00:00Et je suis ravie d'accueillir en plateau Alexandre Gicillot, qui est commissaire priseur et président du groupe Drouot.
00:10Nous allons revenir sur le bilan du premier semestre 2025 au sein de l'hôtel des ventes Drouot.
00:17Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous.
00:19Merci à vous.
00:21On évoque souvent les difficultés de marché des enchères, mais plutôt à l'échelle internationale,
00:26avec des résultats en deçà des attentes.
00:31Qu'en est-il du premier semestre à Drouot ? Comment se sont passées les ventes aux enchères ces derniers mois ?
00:38Très bien. Le bilan est très positif.
00:42Nous sommes en très légère progression pour le produit vendu à l'hôtel des ventes,
00:47mais en très grosse progression, de l'ordre de 30%, pour le produit vendu sur la plateforme numérique.
00:52D'accord.
00:53Donc, interdiction de se plaindre.
00:55Donc, c'est plutôt en vente en ligne que là où tout se joue ?
01:01Disons qu'on est dans une phase de conquête, non pas de part de marché, mais d'une nouvelle clientèle.
01:09On a vu une évolution incroyable de notre façon de travailler entre avant le Covid et jusqu'aujourd'hui.
01:19Pendant le Covid, évidemment.
01:20Oui, le Covid qui a vraiment rebattu les cartes au niveau de l'âge.
01:22Révolutionné. Révolutionné avec des progressions de 200% par an. C'était quelque chose de fou.
01:28Et on a dû complètement revoir notre façon de travailler, mais on est encore dans une période où tous les ans, on progresse, on progresse, on progresse.
01:36Aujourd'hui, une plateforme comme celle développée par Draw, Draw Live, Draw Digital, c'est quand même 850 maisons de vente inscrites.
01:45C'est près d'un million d'objets référencés. Les chiffres sont ahurissants.
01:50Et on n'est encore qu'au début.
01:54Parce que comment ça se passe ? À chaque fois, il y a certaines ventes qui sont seulement online, où à chaque fois, il y a un pendant au sein des salles de Draw.
02:03Il y a deux grandes... Il y a la vente en live, c'est-à-dire que la vente est une vente réelle dans une salle des ventes avec un commissaire-priseur, un public, etc.
02:14Mais elle est également retransmise en live et les internautes dans le monde entier peuvent en chérir directement et en live.
02:21Et ça, c'est le plus gros de l'activité, de très loin.
02:24Et vous avez également les ventes online-only, en bon français, qui sont des ventes qui sont, elles, avec des temps, etc.
02:31Il n'y a pas de vente, il n'y a pas de commissaire-priseur, il n'y a pas de marteau.
02:34Et tout est géré par cette machine formidable qu'on appelle ordinateur.
02:39Est-ce que vous savez d'où proviennent les collectionneurs ? Vous avez dit que c'était vraiment le live qui tirait les ventes.
02:45Est-ce que vous savez si c'est vraiment, principalement, des acheteurs français ou peut-être dans d'autres pays en majorité ?
02:52Non, là où on est étonné, surpris et agréablement, c'est l'ouverture sur l'étranger, principalement.
02:59Les acheteurs français sont très nombreux, majoritaires.
03:03Les francophones sont encore majoritaires.
03:06Mais ils ont simplement un peu modifié leurs habitudes.
03:10Effectivement, ils ne viennent plus forcément voir les objets en salle, ce qui est un tort.
03:15En revanche, on va avoir des clients en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Alaska.
03:22Enfin bon, voilà, je vous parle de cas précis.
03:26Donc quand vous êtes commissaire-priseur comme moi, la tribune, et que vous avez en face de vous une centaine de personnes,
03:32et derrière l'écran de contrôle, 1000 personnes, et que vous voyez les enchères, Japon, Alaska, etc., Nouvelle-Zélande, c'est génial.
03:40Et j'imagine que ça, ça doit énormément modifier votre organisation de logistique au sein de l'Hôtel de Rau.
03:47Comment est-ce que vous avez cessé de ça ?
03:48Absolument. On l'a dû, et on est toujours en perfection, en permanence.
03:52Déjà, la première chose, c'est que ça ralentit énormément les ventes.
03:57Le rythme des ventes en France, c'était un rythme très, très élevé.
04:01Et on a dû s'adapter, puisque les internautes sont beaucoup plus lents.
04:05Il y a toujours un petit décalage, etc.
04:06Et puis surtout, on a dû adapter des systèmes vidéo, audio, qui sont performants, qui doivent être...
04:14On ne doit pas avoir de coupure, on ne doit pas avoir de...
04:17Ça marche très bien.
04:18Et puis, l'avantage du système de Rau, c'est qu'il est développé par nous, par nos propres...
04:22En interne, financé en interne et développé en interne.
04:26Ce qui fait qu'on peut remédier à chaque problématique très rapidement.
04:29On n'a pas à faire appel à un sous-traitant.
04:31Et donc, oui, ça a changé complètement notre façon de faire, mais pour le bien.
04:39En 2023, DRO a ouvert son capital à hauteur de 30%, donc avait super investissement.
04:43Est-ce que ça a permis cette accélération sur le digital, c'était le chantier principal ?
04:49Non, c'était à mon sens une très bonne décision, puisqu'on avait un problème important de pyramide des âges.
04:57Avec un nombre très important de confrères qui n'étaient plus en activité, mais toujours actionnaires de DRO.
05:01Et je me refusais à m'endetter pour payer le départ de ces actionnaires.
05:09Et donc, on a trouvé cette solution que je trouve formidable, puisqu'en plus, ce sont des partenaires qui nous apportent un œil nouveau,
05:15un œil beaucoup plus dans la gestion entrepreneuriale d'une entreprise.
05:21Alors que DRO, dans cette tradition très longue, puisque c'est quand même 1850, on avait une gestion plus proche de celle du bon père de famille.
05:31Donc ça, c'est passionnant.
05:32Mais en revanche, il faut dire que ça n'a rien à voir.
05:34C'est vraiment lié à un développement que notre directeur général de DRO a eu la bonne idée, voire le génie, de mettre en place dès 2006,
05:49à travers la Gazette DRO, qui a commencé à réfléchir à une structure numérique.
05:52Et on s'est rendu compte aujourd'hui que la Gazette DRO a un public très, très, très attaché au papier.
05:58Oui.
05:59Il développe assez peu le numérique, alors que de l'autre côté, le live, lui, se développe énormément.
06:05Et le numérique se développe beaucoup.
06:07Et c'est intéressant de voir ce parallèle entre le papier qui résiste beaucoup, alors qu'il est en crise mondialisée, comme vous le savez.
06:14Mais la Gazette, elle marche très bien.
06:17Et donc, on a eu cette idée géniale.
06:19Et aujourd'hui, on récolte ce qu'on a semé il y a des années avec cet accélérateur du Covid.
06:27Mais ce n'est pas lié à l'arrivée du familial office.
06:33Mais du coup, depuis deux ans, qu'est-ce qu'il y a eu comme chantier ?
06:37Vous parliez d'une gestion à bon père de famille.
06:40Aujourd'hui, est-ce qu'il y a une gestion nouvelle ?
06:42Comment ça se dirige ?
06:45Non, si vous voulez, le travail du conseil d'administration aujourd'hui, c'est de proposer, de façon ouverte, ce qui n'était pas le cas auparavant,
06:56les meilleurs services possibles aux maisons de vente du monde entier.
06:58Voilà, ça c'est le travail.
07:00Et en pointillé, de refaire de Drouot la place physique.
07:06Parce que je pense qu'il est très important de continuer à avoir une place physique, au-delà du numérique et de ses développements qui sont incroyables.
07:12Un carrefour international incontournable du marché de l'art.
07:16Donc, comme vous le savez, les marchés se sont quand même déplacés après-guerre furieusement aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne,
07:22principalement aux Etats-Unis, pour toutes les raisons que tout le monde connaît.
07:26Et aujourd'hui, je pense que Paris a vraiment une carte à jouer fondamentale, post-Brexit, avec des Etats-Unis qui se referment un peu sur eux-mêmes.
07:38Là, il y a une carte à jouer avec l'Europe, Paris, position centrale, extrêmement bien desservie, musée, hôtel, restaurant, vous avez tout.
07:47Et je pense que Drouot, à sa mesure, modeste, a son petit rôle à jouer dans ce rayonnement international de la place de Paris.
07:58Donc, nous, notre travail, c'est ça.
08:01Mais ça passe par quoi ?
08:03Ça passe par des réflexions qui sont industrielles, ou du moins entrepreneuriales,
08:08et non plus comme les commissaires-priseurs qui avaient un monopole et qui considéraient les acheteurs comme des usagers et non pas comme des clients.
08:17Moi, j'ai connu à cette époque où les clients n'étaient pas des clients.
08:21D'accord.
08:22Et aujourd'hui, non, on doit satisfaire aux demandes des clients, qui sont à la fois les acheteurs,
08:28mais également les maisons de vente qui vont louer nos services.
08:32Et donc, c'est compliqué, puisque vous avez, pour prendre l'exemple de Drou Digital,
08:37vous avez 850 maisons de vente, elles n'ont pas du tout les mêmes objectifs, les mêmes besoins.
08:41Donc, il faut trouver des terrains communs, des arrangements.
08:46C'est passionnant.
08:48En tout cas, peut-être que ça porte si fris.
08:49Il y a eu quand même une très belle vente dernièrement.
08:52Tu avais plusieurs ventes au-delà de près de 500 000.
08:58Vous, vous avez une très belle vente d'un sabre de Napoléon.
09:01Oui, évidemment.
09:02Parce qu'il y a un regard intérêt.
09:04On était très au-delà de 500 000.
09:05Là, on était à plus de 4 millions.
09:08Vous avez remarqué, ces six dernières mois, un regard d'intérêt ou un intérêt particulier
09:14pour un mouvement, une tendance, quelque chose qui est assez fort ?
09:17Non, le marché de l'art est très, très dépendant du contexte économique, international, géopolitique,
09:25principalement pour l'art contemporain.
09:27À Douro, on fait très peu d'art contemporain.
09:34C'est un marché qui est tenu par les grandes multinationales lo-saxonnes.
09:39Le marché classique, ce qu'on appelle le fine art, encore une fois, désolé pour le terme l'anglicisme,
09:43mais c'est comme ça, est lui beaucoup moins sensible, avec des collectionneurs qui sont
09:46beaucoup plus résistants aux turbulences.
09:50Et ce qu'on remarque, en revanche, et c'est le cas notamment pour le sable de Napoléon,
09:54on remarque, en revanche, une clientèle de super upper classes, avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de moyens,
10:03de plus en plus présente sur le marché, qui a de plus en plus d'argent,
10:06et donc qui vont payer de plus en plus cher les objets très importants.
10:09Et les grands chefs-d'oeuvre n'ont jamais fait aussi cher.
10:11En revanche, on ne fait malheureusement pas que des ventes de grands chefs-d'oeuvre,
10:14donc il faut faire avec tout le reste.
10:18Et ça, c'est la magie de Douro, vous pouvez trouver des objets à 100 euros et à 10 millions d'euros.
10:23Mais les acheteurs, c'est un constat économique, macroéconomique et microéconomique qu'on fait régulièrement.
10:32C'est 20% de vos acheteurs qui font 80% de votre bénéfice net à la fin de l'année.
10:37Donc, effectivement, le rôle du commissaire-priseur est d'être généraliste,
10:42de traiter également tout type de marché,
10:45mais de vous concentrer quand même sur les pièces importantes qui, elles, vont vous faire des résultats intéressants.
10:52Est-ce que vous avez remarqué des valeurs montantes ?
10:55Oui, le design des années 60.
10:59Alors, vous savez, on a eu la grande période de l'art déco,
11:02après, on est passé aux années 40, 50, et aujourd'hui, on est jusqu'aux années 80, 80, 90,
11:07où là, il y a des grandes... il y a des choses, bon, les Lalanes, des choses comme ça,
11:11il y a des artistes qui, aujourd'hui, émergent.
11:15Mais est-ce qu'il faut acheter ce qui est le plus à la mode ? Je ne sais pas.
11:21Moi, si j'étais un acheteur, je m'intéresserais aux objets du Moyen-Âge,
11:26je m'intéresserais au Japon, à des secteurs comme ça,
11:28qui, aujourd'hui, ne sont pas du tout valorisés.
11:30Aujourd'hui, vous pouvez acheter un chef-d'œuvre du sculpteur du Moyen-Âge pour 100 000 euros.
11:35Et pour 100 000 euros, vous achetez, en art moderne et contemporain,
11:39quelque chose de très bien, mais ce n'est pas un chef-d'œuvre.
11:41Donc, voilà, oui, il y a des secteurs qui ont le vent en poupe, mais...
11:48Il y a encore des niches à explorer.
11:49Moi, je pense qu'il est intéressant de s'intéresser à ce que personne n'en regarde.
11:53Oui.
11:54On terminera là-dessus.
11:54Merci beaucoup, Alexandre Giquelot.
11:56Je rappelle que vous êtes commissaire-priseur et président du groupe Drouot.
11:59Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:01C'était Arrêt Marché.
12:02Sous-titrage Société Radio-Canada
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