Alors que les organisations syndicales ont posé un ultimatum à Sébastien Lecornu, le Premier ministre doit répondre à leurs revendications ce mercredi lors d'une rencontre. Philippe Martinez, ancien secrétaire général de la CGT et auteur de "Mon tour de Gaule" (Plon) est l'invité de RTL Matin. Regardez Face à Fogiel du 24 septembre 2025.
00:01Il est 8h17, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel
00:07alors que les syndicats ont rendez-vous ensemble avec le Premier Ministre tout à l'heure.
00:11Vous allez recevoir un ex, l'ex-patron de la CGT qui sort un livre
00:15« Mon tour de Gaulle » aux éditions Plon, c'est donc Philippe Martinez.
00:18Bonjour Philippe Martinez.
00:19Bonjour.
00:20Merci d'être là à l'occasion de ce livre.
00:22Les syndicats tout à l'heure dans le bureau de Sébastien Lecornu
00:24qui a déjà lâché du lest, le budget Bayrou est passé à la trappe
00:28pas plus les jours fériés, la réforme des retraites, ça c'est sur la table.
00:33Il y a évidemment le sujet de la taxation des riches, on y vient.
00:36Sébastien Lecornu peut-il vraiment répondre à l'ultimatum
00:38ou alors il les reçoit par courtoisie ?
00:40Écoutez, je ne connais pas Sébastien Lecornu, je ne l'ai jamais rencontré.
00:45En tout cas, il a une exigence, c'est de répondre aux mobilisations
00:49qui ont eu lieu la semaine dernière et la semaine d'avant.
00:52Mais vous saluez la méthode parce que dans le livre,
00:54vous dénoncez le rapport difficile d'Emmanuel Macron au syndicat.
01:01Pas difficile, je n'énonce rien, j'acte des faits.
01:06Emmanuel Macron n'en a rien à faire des syndicats.
01:10Il paraît que Sébastien Lecornu est, je ne sais pas si c'est son fils spirituel,
01:13ou en tout cas c'est un proche.
01:16J'espère qu'il changera de méthode, oui.
01:18Les syndicats, ça compte dans ce pays.
01:20On va y venir, même s'il y a peu de gens qui sont syndiqués.
01:22À la place de Sophie Binet tout à l'heure dans le bureau,
01:24vous lui demanderiez quoi à Sébastien Lecornu ?
01:26Je ne suis pas à la place de Sophie Binet.
01:29Alors pas à la place, à côté de Sophie Binet.
01:30Vous demanderiez quoi ?
01:32Écoutez, laissez Sophie Binet dire ce qu'elle a à dire.
01:35Les exigences, tout le monde les connaît.
01:37Il y a plusieurs dossiers qui sont sur la table.
01:40Vous voyez la réforme des retraites.
01:42Emmanuel Macron pensait que, après le 49-3, tout le monde allait l'oublier.
01:47On est presque trois ans après.
01:50C'est un dossier encore brûlant.
01:52Et les sondages montrent que personne n'a oublié les dégâts que fait cette réforme.
01:57Donc il y a des sujets qui sont sur la table.
01:59Moi j'ai été à la manif le 18, j'ai entendu taxer un peu plus les ultra-riches.
02:04Le débat actuel sur la taxe Zuckman.
02:07Vous avez peut-être entendu RTL Événement tout à l'heure avec Thomas Setteracar.
02:11Je ne fréquente pas ce club de tennis.
02:14Où les ultra-riches vont et qui expliquent, pour certains qui sont prêts à payer plus.
02:18Mais cette taxe, elle va taper l'outil de travail et elle va être contradictive pour les salariés que vous défendiez et que vous défendez toujours.
02:25Premièrement, je pense qu'au-delà de cette taxe, il y a besoin de revoir, de parler de justice fiscale.
02:32Parce que vous le savez tous, proportionnellement, les très très riches payent moins d'impôts que les gens comme nous.
02:40Et puisque c'est cette taxe qui est sur la table, vous en pensez quoi de cette taxe ?
02:43Est-ce que vous êtes d'accord pour dire, puisque maintenant vous avez une liberté de parole, peut-être que c'est le mauvais outil ?
02:47Il y a besoin d'aller au-delà et de revoir les grilles d'imposition.
02:52Je le répète, les ultra-riches payent moins d'impôts, proportionnellement, que les gens qui sont dans un salaire médian.
03:02Donc il faut revoir cette grille d'imposition d'urgence.
03:06Alors quant à ceux qui disent que ça va détruire les emplois, il n'y a jamais eu de taxe Zuckmann en France.
03:12Vous savez combien on a perdu d'emplois dans l'industrie par exemple ?
03:16Vous savez qu'il y a 300 ou 350 plans de distanciement dans ce pays.
03:20Vous la soutenez cette taxe ?
03:22Non, ce que je veux vous dire, c'est que oui, je la soutiens.
03:25Je pense que ce n'est pas assez suffisant dans le temps.
03:28Il faut revoir les grilles d'imposition.
03:30Et quand on dit que les riches vont partir, vous avez entendu Thomas Piketty qui dit qu'en fait il suffit de les arrêter à l'aéroport.
03:37Est-ce que vous irez jusqu'à là ?
03:39Je ne sais pas, il faudra demander à M. Rotaillot.
03:44Vous irez jusqu'à là ?
03:45C'est une légende que les riches vont partir.
03:49C'est une légende.
03:49Par contre, il y a besoin aussi au niveau européen de revoir ce qui se passe dans certains pays qui sont des paradis fiscaux et pourtant ils sont dans l'Union Européenne.
03:57Vous avez entendu également que le patron du MEDEF, Patrick Martin, annonce un énorme meeting du patronat dans quelques jours.
04:03Les patrons, vous êtes d'accord pour dire qu'on en a besoin ?
04:06On a besoin de dirigeants dans les entreprises.
04:08De patrons ?
04:09Oui, ça s'appelle comme ça.
04:10Ils se sentent mal aimés les patrons ?
04:12Pas tous d'abord, pas tous.
04:16Le patronat n'est pas homogène dans ce pays.
04:18Il fait la différence entre les PDG des multinationales et les patrons des TPE, des petites et moyennes entreprises qui eux sont dans leur atelier.
04:27Dans leur bureau et qui connaissent leurs salariés.
04:30Ce n'est pas le cas.
04:31Moi, j'ai fréquenté, j'ai côtoyé quelques gros PDG.
04:34Ils ne serrent pas les mains quand ils passent dans les bureaux.
04:38Et vous avez fréquenté pas mal d'hommes politiques.
04:39Vous le racontez dans le livre.
04:42Évidemment, Emmanuel Macron, avant même qu'il soit président.
04:45Deux présidents.
04:46François Hollande.
04:48Ce n'est pas les mêmes.
04:49Mais pour les deux, en gros, vous racontez le mépris pour l'un.
04:53Mépris pour Emmanuel Macron des syndicats.
04:55Et pour l'autre, c'est très intéressant ce que vous racontez.
04:58Mais je vais faire l'inverse, en fait.
05:02Premièrement, ce que je veux décrire, c'est le décalage entre la vie, le quotidien de la majorité des gens de ce pays.
05:09Et cette partie qu'on appelle l'élite, ceux qui dirigent, on a l'impression qu'on ne vit pas sur la même planète.
05:17Et souvent, je le raconte, c'est des présidents, des ministres qui vous disent
05:22« C'est très intéressant ce que vous dites. »
05:25Une petite tape sur l'épaule.
05:27On en reparle.
05:28C'est la phrase classique.
05:29Et puis, on n'en reparle jamais.
05:30C'est ce que va faire Sébastien Lecornu tout à l'heure avec Sophie.
05:33C'est l'intention.
05:34C'est un proche d'Emmanuel Macron.
05:36S'ils ont été à la même école, c'est ce qui risque d'arriver.
05:39Et pas qu'avec Sophie Binet, vous l'avez noté, tous les syndicats sont reçus.
05:42J'ai vu, mais en même temps, vous parlez de mépris syndical.
05:44Alors le mépris, évidemment, on ne peut pas le saluer.
05:46Mais en même temps, les syndicats, ce qui représentent pour aujourd'hui 8% dans le privé, 18% dans le public,
05:51sans que ça nécessite le mépris, disons que vous n'êtes peut-être pas les interlocuteurs privilégiés aujourd'hui.
05:58Deux choses.
05:59Vous avez vu les tout petits syndicats, très faibles, la journée de mobilisation du 18.
06:06J'ai reçu ici, ce n'était pas la meilleure interview, j'en conviens, mais celui qui a initié Bloquons Tout,
06:13qui expliquait qu'en fait, ces manifestations, elles ne riment à rien.
06:16Les gilets jaunes, ils sont passés sans vous.
06:18Monsieur Fogiel, je vous parle donc du 18 septembre, quand tous les syndicats, pour parler de 2023 si vous voulez,
06:25les tout petits syndicats qui ne représentent rien, ils mettent du monde dans la rue.
06:29Et puis, je veux vous rappeler une deuxième chose.
06:30Donc ils ont une faculté de nuisance.
06:32De mobilisation, vous voyez la différence.
06:35Et puis, je veux juste vous rappeler que les syndicats ne représentent rien,
06:38mais la CGT elle seule, comme la CFDT elle seule, a plus d'adhérents que tous les partis politiques de ce pays réunis.
06:45Jamais vous dites, au parti politique, vous ne représentez rien.
06:49Prenez justement du recul, et vous le faites dans le livre, quand même ce déclin du syndicalisme,
06:57et notamment quand vous étiez à la tête de la CGT, vous l'expliquez comment ?
07:01Je pense qu'il y a évidemment des entreprises qui sont maintenant explosées, il y a eu beaucoup de licenciements.
07:08Dans des boîtes, maintenant, il y a 50 entreprises différentes, 50 types de salariés avec des différents statuts.
07:14L'explosion du salariat, ça ne facilite pas le syndicalisme.
07:17Il y a de la répression syndicale, aussi.
07:20Et puis, je pense, je le dis dans le livre, je pense que le syndicat doit aussi s'ouvrir sur des questions plus...
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