Le ministre des Armées Sébastien Lecornu a été nommé Premier ministre : l'appel des socialistes pour gouverner est resté sans réponse. Le patron des députés socialistes Boris Vallaud réagit dans RTL Matin. Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 10 septembre 2025.
00:03L'interview d'RTL Matin, c'est Boris Vallaud, député des Landes et président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, qui est notre invité.
00:09Bonjour et bienvenue sur RTL, Boris Vallaud.
00:11Bonjour.
00:11Sébastien Lecornu, nommé à Matignon, ce matin, êtes-vous, les socialistes sont-ils dans l'opposition ?
00:18Oui, sans nul doute, sans nuance, je m'étonne même que vous nous posiez la question.
00:25Sans possibilité de négocier ?
00:26Mais vous savez, d'abord le sentiment qui est le nôtre, c'est celui à la fois de la colère, avec en plus la tristesse de l'humiliation supplémentaire qui est infligée aux Françaises et aux Français,
00:39qui attendent le changement, après deux échecs consécutifs de gouvernement et de Premier ministre qui ont servi la politique macroniste,
00:48cette espèce de réitération a quelque chose de fou.
00:53Vous êtes déjà en colère contre Sébastien Lecornu ?
00:55Contre le Président de la République d'abord, contre sa mort, contre son indifférence, contre son aveuglement.
01:02Il y a dans ce pays une majorité, la majorité des Français qui veulent un changement de cap, un changement de politique,
01:07qui en ont assez d'une politique qui leur a tourné le dos depuis huit ans.
01:11Vous me demandez ce qu'on va discuter avec M. Lecornu, mais nous attendons les premières expressions de M. Lecornu.
01:15Nos propositions sont connues. Elles ont leur cohérence.
01:20C'est rétablir nos comptes sans écraser les vies, en mettant sur la table plus de justice fiscale, avec la taxation des hauts patrimoines.
01:29Ce n'est pas seulement une question politique, comme cela vient d'être dit, c'est une question économique.
01:33Et quand le patrimoine des 500 premières fortunes françaises passe entre 96, de 6% du PIB, à 42% aujourd'hui,
01:40nous disons qu'ils doivent plus et mieux être mis à contribution.
01:43Ça ne peut pas être les classes populaires, celles et ceux qui ne vivent pas de leur travail, qui payent la facture.
01:47Et donc, on veut aussi des mesures de soutien au pouvoir d'achat de celles et ceux pour lesquelles, les fins de mois, ce n'est pas le 30, c'est le 15.
01:54Vous pouvez bien comprendre les choses. Si vos mesures ne sont pas reprises, vous censurerez le gouvernement ?
01:59Mais vous savez, la seule question que nous nous posons, c'est comment être utile aux Françaises et aux Français.
02:04Comment rapidement ils constatent un changement positif dans leur vie.
02:09Et donc, si la question, c'est de savoir si sans justice fiscale, sans justice sociale, écologique, sans mesure pour le pouvoir d'achat,
02:16sans mise à contribution des très gros patrimoines, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
02:23Donc, vous censurez le gouvernement ?
02:24Par définition, une opposition ne se prive d'aucun de ces moyens constitutionnels.
02:30Aujourd'hui, ça n'est pas tant à nous d'aller à M. Lecornu que M. Lecornu de venir à nous.
02:35Que comprend-il de ce qu'attendent les Français ?
02:38Que comprend-il des propositions que nous avons formulées ?
02:40Si c'est pour continuer comme avant, les réponses risquent d'être comme avant.
02:46Vous savez, la définition qu'Einstein faisait du fou.
02:48C'est celui qui pensant qu'en répétant mille fois la même chose, il obtiendra un résultat différent.
02:52Pour vous, la réponse est claire, c'est non. Est-ce qu'il aura droit aux 49 ?
02:57J'attends l'expression de ce Premier ministre.
02:59C'est qui le fou, d'ailleurs ? C'est Emmanuel Macron, dans votre esprit ?
03:02Il y a un côté un peu forcené, quand même, dans cette espèce de refus obstiné, déraisonnable d'écouter le pays.
03:13Ce refus obstiné, déraisonnable de considérer la situation dans laquelle lui-même nous a mis sur le plan économique, social.
03:18Est-ce que vous croyez que je me réjouis, moi, de la situation dans laquelle notre pays se trouve ?
03:22Il n'a jamais été aussi endetté. Il n'a jamais eu un déficit aussi haut.
03:27Ça, sur le constat, tout le monde est d'accord.
03:29Oui, les Français n'ont jamais eu autant de difficultés à vivre de leur travail.
03:36Ils n'ont jamais constaté un tel délabrement de leur service public.
03:39Il faut préparer l'avenir.
03:40Moi, ce qui m'étonne un peu dans vos propos ce matin, Boris Vallaud,
03:42c'est que j'ai l'impression que vous lui faites un procès d'intention.
03:45Vous ne lui avez pas encore parlé, j'imagine, au Premier ministre.
03:47On nous dit, dans des éléments de langage, soyons clairs, qu'il y aura un changement de méthode radicale,
03:53que c'est un négociateur.
03:54Pourquoi vous êtes déjà si sévère avec lui ?
03:57Vous ne croyez vraiment pas qu'il faut laisser sa chance au produit ?
03:59Je suis sévère avec un ministre auquel, finalement, la chance a déjà donné l'occasion de s'exprimer.
04:08Ça fait huit ans qu'il est ministre d'Emmanuel Macron.
04:11Il est ministre d'un gouvernement qui a été renversé lundi.
04:14Comprenez le scepticisme, à tout le moins, qui peut être le nôtre.
04:20Nous avons des propositions sur la table.
04:22Ce que nous demandons, ce que les Français demandent, c'est évidemment un changement de politique.
04:26Sans changement de politique, évidemment, les conséquences risquent d'être les mêmes.
04:33Est-ce qu'il aura droit au 49-3 pour faire passer son budget ?
04:35Ou est-ce que là, ça sera Pavlovien pareil, si ça passe au 49-3 ?
04:38Parce qu'on sait qu'Olivier Faure, quand il était question qu'éventuellement il aille à Matignon,
04:41il disait, moi je veux qu'on se mette d'accord sur un certain nombre de textes et qu'il n'y ait pas d'utilisation du 49-3.
04:47Ce que nous disons, ce que nous disions, c'est que nous voulons faire le pari de l'intelligence parlementaire.
04:54Le pouvoir n'est pas à Matignon, il n'est pas à l'Elysée, il est au Parlement.
04:57Et c'est texte par texte qu'il faut essayer de trouver des majorités.
05:00Vous me dites que, dans les éléments de langage qui vous ont été donnés, qu'il y aura un changement de méthode.
05:04Ce changement de méthode, de la part du camp du Président de la République, il nous a été promis mille fois.
05:13Donc vous n'y croyez plus ?
05:16Je demande à voir.
05:18Vous rejoignez ceux qui demandent une dissolution ?
05:21Nous ne demandons pas la dissolution, mais nous ne la redoutons pas.
05:26Si elle doit advenir, nous irons aux urnes.
05:29C'est-à-dire que vous ne ferez pas tout pour éviter qu'on en arrive à la dissolution ?
05:32S'il faut y aller, on ira.
05:33Mais nous, nous nous préoccupons d'une seule chose, je le redis, c'est la vie des Françaises et des Français.
05:38C'est les entreprises qui, sur nos territoires, ont des carnets commandes qui se vident.
05:44C'est nos services publics qui n'ont pas les moyens de rendre aujourd'hui correctement, précisément, le service pour lequel ils ont été conçus.
05:52Et donc, oui, le rôle des socialistes, c'est d'être utile tout de suite à la vie quotidienne des Françaises et des Français.
05:58Juste, si le nouveau Premier ministre vous appelle tout à l'heure et vous dit « Boris, viens, on se voit, on se parle.
06:03Moi, j'écoute ce que tu as à me dire sur la taxation des riches, sur vos lignes rouges.
06:07Est-ce que là, vous pourrez reconsidérer votre position ?
06:10Ou est-ce que, de toute façon, entrer dans ce gouvernement, c'est non par principe ?
06:13Non, mais entrer dans ce gouvernement, il n'en est pas question.
06:15Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse.
06:16Vous avez commencé par me poser la question de savoir si nous étions dans l'opposition.
06:19Nous sommes dans l'opposition.
06:20Nous savons aussi qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale.
06:23J'espère que le Premier ministre s'en souviendra.
06:26Je le redis, nous avons fait des propositions.
06:29Des propositions qui montrent qu'il n'y a pas qu'un seul chemin qui est possible, comme le prétendait François Bayrou.
06:35Mais que nous pouvons mettre de la justice sociale, fiscale, environnementale,
06:38que l'on peut préparer l'avenir.
06:40Alors que voilà des années qu'on lui tourne le dos à force de petits renoncements et de grandes lâchetés.
06:44Et voilà où nous en sommes.
06:47Hier soir, une demi-heure, à peu près ou une heure après l'annonce de la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon,
06:53l'EPS a publié un communiqué dans lequel il écrit qu'Emmanuel Macron a pris le risque de la colère sociale légitime.
06:59C'est quoi la colère sociale légitime ?
07:02C'est l'exaspération d'hommes et de femmes pour lesquelles vivre de son travail de plus en plus difficile.
07:11C'est quoi ce risque ?
07:12Est-ce que c'est une façon de donner un feu vert à Bloquantou de la part des sociétés socialistes aujourd'hui ?
07:15Le risque, c'est la colère.
07:17Je ne sais pas de quelle manière elle s'exprimera aujourd'hui.
07:21C'est l'impatience des Français à voir des réformes qui leur soient favorables.
07:27Ils ont marre des sacrifices sans horizon, vous voyez ?
07:29Ils ont le sentiment que c'est toujours dans les poches vides qu'on vient chercher l'argent qui manque et jamais auprès de celles et de ceux qui le peuvent.
07:36C'est, je le dis, ces chefs d'entreprise qui ne se payent pas pour payer leurs salariés.
07:41C'est la boule en ventre de votre boulanger parce qu'il a ses traites.
07:45C'est les salariés qui se demandent comment ils remplissent leur flot ou leur réservoir des aspirations sociales.
07:51Et si on ne répond pas sur le terrain du pouvoir d'achat, sur le terrain des services publics, sur le terrain de la justice sociale, sur le terrain de la préparation de l'avenir avec la question environnementale,
07:59eh bien je veux dire, c'est pas seulement le Président de la République qui ira dans le mur, c'est le pays dans son ensemble.
08:04Marine Tondelier, elle dit, la réponse maintenant, ça sera dans la rue.
08:07Vous êtes d'accord avec ça ?
08:08Est-ce que vous encouragez ce matin le mouvement Bloquant ? On sait que le PS était assez réservé sur le sujet.
08:12Je dis qu'aujourd'hui, il y a un mouvement social auquel nous allons être attentifs.
08:15Mais que vous soutenez ou pas ?
08:16Dans ce qu'il dira.
08:17Que vous soutenez ?
08:18C'est un mouvement citoyen et je redoute toujours la récupération.
08:22Je redoute toujours la récupération.
08:23La récupération, on accuse beaucoup, elle est fille d'avoir récupéré.
08:28Notre rôle de représentant politique, c'est d'être à l'écoute sur nos territoires.
08:32Vous êtes citoyen, c'est un mouvement citoyen.
08:35Je suis un citoyen, mais je suis aussi un...
08:36Mais vous le soutenez, vous le condamnez, vous le craignez, ce mouvement ?
08:38Je comprends l'exaspération des Françaises et des Français.
08:42Vous savez, je les vois toutes les semaines, Thomas Soto, dans ma permanence.
08:48Ceux qui me disent qu'ils sont à quelques euros près.
08:53Ceux qui me disent que, malgré leurs études, malgré leur travail,
08:56ils ne sont pas sûrs que demain ce sera mieux qu'aujourd'hui.
09:00On arrive au bout, vous ne m'avez pas répondu.
09:01Vous soutenez ce mouvement, oui ou non ?
09:03Je vais soutenir un certain nombre des revendications de ce mouvement.
09:06J'en ai entendu déjà quelques-unes ce matin sur le pouvoir d'achat,
09:10sur les services publics, sur la mise à contribution des hauts patrimoines.
09:13Je crois qu'il y a des mots d'ordre auxquels nous devons donner des débouchés politiques.
09:18Merci beaucoup, Boris Vallaud, d'être venu ce matin.
09:20A 8h15, c'est Gérald Darmanin, garde des Sceaux du gouvernement Bayrou,
09:24qui sera l'invité de Marc-Olivier Fogel.
09:25Qu'est-ce que vous lui dites, tiens, Darmanin ?
09:28Et moi, je lui dis, comme à l'ensemble du Bloc central,
09:32il est temps d'admettre sa défaite et de changer de politique.
09:35Merci Boris Vallaud. Vous restez avec nous tout de suite.
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