00:00Il faut coopérer. Voilà une injonction de plus en plus fréquente, que ce soit entre
00:13les services de renseignement français, pour plus d'efficacité, entre les métiers d'une
00:18même entreprise, pour plus de créativité, ou encore au sein d'une filière industrielle
00:23pour améliorer sa capacité de négociation face à des concurrents étrangers. Et pourtant,
00:29le quotidien nous montre combien cette injonction à la coopération est souvent peu suivie
00:34des faits. Pourquoi ? Parce que la coopération est double, elle est duale, elle repose sur
00:41des mécanismes apparemment contradictoires et qu'il va falloir gérer conjointement.
00:45Revenons à sa définition. La coopération, c'est agir collectivement en vue d'une
00:52finalité donnée. La coopération se développe dans le temps et repose sur deux logiques
00:57de comportement, à la fois opportunistes et identitaires. La logique opportuniste tout
01:04d'abord, on coopère par calcul. Je coopère avec l'autre pour avoir accès à des ressources
01:10que je n'ai pas et qu'il détient. Sanofi coopère avec Excentia pour avoir accès à
01:16son savoir-faire en intelligence artificielle. Et dans le même temps, l'entreprise britannique
01:21coopère avec Sanofi pour bénéficier de compétences en développement et commercialisation
01:26de nouveaux traitements contre le cancer. La coopération dure tant que les gains pour
01:31chacune des parties excèdent des coûts. Cette coopération est dite complémentaire
01:37parce qu'elle repose sur la complémentarité des ressources apportées par chacune des
01:41parties. L'autre forme de coopération est au contraire basée sur la ressemblance, une
01:49identité commune. Je coopère avec l'autre parce qu'il me ressemble, parce que nous
01:54faisons partie d'une même communauté de valeurs, d'histoires, de croyances. L'existence
01:59d'un syndicat professionnel, comme le Medef par exemple, repose sur cette forme de coopération.
02:05Nous la qualifions de coopération communautaire. Toute la difficulté est qu'il faut arriver
02:12à mobiliser conjointement ces deux formes de coopération. Aucune ne peut en effet se
02:17développer sans l'autre, et ce pour une raison simple. La coopération s'inscrit
02:23dans le temps. Ainsi, si elle n'est pas accompagnée par un intérêt individuel à
02:27être au Medef, la seule coopération communautaire s'essouffle et l'adhésion diminue. De
02:34même, si Sanofi et Exsintia n'ont pas un socle commun de croyances, la seule logique
02:40opportuniste peut rapidement faire exploser l'alliance. Ce raisonnement s'étend au-delà
02:45du management. Le champ politique en est un bel exemple. Il est vrai, on va avoir individuellement
02:52une préférence pour l'une ou l'autre forme de coopération. Mais c'est bien la
02:57présence simultanée au sein du collectif, de la coopération complémentaire et de la
03:02coopération communautaire, de l'opportunisme et du sentiment d'appartenance qui permettra
03:08de faire tenir la relation dans le temps. Créer une dynamique coopérative nécessite
03:14de dépasser la dualité des relations humaines. Voilà toute la difficulté, mais en voilà
03:20aussi toute la force.
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