- il y a 9 mois
Les risques climatiques sont de plus en plus importants pour les entreprises. Les cartographier devient essentiel pour les anticiper et garantir la pérennité des sociétés. Axa Climate et Nexicap Partners développent des outils pour répondre à ce besoin.
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00:00C'est le débat de ce Smart Impact, on parle risque climatique, l'importance de les quantifier pour les entreprises avec Johanna Thirbach, bonjour.
00:13Bonjour.
00:14Bienvenue, vous êtes directrice ESG chez NaxiCap Partners.
00:19Théophile Beloir, bonsoir et bienvenue.
00:21Vous êtes directeur de la plateforme Altitude au sein d'Axa Climate.
00:24On va commencer par des petites questions de présentation.
00:27NaxiCap Partners, c'est quoi ?
00:29NaxiCap Partners, c'est une société de gestion qui investit dans des PME non cotées.
00:36On fait partie du groupe BPCE, Banque Populaire Caisse d'Épargne, et on investit en capital investissement, le private equity, dans des PME et des ETI, principalement européennes et majoritairement en France.
00:49Et on verra comment vous travaillez sur ces questions de risque climatique en entreprise.
00:55Cette plateforme Altitude, de quoi on parle ? On a déjà reçu plusieurs fois des représentants d'Axa Climate ici.
01:01C'est quoi cette plateforme ?
01:02Altitude, c'est un outil à destination des entreprises, à destination des investisseurs en private equity, pour leur permettre de prendre en compte le changement climatique.
01:09On vient utiliser la donnée, la capacité de modéliser du risque qu'on a chez Axa et Axa Climate en tant qu'assureurs.
01:14Et on met ça à disposition de décideurs, d'investisseurs, pour que leur décision soit faite à la lumière de ce qu'on sait modéliser et projeter en termes de risque.
01:21Elle a été lancée il y a 2-3 ans ?
01:23Ça fait exactement 3 ans.
01:25Septembre 2022. C'est quoi ? C'est un outil en ligne en fait ?
01:27On est complètement sur un outil en ligne, une plateforme.
01:29L'idée, c'est vraiment de dire comment je rends autonome demain les utilisateurs qui vont pouvoir se connecter, renseigner quelques informations.
01:36Je regarde une entreprise de tel secteur à telle localisation. Quels sont les risques ? Qu'est-ce que je dois savoir ?
01:42Et puis, une fois que je sais ça, qu'est-ce que je fais de cette information-là ? Comment est-ce que je m'adapte ? Comment est-ce que je creuse ?
01:47De quels risques climatiques on parle ? Et quand on parle d'entreprise, évidemment, pas de risques climatiques en général.
01:54On va regarder tous les risques qui peuvent impacter l'activité de l'entreprise, donc créer des disruptions dans leur chaîne de valeur, dans leur capacité à délivrer un produit ou un service.
02:06Donc, ça va être des enjeux de changement d'événements climatiques extrêmes.
02:12Par exemple, en cas de forte chaleur, les salariés ne peuvent très bien se retrouver dans des situations où ils ne seront plus en capacité à travailler.
02:21Donc, ça, ça va être un exemple de risque physique. En cas d'inondation aussi, autre exemple de risque physique.
02:26Et on va aussi parler des risques de transition, c'est-à-dire les évolutions dans l'univers des entreprises, dans leur écosystème, qui vont venir changer les habitudes.
02:38Donc, les évolutions réglementaires, les évolutions de préférence des consommateurs.
02:44Voilà, ça, c'est l'ensemble des risques liés au changement climatique.
02:47Il y a des risques. Alors, effectivement, ce qui est intéressant dans ce que vous nous dites, c'est qu'il y a les événements extrêmes et puis il y a les évolutions plus lentes.
02:57Les deux sont intégrés, finalement, à l'anticipation du risque ?
03:01Oui, exactement. Et en fait, on a vraiment cet enjeu à la fois des événements extrêmes qui sont à risque aujourd'hui, mais aussi demain.
03:06On se dit les inondations d'aujourd'hui, à quoi ressemble l'oriental demain ?
03:09Et puis, effectivement, il y a tout ce qui va être ce qu'on appelle les risques chroniques, mais c'est la raréfaction de la ressource en eau, c'est des températures futures un peu plus élevées.
03:19Il y a des exemples, quand on construit des centrales photovoltaïques, par exemple, on sait que chaque degré supplémentaire en moyenne, c'est 0,5 à 1% de rendement en moins pour une centrale.
03:27Qu'en fait, je construis sur 20 ans une infrastructure, comment est-ce que je suis capable de regarder pour se dire, en fait, j'ai peut-être 3, 4, 5, 6% de moins de rendement lié à l'augmentation des températures, lié au changement aussi de la ressource renouvelable.
03:41On l'a eu, il y a des éoliennes, vraiment des parcs éoliens, on fait moins 10% de production par rapport à ce qu'on avait estimé, simplement parce que changement de régime de vent.
03:47Est-ce que, Johanna, on a tendance d'abord à voir, alors là, c'est mon réflexe au journaliste, mais les événements les plus spectaculaires, ceux qui, justement, vont faire la une de l'actualité parce qu'il y a une inondation ou alors un typhon dans un pays, etc.,
04:00ou est-ce que les entreprises, quand même, ont plus de facilité, au contraire, à travailler sur le temps long en se disant, bon, ben voilà, moi, je vais créer ma boîte à Perpignan, je sais que mes ressources en eau, ça va être une vraie question à se poser ?
04:14Alors, il y a les deux, bien entendu. Dans un premier temps, ce qui saute aux yeux, c'est les événements un peu intenses qui vont permettre, quelque part, d'avoir une vraie prise de conscience
04:23et de se dire, ben en fait, il faut que j'anticipe parce que je ne peux pas juste me permettre, quand il y a une vague de chaleur à un instant T, de dire, ben tiens, je vais mettre un bloc de climatisation
04:32et puis on verra un peu au fur et à mesure. Dans une logique d'entreprise et d'anticipation des coûts aussi, de gestion vraiment de ces investissements, on a besoin de voir sur le temps long
04:43et de se dire, ben je sais qu'il va y avoir une augmentation des vagues de chaleur dans certaines zones du sud de la France, du sud de l'Europe également,
04:51et voir une remontée un peu des vagues de chaleur progressivement sur l'ensemble du territoire.
04:56Et donc, les outils comme Altitude permettent d'identifier où sont ces risques physiques et de cibler sur les usines de fabrication,
05:07sur les lieux de stockage qui vont être de plus en plus soumis à des événements, inondations, chaleurs, etc.
05:14Alors, on a commencé à y répondre, mais pourquoi c'est essentiel de les cartographier et de les anticiper ?
05:20Et à quel point ça rentre dans, ou c'est déjà rentré dans la stratégie de vos clients ?
05:26Ou est-ce qu'il faut encore évangéliser ? Vous voyez ce que je veux dire ?
05:29Là, on a vu sur les 3-4 dernières années, c'est vraiment rentré dans la stratégie, puisque de plus en plus d'entreprises ont pris, en fait, ont souffert d'impact climatique,
05:38ça a eu un impact sur leur PNL, on a une perte, et donc on se dit, très bien, en fait, quel est peut-être le angle mort que j'ai,
05:45et tous ces risques que je n'ai pas mesurés ? La difficulté, et là où les entreprises ont bien compris que c'était un enjeu qui n'était pas si simple,
05:51c'est qu'il y a les risques directs, mon usine est inondée, mais ce qu'on a vu à Valence, c'est mon usine n'a pas été inondée super,
05:57mais en fait, 20% de mes salariés ne peuvent plus mettre leurs enfants à la crèche ou à l'école, et donc ne viennent pas travailler,
06:01mes fournisseurs n'accèdent plus à mon usine, et donc je suis à l'arrêt.
06:04Et c'est cette part d'exploitation qui est très colossale, et donc on le voit aujourd'hui, tous les investisseurs,
06:08quand ils regardent une entreprise, vont s'assurer qu'effectivement, les revenus et les coûts de cette entreprise sont maîtrisés
06:14d'un point de vue climatique, et les entreprises elles-mêmes.
06:17Je crois qu'avec NaxiCab, vous avez joué un rôle important dans la mise en place de cette plateforme.
06:24On en discutait tout à l'heure, on a été apparemment le premier client à signer, à souscrire.
06:30Alors, je veux bien savoir pourquoi vous en aviez à ce point besoin ?
06:33Intuitivement, je le comprends, mais je veux bien que vous m'expliquiez.
06:35C'est vrai que je n'ai pas forcément réexpliqué, mais NaxiCab est un acteur de l'investissement responsable,
06:40engagé depuis plusieurs années.
06:43On est également challengé de toutes parts par nos investisseurs, qui sont nos clients.
06:49On est challengé par les régulateurs, qui nous demandent de faire de plus en plus attention à ces enjeux.
06:54Et on se remet compte, de façon opérationnelle, que les entreprises dans lesquelles on investit font face à ces risques.
06:59On a eu des cas d'inondations, on a eu des cas de fortes chaleurs.
07:04Donc, pour nous, c'est juste une question de stratégie financière, de rendement et de résilience des opérations.
07:16Quand on regarde un investissement, on va valoriser l'entreprise avec trois critères,
07:22qui vont être déjà les résultats de l'entreprise.
07:25Le multiple, qui est basé sur toute la capacité de l'entreprise à gérer ses risques et à délivrer la promesse attendue.
07:33Et la dette.
07:34Et donc, sur ces trois facteurs de résultats multiples et dette, les enjeux climatiques ont un impact.
07:42Votre plateforme, elle intègre…
07:46Comment je peux poser la question ?
07:48J'imagine que les analyses sont aussi sectorielles en fonction de l'activité des entreprises.
07:54Il n'y a pas la même réponse si on est dans l'agroalimentaire ou dans l'industrie lourde.
07:58C'est l'évidence, mais je pense que ça s'écoute.
08:00Le secteur va jouer et la typologie de l'actif aussi.
08:02Je suis dans l'agroalimentaire, mais ce que je regarde, un entrepôt, une usine de production, le champ d'un producteur,
08:08on va évidemment avoir une analyse également différente.
08:10Et on va même plus loin.
08:11C'est simplement dire « J'ai une usine à tel endroit, quelles sont les vagues de chaleur, les feux de forêt, les inondations futures ? »
08:16C'est une information qui est certes intéressante, mais une fois qu'on s'est dit « Ah, zut, le risque d'inondation,
08:21je passe de une chance sur 100 à une chance sur 50. »
08:23Et alors, qu'est-ce que je fais de ça ?
08:25Est-ce que j'appelle mon assureur ou est-ce qu'en fait, il le sait déjà et s'est déjà pris en compte ?
08:28Donc, il y a un peu ce « so what ».
08:29Et c'est là où la plateforme Altitude, elle va plus loin.
08:32C'est que dès lors qu'on sait à qui on s'adresse, je m'adresse à l'investisseur.
08:35Donc, je vais dire « Voilà le risque pour l'entreprise, voilà ton risque pour toi en tant qu'investisseur
08:38et voilà ce que tu dois faire de cette information-là. »
08:40La discussion que tu dois avoir avec la participation, la discussion que tu dois avoir avec tes conseils.
08:45Et donc, on va essayer d'aller toujours beaucoup plus loin dans cette recommandation liée au secteur
08:49et liée au métier de l'utilisateur qui est sur la plateforme Altitude.
08:52Est-ce que, alors c'est une question générale sur le monde de l'assurance,
08:55mais il y a aussi des villes qui ont de plus en plus de mal à s'assurer,
09:01peut-être aussi des entreprises qui voient leur prime d'assurance augmenter.
09:05C'est presque le modèle économique du secteur qui est questionné.
09:08Est-ce que vous, vous créez AXA Climate et vous créez ces outils pour continuer d'exister ?
09:14D'une certaine façon, vous voyez ce que je veux dire ?
09:16Pour que le monde de l'assurance continue de jouer son rôle dans nos sociétés et dans nos économies.
09:24Altitude, ce qu'on vient faire, c'est projeter les primes d'assurance éternellement.
09:28Vous voyez ce que je veux dire ?
09:29Non.
09:29Et en fait, l'enjeu qu'on a à nous, Altitude, c'est d'éclairer les clients,
09:34qui ne sont d'ailleurs pas forcément des clients assurés AXA,
09:37sur quels seront leurs risques dans 5 ans, dans 10 ans, dans 20 ans.
09:40Et cette capacité-là, c'est qu'eux prennent des bonnes décisions
09:43pour que dans 10 ans, la discussion qu'ils ont avec leurs assureurs
09:46soit une discussion qui leur permette de s'assurer à un prix qui soit cohérent
09:49pour eux et pour leur business model.
09:52Et tout cet enjeu, les assureurs continueront de vouloir vendre des polices d'assurance.
09:56Simplement, ils iront, pour un volume de capacité limité,
10:00vers les entreprises les plus résilientes,
10:02celles qui gèrent le mieux leurs risques,
10:03de la même façon que si vous assurez votre voiture.
10:06Si vous êtes un bon ou un mauvais conducteur, vous n'avez pas le même tarif.
10:08L'entreprise qui gère bien ses risques climatiques
10:10ou qui ne gère pas ses risques climatiques
10:12n'aura pas demain le même tarif d'assurance.
10:14Est-ce qu'il y a des leçons à tirer ?
10:15Je pensais aux épisodes de sécheresse, etc.
10:19des pays du Sud.
10:20Vous parliez de Valence tout à l'heure.
10:23Mais par exemple, sur la sécheresse, la gestion de l'eau,
10:27est-ce qu'il y a des modèles similaires aux vôtres
10:30qui ont été développés dans des pays
10:31confrontés à des épisodes climatiques plus violents avant nous ?
10:36Ou est-ce que finalement, vous avez été un peu pionnier
10:38dans la création de ces modèles-là ?
10:41Alors, les modèles, il y en a plein.
10:42Il y en a de beaucoup de sortes.
10:44Là où on a été pionnier,
10:46c'est dans la capacité de faire parler le modèle
10:48pour parler à des entreprises de
10:49les modèles existent, mais vous pouvez les utiliser
10:51et ça va être très concret.
10:53Et je pense que c'est ça qui est intéressant.
10:54Et on le voit, l'exemple des investisseurs
10:57qui utilisent Altitude, c'est un bon exemple.
10:58Je pense qu'on travaille avec des entreprises du BTP
11:00ou des travaux publics qui sont aujourd'hui
11:03en mesure d'analyser la résilience future
11:05ou les risques futurs
11:06pour que quand ils rendent un appel d'offre à un client,
11:09ils viennent présenter les risques futurs
11:10et ils viennent expliquer pourquoi
11:11ils répondent de telle ou telle façon
11:13avec un enjeu de résilience.
11:14Et donc ça, ça fait partie, je pense,
11:16de la transformation dans la façon
11:17dont certains métiers évoluent.
11:20Il y a des pays qui ont été précurseurs,
11:22il y en a d'autres qui sont exposés à beaucoup de risques
11:23et qui pour autant ne bougent pas encore.
11:26Donc je pense que la version au risque,
11:29finalement, est peut-être quelque chose de culturel,
11:31mais on va avoir des grands écarts.
11:32À quel point la réglementation pousse finalement,
11:37notamment le secteur de la finance,
11:39à intégrer ces questions de risque climatique
11:42ou d'impact climatique à vos modèles ?
11:45Alors la réglementation en France a été très active
11:48et très motrice dans l'intégration de ces enjeux.
11:52On a commencé en France en 2021 avec la NRE,
11:55la loi sur les nouvelles réglementations économiques,
11:58à imposer une obligation de reporting aux entreprises.
12:01Et après la NRE, on a eu la DPEF en France
12:06et aujourd'hui, au niveau européen, la CSRD.
12:13Il y a le pendant de la CSRD pour les financiers
12:15qui est la SFDR, mais la France n'avait pas attendu ça
12:18et beaucoup de réglementations.
12:20Donc on a été engagés, au même titre que les entreprises,
12:25dans le développement de stratégies, de politiques,
12:28d'explications sur la façon dont les investisseurs doivent se saisir
12:33de ces enjeux pour garantir, in fine et aux clients,
12:37qu'on a une vision holistique dans la prise de risque
12:40et dans les investissements.
12:41Et les évolutions, ça fait 15 ans que je suis dans le métier
12:46de l'ARSE et plutôt de l'ESG.
12:47Je les ai prises à chaque fois de plein fouet en se disant
12:51« Ok, c'est très challengeant comme secteur d'activité
12:56parce qu'il y a une constante modification du niveau d'attente,
13:00du niveau de mise à jour. »
13:03Et donc, la réglementation a poussé collectivement
13:07les acteurs à se saisir de ces sujets.
13:10Maintenant, on a un enjeu de passer du reporting
13:14à l'intégration dans des plans d'action concrets
13:17et de montrer de plus en plus des résultats
13:19et plus seulement un agrégat d'indicateurs.
13:26Et donc, le défi demain, c'est vraiment d'aller passer
13:30du côté des stratégies des entreprises
13:33et d'intégrer dans leur bilan, dans leur P&L,
13:36l'emploi comptable, les investissements qui démontrent
13:39la prise en compte.
13:40Un mot là-dessus ?
13:41C'est vrai, c'est effectivement ne pas en faire
13:43un exercice de reporting, mais en faire un levier stratégique.
13:46La réglementation a l'intérêt et l'avantage
13:48de donner un cadre qui soit le même pour tout le monde
13:50et une méthode, et évite aussi la divergence
13:52d'un cabinet de conseil, un outil qui va lui-même définir
13:55quel est le bon scénario, pas le bon scénario,
13:57le bon horizon de temps.
13:58On fait tous de la même façon.
14:00Ça simplifie aussi grandement l'expérience
14:02et le passage à l'échelle, en fait, pour tout le monde.
14:05Merci beaucoup à tous les deux
14:07et à bientôt sur Bsmart4Change.
14:09C'est l'heure de poser la question
14:11prêt pour l'impact, en l'occurrence à Olivier Vignol,
14:14le président exécutif de Domitis.
14:16Sous-titrage Société Radio-Canada