00:00Et avant d'entrer dans le débat, posons un peu le décor.
00:07On parle beaucoup de consommation responsable, Thomas,
00:10mais on oublie souvent à quel point le consommateur est sollicité,
00:14responsabilisé, parfois même culpabilisé.
00:17Alors, comment l'aider à faire les bons choix
00:19sans lui faire porter tout le poids de la transition ?
00:22Tu voulais justement revenir sur cette tension
00:25entre responsabilité individuelle et transformation collective.
00:29Oui, et puis déjà, peut-être évoquer le fait que peut-on considérer
00:32que des consommateurs seraient irresponsables dans leurs actes d'achat ?
00:34Je trouve que c'est un peu fort de le dire comme ça,
00:37mais parfois, le comportement de certaines marques peuvent le laisser penser.
00:40J'aimerais évoquer, pour commencer cet édito,
00:42une situation assez intéressante à analyser qui date de 2023,
00:45alors que des hauts dirigeants de Coca-Cola à l'époque
00:48se lancent dans un plaidoyer autour du fait qu'ils n'arrivent pas
00:51à avoir suffisamment de gisements de plastique
00:53pour faire des plastiques, des bouteilles recyclées.
00:56Et à l'époque, ils nous expliquent qu'ils ont deux problèmes,
00:58c'est le fait de vendre suffisamment de bouteilles en plastique pure
01:01pour avoir du gisement de recyclé,
01:03et la collecte, le geste réalisé par les consommateurs
01:06une fois qu'ils ont bu leur boisson,
01:08pour récupérer ensuite ces bouteilles.
01:09Cette séquence, elle est hyper intéressante
01:11parce qu'elle montre bien à quel point, parfois,
01:13les marques jouent un jeu, parfois, je trouve, de dupe
01:15pour rejeter une forme de responsabilité sur des consommateurs
01:19à qui on a mis entre les mains des produits jetables à usage unique.
01:22Alors, ça montre à quel point ces consommateurs, ces consommatrices,
01:25sont mis sous pression très régulièrement à travers leurs comportements.
01:28On leur demande aussi d'essayer de sauver la planète
01:31et de favoriser des conditions sociales des travailleurs qui soient meilleurs
01:35alors que leur pouvoir d'achat reste limité
01:36et que le cadre réglementaire ne favorise pas les offres justes.
01:40Ils sont saturés d'informations, il existe des dizaines,
01:43peut-être même plus de 100 labels généralistes et sectoriels en France.
01:47Difficile donc de s'y retrouver, avec au final un sentiment de culpabilisation
01:51de ces consommateurs qui n'aident pas beaucoup, je pense.
01:53Et alors, justement, est-ce qu'on n'en demande pas trop aux consommateurs
01:56alors que les vraies décisions se prennent en amont
01:58du côté des entreprises et des politiques ?
02:00Alors, peut-être, mais il y a un certain paradoxe entre l'envie et l'action
02:03puisque chaque année, il y a un baromètre intéressant
02:05qui est réalisé par l'ADEME avec le cabinet Greenflex
02:07qui nous dit, par exemple, dans sa dernière édition,
02:09que 7 Français sur 10 déclorent vouloir consommer responsable.
02:13Mais dans les faits, 75% restent principalement guidés
02:17par les prix qu'ils ont en phase 2 lorsqu'ils réalisent leurs actes d'achat.
02:20Certains secteurs semblent en difficulté aussi
02:22pour faire advenir des offres plus vertueuses dans la mode
02:25face à l'émergence de l'ultra-fast fashion.
02:27Je pense qu'on en parlera un petit peu aujourd'hui.
02:29Dans le numérique, où l'obsolescence programmée s'est largement installée.
02:33Dans l'alimentaire, évidemment, où le bio a connu des années difficiles,
02:36même s'il semblerait qu'il y a un rebond qui émerge en ce moment,
02:39résultat, on veut bien faire, mais souvent, on achète mal.
02:41Est-ce qu'on peut vraiment parler de choix éclairés
02:44quand le budget reste le premier critère d'achat ?
02:46Au-delà du budget, il faut aussi évoquer le poids du marketing.
02:49Dans tout ça, l'autorité de régulation de la publicité
02:52nous dit qu'un Français est exposé entre 1 200 et 2 000 fois par jour
02:55à des messages publicitaires.
02:56Imaginez la pression que cela fait peser sur les comportements d'achat
02:59avec des messages qui poussent à consommer plus, plus vite,
03:02plus jetables et souvent des choses qui pourraient sans doute être jamais fabriquées.
03:08Par-dessus ça, des pratiques parfois dites de greenwashing vont aussi brouiller le message
03:12et les comportements en repeignant en verre des produits et des services
03:17qui bien souvent abîment le vivant.
03:18Finalement, est-ce que le marketing ne finit pas par gâcher tous les efforts de pédagogie
03:23en créant de faux besoins et en masquant les vrais points ?
03:26Alors peut-être, l'information est évidemment nécessaire,
03:28on l'évoquera aussi, un vrai levier pour réussir à transformer les offres
03:33étant évidemment aussi la régulation.
03:35On l'a vu d'ailleurs ces dernières années avec la loi AJEC par exemple
03:37sur le volet de l'économie circulaire, avec les indices de réparabilité
03:42qui deviennent obligatoires, ou avec ce jour même le lancement
03:45d'un affichage environnemental des vêtements lancés par l'État
03:50pour des marques volontaires, sans doute donc que celles qui le feront
03:52sont celles qui auront un bon score à travers leurs pratiques.
03:55Néanmoins, ça permet de commencer à initier un mouvement.
03:57Alors, responsabiliser l'individu ou réguler les entreprises ?
04:00On l'a dit donc, les deux sont nécessaires, même s'il faudra sûrement définir des priorités.
04:03J'aimerais surtout terminer en disant, au-delà du marketing,
04:06du cadre réglementaire et du pouvoir d'achat,
04:09j'aimerais terminer en détournant un slogan publicitaire bien connu.
04:12Je pense qu'il vous dira quelque chose à toutes et tous
04:14qui dit le vrai prix des bonnes choses.
04:17Et je voudrais le détourner parce que ce slogan vraiment me percute au plus haut point,
04:20m'agace d'ailleurs, parce que je pense qu'en réalité,
04:22il serait temps qu'on paye le vrai prix des mauvaises choses.
04:24C'est-à-dire ces choses qui génèrent des externalités absolument atroces
04:27en matière environnementale et sociale,
04:29mais qui ne se retrouvent jamais dans le prix en rayon.
04:31Tout ça, c'est un coût pour la collectivité
04:32et il serait temps qu'on puisse bien plus facilement le percevoir
04:36pour que chacune et chacun, dans nos actes d'achat,
04:38on consomme en conscience.
04:40Merci Thomas.
04:41Je me tourne vers vous, chers invités.
04:43Désormais, si on ne fait rien,
04:45qu'est-ce que ça nous coûte collectivement demain ?
04:48Mathieu, vous le voyez, au quotidien,
04:50ne pas accompagner les agriculteurs dans cette transition,
04:53s'est risqué de payer beaucoup plus cher à terme ?
04:57C'est ça.
04:57On parle souvent du coût de l'inaction
04:59qui est, je pense, très visible dans l'agriculture aujourd'hui.
05:04En fait, on a une véritable stagnation des rendements
05:08ces dernières années.
05:09Depuis, si on regarde juste sur le blé,
05:11depuis les années 2000, finalement,
05:14les rendements ont stagné
05:16et on rencontre des épisodes climatiques
05:20deux fois plus fréquents
05:22qu'avant les années 2000.
05:24Donc ça s'est accéléré.
05:25En fait, c'est vraiment un constat
05:27qui est partagé par tout le monde,
05:29tous les acteurs du monde agricole
05:31et en premier lieu par les agriculteurs
05:33qui sont en fait très largement concernés
05:36par ces menaces climatiques
05:39qui sont de plus en plus fréquentes
05:40et concernés par la viabilité, finalement,
05:42de leur propre activité.
05:44Et face à cet effondrement de la biodiversité,
05:48ces allées à climatique,
05:49on a des agriculteurs qui sont aussi ouverts pour changer.
05:53Il y avait une étude qui est sortie récemment
05:55par The Shift Project,
05:57dont le président est Jean-Marc Jancovici,
05:59qui dit que 93% des agriculteurs
06:01sont aujourd'hui prêts à faire évoluer leurs pratiques,
06:04mais ils demandent un soutien financier
06:07pour être accompagnés dans ce changement.
06:09Victoire, elle est ici à vos échelles respectives
06:11sur l'inexion ?
06:13Je pense qu'en effet,
06:14il y a plusieurs risques à ne rien faire.
06:16Déjà, il y a un risque environnemental évident.
06:18Par exemple, 80% de l'empreinte environnementale
06:21d'un smartphone se fait au moment de sa fabrication.
06:24Donc, plus on renouvelle
06:25et plus on a un impact très fort
06:27en termes non seulement de déchets,
06:29ce qui est peut-être le plus visible,
06:30mais aussi en termes de fabrication de matières,
06:33d'extraction, de pollution.
06:34Donc, l'impact environnemental, il est évident
06:36et on ne peut plus se le permettre.
06:38L'impact, il est aussi social,
06:39parce que si on continue sur cette voie,
06:42il y a quand même une grande colère
06:43face à l'obsolescence prématurée des produits,
06:46un gaspillage, un écœurement
06:48qui vient des consommateurs
06:50et qui est assez légitime.
06:51Mais il est aussi économique,
06:52parce que c'est une question de souveraineté,
06:55de voir les entreprises françaises,
06:57comment elles se positionnent
06:58et comment elles font face à une concurrence,
07:01face à des marques qui peuvent vendre
07:02vendre des choses très peu chères,
07:04très peu qualitatives,
07:06là où parfois il y avait une culture
07:07de la réparation, par exemple,
07:08sur les voitures, sur plein d'autres choses.
07:11Et il y a vraiment une question de posture.
07:14Il y a des entreprises françaises
07:15qui peuvent être pionnières,
07:16qui peuvent se démarquer des autres
07:18grâce à la durabilité,
07:19à la réparabilité, à des bonnes pratiques.
07:21Et si elles ne prennent pas le pas,
07:23elles risquent tout simplement
07:24de s'effondrer et de couler
07:25face à des compétiteurs
07:27qui sont à l'échelle internationale
07:28sans aucune règle
07:30et beaucoup moins disante.
07:31– Absolument, et je vais compléter
07:34sur le dernier argument
07:35que je trouve très juste
07:36et qui n'est peut-être pas celui
07:36où on nous attend aujourd'hui en premier.
07:39C'est l'argument économique
07:40en prenant l'exemple le plus caricatural
07:42qui est celui de l'ultra-fast fashion
07:43qu'on a mentionné.
07:44En fait, aujourd'hui, pour moi,
07:45il semble fondamental
07:46que le citoyen comprenne le lien
07:49entre son pouvoir d'achat
07:51qui est dilapidé,
07:53l'inflation dans notre État,
07:54la crise qu'on traverse
07:55et la concurrence de marques
07:57ultra déloyales comme Chine et Temu,
07:59qui sont pour autant les premiers pôles
08:01de consommation des Français
08:02en matière textile.
08:03Il y a plus de 23% de la population
08:04qui consomme ces marques-là
08:05et c'est le premier site e-commerce visité.
08:09Et en fait, ce sont des entreprises
08:10qui non seulement ont des croissances
08:12et font des bénéfices qui sont pharaoniques,
08:15mais qui ne jouent pas les mêmes règles
08:16du jeu que nos entreprises.
08:17Ne payent pas leurs impôts en France,
08:19fraude à la TVA,
08:20fraude en termes de contrôle sanitaire
08:23et de qualité des produits.
08:24Donc non seulement on s'appauvrit
08:25quand on achète ça,
08:26donc on dépense de l'argent
08:27qu'on jette finalement.
08:29On n'investit pas dans un produit de qualité
08:30qui va être pérenne,
08:32qu'on va pouvoir faire réparer,
08:32revendre, etc.,
08:33qui va avoir une valeur
08:34qui va se perpétuer.
08:36D'une part,
08:37donc à titre individuel
08:38et à titre collectif,
08:39on met en souffrance
08:40des dizaines,
08:41des centaines de marques
08:42qui ferment
08:43et qui mettent toute la clé
08:44sous la porte.
08:44Donc ça veut dire
08:45qu'on tue aussi nos centres-villes,
08:47les commerces de proximité,
08:48que des boîtes
08:49qui employaient cent
08:50ou plusieurs milliers de personnes
08:51finalement les licencient.
08:54et donc c'est un château de cartes
08:55économique qui s'effondre
08:57et il y a un risque pour moi
08:58d'inaction économique
09:00qui est majeur
09:00si on décide
09:02à minima de se défendre
09:04et sinon de ne pas attaquer,
09:06ce qui me semble être
09:07la chose à faire maintenant.
09:08La semaine dernière,
09:09il y a eu un cas très intéressant
09:10dans cette industrie justement
09:11d'un acteur
09:12qui ne va pas très bien économiquement,
09:14il s'appelle Pinky,
09:14qui a décidé de s'associer à Chine
09:16pour revendre sur sa plateforme
09:17ses produits.
09:18Ça a eu une vertu,
09:19c'est que toute l'industrie
09:20s'est unifiée autour de l'idée
09:21qu'il ne fallait surtout pas
09:22pactiser avec Chine
09:23et donc peut-être que parfois aussi
09:25des comportements de marques
09:26qui continuent de choisir
09:28une voie exclusivement économique
09:29au détriment d'autres causes
09:30se retrouvant en fait
09:32très isolés
09:32et peut-être encore
09:33plus sensibles
09:35à des évolutions sectorielles
09:36qui leur coûteront cher.
09:38On en garde un peu sous le pied
09:39pour la suite,
09:40chers amis.
09:41C'est l'heure du pour ou contre.
09:41Sous-titrage Société Radio-Canada
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