00:00En 16h46, chaque jour, un expert de marché nous rejoint pour déconstruire également les idées reçues, combattre le consensus.
00:07Thibaut Prébé est avec nous, économiste. Bonjour Thibaut.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue. Il y a un vrai risque sur les dettes privées aux Etats-Unis et les banques régionales américaines.
00:14L'alerte de la semaine dernière continue d'inquiéter certains. Pas vous, vous vous dites bullshit.
00:21Vous foudroyez.
00:22Vous foudroyez qu'autre chose d'ailleurs.
00:24Pour ceux qui te suivent à la radio, on est aussi en télé et là le replay va vraiment valoir le coup.
00:27Thibaut nous a fait un sacré numéro.
00:29Vous foudroyez cette idée qu'une crise du crédit nous pendonnait.
00:33Pour vous, on a eu tort de se faire peur donc en fin de semaine dernière, sérieusement Thibaut.
00:38Oui, alors je ne sais pas si on a tort de se faire peur parce qu'il y a toujours des inquiétudes qui sont légitimes
00:41et qu'arrêter de s'inquiéter n'est jamais un bon signe.
00:43En revanche, ce que je constate, c'est que l'anomalie n'est pas ce qui s'est passé en termes de faillite.
00:47L'anomalie, c'était avant.
00:48C'est-à-dire qu'on a décidé pendant le Covid qu'une société qui faisait faillite, ce n'était pas normal,
00:51qu'on allait donner des PGE, qu'on allait aider tout le monde et pareil d'ailleurs aux Etats-Unis.
00:54Et au final d'ailleurs, on paye un peu aujourd'hui le fait d'avoir sauvé toutes les boîtes
00:57puisqu'il y en a qui ne sont toujours pas solvables et qui en plus doivent rembourser ces dettes.
01:01Et donc je pense qu'on est plus aujourd'hui dans un retour à la norme, si vous me permettez cette expression,
01:05pour quelque chose qui paraît sinistre, les faillites, que dans une anomalie.
01:09Si on veut accepter que la prise de risque soit rémunérée et pas forcément totalement taxée,
01:13il faut accepter que de l'autre côté, il y a un vrai risque et qu'il y en ait qui puissent y perdre beaucoup d'argent.
01:17C'est les deux pendant d'une même idée.
01:20L'investissement, c'est risqué et rémunérateur quand ça marche.
01:22Le Covid nous avait fait oublier que les faillites, c'est normal en économie.
01:25Oui, c'est ça. Et puis on est tous en train de le dire, l'entrepreneuriat, les valeurs familiales, c'est normal,
01:29il ne faut pas trop les taxer, on prend des risques.
01:31Il faut bien dire que ça veut dire qu'il y en ait qui puissent se rater parce que si tout le monde gagne,
01:34on croit bien qu'après on a un problème.
01:35Sauf qu'il y a de la facturage, il y a beaucoup de hors-bilan,
01:37ce qui du coup rappelle aussi l'optimisation et le risque excessif de 2008, la crise des subprimes à l'époque.
01:43Vous avez entièrement raison Guillaume, c'est vrai que là on est sur de l'ingénierie financière qui est importante.
01:48Donc la facturage pour rappeler, c'est par exemple dire j'ai un client qui me doit 1000 euros,
01:52je vais aller voir quelqu'un, par exemple Guillaume, et lui dire vous me donnez 900 euros et vous vous occupez de récupérer la créance.
01:57Alors c'est sympathique, quel est le problème de cette pratique ?
01:59Le problème c'est que si je fais ça sur tous mes clients, au bout d'un moment j'ai toujours tous mes fournisseurs à payer,
02:03mais en réalité tous les gens qui eux doivent me payer n'ont plus besoin de me payer.
02:06Et donc si ça ralentit, j'ai un gros sujet parce que j'ai quand même toute une partie de mon bilan,
02:12c'est-à-dire le passif qui reste quand même encore toujours là,
02:14et la partie à recevoir que j'ai déjà quand même bien affaiblie.
02:17Donc en fait ça affaiblit beaucoup les sociétés et puis c'est vrai que c'est un moyen d'avoir une trésorerie qui est artificiellement élevée.
02:24Alors ça c'est un problème mais on le retrouve un peu partout dans la société
02:26parce qu'il y a eu l'émergence des sociétés de BNPL, vous savez buy now, pay later.
02:31Donc en gros vous allez sur le site de la FNAC, vous payez en 10 fois,
02:34c'est une forme de crédit, tout le monde peut faire ça maintenant.
02:37Et même aux Etats-Unis ce qu'on appelle les EWA qui sont des avances sur salaire.
02:39Et donc tout le monde à force de sur-optimiser sa situation de trésorerie,
02:45donne des risques plus importants et c'est aussi lié au fait que quand le marché est trop cher,
02:49chaque microgramme d'EBITDA vous donne beaucoup de valeur en plus.
02:52Donc tout le monde a envie de sur-optimiser les bilans
02:54et là il y a quelque chose qui crée effectivement une zone de fragilité plus forte qu'avant,
02:58je pense que vous avez raison de le souligner.
02:59C'est limpide la façon dont vous venez de l'expliquer là, franchement très très très clair.
03:02C'est gentil.
03:03Moi ça m'amuse parce qu'on a l'impression que les particuliers américains,
03:05ils font de l'optimisation de besoins en fonds de roulement, un truc qu'on voit dans les boîtes.
03:08Oui c'est ça, mais de toute façon avec cette idée qu'ils ont tous un score de crédit,
03:11qu'il faut avoir de la dette pour montrer un score de crédit,
03:14même quand on n'a pas besoin d'avoir de la dette,
03:16c'est quelque chose qui est rentré depuis des dizaines d'années maintenant
03:18dans le mode de fonctionnement de l'américain,
03:20de montrer sa qualité d'emprunteur même quand il n'a pas besoin d'emprunter.
03:23Donc c'est vrai que c'est un schéma qui pour nous paraît un peu absurde,
03:26mais en fait c'est quelque chose auquel ils sont très habitués.
03:28Donc c'est un mode de fonctionnement atypique.
03:32Et on n'a pas la faite qui a peut-être dire quelque chose.
03:35Parce que bon, quand vous vous rappelez de 2023,
03:37les autorités américaines, si la mort est bonne,
03:39normalement, vous savez, les dépôts bancaires,
03:41en cas de problème, ils sont garantis jusqu'à un certain seuil.
03:43De mémoire, ce seuil, il a volé en éclats à cette époque-là.
03:46Oui, alors attention, parce que là justement,
03:48on râle en disant que c'est de la dette privée,
03:49donc ce ne sont plus les banques qui portent ces risques.
03:51Et donc quelque part, le déposant, il est moins à risque,
03:53parce que ce n'est plus la banque de détails qui fait ça,
03:55c'est des fonds séparés.
03:56Alors du coup, maintenant, on râle en disant
03:57que ces fonds sont moins régulés que les banques.
03:59On dit, bah oui, mais si on régule les banques
04:00pour qu'elles prennent moins de risques,
04:01il faut bien que le risque, il soit ailleurs,
04:02qu'il serait moins régulé.
04:03Mais je pense que c'est beaucoup moins systémique.
04:05C'est-à-dire qu'il y a des acteurs de dette,
04:07des acteurs qui sont en fait des banques d'investissement
04:08qui vont prendre des paumes,
04:10mais en particulier, d'ailleurs, sur ces fonds d'affecturage
04:12où ils prennent des parts, etc.
04:13Mais je ne crois pas que ce soit extrêmement grave.
04:15Je pense qu'effectivement, le bon terme est
04:17on crée une fragilité, on ne crée pas nécessairement une crise.
04:20La question après, c'est est-ce qu'on risque
04:21une étincelle pour faire partir tout ça ?
04:23Thibaut Prébé, bullshitomètre,
04:25et donc pas trop inquiet à ce stade
04:27de ses risques autour du crédit
04:28et des banques régionales américaines.
04:29Vous restez avec nous, Thibaut, dans un instant.
04:31On parcourra ensemble la dernière demi-heure
04:32de cette séance, bien sûr, avec Antoine.
04:35Merci à Julien, à la famille BFM Bourse.
04:37A demain, Julien, pour de nouvelles aventures.
04:38L'article consacré à L'Oréal est toujours disponible
04:40sur l'application BFM Business
04:42et sur le site bfmbusiness.com.
04:43Le CAC 40 est en repli.
04:45Moins 0,5% le CAC en ce moment.
04:47Wall Street aussi, le S&P 500,
04:48abandonne 0,3%.
04:49Le Nasdaq, moins 0,6%.
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