00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est le coordinateur national de la France Insoumise, il est aussi député de Marseille, Manuel Bompard, et l'invité d'RTL Matin.
00:08Bonjour et bienvenue sur RTL, Manuel Bompard.
00:10Exaspérant, affligeant, désespérant, colère, voilà les mots qui reviennent dans la bouche des français,
00:15dans les messages que nos auditeurs envoient face au cirque politique du moment.
00:19Et ils vous mettent tous dans le même sac.
00:21Est-ce que vous êtes collectivement, par vos postures, par vos ambitions, par vos obstinations,
00:25et au final, par votre irresponsabilité collective, tous en train de tuer la politique ?
00:31Le spectacle auquel on assiste ces derniers jours est évidemment un spectacle pathétique
00:35et je comprends évidemment la colère qui s'exprime à travers les réactions que vous lisez à l'instant.
00:42Maintenant, la question qui nous est posée, bah moi, ma responsabilité, vous savez,
00:46c'est d'avoir l'année dernière, au moment des élections législatives, présenter un programme
00:50et de rester fidèle à ce programme.
00:52Et je veux dire aux gens qui nous écoutent, vous ne pouvez pas reprocher à des représentants politiques
00:57de considérer que la parole qu'ils ont donnée au moment des élections, c'est une parole qui les engage.
01:01Et donc, moi, je continue à défendre les propositions politiques que l'on a mises sur la table
01:05parce que je pense que ce sont les solutions dont a besoin le pays aujourd'hui pour sortir de cette situation.
01:10Maintenant, il y a un point de blocage et notre responsabilité,
01:13c'est de trouver une manière de débloquer la situation politique du pays.
01:17Votre responsabilité, c'est de réussir à vous entendre un minute.
01:19Hier, Sébastien Lecornu a dit qu'il faut toujours préférer son pays à son parti.
01:24Mais évidemment, mais notre responsabilité, ce n'est pas de nous entendre à tout prix
01:28comme si on pouvait faire croire que, quelles que soient les options politiques
01:32qu'on a défendues au moment des élections, en fait, ça n'aurait aucune valeur
01:35et qu'on penserait tous la même chose.
01:37On ne pense pas tous la même chose et ce n'est pas grave, c'est ça la démocratie.
01:40Et donc, précisément, quand on est dans un point de blocage,
01:42pour débloquer la situation, il faut revenir devant les électrices et les électeurs
01:46pour leur permettre de trancher entre les différentes options politiques qui sont sur la table.
01:50Écoutez, aujourd'hui, vous avez des sondages qui vous disent
01:52que plus de 70% de la population est pour la démission du président de la République
01:56et son départ.
01:57La démission plus que la dissolution pour vous ?
01:59Ah ben évidemment, parce que rien ne nous permet aujourd'hui d'être certain
02:04que la dissolution de l'Assemblée nationale permettrait de sortir du blocage.
02:08Si demain, il y a une dissolution de l'Assemblée nationale
02:10et on se retrouve avec une configuration de l'Assemblée qui est la même,
02:13on n'aura rien avancé.
02:14Très bien, ça sera la démocratie et donc s'il doit y avoir une dissolution,
02:17évidemment, moi je suis prêt à rentrer en campagne
02:19pour proposer un autre chemin, un autre avenir pour le pays.
02:22Mais je pense que si on veut vraiment sortir du blocage,
02:24on a besoin d'un moment de respiration démocratique
02:26et dans la Ve République, c'est l'élection présidentielle
02:29qui joue ce rôle majeur de respiration démocratique.
02:32Donc il faut que le président de la République comprenne ça.
02:34Le fondateur de la Ve République, lui-même,
02:37qui n'était pas un ami politique sur plein d'aspects,
02:39avait compris que quand vous n'avez plus la légitimité populaire,
02:42quand le roi est nu, à un moment, il faut être capable de dire
02:44que c'est aux Françaises et aux Français de trancher.
02:46Alors on n'en est pas là, on ne sait pas encore ce que fera,
02:48ce que décidera Emmanuel Macron qui a dit qu'il prendrait ses responsabilités.
02:53Là, on a 48 heures jusqu'à demain soir
02:55pour que Sébastien Lecornu tente de trouver une solution.
02:57Il va mener d'ultimes négociations.
03:00Vous irez le voir, vous ou pas ?
03:01À ma connaissance, pour l'instant en tout cas,
03:03on n'a pas été d'abord invités.
03:04Oui, mais ça, ça devrait se régler assez vite.
03:06Et pour le reste, moi j'ai toujours été très clair.
03:08Si vous invite, vous irez.
03:09Non, mais moi j'ai toujours été très clair.
03:10Je n'ai pas l'intention de participer à une grande coalition
03:13avec les macronistes,
03:15parce que je pense que ce serait le brouillage total des repères politiques.
03:18Et comme je vous l'ai dit tout à l'heure,
03:19je crois, et c'est pour ça que je me permettais de corriger
03:21la manière avec laquelle vous posez votre question,
03:23que la démocratie, ce n'est pas la négation des désaccords.
03:26Ce n'est pas ça.
03:26Mais c'est se parler, la démocratie.
03:28Mais évidemment.
03:28Donc est-ce que vous irez à Matignon ?
03:30S'il s'agit d'aller participer à des discussions
03:34pour constituer une grande coalition,
03:35je n'irai pas dans une grande coalition
03:37et la France insoumise ne participera pas à une grande coalition.
03:40Ça ne l'empêche pas de se parler à l'Assemblée nationale,
03:42de débattre, de faire des propositions d'amendements, etc.
03:45Et pour ça, il y a besoin que l'Assemblée nationale
03:47puisse aussi dire son mot.
03:48Bon, et donc pour ça, il y a besoin
03:50qu'on ait une forme de stabilité qui revienne.
03:52Et cette stabilité, elle n'est pas possible
03:54dans la configuration actuelle.
03:55Est-ce que donc vous faites partie de ceux qui disent
03:57on censurera systématiquement tout gouvernement
03:59jusqu'à la dissolution ou la démission ?
04:01Non, moi je fais partie de ceux qui disent,
04:03les mots sont importants,
04:05que nous, nous censurons tout gouvernement
04:07qui s'inscrit dans la continuité de la politique
04:09avec Emmanuel Macron.
04:11Tout gouvernement qui ne mène pas
04:12une rupture politique avec la politique macroniste.
04:15Ça veut dire que vous êtes ouvert
04:16s'il y a un Premier ministre de gauche
04:17qui est appelé à Matignon ?
04:18Honnêtement, je ne crois pas
04:19que cette hypothèse soit aujourd'hui sur la table.
04:21Olivier Faure, il y croyait en tout cas.
04:22Oui, je sais, il y a un mois aussi.
04:26Encore une fois,
04:26je veux bien examiner
04:28tous les scénarios de politique fiction
04:30et j'ai dit clairement
04:31que tout gouvernement
04:32qui s'inscrirait dans la continuité
04:34avec la politique macroniste
04:35nous le censureront.
04:36Mais sincèrement,
04:37si on veut sortir de cette situation,
04:40on ne va pas refaire encore
04:41pendant un an
04:41des gouvernements
04:42qui tombent tous les trois mois
04:44jusqu'à 2027.
04:45Vous n'êtes pas prêt à parler
04:46avec Gabriel Attal, par exemple ?
04:47Mais non, mais parce qu'on n'est pas d'accord.
04:49C'est pas juste parler,
04:50ce n'est pas le sujet.
04:52S'y parler,
04:53c'est avec l'objectif à la fin
04:54de trouver un accord,
04:55de se mettre d'accord
04:56sur une coalition.
04:57Et moi, je refuse absolument
04:59toute forme de coalition
05:00avec les macronistes.
05:01Hier, vous avez ressuscité
05:02le NFP,
05:03le nouveau Front Populaire
05:04qui vous avait enterré
05:05cent fois,
05:05comme les socialistes d'ailleurs.
05:07Il est encore vivant ?
05:08Vous avez encore des choses
05:08à vous dire avec les socialistes
05:09ou pas ?
05:09Là, aujourd'hui, demain ?
05:11Je pense que notre devoir,
05:13quand on a l'année dernière
05:14été élus ensemble,
05:16gagner ensemble
05:17les élections législatives
05:19sur la base d'un programme,
05:20le devoir de toutes celles
05:21et ceux qui ont fait cette démarche
05:22l'année dernière,
05:23c'est de se réunir
05:24pour proposer un chemin
05:26face à la situation de blocage.
05:28Moi, je le souhaite,
05:28mais manifestement,
05:30les socialistes ne le souhaitent pas
05:31puisqu'ils ont dit
05:32qu'il n'était pas question
05:33pour eux de participer
05:34à quelque réunion que ce soit.
05:35Il ne vous a pas échappé,
05:36pardon, Manuel Bompard,
05:37qu'en février dernier,
05:38Jean-Luc Mélenchon
05:38parlait d'une alliance toxique
05:40avec les socialistes
05:41et qu'au mois d'août,
05:42à vos universités d'été,
05:43tout le monde déteste
05:45l'université.
05:45Oui, mais ce n'est pas neutre.
05:47Mais il ne vous a pas échappé,
05:48M. Soto,
05:48que le Parti socialiste,
05:49à six reprises,
05:50n'a pas censuré
05:50le gouvernement de François Bayrou,
05:52qu'un député socialiste
05:53disait de nous
05:54que nous étions des salopards
05:55à la tribune de leur congrès.
05:57Donc, on peut,
05:58si vous voulez...
05:58Mais à un moment,
06:00il faut être capable
06:00de faire face
06:01à la responsabilité
06:02que nécessite aujourd'hui
06:04l'urgence de la situation
06:05du pays.
06:06Donc, moi,
06:07je dis qu'à un moment,
06:08il faut être capable
06:08de cette démarche.
06:10Donc, ce que je vous dis,
06:11c'est qu'en quittant
06:11votre studio tout à l'heure,
06:13à 9h,
06:13nous aurons une réunion.
06:15Dans cette réunion,
06:16il y aura les insoumis,
06:17les écologistes,
06:18si j'ai bien compris,
06:19les communistes
06:20et qu'a priori,
06:21pour l'instant,
06:21les socialistes disent
06:22qu'ils ne souhaitent pas
06:22participer à cette réunion.
06:24Eh bien,
06:24si ça doit être le cas
06:25et s'ils vont au bout
06:26de cette démarche,
06:27ils en assumeront
06:28la responsabilité
06:29devant le pays.
06:29Bon, et si Olivier Faure
06:31était appelé à Matignon,
06:32est-ce que vous pourriez
06:33travailler avec lui ?
06:34Mais j'ai déjà répondu
06:35à cette question.
06:35Il n'est pas question
06:36pour nous, évidemment,
06:37de participer à une grande
06:38coalition avec les macronistes.
06:40Non, mais là,
06:40si c'est une coalition,
06:41si c'est le NFP,
06:42si c'est ce qu'on...
06:42Ah, mais si c'était
06:43le programme du NFP,
06:44un gouvernement du NFP
06:45pour mettre en place
06:46le programme du NFP,
06:47on l'a proposé l'année dernière.
06:48Je n'ai pas de raison
06:48de ne plus être d'accord avec ça.
06:49Mais je pense que
06:50tout le monde a compris
06:51que ce n'est plus la démarche
06:52dans laquelle le Parti Socialiste
06:53s'est engagé.
06:54J'ai entendu hier
06:55sur un plateau de télévision
06:56dire qu'il voulait discuter
06:57avec Gabriel Attal
06:57pour essayer de trouver
06:58les conditions d'un accord.
06:59Je vous l'ai dit,
07:00ce n'est pas mon état d'esprit.
07:02En fait, on a l'impression
07:02que comme avec Barnier,
07:03comme avec Bayrou,
07:04avec Le Cornu,
07:04chacun campe sur ses positions.
07:06Mais justement,
07:08au risque de me répéter,
07:09Thomas Soto,
07:10c'est précisément pour...
07:11Il ne va la comprendre,
07:12décidément.
07:12C'est précisément...
07:13Non, je ne crois pas,
07:13je crois que vous avez bien compris.
07:15C'est précisément pour éviter
07:16qu'on reproduise en permanence
07:17des solutions qui ne fonctionnent pas
07:19que je me permets
07:20avec mes amis de la France Insoumise
07:22d'en mettre une note sur la table.
07:23Et donc de dire,
07:24et elle devrait quand même
07:25interpeller tout le monde,
07:26on est en démocratie.
07:28En démocratie,
07:28quand il y a une situation de blocage,
07:30qu'est-ce que vous voulez faire d'autre
07:31que de rendre la parole
07:32au souverain ?
07:33Et le souverain,
07:33c'est le peuple.
07:34Bon.
07:35Nous sommes le 7 octobre,
07:36Manuel Bompard,
07:37deux ans après le pogrom
07:38commis par le Hamas en Israël
07:39qui a eu une conséquence
07:40chez nous en France,
07:40c'est l'explosion des actes antisémites.
07:42Qu'est-ce que vous avez envie de dire
07:43aux Juifs de France ce matin,
07:45aux Juifs de France
07:46qui parfois sont obligés
07:47de cacher leur nom
07:48sur les boîtes aux lettres,
07:49qui changent leur nom
07:50quand ils commandent une pizza
07:51et des choses comme ça ?
07:52Je leur dis qu'évidemment,
07:53s'ils sont ciblés
07:54en raison de leur appartenance
07:56religieuse ou culturelle,
07:58c'est totalement inacceptable
08:00et que je les soutiens totalement
08:02et que l'antisémitisme,
08:04comme toutes les formes de racisme,
08:05n'ont rien à faire
08:06dans la politique française.
08:08Maintenant, vous faites un lien,
08:09je le comprends,
08:10entre ces deux événements.
08:12Je veux dire aussi
08:13que les Juifs de France...
08:14C'est un lien qui existe.
08:15Évidemment.
08:16Je veux juste dire aussi
08:17que les Juifs de France
08:18ne sont pas comptables
08:20de la politique du gouvernement
08:22de M. Netanyahou
08:23qui, elle, est insupportable
08:24et inacceptable
08:26et qu'il faut la condamner
08:27mais que je n'en rends
08:28évidemment pas responsables
08:30ou comptables,
08:31les Juifs de France
08:32et que si des personnes
08:33dans notre pays le font,
08:34ils se trompent.
08:35Comment apaiser le pays
08:36et retrouver un peu
08:36ce goût du vivre ensemble ?
08:38Vous pensez que c'est encore possible
08:39ou c'est allé trop loin ?
08:40Non, je pense évidemment
08:41que c'est encore possible
08:42et que c'est pour ça
08:43que notre responsabilité
08:44c'est de redonner à ce pays
08:47des perspectives
08:47qui sont des perspectives
08:48d'avenir.
08:50On a des grandes choses à faire.
08:51On peut être
08:51la première nation écologique
08:53du monde,
08:53on peut enfin avoir
08:54des services publics
08:55qui fonctionnent mieux,
08:56on peut investir
08:58dans le numérique,
09:00dans l'économie de la mer,
09:01dans l'espace.
09:02Il y a plein de belles choses
09:03qu'on peut faire ensemble
09:03et c'est pour ça
09:04qu'on ne peut pas se permettre
09:05d'avoir encore un pays
09:06qui est bloqué encore
09:08pendant deux ans.
09:09Il va y avoir des élections
09:09présidentielles en 2027.
09:11Faisons-les maintenant
09:11pour qu'on puisse enfin
09:12reprendre de l'avant.
09:14Merci beaucoup Manuel Bompard
09:15d'être venu sur RTL ce matin.
09:16Il y en a un qui est déjà candidat.
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