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  • il y a 4 mois
Les consommateurs sont irresponsables vis-à-vis de la planète et des humains. Selon Thomas Breuzard, ce sont les discours de certaines marques. Ce qu’il dénonce, alors que selon un baromètre de l’ADEME et du cabinet GreenFlex, sept Français sur 10 déclarent vouloir consommer responsables, mais que 75 % d’entre eux restent guidés par les prix.

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Transcription
00:00Et avant d'entrer dans le débat, posons un peu le décor.
00:07On parle beaucoup de consommation responsable, Thomas,
00:10mais on oublie souvent à quel point le consommateur est sollicité,
00:14responsabilisé, parfois même culpabilisé.
00:17Alors, comment l'aider à faire les bons choix
00:19sans lui faire porter tout le poids de la transition ?
00:22Tu voulais justement revenir sur cette tension
00:25entre responsabilité individuelle et transformation collective.
00:29Oui, et puis déjà, peut-être évoquer le fait que peut-on considérer
00:32que des consommateurs seraient irresponsables dans leurs actes d'achat ?
00:34Je trouve que c'est un peu fort de le dire comme ça,
00:37mais parfois, le comportement de certaines marques peuvent le laisser penser.
00:40J'aimerais évoquer, pour commencer cet édito,
00:42une situation assez intéressante à analyser qui date de 2023,
00:45alors que des hauts dirigeants de Coca-Cola à l'époque
00:48se lancent dans un plaidoyer autour du fait qu'ils n'arrivent pas
00:51à avoir suffisamment de gisements de plastique
00:53pour faire des plastiques, des bouteilles recyclées.
00:56Et à l'époque, ils nous expliquent qu'ils ont deux problèmes,
00:58c'est le fait de vendre suffisamment de bouteilles en plastique pure
01:01pour avoir du gisement de recyclé,
01:03et la collecte, le geste réalisé par les consommateurs
01:06une fois qu'ils ont bu leur boisson,
01:08pour récupérer ensuite ces bouteilles.
01:09Cette séquence, elle est hyper intéressante
01:11parce qu'elle montre bien à quel point, parfois,
01:13les marques jouent un jeu, parfois, je trouve, de dupe
01:15pour rejeter une forme de responsabilité sur des consommateurs
01:19à qui on a mis entre les mains des produits jetables à usage unique.
01:22Alors, ça montre à quel point ces consommateurs, ces consommatrices,
01:25sont mis sous pression très régulièrement à travers leurs comportements.
01:28On leur demande aussi d'essayer de sauver la planète
01:31et de favoriser des conditions sociales des travailleurs qui soient meilleurs
01:35alors que leur pouvoir d'achat reste limité
01:36et que le cadre réglementaire ne favorise pas les offres justes.
01:40Ils sont saturés d'informations, il existe des dizaines,
01:43peut-être même plus de 100 labels généralistes et sectoriels en France.
01:47Difficile donc de s'y retrouver, avec au final un sentiment de culpabilisation
01:51de ces consommateurs qui n'aident pas beaucoup, je pense.
01:53Et alors, justement, est-ce qu'on n'en demande pas trop aux consommateurs
01:56alors que les vraies décisions se prennent en amont
01:58du côté des entreprises et des politiques ?
02:00Alors, peut-être, mais il y a un certain paradoxe entre l'envie et l'action
02:03puisque chaque année, il y a un baromètre intéressant
02:05qui est réalisé par l'ADEME avec le cabinet Greenflex
02:07qui nous dit, par exemple, dans sa dernière édition,
02:09que 7 Français sur 10 déclorent vouloir consommer responsable.
02:13Mais dans les faits, 75% restent principalement guidés
02:17par les prix qu'ils ont en phase 2 lorsqu'ils réalisent leurs actes d'achat.
02:20Certains secteurs semblent en difficulté aussi
02:22pour faire advenir des offres plus vertueuses dans la mode
02:25face à l'émergence de l'ultra-fast fashion.
02:27Je pense qu'on en parlera un petit peu aujourd'hui.
02:29Dans le numérique, où l'obsolescence programmée s'est largement installée.
02:33Dans l'alimentaire, évidemment, où le bio a connu des années difficiles,
02:36même s'il semblerait qu'il y a un rebond qui émerge en ce moment,
02:39résultat, on veut bien faire, mais souvent, on achète mal.
02:41Est-ce qu'on peut vraiment parler de choix éclairés
02:44quand le budget reste le premier critère d'achat ?
02:46Au-delà du budget, il faut aussi évoquer le poids du marketing.
02:49Dans tout ça, l'autorité de régulation de la publicité
02:52nous dit qu'un Français est exposé entre 1 200 et 2 000 fois par jour
02:55à des messages publicitaires.
02:56Imaginez la pression que cela fait peser sur les comportements d'achat
02:59avec des messages qui poussent à consommer plus, plus vite,
03:02plus jetables et souvent des choses qui pourraient sans doute être jamais fabriquées.
03:08Par-dessus ça, des pratiques parfois dites de greenwashing vont aussi brouiller le message
03:12et les comportements en repeignant en verre des produits et des services
03:17qui bien souvent abîment le vivant.
03:18Finalement, est-ce que le marketing ne finit pas par gâcher tous les efforts de pédagogie
03:23en créant de faux besoins et en masquant les vrais points ?
03:26Alors peut-être, l'information est évidemment nécessaire,
03:28on l'évoquera aussi, un vrai levier pour réussir à transformer les offres
03:33étant évidemment aussi la régulation.
03:35On l'a vu d'ailleurs ces dernières années avec la loi AJEC par exemple
03:37sur le volet de l'économie circulaire, avec les indices de réparabilité
03:42qui deviennent obligatoires, ou avec ce jour même le lancement
03:45d'un affichage environnemental des vêtements lancés par l'État
03:50pour des marques volontaires, sans doute donc que celles qui le feront
03:52sont celles qui auront un bon score à travers leurs pratiques.
03:55Néanmoins, ça permet de commencer à initier un mouvement.
03:57Alors, responsabiliser l'individu ou réguler les entreprises ?
04:00On l'a dit donc, les deux sont nécessaires, même s'il faudra sûrement définir des priorités.
04:03J'aimerais surtout terminer en disant, au-delà du marketing,
04:06du cadre réglementaire et du pouvoir d'achat,
04:09j'aimerais terminer en détournant un slogan publicitaire bien connu.
04:12Je pense qu'il vous dira quelque chose à toutes et tous
04:14qui dit le vrai prix des bonnes choses.
04:17Et je voudrais le détourner parce que ce slogan vraiment me percute au plus haut point,
04:20m'agace d'ailleurs, parce que je pense qu'en réalité,
04:22il serait temps qu'on paye le vrai prix des mauvaises choses.
04:24C'est-à-dire ces choses qui génèrent des externalités absolument atroces
04:27en matière environnementale et sociale,
04:29mais qui ne se retrouvent jamais dans le prix en rayon.
04:31Tout ça, c'est un coût pour la collectivité
04:32et il serait temps qu'on puisse bien plus facilement le percevoir
04:36pour que chacune et chacun, dans nos actes d'achat,
04:38on consomme en conscience.
04:40Merci Thomas.
04:41Je me tourne vers vous, chers invités.
04:43Désormais, si on ne fait rien,
04:45qu'est-ce que ça nous coûte collectivement demain ?
04:48Mathieu, vous le voyez, au quotidien,
04:50ne pas accompagner les agriculteurs dans cette transition,
04:53s'est risqué de payer beaucoup plus cher à terme ?
04:57C'est ça.
04:57On parle souvent du coût de l'inaction
04:59qui est, je pense, très visible dans l'agriculture aujourd'hui.
05:04En fait, on a une véritable stagnation des rendements
05:08ces dernières années.
05:09Depuis, si on regarde juste sur le blé,
05:11depuis les années 2000, finalement,
05:14les rendements ont stagné
05:16et on rencontre des épisodes climatiques
05:20deux fois plus fréquents
05:22qu'avant les années 2000.
05:24Donc ça s'est accéléré.
05:25En fait, c'est vraiment un constat
05:27qui est partagé par tout le monde,
05:29tous les acteurs du monde agricole
05:31et en premier lieu par les agriculteurs
05:33qui sont en fait très largement concernés
05:36par ces menaces climatiques
05:39qui sont de plus en plus fréquentes
05:40et concernés par la viabilité, finalement,
05:42de leur propre activité.
05:44Et face à cet effondrement de la biodiversité,
05:48ces allées à climatique,
05:49on a des agriculteurs qui sont aussi ouverts pour changer.
05:53Il y avait une étude qui est sortie récemment
05:55par The Shift Project,
05:57dont le président est Jean-Marc Jancovici,
05:59qui dit que 93% des agriculteurs
06:01sont aujourd'hui prêts à faire évoluer leurs pratiques,
06:04mais ils demandent un soutien financier
06:07pour être accompagnés dans ce changement.
06:09Victoire, elle est ici à vos échelles respectives
06:11sur l'inexion ?
06:13Je pense qu'en effet,
06:14il y a plusieurs risques à ne rien faire.
06:16Déjà, il y a un risque environnemental évident.
06:18Par exemple, 80% de l'empreinte environnementale
06:21d'un smartphone se fait au moment de sa fabrication.
06:24Donc, plus on renouvelle
06:25et plus on a un impact très fort
06:27en termes non seulement de déchets,
06:29ce qui est peut-être le plus visible,
06:30mais aussi en termes de fabrication de matières,
06:33d'extraction, de pollution.
06:34Donc, l'impact environnemental, il est évident
06:36et on ne peut plus se le permettre.
06:38L'impact, il est aussi social,
06:39parce que si on continue sur cette voie,
06:42il y a quand même une grande colère
06:43face à l'obsolescence prématurée des produits,
06:46un gaspillage, un écœurement
06:48qui vient des consommateurs
06:50et qui est assez légitime.
06:51Mais il est aussi économique,
06:52parce que c'est une question de souveraineté,
06:55de voir les entreprises françaises,
06:57comment elles se positionnent
06:58et comment elles font face à une concurrence,
07:01face à des marques qui peuvent vendre
07:02vendre des choses très peu chères,
07:04très peu qualitatives,
07:06là où parfois il y avait une culture
07:07de la réparation, par exemple,
07:08sur les voitures, sur plein d'autres choses.
07:11Et il y a vraiment une question de posture.
07:14Il y a des entreprises françaises
07:15qui peuvent être pionnières,
07:16qui peuvent se démarquer des autres
07:18grâce à la durabilité,
07:19à la réparabilité, à des bonnes pratiques.
07:21Et si elles ne prennent pas le pas,
07:23elles risquent tout simplement
07:24de s'effondrer et de couler
07:25face à des compétiteurs
07:27qui sont à l'échelle internationale
07:28sans aucune règle
07:30et beaucoup moins disante.
07:31– Absolument, et je vais compléter
07:34sur le dernier argument
07:35que je trouve très juste
07:36et qui n'est peut-être pas celui
07:36où on nous attend aujourd'hui en premier.
07:39C'est l'argument économique
07:40en prenant l'exemple le plus caricatural
07:42qui est celui de l'ultra-fast fashion
07:43qu'on a mentionné.
07:44En fait, aujourd'hui, pour moi,
07:45il semble fondamental
07:46que le citoyen comprenne le lien
07:49entre son pouvoir d'achat
07:51qui est dilapidé,
07:53l'inflation dans notre État,
07:54la crise qu'on traverse
07:55et la concurrence de marques
07:57ultra déloyales comme Chine et Temu,
07:59qui sont pour autant les premiers pôles
08:01de consommation des Français
08:02en matière textile.
08:03Il y a plus de 23% de la population
08:04qui consomme ces marques-là
08:05et c'est le premier site e-commerce visité.
08:09Et en fait, ce sont des entreprises
08:10qui non seulement ont des croissances
08:12et font des bénéfices qui sont pharaoniques,
08:15mais qui ne jouent pas les mêmes règles
08:16du jeu que nos entreprises.
08:17Ne payent pas leurs impôts en France,
08:19fraude à la TVA,
08:20fraude en termes de contrôle sanitaire
08:23et de qualité des produits.
08:24Donc non seulement on s'appauvrit
08:25quand on achète ça,
08:26donc on dépense de l'argent
08:27qu'on jette finalement.
08:29On n'investit pas dans un produit de qualité
08:30qui va être pérenne,
08:32qu'on va pouvoir faire réparer,
08:32revendre, etc.,
08:33qui va avoir une valeur
08:34qui va se perpétuer.
08:36D'une part,
08:37donc à titre individuel
08:38et à titre collectif,
08:39on met en souffrance
08:40des dizaines,
08:41des centaines de marques
08:42qui ferment
08:43et qui mettent toute la clé
08:44sous la porte.
08:44Donc ça veut dire
08:45qu'on tue aussi nos centres-villes,
08:47les commerces de proximité,
08:48que des boîtes
08:49qui employaient cent
08:50ou plusieurs milliers de personnes
08:51finalement les licencient.
08:54et donc c'est un château de cartes
08:55économique qui s'effondre
08:57et il y a un risque pour moi
08:58d'inaction économique
09:00qui est majeur
09:00si on décide
09:02à minima de se défendre
09:04et sinon de ne pas attaquer,
09:06ce qui me semble être
09:07la chose à faire maintenant.
09:08La semaine dernière,
09:09il y a eu un cas très intéressant
09:10dans cette industrie justement
09:11d'un acteur
09:12qui ne va pas très bien économiquement,
09:14il s'appelle Pinky,
09:14qui a décidé de s'associer à Chine
09:16pour revendre sur sa plateforme
09:17ses produits.
09:18Ça a eu une vertu,
09:19c'est que toute l'industrie
09:20s'est unifiée autour de l'idée
09:21qu'il ne fallait surtout pas
09:22pactiser avec Chine
09:23et donc peut-être que parfois aussi
09:25des comportements de marques
09:26qui continuent de choisir
09:28une voie exclusivement économique
09:29au détriment d'autres causes
09:30se retrouvant en fait
09:32très isolés
09:32et peut-être encore
09:33plus sensibles
09:35à des évolutions sectorielles
09:36qui leur coûteront cher.
09:38On en garde un peu sous le pied
09:39pour la suite,
09:40chers amis.
09:41C'est l'heure du pour ou contre.
09:41Sous-titrage Société Radio-Canada
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