00:00 Donc on voit que pour elle, la campagne va être beaucoup plus compliquée
00:02 qu'on aurait pu le penser.
00:03 Le bilan d'Ursula von der Leyen, c'est probablement d'abord
00:11 le bilan d'une gestionnaire de crise.
00:13 Puisque peu après son arrivée en 2019, elle a dû gérer la crise de la Covid
00:20 avec nos dépendances stratégiques dont on s'est rendu compte
00:23 sur les produits pharmaceutiques, les masques.
00:26 Et puis l'achat coordonné de vaccins qu'il a fallu organiser.
00:30 Ensuite, il y a eu la crise énergétique qui a commencé avec l'invasion russe en Ukraine
00:34 et où on s'est rendu compte de toute notre dépendance aux gaz russes.
00:37 Il a fallu gérer ça.
00:39 Et puis, tout simplement, cette crise de la guerre en Ukraine,
00:42 elle a aussi donné une Europe de la défense
00:44 où Ursula von der Leyen, à la tête de la Commission,
00:47 a pris en main un peu ce chantier de comment on définit notre autonomie
00:52 en tant qu'Europe.
00:53 Et puis il y a aussi la crise climatique où Ursula von der Leyen
00:56 est celle qui a proposé et lancé le pacte vert européen.
01:00 Donc c'est sûr que cette vision d'une gestionnaire de crise, c'est ce qui restera.
01:04 Quand on l'interroge, elle-même dit que sûrement ce dont on se souviendra d'elle,
01:08 c'est qu'elle a été aussi la première femme présidente de la Commission européenne.
01:12 Sûrement que dans l'histoire, on retiendra ça.
01:15 Et puis quand on se pose la question du bilan,
01:17 il faut aussi se demander le bilan pour qui.
01:19 Parce qu'au final, pour qui travaille Ursula von der Leyen ?
01:22 Elle travaille pour les citoyens européens.
01:24 Donc nous tous, on peut se souvenir que c'est elle
01:27 qui était un peu le visage de l'Europe pendant ces crises.
01:30 Elle travaille aussi pour les États qui lui demandent de faire des choses.
01:33 Et si on regarde ça, on peut considérer que la France et l'Allemagne,
01:38 Ursula von der Leyen les a beaucoup écoutées,
01:40 à tel point que les plus petits États de l'Union européenne
01:43 se plaignent qu'Ursula von der Leyen a fait beaucoup pour les grands États.
01:47 Par exemple, elle a beaucoup libéré les aides publiques.
01:50 Et donc la France et l'Allemagne ont pu en distribuer beaucoup.
01:52 Ursula von der Leyen travaille très bien avec Olaf Scholz et Emmanuel Macron.
01:56 Donc là, c'est un bilan à double tranchant.
01:58 C'est-à-dire que la France et l'Allemagne peuvent être contentes
02:00 parce qu'Ursula von der Leyen les a beaucoup écoutées.
02:02 Il y a d'autres États qui sont moins contents.
02:03 Et de même, le Parlement européen critique beaucoup
02:07 la gestion d'Ursula von der Leyen, qui est très centralisée, très verticale.
02:11 Donc le Parlement européen considère que cette présidente de la Commission
02:15 ne les a pas assez écoutées.
02:21 Il y a en effet quelques affaires dont on parle de plus en plus en ce moment.
02:24 Pour le moment, on en parle surtout à Bruxelles.
02:26 Ce ne sont pas encore des affaires qui sont connues dans toute l'Union européenne.
02:29 Mais la principale, c'est une nomination qui fait polémique.
02:33 C'est la nomination d'un envoyé européen pour les PME.
02:37 Et en fait, cette personne qui a été nommée en début d'année,
02:42 qui s'appelle Marcus Pieper, c'était un eurodéputé du parti d'Ursula von der Leyen,
02:48 qui est le parti populaire européen, et aussi de la CDU,
02:51 le parti allemand qui est celui d'Ursula von der Leyen.
02:54 Pourquoi ça fait polémique ?
02:55 Parce qu'il y a eu tout un processus de sélection de candidats.
02:59 Et en fait, au dernier tour, il y avait trois candidats, dont ce monsieur,
03:02 et deux candidats de femmes qui venaient de plus petits pays.
03:06 Et donc, il y a des sources qui ont fait fuiter les notations du processus de sélection,
03:11 où je résume.
03:12 Et donc, ces deux femmes, selon les comités indépendants de sélection,
03:15 étaient plus qualifiées pour le poste.
03:17 Elles avaient plus de compétences.
03:18 Et en plus, elles avaient le mérite d'équilibrer les ratios de la commission
03:24 en termes de genre, de sexe,
03:26 et en termes d'équilibre géographique entre les grands pays et les petits pays.
03:29 Et donc, ce qui est original, et ce qui montre qu'on est vraiment en campagne,
03:33 c'est que plusieurs commissaires européens,
03:35 qui sont techniquement en dessous de von der Leyen dans la hiérarchie de la commission,
03:39 ont pris la plume pour interroger la transparence de ce processus de nomination,
03:46 donc avec des sous-entendus qui auraient peut-être eu du favoritisme d'Ursula von der Leyen.
03:50 Peut-être que ce monsieur aurait été nommé là
03:54 parce qu'Ursula von der Leyen avait besoin du soutien politique de son propre parti.
03:59 Et il n'y a pas seulement que les commissaires qui ont fait ça,
04:01 ce qui était déjà assez impressionnant comme initiative,
04:04 il y a aussi le Parlement européen, qui vient de voter un amendement
04:08 demandant d'annuler la nomination de cet envoyé au PME
04:12 et de nommer quelqu'un d'autre à la place.
04:14 Donc ça, c'est la première affaire qu'on appelle le "Peepergate" du nom de Marcus Pieper,
04:19 cet allié de von der Leyen qui a été nommé un très haut poste de la commission,
04:23 avec quand même un salaire de 20 000 euros par mois pendant quatre ans.
04:26 Et la deuxième affaire qui revient sur le devant de la scène,
04:30 c'est ce qu'on appelle le "Pfizergate".
04:32 Ça remonte à la pandémie.
04:34 À l'époque, Ursula von der Leyen aurait envoyé des SMS au PDG de Pfizer.
04:40 Et la question, c'est est-ce qu'elle a négocié par SMS pour les vaccins avec le PDG de Pfizer ?
04:47 Sachant qu'à l'époque, on était en pleine crise, on essayait d'obtenir des vaccins.
04:50 Et donc c'est des années plus tard qu'il y a cette histoire qui revient en disant
04:54 est-ce qu'on a eu des mauvais prix ?
04:57 Est-ce que ce n'était pas un processus transparent alors que c'est de l'argent public européen ?
05:02 Pourquoi ça revient sur le devant de la scène ?
05:04 Parce qu'en fait, il y a eu des plaintes de citoyens
05:09 et on a appris la semaine dernière que le parquet européen
05:13 était toujours en train d'enquêter sur l'affaire.
05:15 Ce qu'il faut souligner, c'est que si ces affaires reviennent à ce point sur le devant de la scène,
05:20 c'est aussi parce qu'on est en campagne.
05:22 Ursula von der Leyen est entrée en campagne pour sa réélection
05:26 et donc elle s'attire beaucoup plus de critiques,
05:28 à la fois des commissaires européens qui d'habitude s'expriment beaucoup moins en public
05:34 et de manière beaucoup moins critique,
05:35 et aussi du Parlement européen où les eurodéputés insistent beaucoup sur ces affaires,
05:39 justement parce qu'il y a des élections en juin prochain.
05:42 La position du Parti populaire européen, qui est le parti d'Ursula von der Leyen,
05:52 qui est la droite conservatrice européenne, la première force politique en Europe,
05:56 est intéressante parce que c'est justement le président du parti, Manfred Weber,
06:00 qui avait insisté pour que Ursula von der Leyen mène campagne au nom du PPE.
06:05 En fait, comme Ursula von der Leyen est déjà présidente de la Commission européenne,
06:09 aujourd'hui, elle n'est pas censée représenter un parti dans son poste actuel,
06:13 elle est censée représenter les intérêts de tous les Européens,
06:17 donc de tous les partis politiques, et les intérêts de tous les États.
06:20 Elle aurait pu mener campagne pour sa réélection en gardant ce rôle un peu de dire
06:24 « bon ben moi je représente tout le monde, je ne suis pas la candidate d'un parti en particulier ».
06:28 Et c'est le PPE qui a insisté pour qu'elle devienne la candidate de leur parti,
06:33 pour qu'elle se soumette à un vote.
06:34 C'est compliqué pour elle parce qu'elle devient un peu tenancière du programme du PPE,
06:40 qui est un programme politique plus restreint que ce que fait aujourd'hui Ursula à la tête de la Commission.
06:45 Par exemple, ils ont un programme assez dur sur l'immigration.
06:48 Ce qui est difficile pour Ursula von der Leyen, c'est qu'elle est attaquée par,
06:52 par exemple, le président Emmanuel Macron, qui dit qu'il ne faut pas politiser la campagne,
06:58 que la présidente de la Commission doit rester au-dessus de tout ça.
07:01 Donc on voit que pour elle, la campagne va être beaucoup plus compliquée qu'on aurait pu le penser,
07:05 parce qu'elle est déjà attaquée sur le fait que c'est devenu une candidate politique,
07:09 et que dans cette campagne, tous les coups sont permis, y compris par Rignoud,
07:14 qui sont les libéraux, le parti d'Emmanuel Macron,
07:16 qui lui reproche déjà d'être devenu un peu la candidate de la droite.
07:20 C'est sûr qu'Ursula von der Leyen, pour être réélue, aura besoin du soutien d'Emmanuel Macron,
07:25 parce que la France pèse très lourd au Conseil européen.
07:29 Or, il est fort probable qu'Emmanuel Macron attendra le dernier moment
07:33 pour donner son soutien officiel à Ursula von der Leyen.
07:35 C'est une technique clé en négociation, c'est que plus vous voulez obtenir de choses,
07:39 plus vous allez attendre pour dire à la personne que vous la soutenez.
07:42 Sinon, si Macron disait dès aujourd'hui Ursula von der Leyen que c'est plié,
07:45 ça ne serait pas du tout cohérent en termes politiques.
07:48 [Musique]
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