qui a appris la langue aux États-Unis française
09:18où il a eu des facilités en France parce qu'il a peut-être de la famille.
09:24Je sais qu'il vient des pays de l'Est.
09:26Donc, pourquoi il est passé sous les radars ?
09:28Tout simplement parce que c'est un individu qui n'était pas recherché
09:31par les autorités françaises, était recherché par les autorités américaines
09:34qui, eux, ont émis différents mandats au niveau de l'international.
09:41Bien évidemment, dès qu'ils nous ont communiqué des éléments
09:44qui laissaient à penser que cet individu était sur le territoire national,
09:49tout de suite, il y a un travail d'enquête qui est fait en coopération
09:54avec les autorités américaines.
09:56Il y a vraiment une très, très grande coopération entre la justice américaine
10:01et la justice française, avec la police américaine et la police française.
10:05Il n'y a aucun problème entre nous.
10:07Nous avons une très bonne collaboration.
10:09Et la preuve, c'est que ce dossier a été, si vous voulez,
10:14rapidement traité par les autorités françaises.
10:17Et cet individu est actuellement en détention provisoire, dort en prison,
10:21sera certainement condamné, on verra, par rapport à des éléments en France,
10:27puisqu'il y aurait eu viol sur...
10:29Donc il sera condamné en France ?
10:31Il sera d'abord condamné en France et après, une fois qu'il aura effectué sa peine
10:35ou à mi-peine, je ne sais pas exactement quels sont les protocoles
10:39que nous avons les traités avec les États-Unis.
10:41Je sais que c'est un traité de 1996 pour les extraditions,
10:45mais il pourrait à mi-peine être extradé aux États-Unis
10:48s'il ne s'y oppose pas.
10:50Donc il y aura tout un travail après à mettre en place.
10:54Mais en tous les cas, il fera très probablement une peine en France
10:57parce qu'il a commis des infractions en France.
10:59Oui, je voudrais juste rebondir sur le fait qu'il ne parlait pas français.
11:04On me dit qu'il parlait anglais à ce moment-là.
11:07Mais on sait qu'il a été difficile à identifier
11:09parce qu'il avait justement une fausse identité.
11:12C'est facile de se faire une fausse pièce d'identité ?
11:15Là, en l'occurrence, elle était polonaise.
11:16Malheureusement, oui, on en voit de plus en plus
11:19des faux papiers, des faux permis de conduire,
11:21des fausses cartes de séjour, des fausses cartes d'identité.
11:24Oui, c'est un problème malgré qu'on met en place
11:28des pièces d'identité sécurisées de plus en plus
11:32puisque le ministère de l'Intérieur a mis beaucoup de choses en place
11:37pour anti-falsification de ces pièces d'identité.
11:41Mais à priori, cette personne avait fait des faux papiers dans un pays européen.
11:46Et vous savez que vous avez le droit, après, de vous établir sur tout le territoire en Europe
11:52et avoir une carte de séjour européenne.
11:57Il faudra savoir comment il a pu avoir ces papiers.
11:59Apparemment, il aurait pris le nom de sa grand-mère,
12:01d'après les informations qui ont été communiquées.
12:05voir comment il a pu berner les autorités sur place
12:09ou est-ce que c'est vraiment des faux papiers
12:10qu'il a fait faire par une filière de mafia.
12:15Oui, Vincent de Lamorandière, vous nous disiez
12:17que vous aviez défendu des clients qui étaient des fugitifs aussi
12:21et qui s'étaient échappés.
12:23Est-ce qu'eux avaient choisi de vivre sous une fausse identité pendant leur cavale ?
12:28Pas forcément. Ils ne m'ont pas donné les détails.
12:30D'ailleurs, je n'avais pas vraiment à les connaître
12:32et je ne préfère pas toujours tout savoir, c'est sûr.
12:36Mais surtout, ce que j'avais vu, c'est que c'est des gens
12:38qui, au bout de deux ans, ne tenaient plus.
12:41Et en fait, sont venus avec leur valise à mon cabinet
12:45en disant « qu'est-ce que je fais maintenant ?
12:46Je veux être jugé, je veux que ça s'arrête
12:48et que simplement être jugé. »
12:50Donc vous étiez face à des gens qui n'en pouvaient plus ?
12:52Exactement. Et en fait, vous allez au commissariat d'à côté,
12:55vous dites qu'il y a un mandat d'arrêt à votre rencontre
12:57et puis ça va rentrer, le procès de la mécanique judiciaire va se remettre en place.
13:04Ce qui est étonnant dans ce dossier-là, c'est qu'il y a les fichiers européens,
13:07les fichiers américains, ce n'est pas forcément les mêmes.
13:10Mais là, il a été interpellé une première fois en Espagne.
13:13Et en fait, dans l'espace Schengen, pour le coup,
13:16il y a le système d'information Schengen
13:19avec une communication de toutes les données,
13:22notamment les empreintes digitales
13:24qui permettent de passer outre une fausse identité déclarée.
13:31Et s'il avait fait l'objet d'un contrôle en France,
13:33avec un placement en garde à vue
13:35ou alors juste une vérification de ces empreintes digitales,
13:39alors on serait aperçu forcément de la fausse identité utilisée.
13:46C'est à ce moment-là qu'on aurait vu que ça ne collait pas ?
13:48Bien sûr. Vous savez, on arrête souvent des personnes
13:51qui ont commis, par exemple, une conduite en état d'alcoolémie.
13:56On les interpelle, on les fait passer justement aux fichiers
14:00avec les empreintes ou avec l'ADN.
14:04Et on se retrouve avec des individus
14:06qui, on constate, qui se sont recherchés dans d'autres pays
14:09ou même en France et qu'ils utilisent des faux papiers.
14:11C'est souvent lors des contrôles de police
14:13que nous arrivons à interpeller ces personnes.
14:16C'est pour ça que c'est très, très important
14:18qu'on continue tous ces contrôles de police
14:20parce qu'on le sait très bien que derrière, souvent,
14:23même sur des refus d'obtempérer,
14:25on se retrouve avec des individus qui sont recherchés
14:27et qui savent ce qu'ils sont recherchés.
14:30Oui, je voudrais revenir sur la dimension psychologique aussi.
14:33C'est vrai que c'est ce que M. Delamandière nous disait.
14:37Il faut être, il faut, comment dire,
14:39le vouloir quand on s'échappe pendant 13 ans.
14:44Vous le disiez, c'est facile de se faire une fausse carte d'identité.
14:47Facile, oui et non.
14:48C'est ce que vous disiez.
14:50Oui, quand on est dans la criminalité.
14:51Quand on est dans la criminalité, c'est plutôt simple.
14:55Mais ça veut dire que derrière, il faut pouvoir se loger.
14:59Ça veut dire qu'il faut pouvoir mener une autre vie.
15:03Comment ça se passe ?
15:04Comment est-ce qu'on fait pour louer un logement, par exemple ?
15:07Il faut déjà avoir énormément d'argent.
15:09Ça, c'est certain.
15:09Quand vous êtes en cavale, en général, vous avez beaucoup de ressources financières.
15:14Il faut avoir aussi des appuis logistiques.
15:16En général, c'est les grands bonditismes qui arrivent à tenir sur des cavales aussi longues.
15:22Donc, il faut avoir ce profil de cet individu.
15:23S'il faisait partie d'une structure ou d'un organisme, il faudra voir.
15:28Parce que tout est possible.
15:30En tous les cas, c'est quelque chose où il faut énormément de moyens.
15:34Donc, au niveau de savoir trouver des faux papiers, parce qu'on n'en trouve pas quand même au coin de la rue.
15:40Même, il faut bien connaître des personnes et avoir de l'argent.
15:43Pouvoir, après, une fois que vous avez des faux papiers, venir en France, s'installer, trouver un travail et s'insérer dans la société.
15:55Ce n'est pas simple.
15:56Mais j'imagine que cette personne devait quand même avoir sûrement un réseau derrière lui.
16:01Thibaut Chauvillard ?
16:02Il y a un précédent qui date de 2023.
16:06La police française avait arrêté un membre de la mafia italienne.
16:10C'était à Saint-Etienne.
16:11Et cet homme, qui s'appelle Eduardo Go Greco, qui a 63 ans, il était en cavale depuis 16 ans.
16:19Et en fait, il avait été condamné à perpétuité pour un double meurtre.
16:23Et il s'était retrouvé à Saint-Etienne, où il vivait sous une fausse identité.
16:27Et il travaillait, en fait, dans une pizzeria.
16:29Ah oui, c'était le faux pizzaiolo dont on avait parlé.
16:31Le faux pizzaiolo, exactement.
16:33Donc, effectivement, lui, c'est quelqu'un qui appartenait à la mafia, à la mafia calabrese.
16:38Donc, on peut imaginer, effectivement, qu'il a une expérience, des réflexes de grand bandit.
16:44Ce qui n'est pas forcément, effectivement, le cas de personnes qui sont condamnées dans des affaires de droit commun, comme Michael Weissman.
16:50Oui, Vincent Delamore-Rendière.
16:52Oui, mais comme vous l'expliquez à l'instant, quelqu'un qui vraiment est très respectueux du code de la route,
16:59qui ne va pas commettre une infraction routière, quelqu'un qui va travailler, qui va payer son loyer,
17:04qui va travailler même sous une fausse identité européenne, donc il a le droit de travailler aussi avec des papiers d'identité,
17:10il n'y a pas de raison qu'il se fasse contrôler.
17:12Et donc, en fait, effectivement, on comprend assez bien qu'en France, quelqu'un qui est très inséré socialement en apparence puisse rester longtemps dans ces conditions-là.
17:23Et je pense aussi qu'il y a une logique, vraiment, ça a l'air d'être un prédateur sexuel, on va dire, c'est un pédocriminel,
17:30il y a de la pédopornographie, il y a des histoires de viol sur un enfant qu'il a adopté.
17:33Il y a vraiment quelque chose d'un profil, si c'était avéré, extrêmement inquiétant psychologiquement.
17:39Et on voit qu'il y a une véritable duplicité.
17:42Et on sait que chez certains auteurs d'infractions sexuelles, il y a vraiment un clivage où la personne va aborder des apparences extrêmement lisses,
17:53extrêmement insérées socialement, et puis elle va avoir une vie obscure, nocturne, beaucoup plus inquiétante et infractionnelle.
18:00Thibaut Chevillard, je voudrais juste revenir avec vous sur la façon dont il a été arrêté.
18:05Et en fait, ce sont des mails qui ont permis aux enquêteurs de remonter jusqu'à lui.
18:11Ou en tout cas, de trouver...
18:13Ce sont ces mails qui ont permis, effectivement...
18:14Qui l'ont trahi.
18:15Qui ont trahi, en tout cas, qui ont permis de déterminer qu'il avait également, probablement, agressé sexuellement son fils adoptif.
18:24Mais sa piste, on l'a retrouvée, en tout cas les policiers américains l'ont retrouvée grâce à cette erreur qu'il a commise en Espagne,
18:33alors qu'il était caché sous une fausse identité.
18:35Et c'est ça qui est intéressant, c'est que les policiers...
18:38Alors en France, il y a une brigade spéciale qui recherche les fugitifs, les gens qui s'évadent de prison ou qui sont recherchés par un mandat d'arrêt.
18:44Ce sont les policiers de la BNRF, la Brigade Nationale de Recherche des Fugitifs, qui dépend de la Direction Générale de la Police Judiciaire.
18:51Et ces policiers, en fait, au début, quand quelqu'un est recherché, ils vont mettre tout de suite des gros moyens.
18:56C'est-à-dire qu'ils vont mettre sa famille, ses proches sur écoute.
19:00Ils vont regarder les flux bancaires, mettre tout un tas de personnes, regarder la téléphonie, etc.
19:07Et puis, au bout d'un moment, forcément, la pression policière, avec le temps qui passe, elle se relâche un petit peu.
19:13Mais par contre, ils sont toujours persuadés qu'un jour ou l'autre, le fugitif, il va commettre une erreur.
19:18Et là, d'ailleurs, c'est ce qui s'est passé, puisqu'il s'est trahi à un moment en donnant sa véritable identité.
19:23Il y a toujours un moment où le fugitif, il tente de reprendre contact avec un proche, une ex-petite amie, un parent, quelque chose comme ça.
19:33Il y a toujours un moment où il refait surface parce qu'il va avoir besoin d'argent, il va avoir besoin de vivre.
19:40Donc, c'est à peu près à ce moment-là, finalement, que les policiers retrouvent leurs traces grâce, justement, à ces erreurs qui sont commises à un moment ou à un autre.
19:49Je voudrais faire réagir Pierre Penalba.
19:51Bonsoir.
19:52Vous êtes commandant de police honoraire, ancien chef du groupe de lutte cybercriminalité APJ de Nice, consultant et enseignant en cybersécurité.
20:00On se demande comment est-ce qu'on accède légalement à la messagerie d'un suspect aux États-Unis ?
20:05Aux États-Unis, vous avez plusieurs lois qui permettent aux forces de police directement d'accéder aux messageries et de récupérer les fichiers.
20:14En plus, d'après les informations que j'ai pu glaner, il semblerait qu'il s'agissait des messageries hébergées aux États-Unis.
20:21Donc, ils ont pu directement récupérer sur les serveurs les fichiers qu'il avait partagés.
20:26Moi, ce que je trouve extrêmement inquiétant, c'est qu'il ait envoyé des mails avec des fichiers de vidéos où il était en activité, en train de violer probablement, d'après ce qu'il ait dit, un de ses enfants adoptifs.
20:40Donc, vous avez une volonté de la part de cet individu de montrer ce qu'il est en train de faire.
20:46Il n'envoie pas des mails à lui-même, il envoie des mails à quelqu'un, peut-être à un groupe, peut-être à un ami, peut-être à un de ses complices.
20:57Donc, l'enquête est loin d'être terminée, à mon avis, parce qu'il va falloir déjà voir dans quel contexte ont été fait les vidéos,
21:05si ça a été fait à son domicile, si ça a été fait ailleurs et à quelle date exactement et quel est l'enfant ?
21:10Est-ce que c'est vraiment un de ses enfants adoptifs ? Donc, vous avez plein d'éléments qui vont devoir être utilisés et grattés par les enquêteurs.
21:20En particulier, ça va être toutes les données qui vont être comprises, qui vont être incluses dans la caméra, enfin dans le film vidéo.
21:26Vous avez ce qu'on appelle des métadonnées qui peuvent être exploitées pour déterminer quel est l'appareil qui a servi, à quel moment.
21:33C'est une technique que toutes les polices du monde utilisent actuellement.
21:35Est-ce qu'il y a beaucoup d'affaires de pédocriminalité qui sont aujourd'hui résolues, notamment grâce à ces mails ou grâce à la trace numérique ?
21:46Oui, énormément d'affaires ont un support numérique.
21:52En France, par exemple, on a à peu près eu, cette année, dans le premier semestre 2025,
21:58vous avez eu presque 16 000 signalements d'atteintes aux mineurs, dont une grande partie était sur le net.
22:04Donc, sur les six premiers mois de l'année, c'est énorme.
22:08Et vous pensez que la plupart de ces infractions, elles sont enregistrées, elles sont diffusées,
22:15parce que les bédocriminelles, ils n'ont aucune envie, c'est de pouvoir se repasser la scène,
22:20la partager avec des gens qui ont leur même perversion.
22:25Et du coup, ils vont avoir besoin de fixer, avant c'était des photos,
22:29maintenant où vous avez des images, vous avez des vidéos, vous avez du streaming,
22:33vous avez énormément de choses qui sont faites sur ces réseaux.
22:36Et il y a une explosion absolue de ces infractions au niveau cyberespace.
22:42Je vous vois à qui c'est, Vincent Delamourandière.
22:45Oui, en fait, on est vraiment face à une transition de la preuve pénale.
22:49On s'aperçoit maintenant que la preuve pénale, elle est à 95% numérique.
22:52Et donc, en fait, on est dans une redistribution des cartes en matière d'investigation.
23:00Et là, on s'aperçoit que c'est un comportement numérique qui donne au service d'enquête
23:07une possibilité extrêmement forte, extrêmement rapide d'interpellation et d'identification d'un auteur.
23:14Pour être très clair, par exemple, les fichiers pédopornographiques,
23:17c'est des fichiers qui ont presque tous une plaque d'immatriculation.
23:20Et en fait, vous avez un numéro d'immatriculation.
23:23Et tous les grands opérateurs scannent en permanence l'activité web
23:28pour repérer si ces fichiers passent ou pas, si ça apparaît dans un drive.
23:33Et en fait, là, on s'aperçoit que c'est comme ça qu'il a été arrêté.
23:37C'est vraiment significatif de la nouvelle preuve pénale numérique.
23:41Il faut faire attention parce que les deux criminels ont une activité particulière.
23:49Il y a des formations sur leur réseau qui leur renseignent comment échapper à la surveillance policière
23:56et comment héberger leurs fichiers de façon très discrète.
23:59Il ne faut pas penser que les pédocriminels sont des êtres qui vont se comporter comme vous et moi.
24:06Ils savent qu'ils peuvent être emprisonnés.
24:08Ils savent que leurs activités sont illégales.
24:10Donc, une des premières choses qu'ils utilisent quand ils se connectent,
24:13quand ils transmettent des fichiers, c'est des VPN, des moyens pour s'anonymiser.
24:17Ils utilisent des hébergements à l'extérieur du pays où ils sont et si possible de façon anonyme.
24:24Donc, la preuve numérique est une très bonne chose quand on est devant un tribunal,
24:28mais il faut la récupérer.
24:29Et les services d'enquête de police, ils sont obligés en permanence,
24:33police, gendarmerie évidemment,
24:34ils sont obligés en permanence de faire des recherches, des analyses,
24:38d'arriver à prouver que, par exemple, vous trouvez une vidéo,
24:41vous arrivez à identifier la vidéo,
24:42il va falloir prouver à quel endroit elle a été tournée,
24:44par qui elle a été diffusée.
24:46Parce qu'il y a peu de personnes,
24:48là, dans le cas présent, apparemment, c'était assez simple,
24:51mais il y a peu de personnes qui transmettent directement une vidéo par mail,
24:55voire sur Facebook, sur n'importe quelle plateforme, directement.
25:00La plupart d'entre eux, ils prennent des précautions
25:03et ils se méfient en utilisant des VPN,
25:05en utilisant des fausses identités, en se cachant.
25:07Et s'il a vécu pendant presque 15 ans,
25:11tout en étant auteur d'infractions pédocriminelles,
25:15je pense qu'il a dû être assez prudent pendant ces 15 ans.
25:18Mais là, il a commis une erreur qui a fait que,
25:21heureusement, que quelqu'un a pu identifier cette personne
25:24au moment des vérifications.
25:26Mais cette vérification n'aurait pas eu lieu,
25:28malheureusement, ce pédocrimien, il serait toujours en activité.
25:31Et ce que je tenais à souligner, c'est que,
25:33pour les gens qui l'entouraient dans la ville
25:35où ils vivaient avec ses enfants, adoptifs,
25:38c'était une personne extrêmement respectable.
25:41C'était quelqu'un qui avait une allure absolument normale.
25:44Il ne faut pas croire qu'un pédocrimiel,
25:45vous le reconnaissez au premier coup d'œil.
25:48C'est vraiment super important de penser
25:49que ça peut être n'importe qui.
25:52– C'est assez glaçant d'entendre ça, d'ailleurs.
25:54– Oui, c'est malheureusement, monsieur ou madame tout le monde,
25:57parce qu'il y a aussi des femmes qui sont impliquées,
26:00bon, il y en a très peu.
26:01En tout cas, je voulais revenir sur le fait
26:02que la législation en 2021 a été renforcée,
26:05puisque maintenant, tout acte sexuel avec un mineur de moins de 15 ans
26:10est considéré comme un viol.
26:12Donc ça, il faut bien le comprendre.
26:15C'est grâce à cette loi de 2021
26:17qui a permis de renforcer l'arsenal judiciaire.
26:20Et aussi, les fonctionnaires de police ont énormément de moyens
26:25qui ont été mis à leur disposition.
26:27Mais il faut falloir renforcer les cyberpatrouilles sur le net
26:30parce qu'on voit qu'il y a beaucoup d'activités criminelles dedans,
26:34que ce soit du trafic d'êtres humains,
26:37que ce soit des enfants ou de la prostitution, drogue, armes.
26:41Donc ici, il faut renforcer ces moyens de surveillance du net,
26:46tout simplement, parce qu'on voit beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses, malheureusement.
26:51Oui.
26:52Sur ce point-là, d'ailleurs, il y a eu une grande avancée
26:54qui a été faite par l'action de Johanna Brousse,
26:57qui est la vice-procureure de Paris,
27:00en fait, qui a mis en garde à vue,
27:03placé en garde à vue, en fait, un peu seul contre toute,
27:06le patron de Telegram.
27:09Et en fait, à partir de ce moment-là,
27:10Telegram a commencé à collaborer
27:13avec tous les services judiciaires européens,
27:15ce qui n'était pas le cas avant.
27:17Et ça a vraiment changé un petit peu la donne
27:18pour ces tracks Internet.
27:20Allez, merci d'avoir été avec nous
27:22pour évoquer cette affaire incroyable,
27:25mais glaçante aussi, on le rappelle.
27:27Merci.
27:28Merci.
27:29Merci.
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