00:00Le grand entretien, je reçois aujourd'hui Christophe Péria, directeur général de Valeo, bonjour.
00:05Bonjour.
00:05Valeo, équipementier qui fabrique des moteurs, des éclairages, de l'électronique pour les constructeurs automobiles.
00:11Vous êtes aussi de plus en plus investi dans la mobilité au sens large.
00:14On va y revenir, vous avez 106 000 employés présents dans 28 pays, 155 sites de production.
00:20Il faut savoir qu'un tiers des véhicules dans le monde est équipé d'une technologie d'aide à la conduite de Valeo par exemple.
00:26Ça montre un peu le poids de cette entreprise.
00:28Vous avez donc publié vos résultats semestriels hier.
00:32Le bénéfice net a chuté de 26%.
00:34Le chiffre d'affaires a reculé de 1,4%.
00:37Pour autant, la rentabilité est meilleure, Christophe Péria.
00:40Oui, il y a deux choses principalement dans nos publications d'hier.
00:43D'abord, des résultats qui progressent.
00:45Je vais les qualifier de bons résultats.
00:47Et puis, on continue à préparer l'avenir avec des prises de commandes qui sont élevées.
00:51Un effort d'innovation qui reste très important, très soutenu.
00:54Des commandes qu'on va voir qui se situent en Chine notamment.
00:57Le chiffre est tombé hier du marché européen de l'automobile qui trébuche en juin.
01:03Moins 7,3% de véhicules vendus selon les constructeurs.
01:07C'est ça en ce moment le contexte.
01:09C'est la réalité aujourd'hui.
01:11Les perspectives sont à la baisse chez tous les constructeurs.
01:15On le voit dans les publications de résultats ces derniers jours.
01:17Exactement.
01:17Le marché n'est pas bon.
01:18Et c'est ce qui rend finalement la lecture de nos résultats positifs.
01:22Parce que dans un marché qui n'est pas bon, avec un chiffre d'affaires, vous l'avez dit,
01:27qui a légèrement baissé de 1%, toutes choses étant égales par ailleurs, nos résultats progressent.
01:33Vous avez une marge brute qui progresse, un EBITDA qui progresse, vous avez une marge opérationnelle qui progresse
01:38et surtout une génération de cash flow qui double par rapport à les dernières.
01:43Donc ce sont vraiment d'excellents résultats qui montrent que Valeo progresse, Valeo améliore sa profitabilité
01:49dans un marché, vous l'avez dit, qui est plutôt déprimé, qui n'est pas bon et qui ne nous aide pas.
01:56Pour ce faire, vous avez réduit des coûts, vous avez été obligé de le faire, des coûts administratifs,
02:00des coûts d'investissement.
02:01La recherche et développement pourraient y passer aujourd'hui aussi, dans les mois qui viennent.
02:07C'est une condition sine qua non dans des phases comme ça pour rester solide ?
02:11Oui, bien sûr, c'est une condition sine qua non.
02:14Vous avez un marché qui n'est pas bon, un marché qui est en baisse et donc il faut s'adapter.
02:18Il faut s'adapter de manière permanente, de manière vraiment volontariste.
02:22Et ça se voit très bien, vous l'avez dit, l'ensemble de nos coûts baissent,
02:26nos coûts de personnel, nos coûts d'investissement, les coûts administratifs et commerciaux baissent.
02:31Il y a une chose qui ne baisse pas, c'est l'innovation.
02:33L'effort qu'on met sur l'innovation, parce que la voiture de demain, elle est très technologique
02:39et donc il faut absolument sauvegarder cet effort d'innovation, j'allais dire coûte que coûte,
02:44et c'est ce que nous avons réussi à faire.
02:45On est dans l'attente d'un accord sur les droits de douane entre les Etats-Unis et l'Europe.
02:49L'Europe qui a prévu un petit peu des mesures, si jamais ça ne se fait pas avant le 1er août.
02:54Est-ce que vous avez des inquiétudes à ce sujet ou pas réellement ?
02:56Vous n'êtes pas réellement exposé à cette décision-là entre l'Europe et les Etats-Unis ?
03:01Non, on n'est pas réellement exposé et pour une raison assez simple,
03:03c'est qu'on a un schéma industriel depuis toujours qui est un schéma local.
03:07C'est-à-dire qu'on n'a pas de produits finis qui sont sur des bateaux entre l'Europe et l'Amérique du Nord.
03:14On produit en Amérique du Nord pour l'Amérique du Nord, on produit en Europe pour l'Europe et on produit en Asie pour l'Asie.
03:21Et ça, ça nous préserve du risque que vous venez de citer.
03:25Maintenant, il y a un sujet de droits de douane, il y a un sujet de tarifs,
03:27parce qu'il y a des tarifs pas seulement entre l'Europe et les Etats-Unis,
03:30il y a des tarifs entre le Mexique et les Etats-Unis.
03:33Il y a beaucoup de pièces dans ce secteur-là.
03:36Malgré tout, cette attente a fait chuter le dollar et c'est là que ça impacte un peu votre chiffre.
03:40Vous avez abaissé votre objectif de chiffre d'affaires ajusté pour 2025.
03:45C'est un impact négatif qui est lié aux effets de change, en fait.
03:48Exactement. On a la moitié de notre chiffre d'affaires en euros et la moitié de notre chiffre d'affaires dans toutes les autres devises.
03:55Et toutes les autres devises ont décroché par rapport à l'euro d'une quinzaine de pourcents depuis le début de l'année.
04:01Donc mécaniquement, vous avez une baisse de notre chiffre d'affaires pour cette raison-là.
04:07Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que quand on a un chiffre d'affaires en dollars, on a des coûts en dollars.
04:12Donc ça n'impacte pas la profitabilité.
04:14Ça impacte le chiffre d'affaires, mais pas la profitabilité de l'entreprise.
04:17Dans ce contexte difficile de discussion entre les Etats-Unis et l'Europe,
04:21vous vous tournez très officiellement vers la Chine,
04:24où les prises de commandes, vous l'avez dit, ont énormément progressé.
04:28On parle de quelle ampleur ?
04:30On parle de trois fois les ventes sur les constructeurs chinois.
04:34Donc c'est vraiment considérable.
04:36Vous avez aujourd'hui un essor des constructeurs chinois qui est très important.
04:39Ils représentent déjà 24% de la production mondiale.
04:44Ils représentent deux tiers de la production chinoise,
04:46mais ils représentent 24% de la production mondiale.
04:48La Chine, c'est le premier marché du monde.
04:50Et c'est l'endroit où se produit le plus de voitures,
04:54à peu près une voiture sur trois dans le monde.
04:55Donc être présent auprès des constructeurs chinois, c'est extrêmement important.
05:00On a une vraie démarche volontariste pour les convaincre de nos technologies,
05:05de notre compétitivité.
05:06Et à ce titre, le premier semestre, je pense que c'est un très bon semestre,
05:09puisqu'on prend beaucoup de commandes avec ces constructeurs chinois, trois fois nos ventes.
05:13Dernièrement, Valeo a été sélectionné par un constructeur chinois
05:16pour équiper sa prochaine génération de véhicules
05:18avec le nouveau système d'affichage tête haute panoramique développé par l'entreprise.
05:23Un grand constructeur chinois de véhicules électrifiés a par ailleurs choisi
05:27le module électronique de puissance 501 de Valeo
05:29pour ces groupes motopropulseurs électrifiés.
05:33C'est assez technique, ces systèmes-là,
05:36mais comment justement on fait la différence en tant que fabricant européen
05:40pour être choisi par les constructeurs chinois ?
05:43D'abord, on est en chinois en Chine.
05:45Vous savez, il y a quelques années, on avait plus de 200 expatriés en Chine.
05:48On en a moins de cinq aujourd'hui.
05:49Donc on est vraiment chinois en Chine.
05:50L'ensemble de nos équipes sont chinoises, nos usines sont chinoises,
05:54nos fournisseurs sont chinois.
05:55On a des centres de R&D là-bas.
05:57La Chine, pour nous, c'est 18 000 personnes.
05:59C'est 35 usines et on a 4 000 personnes en recherche et en développement en Chine.
06:04Donc réussir en Chine, c'est d'abord être chinois.
06:06De la même manière qu'on est américain aux États-Unis,
06:09de la même manière qu'on est européen à Paris.
06:11Donc on a fait un vrai travail pour être chinois en Chine.
06:15Et donc on parle à nos clients chinois comme parlerait un équipementier chinois.
06:22Et on les convainc par la technologie et on les convainc par la compétitivité de nos offres.
06:26Produire localement.
06:27Vous avez notamment une usine du futur à Shenzhen que vous avez là-bas.
06:31Qu'est-ce que vous y produisez ?
06:33Et elle ressemble à quoi cette usine de demain, cette usine 4.0 ?
06:37C'est une usine digitale, on va dire.
06:39Donc d'abord extrêmement automatisée.
06:40Vous avez un tableau de bord, on appelle ça le Lighthouse.
06:44Donc un tableau de bord qui vous permet de savoir à tout moment
06:47tout ce qui se passe sur chaque ligne de production, sur chaque machine, sur chaque usine.
06:51Vous avez beaucoup d'intelligence artificielle à l'intérieur de l'usine
06:54pour la rendre beaucoup plus performante.
06:56Et puis on y a introduit il y a quelques mois nos premiers humanoïdes.
07:01Donc on a deux humanoïdes qui sont au travail dans cette usine
07:04parce qu'on veut comprendre cette technologie,
07:07on veut comprendre l'impact que peuvent avoir les humanoïdes demain
07:10dans le monde industriel.
07:12Donc c'est dans cette usine un peu phare
07:14qu'on a mis les deux premiers robots au travail.
07:18Il y a quand même 3200 personnes qui travaillent.
07:20Par ailleurs, ça n'empêche pas qu'il y ait du monde qui travaille chez vous en Chine.
07:25Hier, les représentants de l'Union Européenne et du Conseil Européen
07:29ont rencontré les autorités chinoises dans un contexte politique assez tendu.
07:32David Baradé disait sur ce plateau,
07:34ce n'est pas au niveau politique que les relations se font finalement,
07:37c'est au niveau des entreprises.
07:39Est-ce que vous êtes d'accord ?
07:40Et est-ce qu'au niveau des entreprises, finalement, ça se passe plutôt bien ?
07:43L'ambiance n'est pas si tendue que ça dans le business ?
07:45L'ambiance n'est pas tendue au sens où on a beaucoup de business en Chine
07:48et on se développe très bien en Chine.
07:51On a des constructeurs, des clients qui sont chinois,
07:54on a des fournisseurs qui sont chinois.
07:55Donc il y a des interfaces dans tous les sens.
07:58Vous savez, moi je plaide sur ce sujet un peu politique.
08:00Je plaide pour un contenu européen minimum sur les voitures européennes.
08:04De la même manière que finalement la Chine a réussi à construire une industrie automobile chinoise
08:11en faisant en sorte que l'ensemble de la valeur ajoutée de la voiture,
08:14pas seulement l'assemblage de la voiture,
08:16mais toute la valeur ajoutée,
08:18donc tous les équipementiers, tout l'écosystème soit en Chine.
08:21De la même manière, je pense que c'est très important
08:23que l'ensemble de la valeur ajoutée de la voiture en Europe reste en Europe.
08:28Et ce n'est pas une position, je pense, qui heurte du tout la Chine.
08:31Les tarifs, les droits douaniers ne sont pas agréables pour la Chine
08:37qui proteste contre ça et je pense qu'ils ont raison.
08:40Par contre, avoir des constructeurs chinois en Chine,
08:42avoir des équipementiers chinois en Chine,
08:44avoir une compétition en Europe qui soit une compétition forte,
08:48ça c'est très bien, avec un contenu européen minimum pour les voitures,
08:52comme le font les autres plaques géographiques.
08:55Pour terminer, il nous reste une minute.
08:57Vous avez lancé en 2022 votre plan Move Up.
08:59Il se termine cette année en 2025.
09:01Est-ce que quand vous l'avez lancé il y a trois ans,
09:03vous aviez une idée de ce qui allait se passer dans le secteur ?
09:05Ça va très vite, ça bouge très vite.
09:08Est-ce que vous aviez une idée ?
09:09Puis c'est quoi la suite ?
09:10Oui, on avait une idée, c'était la voiture de demain.
09:13Quelle sera la voiture demain ?
09:15Elle sera électrique, électrifiée.
09:17Elle sera autonome, en tout cas de plus en plus assistée,
09:20elle sera connectée.
09:21Et ça c'est l'idée vraiment qui a sous-tendu
09:24tous les efforts qu'on fait dans l'entreprise depuis dix ans
09:27pour se préparer à cette énorme transformation technologique.
09:30On n'a pas changé d'un iota.
09:32C'est-à-dire qu'on n'a pas changé notre effort d'innovation.
09:33On continue à travailler sur ces produits de demain
09:35et ces technologies de demain.
09:37Et c'est couronné, récompensé par beaucoup de prises de commandes.
09:41Ce qu'on n'avait pas anticipé,
09:43c'est qu'on voyait un marché qui allait continuer à monter,
09:45il n'a pas monté.
09:47Il y a eu la crise des semi-conducteurs,
09:48il y a eu la crise de l'inflation.
09:50Beaucoup de crises.
09:50Il y a maintenant les droits de douane.
09:52Il y a eu une multitude de crises.
09:54Et ce qui fait finalement la progression de Valeo
09:56pendant cette période absolument remarquable.
09:58On n'est pas très content des 4,5% de marge opérationnelle
10:03qu'on a publié hier
10:03parce qu'on sait qu'on a un potentiel beaucoup plus élevé que ça.
10:07Mais quand on regarde le chemin parcouru,
10:08on voit que c'est un chemin parcouru qui est assez remarquable
10:11dans un contexte qu'on n'avait pas totalement anticipé.
10:14Mais on a anticipé le long terme.
10:16On a anticipé ce qu'il faut faire
10:18pour préparer l'entreprise au défi de demain.
10:20Merci beaucoup Christophe Perriat
10:22d'être venu sur ce plateau,
10:23directeur général de Valeo
10:24dans la matinale de l'économie.
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