00:00Il est 18h18, bonsoir Denis Ferrand, vous êtes économiste, directeur général de Rexcode,
00:07les bourses mondiales, plus littéralement, sous le poids des droits de douane américains,
00:12devons-nous être inquiets ce soir ?
00:14Oui, il y a de quoi être inquiet, c'est sûr que la sérénité n'est certainement pas le mot le plus répandu actuellement sur les marchés,
00:21il y a de quoi être inquiet parce qu'on voit qu'on est toujours dans une escalade,
00:25encore aujourd'hui Donald Trump qui dit que peut-être qu'il pourrait monter de 50 points encore les droits de douane sur les produits chinois,
00:33donc en fait l'inquiétude vient de ce qu'on ne sait pas véritablement jusqu'où va aller cette surenchère et ses réponses également,
00:41et ça les marchés n'aiment pas du tout cette ambiance quand on ne voit pas où ça s'arrête.
00:46Que veut le président américain exactement selon vous ?
00:48Je ne sais pas si on peut être dans sa tête.
00:50Ah oui, c'est à ce point là ?
00:52Non, je pense qu'il y a quand même quelque chose qui ne se limite pas d'ailleurs à Donald Trump,
00:57que l'on voyait déjà un peu chez Obama, chez Trump 1, chez Biden,
01:02à savoir que les américains ont vraiment ce sentiment qu'ils ont perdu du terrain sur certains domaines qui font l'apanage de la puissance d'une économie,
01:10en particulier sur le terrain industriel.
01:12C'est un enjeu qui est tout à fait fondamental, l'enjeu va bien au-delà des seuls droits de douane,
01:17les droits de douane sont un moyen pour la restauration d'une puissance industrielle que les américains ont perdue,
01:23avec tous les dommages sociaux que cela occasionne.
01:25Il semblerait qu'une cinquantaine de pays aient pris contact avec Washington pour négocier, ça veut dire quoi ?
01:30Ça se passe comment ce genre de choses ?
01:31Ce genre de choses c'est quand même très feutré en général, ce qui n'est pas tout à fait le mode de fabrique du président américain,
01:37donc c'est aussi une idée de mettre un peu la pression,
01:40soyez les premiers à négocier avec nous et vous serez les mieux servis,
01:43donc l'idée est quand même de sortir assez rapidement de cette ornière,
01:47parce que les américains voient très bien ce qui est en train de se passer,
01:50ils savent que ça va être des effets délétères, on entre dans un jeu de négociation,
01:53il faut voir ces annonces de droits de douane comme une entrée sur cette table de niveau.
01:57Alors, Denis Ferrand, je pense que beaucoup d'auditeurs se posent la question,
02:00l'épargne des français est-elle menacée d'une quelconque façon ?
02:03L'épargne des français, non, elle n'est pas menacée,
02:07l'épargne de ceux qui avaient investi en bourse au moment où on était au plus haut,
02:11quand l'indice CAC 40 est monté à plus de 8000 points,
02:14actuellement, oui, elle est tombée à 6900 points,
02:18donc oui, ceux qui étaient investis sur ce type de titres peuvent être inquiets,
02:22mais ils ne constateront de perte qu'à partir du moment où ils vendront.
02:25Et donc, dans ces moments-là, il faut rester assez serein,
02:29il faut rester calme, enfin serein, c'est compliqué,
02:31il faut rester calme, ne pas céder à la panique,
02:33et attendre que les choses se rétablissent, qu'on retrouve un petit peu d'horizon.
02:38Mais alors, pourquoi autant de gens le font, puisqu'on le sait tous, qu'on devrait rester calme ?
02:41Parce que ce ne sont pas tellement les gens qui interviennent,
02:44ce sont des acteurs de marché financier,
02:46et les acteurs des marchés réévaluent la valeur des entreprises
02:50au regard de nouvelles circonstances économiques qui ont quand même sacrément changé.
02:54Et les marchés n'aiment pas du tout le cocktail que l'on a actuellement,
02:58à savoir une entrée de l'économie américaine dans une zone qui est proche de la récession,
03:02c'est quelque chose qui est de plus en plus perçu,
03:04et avec, en plus, de l'inflation.
03:06Si vous avez peu de croissance et de l'inflation,
03:09vous aurez une montée des taux d'intérêt,
03:11et ça, ce n'est pas quelque chose que les marchés aiment beaucoup.
03:13Alors, certains de ses propos font peur, ou en tout cas stupéfient,
03:16je le cite, il appelle à ne pas se montrer stupide,
03:18alors qu'il provoque lui-même, en fait, la tempête.
03:20Avant l'ouverture de Wall Street, il a publié une sorte d'incantation,
03:23« Ne soyez pas faibles, soyez forts, courageux, et patient, la grandeur sera au rendez-vous. »
03:28Je vous avoue, quand j'ai lu ça, j'étais encore plus inquiet, moi.
03:30Et c'est peut-être fait exprès, non ?
03:33Oui, mais je pense que c'est aussi parce que cela renvoie véritablement
03:36à l'objectif sous-jacent qui est recherché.
03:39C'est qu'en réalité, il y a vraiment l'objectif de parler
03:42à ce qui a été, jusqu'à présent, plutôt laissé de côté dans l'économie américaine,
03:46à savoir ce que les Américains appellent « Main Street », la rue principale.
03:50C'est-à-dire que Wall Street a été bien servi pendant les dernières années,
03:54maintenant, c'est à Main Street qu'il faut parler,
03:56et redonner du pouvoir d'achat, redonner de l'emploi,
03:59au travers de ce type de politique.
04:01Sait-on vraiment ce qu'il fait ?
04:03Parce que là, ces récents propos, on connaît l'aspect du personnage,
04:07mais on avait l'impression qu'il était au stade du gourou et des invocations, quand même.
04:11Il y a de ça ?
04:13Oui, probablement. On est effectivement dans le registre de l'incantation.
04:17Et parce qu'il veut mettre la pression sur le fait qu'il faut venir s'installer aux États-Unis,
04:22mais parce qu'on est actuellement, si vous voulez,
04:25on a un enchaînement de carottes et de bâtons.
04:28La carotte, c'était celle qui a été ouverte par Biden, avec des subventions.
04:32Venez vous installer aux États-Unis et vous serez très subventionné pour pouvoir le faire.
04:36Le bâton, c'est le droit de douane.
04:38Le droit de douane, c'est si vous ne venez pas chez moi,
04:40je vous taxe si vous voulez vendre des produits sur le territoire américain.
04:44Venez produire depuis chez moi et vous n'aurez pas de taxe.
04:46L'étape suivante, ce sera une autre carotte,
04:48ce sera la dépréciation du dollar,
04:50parce que si vous êtes un investisseur étranger,
04:52si la monnaie, le dollar se déprécie,
04:54alors vous n'avez plus intérêt à acheter aux États-Unis.
04:56La Deutsche Bank affirme qu'il s'agit du plus grand choc pour le système économique
05:00depuis l'effondrement de Bretton Woods en 1971.
05:03Accessoirement, si vous voulez nous rappeler ce qu'étaient les accords de Bretton Woods,
05:06je suis assez d'accord.
05:07Les accords de Bretton Woods établissaient un mode de fonctionnement des économies
05:11sur leur parité monétaire.
05:13Une forme d'harmonie.
05:15C'était une forme d'harmonie et on avait un équilibre financier.
05:18Il faut bien distinguer les situations.
05:23On a actuellement un choc boursier, un krach boursier.
05:26Quand on fait moins 15% en l'espace d'un mois,
05:28oui, c'est un krach boursier.
05:30Pour autant, on n'est pas dans une crise financière.
05:33Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de problème de liquidité entre les entreprises.
05:38Les entreprises arrivent encore à se financer,
05:40peuvent trouver des fonds sur les marchés.
05:42Si on avait à la fois une baisse boursière et un défaut de liquidité,
05:46là oui, on serait en crise financière.
05:48Mais en revanche, on est véritablement aussi,
05:50sur le mot qu'utilise la Deutsche Bank,
05:52sur un choc économique.
05:54Parce que ce que dessine Trump,
05:56c'est quand même une nouvelle organisation
05:58des systèmes de relations commerciales et économiques entre les pays.
06:01Alors justement, il se trouve que le président américain
06:03menace désormais d'imposer des droits de douane de 50%.
06:06A la Chine, si les autorités de Pékin ne renoncent pas
06:08à leur batterie de mesures réciproques,
06:10cette guerre commerciale peut-elle prendre une ampleur bien différente
06:13si ces deux superpuissances ne reculent pas ?
06:16Oui, oui.
06:18Franchement, là on entre dans la politique fiction.
06:21Parce que c'est vraiment quelque chose que l'on n'a jamais vu.
06:24Comment est-ce que les Chinois vont véritablement réagir ?
06:27Pour l'instant, pour les Chinois, ils jouent sur du velours.
06:30Parce qu'en fait, ils sont en train de rassembler autour d'eux
06:33tout un faisceau de pays qui sont quand même à peu près tous
06:35très remontés contre les Etats-Unis.
06:37On peut parler de panique boursière mondiale ce soir ?
06:39Oui, enfin vous avez vu les chiffres,
06:41ça a commencé ce matin au Japon,
06:43ça a été en Europe.
06:45Ça fait le tour de la planète.
06:47Oui, moins 15%, c'est un choc qui est extrêmement violent.
06:50Comment doit réagir l'Europe selon vous ?
06:52Est-ce qu'il faut négocier, montrer les muscles ?
06:54Est-ce qu'on en est vraiment capable quand on travaille à 27 ?
06:57Oui, on en est capable.
07:00Parce que toutes les décisions ne se prennent pas à l'unanimité,
07:03mais certaines se prennent à la majorité qualifiée.
07:05Et surtout, dans un premier temps,
07:07il faut être conscient de ses forces et penser européen.
07:09Les forces, par exemple, que l'on peut mobiliser,
07:11c'est le fait qu'on peut appliquer un droit de la concurrence
07:14vis-à-vis des acteurs des services aux Etats-Unis.
07:18Aux Etats-Unis, par exemple,
07:20Google ne peut pas avoir plus de 66% de parts de marché,
07:23parce qu'après, c'est le Royal Antitrust.
07:25En revanche, en Europe, il est à 95%
07:28sur les moteurs de recherche.
07:32Donc, on a un droit de la concurrence
07:34qui peut actionner que l'on n'a pas utilisé.
07:36Et puis, on a aussi une arme qui est très importante en tant qu'européen.
07:39L'année dernière, les Européens ont apporté 500 milliards d'euros
07:43aux Américains sous la forme d'achats de titres du Trésor,
07:46d'achats de dettes aux Etats-Unis.
07:48500 milliards, ça représentait un quart de l'ensemble
07:51de l'augmentation de la dette américaine.
07:53Donc, ils ont besoin de nous pour maintenir leur train de vie.
07:56Et c'est parce qu'ils ont un train de vie très élevé
07:58que, justement, ils ont un déficit commercial
08:00que veut combattre M. Trump.
08:02Merci d'avoir été aussi clair, Denis Ferrand,
08:04économiste et directeur général de RecScot.
08:06Dans moins de 10 minutes, une toute autre question.
08:08Comment constituer des listes électorales absolument paritaires ?
08:1170% des communes en France
08:13pourraient être concernées par cette nouvelle mesure.
08:15Elles sont assemblées en débat en ce moment même.
08:17Immersion dans moins de 10 minutes à la mairie de Faudoas.
08:19C'est dans le Tarn-et-Garonne où cette proposition
08:21s'apparente à un véritable casse-tête pour les équipes.
08:23Nous en débattrons dans quelques instants.
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