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  • il y a 4 mois
Cet été, plusieurs fermetures de galeries ont illustré la fragilité du secteur. Selon le baromètre du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA), le chiffre d’affaires a reculé de 6 % au premier semestre 2025 (578 M€), tandis que 85 % des galeristes se disent pessimistes. Ce constat s’explique par le renouvellement difficile des collectionneurs, la hausse des coûts, l’instabilité politique et la concentration croissante du marché. Face à ces défis, Art & Marché interroge les représentants du CPGA sur l’avenir du modèle traditionnel des galeries et les voies possibles de transformation.

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Transcription
00:00Le dernier rapport du CPGA, le comité professionnel des galeries d'art,
00:09représentant plus de 300 galeries françaises,
00:11fait état de difficultés économiques du secteur, mais pas que.
00:14Et je suis ravie d'accueillir Magda Danis, vous êtes galeriste,
00:17présidente déléguée du CPGA, et Hervé Lovenbruck, galeriste,
00:20président délégué du CPGA, pour parler de ce modèle de galerie
00:24qui semble souffrir et quelles sont les pistes d'amélioration
00:27que nous pourrions avoir.
00:28Merci beaucoup d'être avec nous.
00:31Magda Danis, je me tourne tout d'abord vers vous.
00:33Est-ce que vous pouvez nous dire quel est le constat du CPGA
00:37sur l'état de santé des galeries, donc du coup des chiffres 2024 ?
00:41Tout à fait, chiffre 2024, et puis on a étendu un peu un premier semestre 2025,
00:45parce qu'on est tous, je crois, dans tous les secteurs,
00:49on essaye d'être le plus possible dans le présent.
00:52Alors d'abord, il faut quand même se rendre compte que ce marché de l'art,
00:55il est important.
00:56Au niveau mondial, on est deux fois la musique enregistrée, deux fois la montre de luxe,
01:00donc ce n'est pas un petit truc anecdotique.
01:03Ce n'est pas un petit marché, on parle de 60 milliards de dollars.
01:04Voilà, 60 milliards de dollars mondialement.
01:07Et la France est plutôt bien positionnée, alors bien sûr les États-Unis en premier,
01:10mais en Europe, on est très bien positionnés puisqu'on est les premiers.
01:13Néanmoins, effectivement, le secteur souffre et on commençait à le sentir,
01:18et ça s'est un peu accentué début 2025.
01:23Secteur qui souffre malgré des emplois qui représentent à peu près 10 000 personnes,
01:27puisqu'on fait travailler aussi des artistes, des enquadreurs, des transporteurs,
01:33qui eux aussi, du coup, tirent la langue.
01:35Pourquoi ? Il y a beaucoup de raisons.
01:37Est-ce que c'est seulement la prudence de la demande ou ça s'étend beaucoup plus ?
01:42Il y a un attentisme qui est la prudence de la demande,
01:44et on le voit et on le ressent dans nos métiers particulièrement,
01:48mais dans d'autres aussi.
01:50Il y a un changement de paradigme aussi, il y a un changement de nos métiers,
01:53des choses dont on parle beaucoup justement au sein du comité des galeries,
01:56puisqu'on représente les galeries françaises, mais on travaille aussi au niveau européen.
02:01Et justement, on se dit souvent, nos métiers changent.
02:04Il était peut-être temps, non ?
02:05Il était temps.
02:05Hervé Lovenbroeck, quel est l'état d'esprit des galeries dans cette rentrée ?
02:10Il est très combatif, de toute façon, comme il y a toujours été.
02:12Les galeries sont des êtres passionnés qui ont décidé de partager leur passion.
02:17Donc ils sont combatifs, ils veulent continuer à partager leur goût,
02:21à partager, à aider, à accompagner, de façon souvent,
02:23on l'oublie, philanthropique, un certain nombre d'artistes.
02:27Mais on est face effectivement à des traumas ces dernières années
02:32qui ont peut-être tué une partie de l'envie qu'avaient ceux qui nous font vivre, nos collectionneurs.
02:38On espère qu'un certain nombre de conflits vont se régler.
02:41On espère que la situation politique va se stabiliser pour que les gens puissent...
02:45Le format, c'est lié à quoi exactement ? C'est des réglementations ?
02:49Non, ça ne vient pas de la réglementation, ça vient plutôt des phénomènes géopolitiques extérieurs
02:54qui font que les gens ne sont pas dans l'envie, ils sont dans l'inquiétude,
02:57ils se disent « mais où va le monde ? »
02:58Les artistes, eux aussi, sont inquiets et soif ont un état du monde qui n'est pas rose.
03:04Donc ça aussi, c'est quelque chose à prendre en compte.
03:06C'est-à-dire que quand vous allez voir une exposition qui est très engagée,
03:09vous sortez de là sans forcément l'envie d'acquérir des œuvres.
03:13Vous avez envie d'accompagner ces artistes et de poursuivre votre engagement,
03:20mais vous n'avez pas forcément envie de passer à l'acte d'achat.
03:22Donc on souffre aussi un petit peu de tout ça.
03:24Donc on espère, nous comme beaucoup d'autres dans l'économie globale,
03:28que les conflits vont se régler et que les gens vont retrouver l'envie.
03:33Mais parce que du coup, on a parlé de géopolitique, de la demande,
03:36est-ce que, ça ce qui est peut-être extérieur à la galerie,
03:39est-ce que le modèle traditionnel, c'est peut-être une question que vous pourrez tous les deux répondre,
03:43le modèle traditionnel de la galerie, est-ce que ça c'est en péril ?
03:46Est-ce que vous voyez des évolutions ?
03:48Comment est-ce que vous voyez ce modèle ?
03:49Je ne sais pas qu'il est en péril, mais il est challengé.
03:51Aujourd'hui, il faut qu'il se transforme.
03:54On a peut-être mis plus de temps que d'autres secteurs,
03:56si on parle de tech, si on parle d'internationalisation,
04:01du contexte français aussi,
04:03parce qu'il y a la façon dont on est considéré par le politique.
04:06Parfois, les arts visuels sont souvent un peu à côté,
04:09un peu, oh, ils n'ont pas besoin de nous, ce petit secteur.
04:13Donc c'est aussi à nous,
04:14et c'est bien pour ça que le comité, lui, se restructure aujourd'hui,
04:17pour essayer justement d'embarquer,
04:21que ce soit d'abord les galeristes, les artistes,
04:22qui sont les acteurs premiers,
04:24dans quelque chose de nouveau,
04:26où les usages du public ont complètement changé.
04:30Aujourd'hui, comme on disait tout à l'heure,
04:32les gens n'attendent plus le samedi matin pour aller dans une galerie.
04:35En revanche, ils sont là 24 sur 24,
04:37sur les réseaux, en ligne,
04:39pour savoir ce qu'on a à leur offrir comme aventure artistique.
04:42Et ça, pour nous, c'est une révolution.
04:45Pour beaucoup de galeristes,
04:47il va falloir prendre ce pas-là.
04:48Mais heureusement, il y a des jeunes générations qui arrivent aussi, quand même.
04:50Et comment est-ce que le CPJ peut accompagner les galeristes
04:53qui ne comprendraient pas, ne connaîtraient pas ces nouveaux rouages ?
04:57Il y a une grande solidarité dans notre métier.
05:00Donc l'accompagnement, il se fait par la prise en main
05:02peut-être de la génération du dessus de temps en temps,
05:04en leur disant, écoutez, il y a des outils numériques,
05:06regardez les réseaux sociaux,
05:07il faut que vous ayez un compte Instagram.
05:08Enfin, ça peut passer par là.
05:09Mais il y a aussi un autre phénomène dont on n'a pas parlé,
05:13c'est l'importance aujourd'hui des foires
05:15qui, trop souvent, donnent l'impression
05:20qu'on va rentrer dans un speed dating avec le monde de l'art
05:23et donc font oublier le rôle des galeristes,
05:25qui est un rôle beaucoup plus profond.
05:26Le rôle des galeristes, c'est d'initier
05:28et de partager une passion,
05:30donc d'initier des collectionneurs en leur disant,
05:32venez nous voir, venez nous voir en permanence,
05:34on va vous nourrir en permanence,
05:35on va vous accompagner dans l'élaboration d'une collection
05:38ou simplement dans le suivi que vous avez par rapport à tel ou tel artiste.
05:42La foire, c'est vraiment un lieu de marchandisation,
05:46un lieu de labellisation pour certaines foires.
05:49C'est quelque chose qui a un petit peu aussi brouillé les pistes.
05:51Donc aujourd'hui, il faut que la jeune génération,
05:53elle comprenne où elle doit se montrer
05:55et elle comprenne avec quels outils elle doit exister
05:59et faire savoir qu'elle existe.
06:00On en est là, le CPGA accompagne un petit peu
06:03dans ses partenariats avec les foires
06:05et dans ses partenariats avec différents acteurs,
06:07accompagne justement cette mutation.
06:09Justement, Magna Danis, dans le rapport,
06:11il y a le terme Paris booming
06:13qui a écrit qu'il n'est pas structurant.
06:17C'est vrai que j'ai fait beaucoup d'interviews
06:18où de nombreuses galeristes, directeurs de foires,
06:21nous parlent de cette effervescence autour de Paris,
06:24de nombreuses foires, etc.
06:25Qu'est-ce que ça veut dire qu'il n'est pas structurant dans ce rapport ?
06:30On a une marque Paris qui est merveilleuse,
06:33qui est incroyable.
06:34On a une offre culturelle,
06:36et en particulier au niveau des arts plastiques,
06:38sujet qui nous réunit ici aujourd'hui,
06:40qui est incroyable.
06:41On n'a pas de quoi rougir,
06:43que ce soit à Saint-Germain ou dans le Marais,
06:45vous avez en moyenne une galerie tous les 30 mètres.
06:47Donc c'est quelque chose qu'on devrait savoir mieux vendre,
06:52là pour le coup,
06:53que ce soit si on va plus loin,
06:56à des tours opérateurs,
06:58à des plateformes en ligne,
07:01en disant, en fait, c'est là que ça se passe.
07:03Vous avez le plus grand musée gratuit de France qui est là.
07:06Il y a une gratuité.
07:07On oublie souvent de dire que l'entrée dans les galeries,
07:09elle est gratuite,
07:10et que vous allez rentrer chez un être passionné,
07:12qui va vouloir qu'une seule chose,
07:14c'est vous expliquer.
07:15C'est fini, en fait,
07:16les galeries où on vous toisez,
07:18où on vous regardait de haut,
07:19ça n'existe quasiment plus.
07:20Enfin, c'est devenu très, très rare.
07:21Aujourd'hui, vous rentrez,
07:23vous avez des gens qui sont là,
07:23qui sont heureux de vous faire partager leur goût,
07:26de vous présenter l'exposition.
07:28C'est gratuit.
07:29Par contre, le CPGA,
07:31le rôle du CPGA,
07:32c'est de structurer tout ça.
07:33C'est sans doute de diffuser un petit peu mieux
07:35des listes de galeries où aller,
07:37qui répondent justement à certains critères.
07:39Et c'est ce que nous essayons,
07:40avec le nouveau bureau,
07:41de mettre en place.
07:41Est-ce que vous accompagnez aussi les galeries
07:45pour faire des choix,
07:47peut-être d'aller à certaines foires
07:50un peu moins, mais mieux ?
07:52Ou alors, je ne sais pas.
07:54On partage notre expérience.
07:55On partage notre expérience.
07:56À chaque fois qu'une galerie membre du CPGA
07:58va dans un salon,
07:59il n'y a pas une forme de rapport immédiat
08:00qui est donnée,
08:01mais on sait qu'on va pouvoir interroger
08:02cette personne en lui disant,
08:03alors, ce nouveau salon qui a lieu
08:05en Amérique du Sud, dans tel pays,
08:07c'est la première édition,
08:08qu'est-ce que tu en as pensé ?
08:09Et on va mesurer comme ça le potentiel.
08:12Et après, en partageant nos informations,
08:14les uns et les autres vont se dire,
08:15tiens, j'ai envie d'aller là.
08:15Alors, il y a des foires où tout le monde veut aller
08:17et il y a des foires où tout le monde s'interroge.
08:19Donc, cette base de données,
08:20elle existe, elle est mise en place
08:23et tout ça permet d'éviter de temps en temps
08:26des mauvaises expériences.
08:28Est-ce qu'il y a des exemples de galeries
08:29qui réussissent à prendre un peu un chemin
08:32qui n'est non traditionnel
08:33et ça fonctionne bien
08:35et justement, ça les porte,
08:37elle les met en valeur ?
08:38Vous pouvez me regarder.
08:38Non, je ne sais pas.
08:40Non, parce que c'est une question
08:42qu'on me pose souvent,
08:43donc c'est pour ça que je me taquine.
08:45Je pense que oui,
08:46et de plus en plus,
08:47il y a de plus en plus de galeries
08:49qui vont essayer d'être à la fois
08:51très respectueux du modèle
08:53traditionnel tel qu'il a existé,
08:55mais on est obligé aujourd'hui,
08:57en allant pour certains dans d'autres pays,
09:00en allant sur d'autres types de plateformes,
09:03en mélangeant de l'art et de la tech,
09:06en allant chez certains,
09:09collaborer avec d'autres industries aussi.
09:11Donc, aller partout où l'art peut avoir un écho,
09:16ça veut dire un peu dans tous les secteurs.
09:18Et ça, c'est aussi à nous, galeristes,
09:21d'accompagner les artistes vers ça,
09:23de les faire collaborer avec d'autres acteurs,
09:26que ce soit des institutions publiques,
09:27bien sûr, on veut qu'ils aient des expos dans les musées,
09:29mais ça peut être des acteurs privés,
09:31ça peut être énormément de choses
09:33qu'on va essayer nous aussi aujourd'hui
09:34de structurer un peu plus pour,
09:36parce que c'est un milieu qui est très atomisé,
09:38celui des galeries,
09:39donc d'apparaître comme un bloc de 300 galeries
09:41qui sont ensemble pour pouvoir effectivement aider.
09:44Par exemple, une des actions qui a déjà été montée,
09:46et grâce à des partenaires privés,
09:48de monter des prix pour que la scène française
09:50soit plus visible,
09:51que ce soit à Madrid, au salon qui a lieu là-bas,
09:53que ce soit à Miami, au salon qui est très important
09:56qui a lieu là-bas,
09:56et donc pousser et les galeristes et les artistes
10:00à être plus visibles à l'international.
10:02Donc voilà, on va essayer de syndiquer un peu encore plus
10:05notre profession.
10:07Collaboration, c'est ça qui pourrait être
10:08une autre voie de stratégie possible et bénéfique ?
10:11C'est absolument une voie de stratégie possible et bénéfique,
10:14et on est tous en train de mettre en place aujourd'hui
10:17au niveau du CPGA des partenariats avec des entreprises
10:20qui voudraient elles aussi s'investir un petit peu plus dans l'art,
10:23donc on essaie de trouver à chaque fois justement le lieu
10:25où chaque entreprise va pouvoir venir soutenir la création
10:29et puis s'éveiller aussi à cette création.
10:32Parce qu'une entreprise qui accepte de parrainer un prix
10:34dans un salon ou dans une foire,
10:37c'est une entreprise qui va être obligée
10:39de déplacer ses cadres dans ce salon
10:41et il va falloir parler la langue de l'art contemporain,
10:44parce que l'art contemporain, c'est à l'origine
10:46une langue étrangère, on n'apprend pas l'art contemporain,
10:49il faut le travailler, il faut vraiment avoir envie
10:51de le comprendre, et si cette pédagogie,
10:54elle n'est pas faite par les galeries,
10:55et par le CPGA, ça ne marchera jamais.
10:57Donc on est là aussi pour ça, on est là pour faire en sorte
10:59que le monde de l'entreprise vienne piocher chez nous
11:02une ouverture d'esprit qu'ils n'ont pas forcément
11:04quand ils sont à fond derrière leur machine ou leur service.
11:07Il nous reste une minute, dans le rapport,
11:10vous parlez aussi de monopole croissant,
11:12est-ce que ça c'est une bonne chose pour permettre justement
11:15de mettre en avant Paris, tout cet écosystème structurant ?
11:19Ou alors c'est aussi beaucoup de tensions pour les plus petites structures
11:23qui du coup auraient du mal à avancer ?
11:25Mais en mettant une scène artistique contemporaine parisienne française,
11:31parce qu'on est un syndicat national,
11:33même si comme pour beaucoup de choses, on est assez centralisé malheureusement,
11:36mais pour mettre en avant une scène,
11:39ça veut dire dans toute sa diversité.
11:42Et ce qui fonctionne bien, et Hervé en parlait,
11:45il y a une forme de solidarité entre les galeries,
11:47contrairement à ce que les gens peuvent parfois croire,
11:50et souvent, même si tout n'est pas parfait,
11:53mais des plus grosses structures qui vont effectivement veiller
11:56à ce que de plus petites structures puissent quand même avoir leurs activités.
12:02Et c'est les chiffres d'affaires entre le plus bas et le plus haut,
12:05c'est un écart de 1 à 10 000.
12:09Donc il faut que cet écosystème soit varié,
12:12parce que vous allez avoir tout type d'artiste,
12:14et on veut le défendre comme un tout,
12:16mais après chacun avec ses petits chiffres.
12:17Mais c'est pour sa variété, j'imagine que ça va évoluer.
12:19Il y a beaucoup de partenariats déjà entre les grosses structures
12:21et les petites structures, il ne faut pas oublier que les grosses structures
12:23ont été petites, et que les artistes à un moment démarrent tous,
12:27comme les galeries, tout en bas de l'échelle,
12:28et puis après il faut passer des étapes, des paliers,
12:30et donc les grands accompagnent les plus petits.
12:33Merci beaucoup à tous les deux pour vos analyses.
12:37Magda Danis, vous êtes galériste, président délégué du CPGA,
12:39et Hervé Lovenbruck, galériste également,
12:41président délégué également du CPGA.
12:44Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivi.
12:45C'était Arrêt Marché.
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