00:00 Générique
00:02 ...
00:04 -Bonjour, Catherine Hadous. -Bonjour, Marie-Claire.
00:07 -Merci d'avoir accepté d'être notre grand témoin du jour.
00:10 Vous êtes particulièrement bien placée pour tenir ce rôle
00:14 parce que votre regard sur la situation des femmes
00:17 dans l'économie a été nourri, finalement,
00:19 à la fois de beaucoup d'expériences personnelles,
00:22 professionnelles, et puis, également,
00:25 vous vous êtes engagée très tôt pour la parité,
00:28 pour l'égalité entre les hommes et les femmes,
00:30 et aujourd'hui, votre rôle au sein du Haut Conseil
00:33 pour l'égalité entre les femmes et les hommes
00:36 vous permet d'avoir une observation plus affinée.
00:39 Donc, pour résumer en quelques mots,
00:41 vous avez démarré votre carrière dans le monde financier,
00:44 pré-école, American Express,
00:46 et vous êtes arrivée, rapidement, ensuite, chez IBM.
00:49 Vous êtes rentrée dans le monde de la tech.
00:52 Quand vous êtes arrivée, vous m'avez dit
00:54 que vous aviez été marquée par le fait
00:57 que vous étiez une prominence marquée des hommes.
00:59 Comme, en même temps, la direction générale d'IBM France
01:03 avait décidé, consciente du sujet, de lutter contre ces inégalités,
01:06 vous avez été amenée à réfléchir, à travailler,
01:09 à proposer ce qui a abouti à la création du cercle intérieur.
01:13 Expliquez-nous, on reviendra sur le sujet,
01:15 comment ça s'est passé
01:17 et comment vous avez fait bouger, à ce moment-là,
01:20 les lignes avec ce cercle.
01:21 -C'était une prise de conscience,
01:23 de la part de quelques femmes dirigeantes
01:26 dans ces grandes entreprises du secteur énergétique.
01:29 L'avantage, c'est que les écarts étaient tellement importants,
01:32 l'invisibilité des femmes était tellement forte
01:35 que ces entreprises, notamment les américaines,
01:38 il faut rendre hommage aux entreprises internationales,
01:41 plutôt que les entreprises françaises,
01:43 se sont dit qu'il fallait trouver des solutions pratiques.
01:47 Le meilleur moyen, c'est d'interroger les salariés.
01:50 Du coup, nous avons créé ce premier réseau.
01:52 On était pionnière, à l'époque,
01:54 puisqu'on a créé le réseau d'IBM
01:56 avec d'autres collègues en 1999.
02:00 Et le cercle intérieur, en 2001,
02:02 il y avait quatre entreprises à l'origine,
02:04 donc IBM, General Electric, France Télécom,
02:07 à l'époque, ça s'appelait encore France Télécom,
02:10 et Schaumberger. L'idée, c'était de partager nos bonnes pratiques.
02:14 C'était une aventure collective,
02:16 de façon très pragmatique et très concrète.
02:18 Cette interrogation de dire pourquoi on n'arrive pas
02:22 à recruter des femmes
02:23 et comment faire pour les retenir.
02:25 Et ça fait 22 ans que l'aventure continue.
02:28 -Justement, comme ça fait plus de 20 ans
02:30 et qu'il y a vraiment eu un développement très marqué,
02:34 avec d'ailleurs des évolutions au sein du cercle intérieur,
02:37 de la composition et de ce que c'est devenu par la suite,
02:40 aujourd'hui, 20 ans après, votre regard,
02:43 puisque là, vous avez pu voir ce qui avait bougé
02:45 ou pas bougé, ou pas suffisamment bougé,
02:48 et puis finalement, dans le sujet spécifique de la tech,
02:51 vous avez toujours travaillé dans ce thème-là,
02:54 ça va faire aussi le lien avec votre activité actuelle,
02:57 parce qu'au sein du Haut Conseil,
02:59 vous avez également participé récemment, justement,
03:02 à un rapport qui est sur les femmes et le numérique,
03:05 et vous avez parlé de visibilité,
03:07 je crois que vous allez nous dire que c'est pas tout à fait ça.
03:11 Commençons par le début, votre propre regard
03:13 sur l'évolution des femmes dans ce monde-là.
03:16 -Si on regarde les chiffres, on peut être un peu désespéré,
03:20 il n'y a que 29 % de femmes dans le numérique,
03:22 et encore dans les 29 %, on compte les fonctions,
03:25 comme celles que j'ai occupées, les RH,
03:27 donc il n'y a que 16 % de femmes dans les métiers techniques,
03:30 donc il n'y a que 26 % de femmes qui sont diplômées d'ingénieur.
03:34 Tous ces chiffres pourraient, en effet, nous déprimer.
03:37 En même temps, je dirais que 20 ans après,
03:39 ce qui est positif, c'est qu'il y a de plus en plus
03:42 d'entreprises qui s'engagent, que le sujet,
03:45 on n'est plus obligé de démontrer, grâce à toutes les études,
03:48 que la mixité est absolument indispensable.
03:51 Donc ça, c'est déjà une étape.
03:54 Après, la deuxième étape, et puis le deuxième défi,
03:58 c'est comment faire en sorte de pouvoir attirer
04:01 les jeunes filles.
04:03 Pourquoi est-ce que, dans les années 60,
04:05 il y avait énormément de femmes qui étaient dans l'informatique ?
04:08 Pourquoi, aujourd'hui, en 2024, on se retrouve avec si peu de femmes,
04:12 alors qu'il y a des possibilités de croissance
04:15 avec des centaines de milliers de postes ?
04:18 C'est vrai qu'il y a cette interrogation,
04:20 et c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a des solutions,
04:23 des propositions, une prise de conscience de l'industrie.
04:26 Dans deux jours, il y aura les assises
04:28 des métiers du numérique, la Fondation numérique.
04:31 C'est un bon signe. Après, le combat continue.
04:34 -Le combat continue. D'ailleurs, quand on lit,
04:37 encore une fois, le Conseil, pour y venir,
04:40 a fait des travaux sur les sujets de sexisme, etc.
04:43 C'est pas le thème de notre émission,
04:46 puisque nous, on est vraiment dans la partie des femmes
04:49 dans le monde économique. Mais vous avez également fait
04:52 ce rapport sur les femmes et le numérique,
04:54 et là, on le voit sous deux angles,
04:56 mais l'angle qui est leur présence, comme vous venez de le dire,
05:00 dans ces métiers, dans les formations, au départ, etc.,
05:03 est très net. Mais, finalement,
05:05 à chaque fois, c'est toujours très surprenant,
05:08 parce qu'on fait ce constat, on le partage,
05:10 le constat qu'en fait, la prise de conscience est totale,
05:13 qu'on a des grandes initiatives, qu'on arrête pas de mesurer,
05:17 qu'on a rendu concrets les éléments en question.
05:19 Pourquoi y arrive-t-on, malgré tout, pas suffisamment vite ?
05:23 -C'est-à-dire qu'en fait, il faut se dire
05:26 qu'il n'y a pas de fatalité pour que les femmes
05:28 ne s'intéressent pas à la tech. J'aime beaucoup
05:31 cette citation d'Isabelle Collet, spécialiste du numérique,
05:34 qui dit qu'il faut démasculiniser le secteur.
05:37 Qu'est-ce qui s'est passé ?
05:39 C'est pas que les femmes ont reculé,
05:41 mais les hommes, et peut-être IBM y est pour quelque chose,
05:44 se sont engouffrés dans ces métiers,
05:46 qui sont devenus de pouvoirs.
05:48 -Très rémunérateurs. -Très rémunérateurs.
05:50 A partir de là, les femmes, évidemment,
05:53 se sont senties presque exclues, et ça, c'est important.
05:56 Donc on voit qu'il y a énormément de sexisme
05:59 dans ces métiers-là. Ce qui fait que, évidemment,
06:02 les solutions, c'est de créer, évidemment,
06:04 à la fois un environnement qui soit plus propice
06:07 et plus bienveillant pour les femmes,
06:09 et surtout, il faut partir de l'éducation.
06:12 Si vous allez dans d'autres pays,
06:14 il n'y a pas de fatalité.
06:15 En France, certes, dans les pays occidentaux,
06:18 on a ce problème-là, et on a du mal à aller plus vite,
06:21 malgré une politique forte,
06:23 malgré l'engagement des entreprises,
06:25 des associations qui, au quotidien, se battent
06:28 pour pouvoir, comme le cercle interne,
06:30 pour pouvoir expliquer l'intérêt de ces métiers.
06:33 Mais, en fait, dans d'autres pays,
06:35 avec une politique volontariste, et parfois, d'ailleurs,
06:39 ce n'est pas toujours pour des bonnes raisons.
06:41 Au Moyen-Orient, on retrouve beaucoup de femmes
06:44 dans ces métiers, parce qu'elles peuvent le faire de la maison.
06:47 Dans d'autres pays, la Chine, j'ai eu l'occasion
06:50 de travailler au pays d'origine chinoise,
06:52 et j'ai vu qu'il y avait beaucoup de femmes,
06:55 et pas simplement dans les usines, dans les laboratoires,
06:58 et à la tête de l'entreprise. -C'est important,
07:01 parce que, quand je disais en introduction
07:04 que le futur est écrit, on l'écrit en permanence,
07:07 et que l'intelligence artificielle va avoir un rôle important.
07:10 Il y a un autre sujet que vous allez bientôt traiter,
07:13 si ce n'est pas de trahir un secret,
07:15 au niveau du Haut Conseil, c'est le rapport des femmes de l'argent.
07:19 Ca sera l'un de vos prochains sujets.
07:21 -En effet, vous savez, Haut Conseil,
07:23 peut-être juste pour repositionner le rôle du Haut Conseil
07:27 à l'égalité, c'est un peu un rôle de la foi des Guyons et de Vigie.
07:31 C'est la possibilité d'approfondir un sujet,
07:33 de revenir avec des solutions concrètes
07:36 proposées au gouvernement pour atteindre l'égalité.
07:39 On a plusieurs commissions, on travaille sur différents sujets,
07:42 depuis la violence, la santé, l'international.
07:45 En ce qui concerne la commission parité,
07:47 on va d'abord s'attaquer au sport,
07:49 c'est l'actualité des Jeux olympiques.
07:52 On va travailler sur la parité dans le sport.
07:54 Il y a énormément de choses à faire.
07:56 Après, ce sera les femmes et la finance.
07:59 On démarrera le travail dans quelques mois.
08:01 Avec une vision à 360 degrés, c'est ça qui est intéressant,
08:05 c'est la relation à la fois des femmes avec la finance.
08:08 -Bien écoutée, Catherine.
08:10 Avec ça, je vais pouvoir vous réinviter la prochaine fois
08:13 pour parler de ce rapport-là,
08:15 qui sera certainement très éclairant.
08:18 Merci encore. -Merci beaucoup.
08:20 -Et bonne continuation de vos missions.
08:22 -Merci, Marie-Claire.
Commentaires