00:00Maintenant qu'elle incarne vraiment l'Europe et que c'est elle qui négocie avec Trump,
00:03c'est aussi elle qui est vue comme celle qui a flanché face à lui.
00:13La présidente de la Commission a fait un discours plutôt combatif pour l'Union européenne
00:19sur une scène internationale avec le retour un peu de grandes puissances
00:23comme la Russie, la Chine, les États-Unis.
00:25C'était un discours qui était d'abord géopolitique.
00:32Elle a vraiment commencé par la dimension géopolitique en parlant de la guerre en Ukraine,
00:37où il faut continuer à soutenir l'Ukraine, de la défense,
00:40où elle invite l'Union européenne à continuer ses efforts.
00:43Elle a ensuite abordé la situation à Gaza avec une annonce forte de son discours
00:47qui est qu'elle propose de suspendre l'accord d'association de l'Union européenne avec Israël
00:52et de sanctionner les ministres israéliens les plus extrémistes du fait de la situation à Gaza.
00:59Et c'est seulement au deux tiers de son discours environ qu'elle a abordé les sujets économiques
01:05et notamment le sujet brûlant du moment qui est l'accord commercial noué avec les États-Unis cet été sur les droits de douane.
01:12Il y a eu beaucoup de critiques suite à cet accord et elle l'a défendue en disant que c'était un peu un moindre mal,
01:20c'est-à-dire le meilleur accord qu'on aurait pu avoir,
01:22en disant que ça aurait été bien pire si on avait eu une guerre commerciale avec les États-Unis.
01:28Elle a également parlé de compétitivité, car c'est là le deuxième reproche qui lui est beaucoup fait
01:32depuis le début de son deuxième mandat il y a un an,
01:35qui est d'avoir un peu abandonné l'agenda de compétitivité
01:38et notamment la mise en œuvre du rapport Draghi,
01:42un rapport sur justement comment doper la compétitivité européenne.
01:47Selon une étude récente, seulement 11% des recommandations de ce rapport ont été mises en œuvre
01:52et donc Ursula von der Leyen a énuméré les chantiers et promis d'accélérer sur la compétitivité.
01:58Il faut se rappeler que ce sondage est sorti justement suite à l'accord commercial noué avec Trump
02:09et qu'en fait, dans ce sondage, on interroge les Européens sur le sentiment qu'ils ont eu
02:14quand ils ont appris les détails de cet accord.
02:17Et on leur demande, est-ce que vous avez senti de l'humiliation, du soulagement ou de l'indifférence ?
02:22Et en fait, la majorité dit qu'ils se sont sentis humiliés.
02:25Et ça, c'est un fait qu'on avait déjà vu avant que cet accord ait été trouvé par von der Leyen.
02:30Les déclarations de Donald Trump et même de l'administration américaine en général
02:34sur l'Europe, ce que représente l'Europe, ce que défend l'Europe, étaient très condescendantes.
02:39Et en fait, il y avait déjà eu des sondages également faits par le Grand Continent
02:42qui montraient que les Européens étaient déçus par le fait que leurs gouvernants,
02:46les États membres mais aussi les responsables des institutions européennes,
02:50n'avaient pas de mots aussi forts que l'administration.
02:52C'est-à-dire qu'on avait l'impression qu'on acceptait de se faire humilier justement et critiquer
02:57sans trop réagir.
02:58Et ce sondage montre que c'est von der Leyen qui paye les pots cassés un peu de cette
03:03humiliation américaine parce que c'est elle qui représente l'Union européenne sur les
03:08questions commerciales.
03:09C'est elle qui est allée négocier avec Trump.
03:12Donc, elle est tenue pour responsable du résultat de l'accord qui est en effet asymétrique
03:17puisque le résultat, c'est qu'il y aura 15% de droits de douane sur les produits européens,
03:22mais 0% sur les produits manufacturés américains.
03:26Donc, c'est très asymétrique.
03:27Et en effet, c'est Ursula von der Leyen qui paye les pots cassés de cette humiliation.
03:30Ça dit deux choses.
03:35D'une part, qu'il y a en effet un affaiblissement incontestable de l'Union européenne sur la
03:39scène internationale.
03:40C'est quelque chose qui est dénoncé depuis longtemps par Emmanuel Macron, mais qui a été
03:44repris par d'autres chefs d'État, qui a été repris par Ursula von der Leyen elle-même
03:48et par les dirigeants des institutions européennes, qui n'arrêtent pas de parler maintenant
03:51d'Europe puissance en disant l'Europe doit se revendiquer comme puissance.
03:55On voit que c'est plus facile à dire qu'à faire, puisque là, quand on teste un peu
04:00le véritable pouvoir de cette Europe puissance, on voit que face aux États-Unis, elle ne fait
04:04pas le poids, puisqu'on arrive à un accord commercial asymétrique.
04:08Et le deuxième point qui est intéressant, c'est sur la forme que Ursula von der Leyen,
04:12qui cherchait à être le visage de l'Union européenne, il y a toujours un peu cette guéguerre
04:17entre les dirigeants des institutions européennes sur qui va incarner l'Europe.
04:22Au final, Ursula von der Leyen, c'est celle qui est connue dans tous les États membres,
04:25beaucoup plus que la présidente du Parlement européen, Roberta Metzola, ou le président
04:30du Conseil européen, Antonio Costa.
04:32Elle voulait être connue.
04:34Au départ, elle a été snobée par Donald Trump, qui ne voulait pas parler avec elle
04:37parce qu'il déteste tout ce qui a trait aux institutions européennes.
04:40Il ne voulait parler qu'aux chefs de gouvernement, comme à Giorgia Meloni en Italie ou Emmanuel Macron
04:45en France.
04:45Finalement, il a quand même rencontré Ursula von der Leyen au bout de longs mois après le début
04:50de son mandat, donc elle a réussi à être reconnue par Trump, mais c'est à double tranchant
04:55pour elle, puisque maintenant qu'elle incarne vraiment l'Europe et que c'est elle qui
04:59négocie avec Trump, c'est aussi elle qui est vue comme celle qui a flanché face à
05:04lui et qui n'a pas réussi à défendre l'Europe puissance.
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