00:00L'invité de Smart Impact, je vous le présente tout de suite, c'est Antoine Madouy, bonjour.
00:11Bonjour Thomas.
00:12Bienvenue, vous êtes le patron, le PDG de Nerius Invest, cabinet de conseil que vous
00:17avez créé en 2019, puis maintenant vous portez vos propres projets, on va en parler,
00:23mais si on revient à la jeunesse, c'était quoi l'idée de départ, l'ambition de départ
00:27de Nerius ?
00:28L'ambition de départ de Nerius Invest était de pouvoir apprendre à construire et à piloter
00:33des projets de transition écologique, puisque piloter des projets techniquement on sait
00:39faire en termes d'ingénierie depuis longtemps, mais piloter un projet de transition écologique
00:43c'est un peu plus complexe, ça demande des compétences à 360 degrés pour pouvoir gérer
00:48à la fois les aspects juridiques et réglementaires qui aujourd'hui bien souvent viennent être
00:53sur le chemin critique du projet, également gérer les aspects politiques, l'acceptabilité
00:58territoriale et puis pouvoir gérer les aspects financiers et bien entendu techniques et technologies.
01:02Oui, ça suppose des expertises qui sont en fait très multiples et que tout le monde
01:09ne maîtrise pas en même temps, si on peut dire, on parle tous les jours dans cette émission
01:14de cette révolution économique, je ne sais pas s'il y en a une plus rapide, plus brutale
01:20que celle qui est imposée par la transformation environnementale et sociétale, c'est vrai
01:26pour l'énergie, c'est particulièrement vrai pour l'énergie ?
01:29C'est particulièrement vrai pour l'énergie et surtout à partir du moment où on pense
01:35complémentarité de l'approvisionnement dans le cas des transitions énergétiques,
01:39sur différentes énergies il nous faut poser la question des bio-énergies et la question
01:44des bio-énergies amène à la question de l'approvisionnement et de la ressource et
01:48sur les questions de ressources il y a des enjeux d'acceptabilité sociétale particulièrement
01:53fort et des enjeux techniques qu'il nous faut réexplorer notamment en termes d'agriculture,
01:58de foresterie et autres.
01:59L'acceptabilité sociale, on en dit un mot rapidement, ensuite on part en Guyane pour
02:04parler de vos projets, moi ça me semble un enjeu majeur qu'on a peut-être sous-estimé,
02:10est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
02:14Merci pour la question, je vais essayer d'y répondre en quelques secondes mais je pense
02:20que le sujet de l'acceptabilité sociale des projets de transition énergétique a peut-être
02:27été sous-estimé puisque bien souvent pour faire des projets on pense à de l'ingénierie
02:33et lorsqu'on est dans de l'ingénierie nous sommes dans la technique, dans la technologie
02:37et les sujets d'implantation sont vus à travers le prisme des études géotechniques
02:43qui sont elles aussi des études d'ingénierie et souvent en fait les projets techniquement
02:49sont bons par contre essayer dans une démocratie comme la nôtre de pouvoir attirer la population
02:57vers nos projets, les faire comprendre, les partager et accepter la controverse c'est
03:02des éléments qui émergent aujourd'hui et sont à prendre en compte de manière plus
03:08avancée.
03:09Effectivement, c'est devenu vraiment dans la stratégie globale de ces projets quelque
03:13chose d'essentiel.
03:14La Guyane, depuis janvier 2023 vous portez vos propres projets sur ce territoire, déjà
03:22pourquoi la Guyane ?
03:23Merci beaucoup Thomas pour cette question, la Guyane tout simplement puisque c'est un
03:28territoire pour lequel nous avons collectivement, mes deux associés qui sont au bord de NERIS
03:34Invest et mon holding, un attachement particulier.
03:37C'est un territoire extraordinaire dans lequel nous avons des enjeux et des contraintes environnementales
03:44très fortes, c'est l'Amazonie française située entre le Suriname et le Brésil, c'est
03:49également un territoire sur lequel les infrastructures sont relativement peu développées par rapport
03:54aux standards de l'Hexagone et nous avons par exemple une absence d'autoroutes, un
04:00réseau électrique qui peut avoir certaines faiblesses, il n'y a pas de port en eau profonde
04:06et en fait ces contraintes structurelles sont à l'image du reste du monde et donc développer
04:11des projets en Guyane, c'est la garantie de pouvoir les répliquer ensuite ailleurs
04:15dans le monde beaucoup plus facilement que si nous les avions pensés ici à proximité
04:19d'une centrale nucléaire.
04:20Des obstacles à contourner ou à sauter et ensuite ça vous permettra de dupliquer ces
04:27bonnes pratiques.
04:28Alors avec notamment un projet d'exploitation forestière, plantation de bois d'oeuvre
04:32et de bois énergie, alors je vais être honnête avec vous, ma première réaction
04:35ça a été de me dire, mais attendez, la Guyane n'a pas besoin de bois, pourquoi
04:39faire du bois ? Vous voyez ce que je veux dire ?
04:41Oui effectivement, je comprends tout à fait votre question, quand on atterrit et je prends
04:45l'avion demain donc je verrai à nouveau la beauté de la forêt amazonienne quand
04:49on arrive sur un territoire qui est grand comme l'Autriche, qui est couvert à 94%
04:55de forêt, c'est un peu contre-intuitif d'avoir l'idée d'aller planter du bois
04:59là-bas.
05:00Mais ce n'est pas parce que le bois est présent partout qu'il est accessible dans
05:07des conditions technico-économiques satisfaisantes.
05:09Et aujourd'hui, l'engagement pris par la France sur le massif amazonien est exemplaire
05:15puisque l'exploitation se fait en forêt naturelle selon une charte d'exploitation
05:20à faible impact qui est reconnue internationalement pour sa qualité en termes de gestion des
05:25écosystèmes, cependant la contrepartie de cette excellence environnementale est la faiblesse
05:30des prélèvements.
05:31Et aujourd'hui, la production de bois d'oeuvre pour la construction en Guyane nécessite
05:37d'être peut-être augmentée pour pouvoir répondre aux besoins de construction d'un
05:43territoire en pleine explosion démographique.
05:44Et donc Thomas, aujourd'hui, pourquoi est-ce qu'on plante là-bas ? C'est pour pouvoir
05:48fournir un marché qui est approvisionné majoritairement de l'extérieur actuellement.
05:52Ça veut dire que pour construire, ou peut-être même pour se chauffer, on peut parler de
05:57bois énergie, la Guyane importe du bois ?
06:00Oui, la Guyane importe, la balance commerciale du bois en Guyane est déficitaire.
06:05Le bois est importé à la fois pour la construction mais également pour pouvoir demain travailler
06:12sur des éléments de structuration filière.
06:16C'est là où est notre projet, créer des plantations bois d'oeuvre pour pouvoir avoir
06:20de la production locale, de la transformation locale et aller plus loin dans cette transformation.
06:25L'énergie est secondaire.
06:27Ce n'est pas le plus important ?
06:28Non.
06:29Je vous ai posé la question parce qu'en préparant l'émission, on a trouvé ce chiffre, le bois
06:34énergie, qui représente près de 33%, 32,9% de la consommation d'énergie primaire des
06:38Français.
06:39Donc ça commence à prendre pas mal de place.
06:41Alors là, on est en Guyane, on est sur un marché qui est peut-être un peu différent.
06:45Pourquoi vous dites que c'est secondaire ?
06:46C'est secondaire pour une raison d'abord climatique puisque en Guyane, il n'y a pas
06:53besoin de chauffage ni de chaufferie et effectivement, le bois énergie en France est d'abord consommé
06:58pour le chauffage.
06:59En Guyane, il est utilisé dans le cadre de centrales biomasse qui sont là pour produire
07:04de l'électricité de manière continue en injectant sur les réseaux de l'énergie renouvelable.
07:09Dans notre projet, le bois énergie est secondaire puisqu'il est là pour valoriser ce que nous
07:16ne pouvons pas valoriser en bois d'oeuvre, d'abord le bois d'oeuvre, ensuite le bois
07:19énergie.
07:20Quand on lance un projet comme celui-là, avec ces objectifs environnementaux ambitieux,
07:26c'est ce que vous nous dites, comment vous limitez l'impact ?
07:30C'est toute la question.
07:31Il y a plein d'exemples, la variété des essences choisies, peut-être que c'est une
07:38façon de le faire, s'éloigner des cours d'eau, j'essaie d'imaginer ce que vous avez
07:44mis en place.
07:45Merci beaucoup Thomas pour cette question, elle me permet avant tout de dire que faire
07:52un projet d'aménagement sylvicole en Amazonie française sur un territoire qui est couvert
07:56à 94% de forêts naturelles, c'est nécessairement prendre la responsabilité de limiter l'impact
08:02sur la biodiversité.
08:03Et la limite de l'impact sur la biodiversité se fait par les mesures d'ingénierie et par
08:07l'innovation technologique.
08:08D'abord en créant un modèle numérique de terrain, ensuite en ayant les couches et les
08:13hauteurs des différents arbres pour pouvoir identifier les arbres d'avenir et accompagner
08:19la production de bois naturellement en faisant des éclaircies.
08:22Mais c'est aussi, comme vous l'avez justement dit, limiter l'impact sur les cours d'eau
08:27et pour cela limiter l'exploitation sur les pentes et c'est avoir des essences locales
08:31et endémiques.
08:32D'accord.
08:33Il nous reste un peu moins de deux minutes, je voudrais qu'on parle rapidement d'un autre
08:37de vos projets qui est peut-être un peu plus long terme, qui est en partenariat avec l'Agence
08:42Spatiale Européenne et là on parle de production d'hydrogène, expliquez-nous.
08:47Oui, merci pour ce beau projet de le mettre en avant puisque l'Agence Spatiale Européenne,
08:53dans le cadre de la décarbonation du port spatial en collaboration avec le Centre National
08:56d'études spatiales, le CNES, ont pour objectif de diminuer l'empreinte environnementale
09:02des lancements Ariane.
09:03Et pour cela, l'objectif est de pouvoir décarboner la production d'hydrogène puisque l'hydrogène
09:09sert de carburant au fusée.
09:11Et pour pouvoir décarboner la production d'hydrogène, l'Agence Spatiale Européenne a pris l'initiative
09:16de créer un consortium qui s'appelle IGUAN, donc HY, et ce consortium IGUAN va produire
09:24de l'hydrogène renouvelable à partir d'électrolyse et une partie, 80% environ du volume produit,
09:29va servir à décarboner le lanceur Ariane 6 et environ 20% va servir à décarboner
09:34la mobilité lourde en Guyane et la filiale de NERUS INVEST qui est la société ALDIS-NERUS,
09:40en partenariat avec l'acteur local de la distribution, la société ALDIS, va pouvoir
09:45distribuer l'hydrogène à travers ce qu'on appelle une station service.
09:49Ok, est-ce qu'il y a un lien entre la production de bois, éventuellement l'utilisation des
09:55déchets de bois et la production d'hydrogène ?
09:58Pas sur ce projet-là, technologiquement il pourrait y avoir un lien à travers des
10:04unités de pyrogazification qui ont pour objectif de craquer le bois à très haute température
10:13de façon à récupérer un gaz de synthèse et ensuite d'enrichir ce gaz de synthèse
10:17et de le raffiner de manière à pouvoir produire soit des carburants de synthèse, soit de
10:22l'hydrogène.
10:23Voilà encore des pistes passionnantes, merci beaucoup Antoine Madouy d'être revenu nous
10:28présenter ses projets en Guyane, à bientôt sur Be Smart For Change.
10:31On passe à notre débat, connaissez-vous le pacte des Nations Unies ? Ce pacte passé
10:36avec des entreprises privées, vous allez voir.
Commentaires