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  • il y a 3 mois

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00:00Le carrefour de l'info sur Arabel.
00:06Je vous le disais dans les titres il y a quelques instants,
00:09Vie Féminine a lancé sa campagne 2025 intitulée
00:12« Partir pour ne pas y rester, se reconstruire après des violences conjugales ».
00:17Et pour nous en parler, nous avons le plaisir de recevoir aujourd'hui
00:19Élodie Blogy, chargée des relations extérieures. Bonjour.
00:22Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous sur Arabel.
00:24D'abord, Élodie Blogy, ce titre de campagne interpelle un petit peu
00:29« Partir pour ne pas y rester ».
00:31Qu'est-ce qu'il dit du vécu des femmes que vous accompagnez d'une manière générale ?
00:36Il pointe le fait que justement le départ, c'est un moment très compliqué.
00:40On sait que c'est compliqué de partir
00:42et on sait que le moment de la rupture est un moment à haut risque.
00:46En fait, la plupart des féminicides ont lieu dans un contexte de rupture,
00:50c'est-à-dire quand l'auteur perd le contrôle sur sa victime.
00:53C'est souvent à ce moment-là qu'il y a des passages à l'acte violent
00:56et donc des tentatives de féminicides ou des féminicides.
00:59Et ça revient aussi très souvent dans les témoignages,
01:01dans l'étude qu'on a faite.
01:03Les victimes témoignent souvent qu'il y a ce moment de déclic
01:07et que souvent elles font plusieurs tentatives.
01:09Elles partent, elles reviennent, etc.
01:11Et elles disent souvent qu'il y a un moment où elles se sont dit
01:13« Ok, là, si je ne pars pas maintenant, »
01:16et souvent elles partent à l'arrache, etc. en préparant très vite.
01:19« Et si je ne pars pas, je vais y rester. »
01:21Ça revient assez souvent.
01:22Donc il y a quand même cette conscience très forte
01:24que leur vie est en danger
01:27et cette conscience qui reste au moment de la fuite
01:30puisqu'elles savent aussi que partir, ça continue à les mettre en danger.
01:35Et donc c'est ce qu'on voulait aussi mettre en avant avec cette campagne,
01:38c'est dire en fait, ce départ, il est compliqué
01:40et c'est pour ça que les victimes ont besoin d'un soutien et d'une protection.
01:43Et justement, on parle ici de reconstruction après les violences conjugales.
01:47Pourquoi avoir choisi de mettre le focus justement sur l'après ?
01:49Disons un aspect souvent moins médiatisé.
01:53Justement parce qu'on n'en parle pas beaucoup.
01:54C'est-à-dire qu'on a souvent le focus sur les témoignages des violences
01:59quand elles ont lieu, ce qu'on a vécu, etc.
02:03Et on a souvent l'idée que si la victime part,
02:08les violences s'arrêtent, ce qui est en réalité faux.
02:12Donc il y a plein d'études et sur le terrain,
02:13on constate toujours que les violences en fait se poursuivent.
02:16On parle de violences post-séparation.
02:18Et donc ça peut être des menaces, du harcèlement,
02:21des violences économiques aussi,
02:22le non-payement de pensions alimentaires, etc.
02:25Et donc en fait, ça se poursuit dans l'après.
02:28Et surtout, c'est ce que notre étude a mis en avant en 2022,
02:32c'est que cet après, on en parle effectivement très peu,
02:36alors que les victimes, elles nous disent que ça leur prend très longtemps
02:39de se reconstruire, que c'est aussi énormément de démarches
02:42et qu'elles se retrouvent peut-être encore plus seules à ce moment-là.
02:46C'est-à-dire, on se dit, ok, elles sont parties, c'est bon,
02:48le job est fait, elles ne sont plus avec l'auteur de violences.
02:52Mais en fait, tout ce qui les attend, c'est aussi extrêmement éprouvant.
02:55Alors il y a une phrase un peu cliché qui revient souvent,
02:58elle n'a qu'à le quitter.
02:59Vous le dénoncez d'ailleurs avec force depuis le début de la campagne.
03:02En réalité, que vivent les femmes une fois parties concrètement ?
03:05Une fois parties, on sait que c'est compliqué de partir
03:10parce qu'il y a tous ces mécanismes d'emprise, etc.
03:13Mais ce qui complique aussi très très fort le départ,
03:15c'est qu'elles sont souvent isolées et appauvries.
03:19Donc ça fait partie des stratégies des auteurs.
03:21C'est-à-dire qu'une des premières choses, ça va être d'isoler la victime.
03:23Et donc on a souvent des victimes qui ont coupé les ponts
03:27avec des proches, avec des amis, etc.
03:29Et donc qui se retrouvent très isolées au moment de partir
03:31qui n'ont plus spécialement beaucoup de relais.
03:34Et ensuite, elles sont souvent appauvries.
03:37C'est là qu'interviennent aussi les violences économiques
03:39dont on parle moins.
03:40Mais dans les violences conjugales, il y a très souvent des violences économiques.
03:43Donc ça va être empêcher la victime de travailler,
03:46de reprendre une formation, etc.
03:48Lui empêcher d'avoir accès à la carte bancaire et autres.
03:52Et donc on a des victimes qui, en fait, dans les faits,
03:54ont parfois perdu leur emploi, etc.
03:56Et sont parfois sans ressources.
03:58Et donc c'est évidemment très compliqué de se dire
04:00je vais partir pour reconstruire ma vie
04:02alors qu'on n'a juste pas de ressources pour partir.
04:05Donc quand elles partent, elles disent souvent
04:07qu'elles se retrouvent effectivement sans rien,
04:09qu'elles ont dû tout abandonner
04:10et qu'elles doivent tout reconstruire de zéro.
04:12Et c'est ça qu'on voudrait un peu éviter
04:15ou amoindrir avec le pack Nouveau Départ.
04:17Alors justement, le pack Nouveau Départ,
04:19vous me faites la transition, votre campagne le réclame.
04:22En quelques mots, de quoi s'agit-il exactement ?
04:25C'est vraiment l'idée d'avoir une politique publique
04:27de soutien aux victimes et de soutien à la reconstruction.
04:31De dire effectivement, ok, vous partez, vous n'êtes pas seuls,
04:34il y a un filet de sécurité derrière vous
04:36et on va mettre en place des choses pour que ça vous facilite la tâche.
04:39Puisque ce qu'on constate aujourd'hui,
04:40c'est qu'elles sont toutes seules
04:41et donc qu'elles doivent aller chercher plein d'infos,
04:43à droite, à gauche, raconter leur histoire,
04:45se démêler entre une foule de démarches.
04:48Ça prend du temps, ça prend de l'énergie,
04:50alors qu'elles sont déjà dans un état
04:52qui ne leur permet pas toujours d'avoir l'énergie pour faire tout ça.
04:58Et donc concrètement, c'est une série de mesures,
05:01dont une aide financière d'urgence.
05:03Ça, c'est ce dont on vient de parler avec les violences économiques.
05:06C'est vraiment l'idée d'avoir une première aide
05:08qui arrive dans les 3-5 jours assez rapidement
05:12et qui permet juste de faire face aux premières dépenses.
05:15C'est vital quelque part aussi pour elles ?
05:17Tout à fait, c'est ce que je disais.
05:19C'est-à-dire quand on part et qu'on n'a aucune ressource derrière,
05:21c'est compliqué, on démarre à zéro.
05:23Et donc il y a des victimes dans les témoignages dans notre étude.
05:26Il y a des victimes qui disent
05:26« Je suis arrivée dans un appartement, j'avais rien du tout.
05:28J'avais une chaise, une table.
05:30Et c'est une voisine qui m'a donné des meubles. »
05:32C'est aussi matériel que ça.
05:34C'est-à-dire que ce n'est pas juste des discours.
05:36C'est vraiment « Ok, quand on quitte et qu'on n'a rien,
05:39déjà il faut trouver un logement et puis il faut se meubler. »
05:42Donc ça peut être des choses très matérielles.
05:44Donc pour nous, l'aide financière, c'est vraiment une pierre angulaire du PAC.
05:47Et puis il y a d'autres mesures dont on va aussi discuter.
05:50Mais donc c'est vraiment l'accompagnement socio-juridique,
05:53l'accompagnement psychologique.
05:54Oui, on va y revenir peut-être.
05:56Je voudrais m'arrêter à une autre mesure,
05:58une adresse non communicable à l'ex-partenaire.
06:02Je pense que c'est assez peu connu, je crois.
06:05Oui, tout à fait.
06:06Mais ça, c'est quelque chose qui ressort aussi très souvent des victimes
06:08et que tous les services qui accompagnent les victimes constatent.
06:12C'est-à-dire qu'il y a parfois même des victimes qui se retrouvent.
06:16Donc elles quittent malheureusement,
06:18parce que dans l'idéal, il faudrait qu'elles puissent rester dans leur lieu de vie.
06:22Mais très souvent, ce sont les victimes qui partent.
06:25Et ça arrive même parfois qu'elles soient radiées de la commune, par exemple.
06:28Et donc elles perdent leurs droits.
06:30Ou si elles sont toujours domiciliées à l'endroit où elles vivaient avec l'auteur,
06:35il faudrait qu'assez rapidement, du coup,
06:37elles aient une autre adresse pour pouvoir activer des droits individuels.
06:40Par exemple, si elles sont au chômage et qu'elles sont sous le statut cohabitant,
06:44il faut que rapidement elles puissent avoir un statut isolé,
06:48activer leurs droits à la mutuelle, etc.
06:51Et donc ça, on veut que cette adresse,
06:52elle soit assez rapidement accessible pour les victimes.
06:56Et surtout qu'elle ne soit pas communicable à l'ex-partenaire,
06:59puisque ça aussi, c'est des cas qui remontent de témoignages et du terrain.
07:03C'est, finalement, l'adresse par un tel ou tel service arrive aux oreilles de l'auteur.
07:11Et donc l'auteur peut reprendre du harcèlement.
07:14Les victimes ne se sentent pas en sécurité.
07:15On parle à présent de l'accompagnement psychosocial.
07:19Ce que prévoit le PAC aussi.
07:20Je vois qu'il y a des séances gratuites.
07:22C'est un ou une psy.
07:2320 séances, c'est un nombre important.
07:25Qu'est-ce que ça change réellement pour les femmes concernées ?
07:28Alors, 20 séances, c'est un nombre important et pas important.
07:31C'est-à-dire que c'est sûrement pas suffisant pour se reconstruire vraiment
07:35quand on a vécu des années de violence, par exemple.
07:38Ça, c'est clairement un peu un indispensable dans le chemin de reconstruction,
07:42d'avoir accès à une aide psychologique.
07:45Or, pour les mêmes raisons de précarité dans lesquelles se retrouvent les victimes,
07:48beaucoup de victimes ont des difficultés à accéder à cette aide psychologique.
07:53Et le nombre, simplement, on se disait qu'il fallait un nombre.
07:57Donc, c'est un peu arbitraire.
07:58Mais ça vient du fait que dans les centres de prise en charge des violences sexuelles,
08:03vous avez droit à 20 séances avec un ou une thérapeute spécialisée dans ces centres.
08:11Et donc, on a simplement pris ce chiffre en se disant,
08:13voilà, si a priori, quand on est victime d'un viol, de violences sexuelles,
08:17on a accès à ces 20 séances pour être accompagnés psychologiquement.
08:21Pourquoi est-ce que quand on est victime,
08:23on a été victime parfois pendant des années de violences conjugales,
08:26ce qui comprend souvent des violences sexuelles aussi, d'ailleurs,
08:29pourquoi est-ce qu'on n'aurait pas aussi accès à ces 20 séances ?
08:31Donc, voilà, c'était le lien, le nombre vient de là.
08:34Alors, il y a aussi cette idée de protection spécifique au travail
08:38ou pour les femmes qui cherchent un emploi.
08:40Concrètement, que vivent ces femmes sur le plan professionnel
08:42après une séparation violente ?
08:45Alors, il y a évidemment deux situations.
08:47Il y a des victimes qui, même en étant victimes pendant des années,
08:51parviennent à conserver un emploi,
08:53ce qui est évidemment très important
08:55et ce qui leur permet de se reconstruire aussi peut-être plus facilement,
08:59en tout cas de trouver une autonomie économique plus rapidement,
09:03même si on a aussi des victimes dans l'étude
09:05qui témoignent en disant,
09:06moi j'ai toujours travaillé, mais je travaillais à mi-temps,
09:09quand je me suis retrouvée toute seule,
09:10évidemment, je suis tombée dans la précarité, etc.
09:12Si vous travaillez comme aide sociale à mi-temps,
09:16effectivement, vous n'avez pas assez pour être pleinement autonome économiquement,
09:21mais on sait que quand elles restent dans l'emploi,
09:24ce qu'on veut juste mettre en avant aussi,
09:25c'est que les violences, les violences pendant des années,
09:28ça crée évidemment une fragilité,
09:31ça crée des stress post-traumatiques, etc.
09:33Et donc, ce dont les victimes témoignent très fort dans notre étude,
09:37c'est le besoin de repos parfois,
09:39de se dire, en fait, je suis épuisée par des années de violence,
09:42mon corps est épuisé, mon psychique est épuisé,
09:45et de dire que parfois, en fait,
09:46une victime qui explique,
09:49certains matins, je ne sais juste pas me lever, en fait,
09:51c'est trop dur, et le lendemain, ça va aller,
09:53mais en fait, la reconstruction,
09:55le fait d'être une survivante de violence,
09:58ça crée parfois des situations
10:00où je ne peux pas travailler de façon aussi efficace
10:03que je le voudrais certains jours,
10:04et donc il faudrait que les employeurs soient formés
10:07et des procédures internes
10:09ou des formations de la sensibilisation interne
10:12pour avoir une forme de souplesse
10:14et pour être au courant de ce que ça peut créer
10:16chez les victimes quand elles sont toujours à l'emploi,
10:20mais qu'elles sont dans une phase de reconstruction.
10:21Et pour la question du chômage, etc.,
10:26là, ce qu'on demande,
10:28c'est qu'il y ait une forme de protection
10:29contre les sanctions pendant un certain temps,
10:32puisque là aussi, on estime que, voilà,
10:35certaines victimes qui sortent de violence
10:37sont dans des situations de stress post-traumatique
10:39et ne sont pas en état de remplir toutes les obligations,
10:42d'être pleinement actives dans une recherche d'emploi,
10:45alors qu'elles ne sont juste pas du tout
10:46dans cette optique-là à ce moment-là.
10:47Et l'audiblogie, chargée des relations extérieures
10:51chez Vie Féminine, ne bougez surtout pas.
10:53On se retrouve après une petite page de publicité.
10:55Le carrefour de l'info sur Arabelle.
11:03Et on retrouve notre invité,
11:06l'audiblogie, chargée des relations extérieures,
11:08pour nous parler de la campagne
11:10que vient de lancer Vie Féminine,
11:12campagne 2025 intitulée
11:14« Partir pour ne pas y rester,
11:15se reconstruire après les violences conjugales ».
11:19Alors, on poursuit notre discussion
11:20sur le volet politique,
11:22si vous voulez bien, à présent,
11:23il y a eu un accord en avril 2024
11:25autour de ce PAC,
11:26on en parlait il y a quelques instants,
11:27juste avant les élections.
11:28Pourtant, rien ne bouge.
11:30Qu'est-ce qui se passe
11:30ou qu'est-ce qui ne se passe pas, en fait ?
11:32Oui, c'est bien ce qu'on aimerait savoir.
11:35C'est pour ça qu'on fait cette campagne aussi,
11:37pour un petit peu remettre la pression
11:38au niveau du politique.
11:40Donc, effectivement, il y a eu un accord
11:41en conférence interministérielle
11:43« Droits des femmes »
11:44juste avant les élections.
11:46Cette conférence, ce lieu politique,
11:47il rassemble tous les ministres
11:49des différents niveaux de pouvoir
11:51qui sont de près ou de loin impliqués
11:53dans la lutte contre les violences.
11:55Et donc, juste avant les élections,
11:57il y a eu un accord sur la création
11:59d'un PAC Nouveau Départ.
12:00C'était un accord un peu implicite
12:03qui disait, effectivement,
12:04c'est au prochain gouvernement
12:05de le mettre en œuvre, évidemment, ce PAC.
12:08Mais, effectivement, là, nous,
12:10on voit que ces prochains gouvernements,
12:13les gouvernements actuels,
12:14n'ont pas l'air de parler beaucoup de ce PAC.
12:18Il ne revient ni dans l'accord du gouvernement,
12:20ni dans la note du ministre de l'Égalité
12:24au niveau fédéral.
12:25On a cependant un ministre des Droits des Femmes
12:27au niveau francophone, Yves Copiters,
12:29qui a déjà plusieurs fois publiquement évoqué ce PAC,
12:33donc qui semble s'en faire le défenseur.
12:37Donc, voilà, nous, on attend un peu de voir
12:39et on rappelle surtout que ça presse
12:42et qu'il est temps de reprendre ce PAC
12:46et de le concrétiser.
12:47Oui, alors, vous soulignez dans vos documents,
12:49vous faites des annonces qui ne se concrétisent pas.
12:51Est-ce que vous avez l'impression
12:52qu'un peu la parole politique sur les violences
12:54faites aux femmes est, je ne dirais pas parfois,
12:56mais souvent creuse ?
12:58J'ai surtout l'impression que la parole politique
13:01sur les violences, pour l'instant,
13:03elle est un peu inexistante.
13:05C'est-à-dire qu'on entend très peu de choses.
13:07On a un peu l'impression que le discours politique
13:10et médiatique sur les violences,
13:12il va, il vient.
13:14On a un petit peu, et là, on a un peu l'impression
13:16d'être dans un ressac, c'est-à-dire qu'il y a eu
13:17une focalisation, une médiatisation
13:20et une parole politique plus importante
13:21sur les violences dans le sillage de MeToo.
13:23On a commencé à parler beaucoup plus de féminicide,
13:26etc. C'est rentré dans le langage commun.
13:29On a eu des volontés politiques assez fortes,
13:31notamment avec la loi Stop Féminicide
13:32lors du dernier gouvernement.
13:34Et c'est vrai qu'ici, on a l'impression
13:36que, en fait, c'est comme si c'était presque
13:37plus un sujet pour les différents gouvernements.
13:40En tout cas, on en parle très peu.
13:42On veut croire que c'est parce qu'ils travaillent
13:44sur un nouveau plan et qu'en fait, ça va arriver
13:46et qu'ils vont nous démontrer
13:48qu'ils s'en inquiètent.
13:50Voilà, on va enchaîner avec les témoignages
13:53et le vécu de terrain.
13:55Dans votre dossier de presse, il y a pas mal
13:57de témoignages, parfois très forts, très bruts.
14:00Certains parlent de survie
14:01puisque de reconstruction.
14:02Qu'est-ce que ces récits nous révèlent,
14:06selon vous ?
14:07Oui, si vous voulez bien, j'en ai repris un,
14:10peut-être, pour que les auditeurs et auditrices
14:12entendent ces témoignages dont on parle,
14:14mais sans les citer.
14:15Donc, un témoignage de Martine
14:17qui répond à cette question de la reconstruction.
14:20Elle dit, la reconstruction,
14:21ah, mais ce n'est pas de la reconstruction,
14:22c'est de la survie, de la lutte
14:24pour se maintenir la tête hors de l'eau
14:26encore dix ans après l'effet de violence.
14:30Et donc, c'est ça que raconte aussi notre étude,
14:32c'est que c'est extrêmement long comme processus.
14:34Évidemment, il y a une part du processus
14:36qui est individuel, personnel,
14:39qui a un cheminement avec aussi des aides psychologiques,
14:42etc., qui peut prendre du temps.
14:43D'ailleurs, il y a beaucoup de victimes
14:44qui disent que c'est à vie,
14:47qu'elles sont marquées,
14:48que même si elles se sont reconstruites,
14:49ça restera toujours une part d'elles-mêmes,
14:52une part de leur histoire.
14:53Et donc, ça dit que ça prend du temps.
14:56Et ça dit aussi que l'ensemble de la société
14:59a un rôle à jouer,
15:00que pour l'instant,
15:01ils ne jouent pas, ou très peu.
15:03Et nous, c'est là-dessus qu'on veut agir.
15:04C'est-à-dire qu'on ne peut évidemment pas agir
15:06sur le processus individuel de personnes
15:08qui cheminent.
15:09Mais par contre, on peut agir
15:10sur les conditions matérielles
15:13qui permettent ou qui ne permettent pas
15:14cette reconstruction.
15:15Qu'est-ce qu'il manque, selon vous,
15:18le plus aujourd'hui,
15:19qui fait cruellement défaut sur le terrain
15:22lorsque ces femmes se retrouvent seules
15:24avec, on a parlé tout à l'heure,
15:25des montagnes de démarches,
15:26parfois épuisées mentalement et physiquement ?
15:29Qu'est-ce qu'il manque ?
15:30Ce qu'il manque, c'est, sans doute,
15:34on y revient toujours,
15:35c'est les financements.
15:35C'est ça.
15:36Et notamment les financements
15:37du secteur associatif,
15:39puisqu'en fait, on voit une grosse différence
15:40entre, dans les témoignages,
15:42voilà, il y a des femmes qui ont eu la chance
15:44d'être prises en charge, accompagnées
15:45par des services,
15:47notamment des services d'hébergement
15:49qui ont une vraie lecture,
15:50genrée des violences,
15:51qui sont expertes
15:53dans l'accompagnement des victimes.
15:54Et donc là, elles ont accès
15:56à un accompagnement un peu à 360 degrés
15:58avec différents pans.
16:00Et là, elles se sentent vraiment soutenues.
16:02Mais on sait que tous ces services,
16:04en fait, ils sont aujourd'hui
16:05complètement débordés,
16:06qu'il n'y en a pas partout.
16:07Si on vit en zone rurale, par exemple,
16:09le premier centre, le premier refuge
16:11peut se trouver très loin.
16:11Et donc là, par contre, il n'y a rien.
16:13Et donc, ce qui manque,
16:14c'est clairement un soutien à ce secteur
16:18et le fait d'encore l'élargir,
16:20ou en tout cas faire en sorte
16:21que toutes les victimes
16:22où qu'elles se situent sur le territoire
16:24aient un accès à une aide
16:26proche de chez elles
16:27et efficace, rapide,
16:29qui leur facilite les démarches.
16:31Alors, vous avez lancé une pétition
16:32avec un objectif symbolique,
16:342600 signatures.
16:35Pourquoi ?
16:35D'abord ce chiffre
16:36et à quoi serviront ces soutiens, finalement ?
16:382600 signatures, effectivement,
16:40c'est un chiffre symbolique.
16:41Il fait référence aux 260 victimes de féminicides
16:45qui ont été recensées par le bloc Stop Féminicide
16:49depuis sa création en 2017.
16:51C'est important de dire que ce chiffre
16:54de 260 victimes de féminicides depuis 2017,
16:58c'est un chiffre qui est en deçà de la réalité.
17:00C'est juste la part émergée de l'iceberg
17:02puisque, pour l'instant,
17:03le dénombrement, il se fait uniquement
17:05par l'associatif au départ de ce qui sort dans la presse.
17:07Et donc, ça veut dire qu'il y a évidemment plein de féminicides
17:09qui ne sont pas repris dans ce dénombrement.
17:12Et donc, c'est aussi l'occasion pour nous
17:14de rappeler qu'il y a eu une loi Stop Féminicide
17:18lors du précédent gouvernement
17:19et que, selon cette loi,
17:21c'est maintenant à l'État de collecter des données,
17:24d'avoir des statistiques,
17:25d'analyser les féminicides
17:27et que ça, de la même façon,
17:29on ne voit rien venir.
17:29Et donc, on a vraiment une crainte aussi
17:31que le gouvernement actuel
17:32ne mette pas en œuvre cette loi
17:34puisqu'il manque encore des arrêtés d'application,
17:36que ce gouvernement n'en parle quasiment...
17:39En fait, n'en parle jamais de cette loi.
17:41Et donc, on a peur que cette loi passe à la trappe.
17:45Or, avec la loi Stop Féminicide,
17:46il y a aussi tout le volet de protection des victimes.
17:49Et pour nous, ce PAC Nouveau Départ,
17:51il n'a évidemment de sens
17:52que s'il est articulé à une vraie protection des victimes
17:54puisque, pour pouvoir se reconstruire,
17:56il faut d'abord rester en vie.
17:58Et pour ça, on a besoin des mesures
18:01qu'il y avait notamment dans la loi Stop Féminicide.
18:03Alors, une dernière question pour conclure
18:04avant de nous quitter.
18:05Si vous devez adresser un message
18:07en une ou deux phrases,
18:09justement, aux responsables politiques
18:10qui nous écoutent,
18:11ce serait lequel ?
18:12Qu'ils tiennent leurs engagements.
18:14Donc, effectivement,
18:14dans cet accord de la CIM Droits des Femmes,
18:17autour de la table,
18:17il y avait la NVA,
18:18le MR,
18:19Voreut,
18:20le CDNV,
18:21qui sont tous des partis
18:22qui sont maintenant au gouvernement.
18:23Il y avait aussi d'autres partis
18:24qui sont maintenant dans l'opposition.
18:26Et donc,
18:26ils se sont, à un moment,
18:28engagés sur la création de ce PAC.
18:29Et donc, on ne peut pas,
18:30d'une part,
18:31faire des promesses,
18:32annoncer certaines choses
18:33à des victimes.
18:35Je suis certaine
18:35qu'il y a des victimes
18:36qui ont entendu parler de ce PAC
18:37à ce moment-là
18:37et qui ont pu se dire
18:38peut-être que ça,
18:39ça pourrait m'aider
18:40et qui maintenant attendent
18:41et ne voient rien venir.
18:42Et donc,
18:42on ne peut pas,
18:43en même temps,
18:43donner de faux espoirs
18:44à des victimes,
18:45les pousser à quitter
18:46des partenaires violents
18:47et puis ne rien mettre en place
18:49derrière pour les aider.
18:50Voilà, c'était donc la conclusion
18:51d'Élodie Blogis.
18:53Je rappelle que vous êtes chargée
18:54des relations extérieures
18:55chez Vie Féminine.
18:57Merci beaucoup pour votre présence
18:58et vos explications.
18:59On rappelle que la campagne
19:00Partir pour ne pas y rester
19:02est donc lancée
19:03et qu'on peut retrouver
19:04toutes les infos
19:05pratico-pratiques
19:06et signer la pétition
19:06sur www.vieféminine.be.
19:10Merci, Élodie.
19:11Merci beaucoup pour l'invitation.
19:12Avec plaisir.
19:13On se retrouve dans quelques instants
19:14pour la suite de votre Carrefour de l'info.
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