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  • il y a 1 an
La justice a ouvert une enquête après la mort en direct du streamer Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, victime de coups et d'humiliations répétées de ses partenaires. Le gouvernement a dénoncé une "horreur absolue". 

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Transcription
00:00On en parle avec nos invités aujourd'hui. Bonjour Boris Karlamoff, journaliste au service Police Justice BFM TV.
00:11Bonjour à vous également, Anne Sénéquier. Vous êtes psychiatre, auteur de l'anxiété de mon enfant.
00:16Boris, d'abord un rappel des faits. Brièvement, qu'est-ce qu'on sait de cette affaire ?
00:20Alors le drame s'est noué lundi dernier à proximité de Nice.
00:23Il y a cet influenceur, ce live-streamer Jean Pormanoff qui est âgé de 46 ans et qui est une star de la plateforme vidéo Kik.
00:32Il est mort à l'issue d'une expérience pour le moins particulière au bout de 298 heures de live au cours desquelles il était filmé 24 heures sur 24.
00:4112 jours pendant lesquels il a été soumis à toutes sortes de sévices sadiques de la part de ses deux acolytes Naruto et Safin.
00:48Des moqueries, des humiliations, des violences physiques et ingestion de produits en tout genre.
00:53Tout cela sous les encouragements de milliers d'internautes qui s'en délectaient en direct.
00:59À la 297ème heure de live que BFM TV a pu consulter, JP apparaît alors endormi sur un matelas posé à même le sol avec trois autres vidéastes.
01:09Il renflait brouillamment, puis un râle s'échappe de sa gorge, puis le silence.
01:14L'expérience s'interrompt lorsque les spectateurs dans le chat font remarquer qu'il ne bouge plus.
01:18À la 298ème heure, Naruto, alors son acolyte, lui lance alors une bouteille d'eau sur la tête.
01:24Pas de réaction.
01:25Il se rapproche de lui et il constate qu'il s'arrête de respirer.
01:28La fin de la retransmission sera donc décidée par ses deux compères.
01:32Les gendarmes constateront son décès à son domicile à Comte.
01:35C'est au nord de Nice.
01:36Donc lundi matin vers 10h.
01:38Hansen et Ké, ces vidéos sont extrêmement violentes.
01:42On sait qu'il y a des centaines de milliers de personnes qui les regardent.
01:45La question qu'on se pose ce matin, c'est qui regarde ça et pourquoi ? Quel est l'intérêt ?
01:49C'est une bonne question et ça serait intéressant justement d'avoir le profil de ces spectateurs.
01:54Et on voit que là, finalement, de 5 à 10 000 personnes, on élargit ce spectre de visibilité à plusieurs millions.
02:02Mais en fait, moi, ça me fait penser un petit peu aux arènes romaines.
02:05Ce sont des hommes qui se battent, qui vont jusqu'à la mise à mort.
02:08Et des spectateurs qui regardent et qui se délectent justement, comme vous le dites, du sang et de la violence.
02:14Parce qu'à un moment donné, ils évoquaient que justement, quand il n'y avait pas assez d'action, les gens se plaignaient sur la plateforme.
02:21Et donc du coup, ils veulent cette violence.
02:23Et cette violence, on peut se dire, mais finalement, en 2000 ans, qu'est-ce qu'on a fait de plus pour sortir un petit peu de cela ?
02:30Et c'est vrai qu'à travers l'écran, là, il y a cette mise à distance où on peut se dire, ce n'est pas moi, ce sont les autres.
02:36Mais c'est vrai qu'on se pose la question, finalement, est-ce qu'il n'y a pas une non-assistance en danger ?
02:40Bien sûr, bien sûr.
02:41Je pense qu'il est important aussi, ce qu'on n'évoque jamais dans ce genre d'histoire, de quel est le profil, justement, de ces spectateurs.
02:48Spectateurs, voyeurs, tortionnaires, puisqu'à un moment donné, ils étaient aussi amenés à commenter et justement à demander, justement, payer pour pouvoir participer, quelque part, de manière numérique à tout cela.
03:02Et je pense que c'est important un petit peu de voir en sous-titre là-dessus ce qu'on fait porter aux valeurs de la masculinité, de la virilité et des hommes, globalement.
03:13Parce que ce sont des hommes qui se battent, ce sont globalement sur Stitch des hommes qui regardent et ce sont encore des jeunes garçons qui vont pouvoir, derrière, normaliser ce comportement derrière sans que personne ne trouve rien à y redire.
03:27Très sincèrement, je vais vous dire, j'ai découvert cette plateforme à l'occasion de cette actualité. Je n'en avais jamais entendu parler avant.
03:36On a découvert des vidéos absolument sidérantes. Et je pense évidemment aux plus jeunes qui étaient devant ces images. On va en reparler de la prévention, évidemment, dans quelques instants.
03:46Mais donc cette plateforme, on voulait vous en parler. Regardez ces chiffres pour bien comprendre de quoi on parle ce matin.
03:50Cette plateforme s'appelle donc Kik. Elle a été fondée il y a quelques années entre le 12 et le 19 août. Kik comptait près de 800 000 spectateurs. C'est considérable.
04:01Le contenu est moins réglementé que sur la plateforme concurrente qui s'appelle Twitch. Et la chaîne de ce streamer décédé, elle comptait, Véronique Reissoult, merci d'être avec nous, près de 200 000 abonnés.
04:12C'est-à-dire que ce n'est pas anecdotique ce dont on parle ce matin. Vous êtes, vous, présidente de Backbone Consulting, experte, opinion sur les réseaux sociaux.
04:20Non, ce n'est pas du tout anecdotique. Et puis il y a un autre atout que vous n'avez pas listé sur Kik qui est la rémunération.
04:28Parce que l'une des motivations, c'est quand même de gagner d'argent, en tout cas pour les streamers, c'est-à-dire ceux qui mettent en ligne leurs vidéos ou leurs actions en soi.
04:37Et là, Kik a une rémunération extrêmement forte puisqu'ils ne prennent que 5% sur les revenus.
04:43Donc c'est une des motivations. Et puis surtout, la régulation, elle n'est pas du tout à la hauteur de ce qui peut se passer ailleurs.
04:48Twitch est une plateforme, c'est la même chose, c'est ce qu'on appelle du streaming IRL, c'est-à-dire de la vidéo dans la vraie vie.
04:56C'est-à-dire qu'on vous filme et puis vous pouvez suivre, un peu comme ce qu'on est en train de faire ce matin, sauf que c'est des images violentes.
05:02Et en gros, la motivation, c'est l'argent. Et pour être vu, parce que vous avez vu le nombre d'abonnés qu'ils avaient, il faut être dans l'extrême.
05:13C'est-à-dire appliquer les règles de la viralité. Donc ça peut être l'extrêmement beau, ce n'est pas le cas.
05:17L'extrêmement drôle, ce n'est pas du tout le cas. Mais l'extrêmement violent, l'extrêmement humiliant, l'extrêmement fort.
05:23Et là, généralement, vous avez des régulations. Donc sur Twitch, qui est le grand concurrent de Kik, la régulation existe.
05:30Et donc quand vous allez trop loin, on va vous bannir. C'est l'expression locale. Vous n'avez plus le droit d'être là. On coupe votre chaîne.
05:37Et généralement, les bannis de Twitch se retrouvent sur Kik parce que là, vous êtes assez tranquille. Globalement, vous pouvez à peu près faire ce que vous voulez.
05:47Les règles de modération sont très, très, très légères. Et là, on parle de violence. Mais sachez qu'il y a d'autres sujets sur cette chaîne que la violence.
05:55Et qui, là encore, ne sont pas régulés, alors que sur d'autres plateformes, ça le serait.
05:59Vous parliez de la question de l'argent, justement, en nous disant que les streamers sur Kik empochent 95% des revenus.
06:06Par ordre de comparaison avec Twitch, dont on parlait, c'est 50% seulement, si je puis dire, entre guillemets, sur Twitch.
06:12Je m'entends à nouveau vers vous, Boris Carlamos, du service Police Justice.
06:15Une enquête préliminaire a été ouverte concernant le décès de ce streamer.
06:18Absolument. Enquête ouverte par le parquet de Nice et confiée à la police judiciaire de Nice.
06:21Une enquête en recherche des causes de la mort. Une autopsie de JP doit avoir lieu dans les prochaines heures pour déterminer l'origine de son décès.
06:32Savoir si les sévices qu'il a endurés ces dix derniers jours sont en lien avec son décès.
06:37Si ceux qui lui ont fait subir ces sévices ont ou non une responsabilité dans son décès.
06:43Cette enquête, elle ne fait que commencer. À ce sade, il n'y a aucune garde à vue.
06:46On va rappeler qu'il y avait déjà une autre enquête autour de ces sévices live streamés, comme on dit.
06:51Une enquête qui avait démarré au mois de décembre dernier à la suite de la publication d'un article de nos confrères de Mediapart.
06:59Une enquête qui avait été ouverte pour provocation publique à la haine ou à la violence.
07:02Violence volontaire en réunion sur personnes vulnérables.
07:05Encore diffusion d'images relatives de la commission d'infraction d'atteinte volontaire à l'intégrité de la personne.
07:10Naruto et Safine, on va rappeler que ces deux personnes se trouvaient au côté du JP quelques heures, quelques instants avant sa mort.
07:16Eh bien, ces deux personnes avaient été placées en garde à vue en janvier, avant d'être relâchées sans poursuite judiciaire à ce stade.
07:22Alors, tout à l'heure, vous parliez potentiellement de ce sentiment.
07:25Ce n'est pas qu'un sentiment, d'ailleurs, je pense, de non-assistance à personne en danger.
07:29Écoutez ce qu'il y a quelques jours.
07:32Eh bien, ces individus qui accompagnaient ce streamer décédé disaient à son sujet avec lui.
07:38Imagine un jour dans le délire, on est en train de rigoler et tout, et...
07:43Il clame.
07:45Tu sais que je me suis dit à poser la question ?
07:47En plein live.
07:47Ouais.
07:48On est mort.
07:49C'est vrai.
07:50Alors que...
07:51Ah non, à moins...
07:53À moins qu'il fasse caméra là maintenant, que si demain il meurt en plein live, c'est dû à son état de santé de merde.
08:00Mais genre, c'est ça que je voulais dire.
08:02Au moins, tu vois, on aura ce clip où on peut se dire...
08:05C'est-à-dire qu'il a raison, mais que ça peut être un homicide à volontaire.
08:09Ouais, alors que pas du tout, alors que c'est ton état de santé qui est minable.
08:12Je résume ce qu'ils viennent de dire.
08:13En fait, ils sont en train de dire, il faut que tu dises face caméra, que si jamais tu meurs, s'il t'arrive quelque chose en fait aujourd'hui,
08:20c'est pas du tout à cause de nous, c'est en raison de ton état de santé, parce que ce streamer avait un état de santé plutôt fragile.
08:26En quelque sorte, on se dédouane de toute responsabilité en cas d'accident et de drame.
08:29Oui, absolument. On ne prend pas en considération le principe de réalité, l'état de santé potentiel de ce monsieur,
08:35qui pour l'instant est une supposition et une hypothèse, notamment portée par l'avocat des autres streamers.
08:42Mais là où ça devient problématique, c'est qu'il considère véritablement la violence comme un produit, finalement.
08:48C'est ce qu'ils vont mettre en avant et c'est ce qui est finalement consommé par le spectateur.
08:53C'est-à-dire que la violence, là, est vraiment un produit d'appel, un bien de consommation.
08:58Et la problématique, c'est que ça marche. Et là, on a un vrai problème.
09:01Alors, on voulait vous montrer deux derniers éléments pour bien comprendre pourquoi cette affaire, elle est vraiment très importante.
09:07Regardez ce qu'on voit ici.
09:08Ici, on voit cette capture d'écran de la plateforme qui, en fait, mettait en avant un t-shirt à l'effigie de cet homme, ici,
09:17et donc qui faisait la promotion d'un t-shirt qui était à vendre.
09:21On a trouvé cette publication ce matin et il se trouve qu'il y a quelques minutes, maintenant, elle a été supprimée par le compte.
09:27Et cette affaire qui suscite énormément de réactions à travers le pays, y compris des réactions politiques,
09:33puisque le gouvernement déclare qu'il s'agit d'une horreur absolue, une affaire, donc un décès, qui fait énormément réagir.
09:40Vous voyez ici le tweet de Clara Chappas qui dénonce, vous le voyez, des violences d'une horreur absolue.
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