00:00Décidément, à chaque fois que la France entre dans une période de turbulence,
00:03connaît une crise politique, à chaque fois qu'un gouvernement est sur le point de tomber,
00:07les mêmes scènes se répètent, les regards, les caméras se tournent vers les élus socialistes.
00:14Ça tombe bien, nous sommes à une semaine maintenant, moins d'une semaine,
00:18de la chute annoncée de François Bayrou sur un vote de confiance qui a des airs de suicide politique.
00:23Il faut dire que la survie du centriste ne tenait qu'à un fil depuis le jour de sa nomination.
00:27Ce fil, c'était la prolongation d'un pacte de non-censure qui lui garantirait la neutralité des députés socialistes
00:35sur le budget de l'année 2026.
00:37Ce fil, il a été rompu à la seconde même où François Bayrou a avancé un programme d'économie de 44 milliards d'euros,
00:43inacceptable, disons-le, pour tout homme de gauche normalement constitué.
00:47L'effort demandé était certes nécessaire au rétablissement des comptes publics de la nation,
00:50mais trop important pour les troupes d'Olivier Faure.
00:53D'une part parce qu'il aurait supposé de s'isoler définitivement du reste de la gauche
00:56et de rompre les amarres avec ce qu'il reste du Front populaire,
00:59et puis parce que ça aurait été se tirer une balle dans le pied du point de vue électoral,
01:03en passant pour les supplétifs d'une fin d'araigne.
01:06Voilà donc les 66 députés socialistes, 66 petits députés socialistes,
01:10de nouveau au centre du jeu tout simplement parce que la survie du successeur de François Bayrou,
01:14dont tout le monde ignore l'identité à cette heure,
01:16dépendra intimement du bon vouloir des députés socialistes.
01:20Une position de centralité donc, mais attention, une centralité inconfortable.
01:24D'une part, dans le bloc central, on accuse des socialistes d'être des irresponsables,
01:28des incendiaires, des agents du chaos,
01:30et puis de l'autre côté, Jean-Luc Mélenchon les soupçonne de déjà vouloir trahir le programme
01:34et les engagements du nouveau Front populaire.
01:36Ça fait d'ailleurs déjà longtemps que les socialistes se sont habitués à vivre sous le signe
01:40de ce double procès entre le marteau insoumis et l'enclume macroniste.
01:44Alors maintenant que François Bayrou vit ses dernières heures à Matignon,
01:47qu'une nouvelle vacance du pouvoir se précise,
01:49les socialistes sont-ils condamnés à servir de roue de secours à un nouveau gouvernement bayroubiste,
01:54un gouvernement proto-macroniste ?
01:56C'est la question que tout le monde se pose dans le landerno politique
01:58et pour y répondre, il faut s'interroger un instant sur ce qu'il pourrait y avoir
02:01dans la tête du président de la République.
02:03Parce que oui, Emmanuel Macron pourrait se dire que jamais les socialistes n'oseront censurer
02:07un nouveau Premier ministre de peur de précipiter une dissolution potentiellement destructrice.
02:12Et c'est là que le pari présidentiel pourrait se révéler aussi erroné que celui qui avait
02:16été fait le 9 juin 2024 au moment de la dissolution.
02:18Il y a énormément de socialistes qui n'acceptent pas l'idée d'avoir à béquiller un gouvernement
02:23au nom de la stabilité, gouvernement dont ils ne partagent ni l'approche ni l'orientation
02:27politique.
02:28Pour la plupart des députés socialistes contactés par l'opinion, Gérald Darmanin
02:32et Sébastien Lecornu, les tics et tacs de Matignon dont les noms reviennent perpétuellement
02:36parmi les primo-ministrables sont deux véritables chiffons rouges.
02:39En réalité, l'identité du futur locataire de Matignon, le casting en tant que tel
02:43importe peu aux socialistes.
02:44Même Eric Lombard, le ministre de l'économie, ou une Catherine Vautrin, jugée peut-être
02:49plus souple à l'égard de la gauche, n'aurait pas une durée de vie à Matignon nécessairement
02:53plus importante que celle qu'a eu François Bayrou.
02:55Ce que veulent les socialistes, et en particulier Olivier Faure aujourd'hui, ce n'est pas une
02:59cogestion, ce n'est pas une union nationale ou un parfum de cohabitation, c'est une cohabitation
03:05avec la gauche.
03:06Sur tous les tons, ces derniers jours, on entend la gauche et les écologistes se dire
03:09prêts à gouverner.
03:10Et d'ailleurs, lors de leur grand raout de rentrée à Blois, leurs universités d'été
03:14annuel, les socialistes ont présenté un contre-budget, une proposition alternative
03:18à celle de François Bayrou, avec un véritable choc fiscal.
03:2226,9 milliards de recettes nouvelles, avec notamment la fameuse taxe Zuckmann qui vise
03:26les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros.
03:29Mais aussi 31 milliards d'euros de prélèvements nouveaux si l'on inclut cette fois-ci la
03:34baisse des aides aux entreprises.
03:36En réalité, on le voit, ce contre-budget socialiste, c'est un cocktail keynésien qui
03:40s'apparente à du LFI light.
03:42Et si on met de côté l'irréalisme budgétaire de ce plan, on peut néanmoins comprendre les
03:45arguments brandis par les chefs à plumes du Parti Socialiste.
03:48On leur a demandé de s'affranchir, de se dissocier de la France insoumise au nom d'une
03:52conception républicaine.
03:53Ils l'ont fait au début de l'année, en allant négocier un pacte de non-censure à
03:56Bercy, sous les colibés et les railleries de Jean-Luc Mélenchon.
03:59On leur a demandé de faire passer la stabilité du pays et de permettre au pays d'avoir
04:03un budget, de faire passer tout ceci avant leurs misérables intérêts boutiqués.
04:07Ils l'ont fait.
04:08Aujourd'hui, les socialistes estiment avoir avalé suffisamment de couleuvres, même
04:12un François Hollande, pourtant partisan de la stabilité, estime qu'il ne peut plus suivre
04:16et votera contre la confiance à François Bayrou, c'est dire s'il y a une forme d'exaspération
04:20et une envie d'exercer les responsabilités dans les rangs socialistes.
04:23Alors évidemment, confier les clés de Matignon à un Premier ministre socialiste n'est certainement
04:26pas l'hypothèse privilégiée dans l'esprit du chef de l'État, mais aura-t-il d'autres
04:30choix ? Après avoir grillé 4 premiers ministres de suite depuis sa réélection en 2022, après
04:34avoir tiré les cartouches Barnier et Bayrou, Emmanuel Macron pourrait peut-être considérer
04:40que sa survie politique suppose aujourd'hui de faire quelques concessions sur son
04:45bilan à la gauche de manière à pouvoir finir son mandat à l'Élysée.
04:48Ce serait évidemment coûteux pour son bilan, cela mettrait probablement à mal une partie
04:53de sa politique de l'offre, mais à la vitesse à laquelle se multiplient les appels à la
04:57convocation d'une élection présidentielle anticipée, on entendait encore ce matin
05:01Valérie Pécresse, le président de la République, pourrait considérer que ce renversement est
05:06la condition sine qua non de sa survie politique.
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