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00:00Le carrefour de l'info sur Arabel.
00:06Voilà, je vous le disais il y a quelques instants dans les titres, on parle solidarité internationale.
00:10Aujourd'hui, après une première coupe d'un quart l'an dernier, de nouvelles réductions budgétaires sont envisagées par la future coalition fédérale.
00:17Le SNC-D1111-11 tire d'ailleurs la sonnette d'alarme des choix politiques qui mettent en péril des millions de vies dans les pays les plus vulnérables.
00:25Et avec nous en studio pour nous en parler aujourd'hui, Antoinette Vanhaute, chercheuse au SNC-D pour comprendre ce qui se joue réellement.
00:32Bonjour.
00:33Bonjour.
00:33Merci d'être avec nous sur Arabel.
00:35Pour commencer tout d'abord, pour rappeler à nos auditrices et à nos auditeurs, qu'est-ce que le SNC-D1111 et quelle est, disons quelque part, votre mission principale ?
00:45Oui, le SNC-D1111, c'est le Centre National de Coopération et Développement.
00:49Et c'est une coupole d'environ 70 ONG et plein de volontaires qui travaillent tous les jours dans le secteur de la solidarité internationale.
00:57Et donc fondamentalement, on a trois missions.
01:00La première, c'est on se coordonne pour parler d'une seule voix vis-à-vis des responsables politiques.
01:05La deuxième, c'est on parle au grand public d'enjeux liés à la solidarité internationale.
01:10Et la troisième, c'est aussi évidemment l'opération 111111, qui est cette grande récolte de fonds au niveau belge qui se fait chaque année au mois de novembre, depuis les années 60.
01:21Et dont l'objectif, c'est évidemment de récolter des fonds qui financent des acteurs de changement dans les pays du Sud.
01:27Alors, vous êtes chargée justement de recherche sur le financement du développement.
01:31Concrètement, je dirais que recouvre ce domaine et pourquoi c'est aussi crucial aujourd'hui ?
01:36Alors, mon travail, c'est d'analyser les flux de la coopération au développement, que ce soit au niveau belge, européen ou international.
01:44Et c'est très important de le faire, parce qu'en fait, ce qui est génial, c'est qu'il y a des succès énormes, gigantesques,
01:52qui ont été atteints, réalisés grâce à cette coopération internationale.
01:57Donc, on cite par exemple la chute de la mortalité infantile de 60% en à peine 25 ans.
02:04Donc, ça veut dire qu'aujourd'hui, il y a beaucoup moins d'enfants de moins de 5 ans qui meurent, tout simplement.
02:10La coopération internationale, elle a permis d'éradiquer complètement des maladies, comme la variole, par exemple.
02:16Et elle a aussi réduit de moitié le taux d'enfants non scolarisés dans le monde.
02:22Alors, on va parler à présent des coupes budgétaires annoncées.
02:26On parle aujourd'hui d'une nouvelle coupe.
02:28Alors, que prévoit, disons, plus exactement Bardo Weaver, selon les informations relayées notamment par De Morgane ?
02:35Dernièrement, concrètement, de quoi s'agit-il ?
02:37Alors, en fait, il y a eu plusieurs articles, plusieurs parfois informations différentes.
02:42Mais ce qui est sûr, c'est que très récemment, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération au développement,
02:48M. Maxime Prévost, a très clairement dit qu'il était hors de question de couper encore dans la solidarité internationale,
02:55vu que, comme vous l'avez dit, ce sont déjà des financements minimes qui ont déjà été rabotés d'un quart,
03:02ou en tout cas, ce serait le souhait exprimé par l'Arizona.
03:06Et l'article du Morgane envisageait, selon Bardo Weaver, de nouvelles coupes.
03:11Alors, évidemment, les organisations de la société civile, comme le CNCD 1111 et beaucoup d'autres,
03:17nous, on dit évidemment qu'il est hors de question de couper encore davantage dans ces financements minimes,
03:22et qu'en plus, il faut financer bien davantage cette coopération,
03:27parce qu'on vit dans un monde tellement interdépendant aujourd'hui,
03:30avec des crises, des conflits qui se multiplient,
03:33que c'est plus que jamais important aujourd'hui d'investir dans cette solidarité internationale.
03:39Et justement, si cette deuxième coupe est confirmée,
03:42à quoi et à quelle sauce on sera mangé, finalement ?
03:45– Je pense que, dans les faits, il n'y a pas de mystère.
03:50Ça veut dire qu'il y a des programmes très concrets de coopération
03:53qui vont tout simplement être coupés.
03:55Et cette année, on a vu l'exemple des États-Unis.
03:58Donc, l'administration Trump a décidé de sabrer,
04:03c'était un grand symbole, je pense, pour le président Trump,
04:08de complètement sabrer dans la coopération américaine.
04:11Qu'est-ce que ça veut dire ?
04:13Il y a une étude de l'ANCEED qui a estimé
04:15que ce sont 14 millions de personnes qui vont mourir suite à ces coupes,
04:20dont presque 5 millions d'enfants de moins de 5 ans.
04:23Donc, oui, c'est ça, en fait.
04:25Quand on coupe dans la coopération au développement,
04:27ça veut dire qu'il y a des morts qui auraient pu être évitées.
04:31Et donc, au niveau belge, alors évidemment,
04:33la coopération belge n'a pas l'ampleur de la coopération américaine,
04:37ce n'est pas les mêmes niveaux de financement.
04:40Mais le fond du problème, il est quand même exactement le même.
04:43Quand on coupe, des programmes efficaces sont arrêtés du jour au lendemain.
04:47Tout le travail en amont est gâché.
04:50Et oui, il y a des vies des enfants, des femmes, des hommes qui meurent
04:54alors que ces morts auraient pu être évitées.
04:56Et c'est pour ça qu'on demande à l'Arizona
04:57de revenir vraiment sur cette décision de couper 25%.
05:01Alors, vous dites que la Belgique consacre déjà que 0,48%
05:05de son revenu national brut.
05:07Est-ce qu'on peut dire que la Belgique est en tout cas bien loin
05:09de ses engagements internationaux ?
05:11Oui, l'engagement international, c'est 0,7% du revenu national brut.
05:16Alors, c'est un engagement que les pays des Nations Unies
05:18avaient adopté en 1970.
05:21J'aime quand même le rappeler parce qu'à l'époque,
05:22ils avaient dit qu'ils atteindraient cet engagement en 1975
05:26et en 1980 au plus tard.
05:29Donc, en fait, on est vraiment très loin du compte
05:31vu que la moyenne internationale, c'est environ la moitié de cet engagement.
05:36Donc, on est à à peu près 0,33% par rapport au 0,7%.
05:43Et donc, la Belgique ne fait évidemment pas exception.
05:48Elle, comme vous l'avez dit, elle se situe à moins de 0,5%
05:52du revenu national brut pour la coopération.
05:54Et en plus, elle s'en éloigne.
05:56Alors, le CNCD rappelle que chaque euro investi
05:59dans la prévention des conflits en évite 16 en reconstruction.
06:03En quoi cela montre-t-il que la coopération
06:05est un investissement, pas une dépense ?
06:07En fait, pourquoi aujourd'hui, c'est une erreur stratégique de l'horizon ?
06:11Alors, on aime dire que la coopération,
06:13ça n'est absolument pas de la charité.
06:16C'est de la solidarité d'abord.
06:18Mais c'est aussi un investissement
06:19dans notre avenir à tous et toutes.
06:21Pourquoi ? Parce que oui,
06:23prévenir un conflit, ça coûte 16 fois moins cher
06:25que de devoir financer la reconstruction post-conflit.
06:28Prévenir une maladie transmissible, par exemple,
06:31il y a l'université de Duke et de Princeton.
06:35Ces deux universités ont estimé que prévenir une pandémie,
06:38ça coûte 500 fois moins cher
06:40que de devoir la gérer a posteriori.
06:42C'est la même chose avec le climat.
06:44Plus on attend, plus ça va coûter cher à la collectivité.
06:48Et donc, la coopération,
06:49ce n'est pas seulement le choix de la solidarité,
06:51c'est réellement le choix le plus efficace,
06:54le plus intelligent pour tout le monde.
06:57Et couper, du coup,
06:58coûtera non seulement beaucoup plus cher,
07:01mais c'est dans l'intérêt d'absolument personne.
07:03Alors, Antoinette Vanotte,
07:04on entend souvent que la solidarité internationale,
07:07c'est pour plus tard,
07:08quand on aura réglé tous nos problèmes.
07:09Qu'est-ce que vous répondez à cet argument ?
07:11Je réponds que nos problèmes, ici,
07:14ils viennent de l'international.
07:17La guerre en Ukraine,
07:19elle a augmenté nos factures d'énergie.
07:21Un virus survenu de l'autre côté de la planète
07:23nous a confinés pendant près de deux ans.
07:26Et puis, ne parlons pas des émissions de gaz à effet de serre
07:29qui n'arrangent rien au dérèglement climatique
07:32et qui créent des inondations aussi chez nous.
07:35Et donc, c'est ça,
07:36on vit dans un monde complètement interdépendant.
07:39Et c'est justement dans des moments comme aujourd'hui,
07:43quand il y a des crises, des conflits qui se multiplient,
07:45qu'il faut refinancer bien davantage
07:47la coopération internationale.
07:49Alors, paradoxe ou pas,
07:50on prévoit d'augmenter parallèlement,
07:52massivement, les dépenses militaires.
07:54Quel message cela envoie,
07:56en tout cas selon vous ?
07:58Alors, moi, je ne veux pas nier que, oui,
08:00des drones en Europe,
08:01ça peut faire peur, légitimement.
08:04Mais je pense qu'il faut rappeler quelques chiffres.
08:07Le budget de défense de la Russie,
08:09c'est 10% environ du budget de l'OTAN,
08:12aujourd'hui déjà.
08:13Et le budget de défense de la Belgique
08:16a déjà doublé entre 2017 et 2024.
08:20Il est passé de 4 à 8 milliards environ.
08:22Aujourd'hui, l'Arizona veut passer
08:23de 8 à 12 milliards en une seule année.
08:25Alors, je ne dis pas que la défense,
08:27ce n'est pas important.
08:28C'est essentiel.
08:30Mais ça n'est pas suffisant
08:31parce que la défense,
08:32dans le meilleur des cas,
08:33elle ne prépare que la dissuasion militaire.
08:36La paix, sur le long terme,
08:39elle se construit avec la coopération internationale.
08:42Pourquoi ?
08:43Parce que la pauvreté,
08:44c'est une des causes majeures
08:45de l'insécurité dans le monde.
08:46Et c'est quand on investit
08:48dans la santé, dans l'éducation,
08:49dans la lutte contre les inégalités,
08:51contre le dérèglement climatique,
08:53qu'on va réellement investir
08:54dans la paix plutôt que dans la guerre.
08:57Alors, il y a une comparaison.
08:58Moins de 5% des dépenses militaires mondiales
09:00suffiraient à éradiquer la faim
09:02ou encore le sida.
09:03C'est important de rappeler justement
09:05cette comparaison ?
09:06C'est très important
09:07parce que ça montre
09:08que tout est une question
09:09de choix politique.
09:11Donc, vous l'avez dit,
09:13moins de 5% des dépenses militaires mondiales
09:15suffiraient à éradiquer le sida.
09:17Pour la polio, c'est même moins.
09:18Et puisqu'on parle aujourd'hui
09:22beaucoup de négociations budgétaires,
09:24je pense que c'est aussi important
09:26de rappeler que le gouvernement
09:28veut couper dans la coopération internationale.
09:31Mais ce budget-là,
09:33il représente 13 fois le budget
09:36des énergies fossiles.
09:38Donc, la Belgique, en attendant,
09:40dépense 13 fois plus
09:42pour subsidier les énergies fossiles
09:44en Belgique
09:45que pour la coopération internationale.
09:47Donc, tout ça, c'est des choix politiques.
09:51On aide le secteur maritime et aérien
09:54qui pollue énormément
09:55avec de l'argent public.
09:56Par contre, on finance beaucoup moins
09:57la transition énergétique
09:59dans les pays du Sud.
10:00Alors, le CNCD lance aujourd'hui
10:01un appel à tous les partis
10:02de la coalition Arizona.
10:04Je dirais, quel soutien vous attendez
10:06concrètement
10:07ou vous n'attendez peut-être pas grand-chose ?
10:10Bien sûr.
10:10Non, non.
10:11Je pense qu'on attend évidemment
10:12du gouvernement Arizona
10:13qui ne mette pas en œuvre.
10:15tout d'abord
10:17les coupes envisagées
10:19de 25%,
10:20mais qui est réellement
10:22un plan de refinancement aussi
10:23de la coopération
10:23vers cet objectif international
10:25de 0,7%.
10:26En fait, c'est un minimum
10:29quand on pense par exemple
10:30au plan Marshall.
10:31Le plan Marshall,
10:33c'était 1,3%
10:34du PIB des États-Unis.
10:36Également concerné,
10:36donc, la société civile
10:38chez nous,
10:38les citoyens,
10:39comment peuvent-ils justement agir
10:41face à cette nouvelle
10:42orientation politique,
10:43je dirais ?
10:44Je pense que
10:45les coupes dans la solidarité
10:47internationale
10:47au niveau international,
10:48c'est un symbole,
10:50en fait.
10:51C'est vraiment
10:51devenu une cible
10:53de l'agenda national conservateur
10:54qui prône la loi du plus fort,
10:56le repli sur soi
10:57plutôt que la solidarité.
10:58Et donc,
10:59je pense que toute personne
11:00aujourd'hui en Belgique
11:01qui agit en faveur
11:02de la solidarité
11:03ici comme ailleurs,
11:04elle fait un joli pied de nez
11:06justement
11:06à ce repli sur soi.
11:08Et donc,
11:08soutenir l'opération
11:09Zonzon,
11:09c'est une manière de le faire
11:10mais il y en a plein d'autres.
11:11Et je pense que
11:13le monde pourrait être
11:14un petit peu plus beau,
11:15évidemment,
11:15si on s'y mettait tous.
11:17Alors,
11:18encore une ou deux questions
11:19avant de nous quitter.
11:19Le temps passe relativement vite.
11:21Qu'est-ce qu'il faudrait selon vous
11:22pour remettre la Belgique
11:24sur ses 0,7%
11:26du Revue Nationale Brute
11:27consacré à la coopération internationale ?
11:29Est-ce qu'il y a des pistes,
11:30des réflexions là-dessus ?
11:31Oui, mais comme je l'ai dit,
11:32je pense qu'il faut réellement
11:33de la volonté politique.
11:35L'argent est là,
11:36entre guillemets,
11:36il faut savoir
11:37où aller le chercher.
11:39Et cette volonté politique,
11:40elle pourrait venir
11:41d'une plus grande conscience
11:42de la part de nos responsables politiques
11:44que si on n'investit pas aujourd'hui,
11:46ça nous coûtera
11:46beaucoup plus cher plus tard.
11:49Et à l'inverse,
11:50investir aujourd'hui
11:51permettra évidemment
11:52de contribuer
11:55à l'éradication du sida,
11:57à l'éradication de la polio,
11:59au bien-être
11:59pour toutes et tous
12:00sur cette planète.
12:01Une dernière question
12:02avant de nous quitter.
12:03Si vous avez un message
12:05à faire passer,
12:06justement pour sensibiliser
12:07encore un peu plus
12:08à ces nouvelles réductions budgétaires
12:10qui vont toucher
12:11la solidarité internationale ?
12:13Moi, je crois que je veux
12:14donner un message d'espoir
12:16et terminer par ce que j'ai commencé,
12:18c'est-à-dire rappeler
12:19tous les succès,
12:21toutes les bonnes nouvelles,
12:22toutes les raisons
12:23de se réjouir
12:23qu'on a aujourd'hui
12:24grâce à cette coopération
12:26au développement.
12:29Et donc, voilà,
12:31n'hésitez pas
12:31dans les rues,
12:33dans les magasins
12:33à soutenir l'opération 11-11-11
12:35et à nos politiques,
12:37évidemment,
12:38de refinancer bien davantage
12:39la coopération internationale.
12:41Et c'était donc
12:41la conclusion d'Antoinette Vanot.
12:44Je rappelle que vous êtes
12:44chercheuse au CNCD
12:46pour comprendre
12:47ce qui se joue réellement.
12:48Merci d'avoir été avec nous.
12:49Merci à vous.
12:50On se retrouve dans quelques instants
12:51pour la deuxième partie
12:52du Carrefour de l'Info.
12:53A tout de suite.
12:56Le Carrefour de l'Info
12:57sur Arabel.
12:58Art et littérature,
13:04ce vendredi,
13:04dans votre Carrefour de l'Information,
13:05on reçoit Nora Balil,
13:07poétesse belgo-marocaine,
13:09artiste de la voix et de l'âme.
13:10Bonjour.
13:11Bonjour.
13:12Alors, vous nous présentez
13:13votre nouveau recueil,
13:14Rouge Alchimie,
13:15une œuvre vibrante
13:16entre résilience,
13:18féminité et liberté.
13:19Un moment d'ailleurs d'échange
13:20avec une femme
13:21qui fait de la poésie
13:22un acte de vie.
13:23Nora Balil,
13:23vous êtes, je rappelle,
13:25poétesse,
13:26conteuse,
13:27slameuse,
13:27mais vous n'avez pas
13:28toujours été artiste
13:29à plein temps.
13:30Est-ce que vous pouvez
13:31nous raconter un petit peu
13:32ce tournant dans votre vie ?
13:34Alors moi,
13:34au départ,
13:35j'adorais l'histoire,
13:36donc j'ai décidé
13:37d'être prof d'histoire.
13:39Et comme mes parents
13:40n'avaient pas accès
13:41à toutes ces connaissances
13:42de cours,
13:43de théâtre,
13:44etc.,
13:44et je n'avais pas encore
13:45développé assez en moi,
13:47et bon,
13:49donc du coup,
13:49j'ai commencé
13:50à être prof de sciences humaines
13:52et j'ai fait quand même
13:53ça pendant 18 années
13:54et à côté de ça,
13:56j'avais ma passion
13:56qui était le théâtre
13:57et des arts de la scène,
13:59la déclamation,
14:00les jeux d'acteurs.
14:01Donc je disais,
14:02ma vie était partagée
14:03entre les arts de la parole
14:05et l'enseignement.
14:07Donc j'ai beaucoup aimé
14:09l'enseignement,
14:10mais je ne me trouvais pas
14:12vraiment à ma place.
14:13D'accord.
14:13Justement,
14:14vous venez du monde
14:15de l'enseignement,
14:16vous l'avez dit,
14:16des sciences humaines,
14:17en quoi ce parcours
14:18nourrit aujourd'hui
14:19votre écriture
14:20et votre engagement artistique ?
14:23Je dirais que j'ai appris
14:24tout simplement
14:24à être devant
14:25des élèves,
14:28devant des personnes.
14:29J'étais quelqu'un
14:29de très timide,
14:30inhibé,
14:31et donc il fallait
14:32me sortir de cette coquille
14:34derrière le décor.
14:35Et donc j'ai appris aussi
14:36à avoir les pieds sur terre,
14:39parce que j'avais beaucoup
14:40la tête dans les nuages
14:41et très rêveuse.
14:42J'ai appris aussi
14:43à gérer des situations,
14:45à préparer
14:46des dossiers,
14:48vraiment les choses concrètes
14:49qui font partie
14:50de la réalité
14:51de l'artiste,
14:52beaucoup même.
14:53Oui.
14:53Alors vous avez aussi,
14:54je vois ici,
14:55connu une période
14:55de burn-out,
14:57de maladie.
14:57Est-ce que l'écriture
14:59a été quelque part
15:00une façon de,
15:00je dirais,
15:01de survivre
15:01ou de renaître finalement ?
15:03Oui, je dirais que l'écriture,
15:05la scène m'ont permis
15:07de déposer les émotions,
15:09de déposer tout ce qui n'avait pas été dit
15:12depuis tant d'années.
15:14Et aussi pour moi,
15:14ça a été une façon aussi
15:16de me mettre au monde,
15:17puisque la parole n'était pas
15:19quelque chose de si facile pour moi.
15:21Et donc ça a été pour moi
15:22une renaissance.
15:23Et donc les mots,
15:25pour guérir les mots,
15:26M-A-U-X.
15:27Et on dit souvent cette phrase,
15:29mais elle est vraiment réelle.
15:30Alors vous parlez donc
15:32souvent de la parole
15:33comme d'un art vivant.
15:34Alors qu'est-ce que la scène,
15:36la voix ou le corps
15:37apportent finalement
15:37à tous ces mots
15:38que vous écrivez ?
15:40Disons que ça les rend vivants,
15:41en fait,
15:41ça les fait vibrer,
15:42ça leur donne la forme,
15:44ça leur donne de la matière
15:46dans ce monde.
15:47Et le fait de pouvoir
15:49le partager aussi.
15:50Parce qu'on peut avoir un livre,
15:52oui, on peut écrire un livre,
15:54le partager,
15:55mais le fait de le dire sur scène,
15:57de l'exprimer,
15:58de le jouer,
15:59de le raconter,
15:59ça donne une dimension
16:01supplémentaire
16:02qui voyage vers d'âme en âme.
16:06Alors vous vous définissez
16:07comme une voyageuse
16:08à l'âme sauvage,
16:09une poétesse nomade,
16:11c'est une image assez forte
16:12tout de même,
16:12mais qu'est-ce qu'elle raconte
16:13finalement de vous ?
16:15Ça raconte que je n'ai pas envie
16:16de juste me contenter
16:19d'un seul pays
16:20pour faire voyager ma poésie.
16:22En fait, là,
16:23maintenant ça fait depuis deux ans
16:24que je vais au Maroc
16:25de plus en plus.
16:26j'ai eu l'occasion
16:28de faire aussi
16:28des projets en France
16:30en douceur
16:31et en Belgique
16:32j'essaye de voyager.
16:34En fait,
16:34j'ai besoin
16:34de parcourir le monde,
16:37découvrir des contrées
16:38inexplorées,
16:41voir d'autres cultures
16:42et me confronter
16:43à d'autres horizons artistiques aussi.
16:45Alors,
16:46vous vous positionnez aussi clairement
16:47comme une artiste engagée,
16:49féministe.
16:50Est-ce que, disons,
16:51l'art peut encore aujourd'hui
16:52faire bouger les lignes ?
16:54Oui,
16:55je pense que l'art
16:55n'a pas assez de place.
16:57En tout cas,
16:57on ne lui donne pas
16:58la puissance qu'elle a.
16:59Je dirais même
17:00que la poésie
17:01a une puissance
17:02dont on ne peut imaginer
17:03puisqu'elle parle
17:04à l'inconscient collectif.
17:06Donc,
17:06si vous voulez,
17:07c'est un fil invisible
17:08qui sème des graines
17:09et qui peut peut-être
17:11changer la façon
17:12dont on voit le monde
17:13et aussi la façon
17:14dont on va agir
17:15aussi dans le monde.
17:17Donc,
17:17ce n'est pas juste
17:18des paillettes
17:19lancées dans un nuage rose.
17:21La poésie,
17:21c'est vraiment réel,
17:24c'est concret,
17:24c'est un engagement
17:25et je pense que l'art
17:27est d'une résilience
17:29inimaginable.
17:31D'ailleurs,
17:31en temps de guerre,
17:33à quoi on s'accroche finalement
17:35pour continuer
17:36à faire de l'art ?
17:37Voilà.
17:37Alors,
17:37vous avez évoqué
17:38il y a quelques instants
17:39vos origines belgo-marocaines.
17:40Justement,
17:40comment ces origines
17:42belgo-marocaines
17:43traversent-elles votre poésie ?
17:44Est-ce que c'est quelque part
17:45une source de tension,
17:46de richesse
17:47ou un petit peu
17:48les deux à la fois ?
17:49Alors,
17:50je dirais que pour moi,
17:52c'est mes origines.
17:53Au départ,
17:54je ne voulais pas me définir
17:56comme une artiste
17:56d'origine
17:57de la diaspora étrangère,
18:00de l'immigration
18:01parce que je ne voulais pas
18:02qu'on me cantonne,
18:03qu'on m'enferme.
18:04Et donc,
18:04j'ai commencé à créer
18:05des chansons
18:06de tout horizon
18:08et puis ensuite,
18:10c'est venu à moi
18:10parce que l'origine
18:13de là où vous venez,
18:14vous ne pouvez pas
18:15vous extraire.
18:16Ça vous revient.
18:17Mais je ne m'enferme pas
18:18là-dedans.
18:18Je me laisse
18:19une liberté totale
18:20d'explorer
18:21ce que j'ai envie
18:22dans mon art.
18:23Alors,
18:23on va parler maintenant
18:24de votre dernier recueil,
18:26Rouge alchimie.
18:26Oui.
18:26C'est un titre qui évoque
18:28quelque part la transformation,
18:30la passion,
18:31peut-être la douleur aussi.
18:32Alors,
18:33pourquoi ce titre
18:34Rouge alchimie ?
18:35En fait,
18:36je l'ai écrit
18:36dans un moment
18:37de grande crise
18:38de fibromyalgie
18:38qui est une maladie
18:39auto-immune invisible.
18:42Et donc,
18:43pour moi,
18:43déjà,
18:43le rouge
18:44est très très fort
18:45parce que c'est
18:46le rouge du sang
18:47mais c'est aussi
18:48le rouge
18:48de la guérison.
18:51C'est un rouge profond
18:52et puis c'est ma couleur.
18:53Et pourquoi alchimie ?
18:55Parce que c'est le rouge
18:55de la transformation.
18:57J'avais envie
18:58de me sortir
18:59de cette situation
18:59de la maladie.
19:01Alors,
19:01votre poésie
19:02semble à la fois
19:03très intime
19:03et profondément universelle.
19:05Quels sont un peu
19:06les grands thèmes
19:07que vous explorez
19:08dans ce livre ?
19:09Alors,
19:09dans ce livre,
19:10j'explore la résilience
19:11avant tout,
19:12l'épreuve,
19:13de rendre visible
19:15une maladie invisible,
19:17de parler de la force
19:18et des femmes
19:20puisque j'aborde aussi
19:21le temps des guérisseuses.
19:23Donc,
19:23c'est des femmes
19:24de culture,
19:26on va dire,
19:27de l'archétype féminin
19:28et aussi des guérisseuses
19:29de mythologie grecque aussi,
19:31perses.
19:32Et aussi,
19:32ça aborde aussi
19:33le thème
19:34de la traversée,
19:35comment on traverse
19:36une épreuve,
19:37quelle que soit,
19:38si on l'est malade
19:39ou pas,
19:40en fait.
19:40Voilà.
19:41Alors,
19:41vous abordez des sujets
19:42assez puissants
19:43comme la maternité
19:44non réalisée,
19:45le désir,
19:46la solitude,
19:46des thèmes
19:47rarement,
19:48disons,
19:48exprimés aussi ouvertement
19:50en poésie.
19:51Alors,
19:51pourquoi avoir fait
19:51des choix pareils ?
19:52Oui,
19:53et la maladie aussi,
19:54apparemment,
19:54ce n'est pas un sujet
19:55très exploré en poésie.
19:57Pourquoi,
19:57tout simplement,
19:58je ne choisis pas,
19:59en fait ?
19:59Les sujets me viennent à moi,
20:00c'est comme une urgence,
20:02une nécessité
20:03qui vient de...
20:05qui est viscérale,
20:06en fait.
20:06Donc,
20:07si vous voulez,
20:08c'est presque
20:08les sujets
20:10qui viennent à moi
20:10et qui viennent me dire
20:11là,
20:12on va aborder ça
20:13parce que c'est quelque chose,
20:14ça fait partie de ton histoire
20:15à raconter.
20:16Ça,
20:16c'est pour les thèmes,
20:17on parle du style,
20:18très sensoriel,
20:19très lyrique,
20:19on sent l'amour des mots
20:21mais aussi une forme de violence
20:22quelque part assez douce.
20:23Comment vous faites
20:24pour trouver cet équilibre
20:25entre émotion et force,
20:27finalement ?
20:28Mais finalement,
20:29je ne la trouve pas l'équilibre
20:30et je pense que c'est dans
20:31le déséquilibre
20:32que ça se crée,
20:34tout en gérant,
20:34évidemment,
20:35les choses.
20:37Mais c'est très intéressant
20:38ce que vous me dites
20:39comme question
20:39parce qu'on ne me l'a pas souvent
20:40posé,
20:41cette violence,
20:41mais elle est là,
20:42en fait.
20:42C'est ça qui me pousse à écrire,
20:44qui me met dans un état,
20:45si vous voulez,
20:46des fois secondaire
20:47ou voilà,
20:50qui me permet
20:50de me pousser à l'écriture
20:52jusqu'au bout
20:52et d'essayer d'aller
20:53à quelque chose
20:54d'extraire le plus fin,
20:57le plus précis des choses.
20:58On dit parfois
20:59que votre poésie
21:00est proche du slam.
21:01Est-ce que c'est une étiquette
21:02que vous assumez
21:03ou est-ce que votre style
21:05échappe justement aux cases ?
21:07Alors,
21:07ça m'est arrivé rarement
21:09mais c'est vrai
21:09qu'on peut,
21:10on pourrait aborder
21:11le slam
21:11dans le sens
21:12ma poésie
21:14est en dehors
21:14des cadres
21:15mais il peut y avoir
21:17des poèmes
21:17qui sont plus du slam
21:20dans le sens
21:21où ils sont
21:21beaucoup plus revendicateurs,
21:23engagés
21:23et aussi qui ont été
21:25racontés
21:26et déclamés
21:27sur scène.
21:28Vous avez évoqué tantôt
21:29de la musique,
21:30vous avez aussi
21:30un répertoire musical
21:32comme dans Noor
21:34où vous metz
21:34les poésies et chansons.
21:35Comment on passe
21:36d'un poème
21:37à une chanson finalement ?
21:38En fait,
21:39pour le moment,
21:40je ne fais plus ce répertoire
21:41mais je l'ai fait.
21:41En fait,
21:42c'est plutôt
21:42comment on passe
21:43d'une chanson
21:44à la poésie.
21:45C'est comme ça
21:45que ça s'est passé
21:46chez moi.
21:47En fait,
21:47j'ai d'abord commencé
21:48à écrire des chansons
21:49et en étant confrontée
21:50au public,
21:51on m'a dit
21:52mais c'est de la poésie
21:53et c'est comme ça
21:53que je me suis rendue compte
21:55qu'en fait,
21:56mes chansons sont des poèmes.
21:58Voilà.
21:58Alors là,
21:59c'est une question
22:00disons au deuxième degré
22:02sinon même au troisième degré.
22:04Votre art donne de la voix
22:05à celles qui en ont été privées,
22:07à celles qui n'ont pas pu dire.
22:09Est-ce que vous écrivez pour vous
22:11ou bien pour les autres ?
22:12Alors au départ,
22:13j'écris pour moi
22:13parce que c'est une urgence
22:15mais en même temps,
22:16je ne peux pas abandonner les autres
22:19c'est-à-dire que j'écris pour moi
22:20et les autres.
22:21Je ne peux pas faire juste mon art
22:23de mon côté
22:23et puis m'enorgueillir
22:25de mon livre
22:26et puis le partager de temps en temps.
22:28Non,
22:28il doit apporter un message
22:29pour les autres.
22:30Il doit,
22:31j'espère en tout cas,
22:32qu'il peut éveiller les consciences
22:33ou même que ce livre
22:34dans mon idéal
22:36puisse guérir
22:37ou puisse même
22:38ouvrir une fenêtre.
22:40Voilà.
22:41Alors peut-être
22:41avant de nous quitter encore,
22:44Nora Balil,
22:45si vous devez un petit peu résumer
22:46Alchimie Rouge
22:48en un seul mot,
22:49en une seule image
22:50ou même en plusieurs mots
22:51ou en plusieurs images,
22:53qu'est-ce que vous choisirez ?
22:54Ben,
22:54je pense que c'est
22:55la métamorphose.
22:57Oui.
22:57La métamorphose,
22:58parce que la métamorphose
22:59c'est quelque chose
23:00qui est positif,
23:02qui va de l'ombre
23:03à la lumière,
23:04du vide au rempli,
23:06de la solitude
23:07à l'expansion
23:09vers le monde.
23:10Donc la métamorphose,
23:11pour moi,
23:11c'est une très belle métaphore.
23:13Voilà,
23:13c'est une belle conclusion.
23:14Je vais prendre votre livre.
23:16Je rappelle que c'est
23:17Nora Belil
23:18qui est avec nous,
23:19poétesse belgo-marocaine,
23:21artiste de la voix
23:22et de l'âme
23:23avec son nouveau
23:24recueil rouge alchimie.
23:26Merci d'avoir été avec nous.
23:28Merci à vous.
23:29Merci beaucoup.
23:29On se retrouve dans quelques instants
23:30pour la dernière partie
23:31de votre Carrefour de l'Info.
23:32– Sous-titrage Société Radio-Canada
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