00:00 [Musique]
00:14 Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur le plateau L'Opinion, la GFI,
00:18 ici au cœur des 31e rencontres de l'AMRAE à Deauville.
00:21 Je suis en compagnie de Franck Levallois, directeur général de France Assureur.
00:25 Franck, bonjour.
00:26 Bonjour Camille.
00:27 Merci d'être avec nous.
00:28 Si on regarde dans le rétroviseur, quel a été pour vous le fait le plus marquant de 2023 ?
00:34 Ce que je retiens de 2023, c'est avant tout cette montée continue, progressive des risques.
00:42 En 2023, on a eu des marqueurs qui illustrent cette montée des risques,
00:47 des marqueurs visibles par tous nos compatriotes.
00:50 Je pense notamment aux émeutes qui ont frappé la France, certaines communes, à l'été.
00:57 Pour un coût total de 790 millions d'euros tout de même, en termes de dommages indemnisés.
01:04 Mais également montées des risques illustrées par les incidences du réchauffement climatique
01:10 et notamment ce que les tempêtes de fin d'année, Domingos, Siarán,
01:15 pour un milliard et demi d'euros de dommages.
01:17 Mais également les malheureuses inondations dans le nord et dans le Pas-de-Calais
01:23 qui ont conduit à un total de 640 millions d'euros entre la fin d'année 2023 et le début de l'année 2024.
01:30 Vous touchez du doigt un sujet très sensible.
01:33 L'assurabilité de certains risques pose vraiment question.
01:37 Est-ce que ça va jusqu'à interroger le modèle de l'assurance tel qu'il existe aujourd'hui ?
01:42 Le modèle de l'assurance, mais j'allais dire comme tout modèle économique, il s'adapte.
01:47 Il s'adapte à son environnement.
01:49 Il est vrai qu'aujourd'hui, notre environnement est traversé par des transitions,
01:56 des transitions démographiques, digitales, écologiques bien évidemment.
02:02 Et le modèle assurantiel qui intervient dans la vie des personnes au quotidien,
02:09 mais également la vie des entreprises, doit faire face à l'ensemble de ces évolutions.
02:14 C'est notamment ce qui s'est passé avec les différentes réformes du régime des catastrophes naturelles,
02:20 par exemple, pour s'adapter à un environnement nouveau,
02:24 à la fois des besoins nouveaux exprimés par nos concitoyens,
02:28 par les assurés sur le terrain, également par les entreprises,
02:32 et puis également une attente de plus grande protection apportée par les pouvoirs publics,
02:38 mais aussi par les assureurs.
02:40 Alors vous parlez du régime 4NAT.
02:42 On a vu que la surprime 4NAT a été augmentée, elle est passée de 12 à 20%.
02:47 Est-ce que ça, ça suffit ?
02:49 Est-ce que c'est une mesure qui est suffisante pour garantir l'assurabilité des entreprises,
02:54 notamment, puisque là on parle au manager du risque ?
02:56 Ou est-ce qu'il faut aller plus loin, vers d'autres mesures encore ?
03:01 Le régime des catastrophes naturelles, c'est d'abord, et je pense qu'il faut le souligner,
03:05 c'est un dispositif qui nous est envié à l'étranger,
03:10 puisqu'il est très protecteur, à la fois des personnes, mais également des entreprises.
03:17 Je prends toujours cet exemple qui montre que c'est un niveau de protection très élevé,
03:22 mais aussi pour un coût relativement modique, relativement limité.
03:27 La garantie des catastrophes naturelles, elle coûte à un ménage français,
03:32 donc pour sa multi-risques habitation, en moyenne par an, 25 euros.
03:37 Voyez-vous, pour le niveau de protection contre les inondations,
03:40 contre des mouvements de terrain ou autres catastrophes naturelles,
03:46 vagues de submersion par exemple, c'est tout de même une très belle protection pour un coût limité.
03:52 Sauf que ce régime n'avait pas été transformé,
03:57 n'avait pas vécu de réforme structurelle depuis 40 ans, en fait depuis son lancement.
04:02 Depuis maintenant quelques années, les assureurs demandaient à ce que l'on fasse évoluer ce régime,
04:07 pour le moderniser, notamment pour répondre aux attentes de nos concitoyens.
04:11 Je pense notamment à cet exemple marquant qui est l'intégration des frais de relogement
04:15 dans le régime des catastrophes naturelles, puisque rappelons-le,
04:18 jusqu'à présent les frais de relogement après une catastrophe naturelle
04:22 n'étaient pas pris en charge par le régime des catastrophes naturelles.
04:25 Aujourd'hui, ce partenariat public-privé le prend en charge.
04:28 Il y a un autre point qui est l'équilibre économique du régime des catastrophes naturelles.
04:32 Depuis 2015, ce régime est déficitaire, c'est-à-dire que les cotisations appelées au titre de la garantie
04:38 des catastrophes naturelles ne suffisent plus pour régler les sinistres.
04:43 Tant et si bien que les assureurs mutualisent ce régime avec d'autres branches d'activité,
04:50 et au fond ce sont les cotisations d'autres branches d'activité qui viennent compenser
04:55 pour régler à la fin les sinistres.
04:59 Sauf qu'on sait qu'un régime, une branche d'activité qui n'est pas structurellement bénéficiaire,
05:07 pas structurellement équilibrée, c'est sa pérennité qui est en jeu.
05:13 Et donc il fallait absolument faire quelque chose.
05:17 Depuis 2015, ce régime est déficitaire.
05:19 Et la décision a été prise, après plusieurs années je devrais dire, de discussions,
05:27 de négociations, d'argumentations, mais la décision a été prise le 28 décembre 2023
05:33 pour porter ce taux pour toutes les garanties, pour tous les contrats de dommages aux biens,
05:38 ayant une garantie de dommages aux biens de 12% à 20%.
05:42 C'est une bonne chose, ce taux s'appliquera à partir du 1er janvier 2025,
05:46 mais c'est une manière de rééquilibrer le régime.
05:49 Alors ça c'est un point important, parce que ça rééquilibre le régime aujourd'hui.
05:52 Mais on sait qu'il y a une tendance qui est le dérèglement lié au dérèglement climatique,
05:56 une tendance haussière de la sinistralité.
05:59 Ce qui signifie qu'il ne faut pas s'arrêter là, il faut continuer à travailler les autres leviers.
06:04 Et les autres leviers pour améliorer l'équilibre dans le temps du régime des catastrophes naturelles,
06:10 c'est la prévention.
06:11 Et donc il faut absolument, en même temps que ce taux de surprimes catastrophes naturelles a augmenté,
06:18 ou va augmenter au 1er janvier 2025,
06:20 il faut agir sur les leviers de la prévention.
06:23 Au niveau de la Fédération, quel sujet allez-vous porter particulièrement en 2024, au niveau européen j'entends ?
06:31 Oui, notamment au niveau européen, parce que 2024 va être une année européenne évidemment,
06:36 d'élections au niveau européen, mais c'est aussi une année où les sujets,
06:43 parce qu'ils ont été travaillés dans la présente mandature de la Commission et du Parlement,
06:50 commencent à émerger.
06:52 Et il y a trois grandes thématiques finalement qui vont rythmer notre année 2024.
06:58 Je pense notamment à la durabilité, qui est un sujet majeur,
07:03 avec un foisonnement de réglementations,
07:06 et notamment avec une taxonomie qui franchit une étape en 2024.
07:11 Je pense notamment à la CSRD qui entre en vigueur cette année.
07:18 Bref, c'est une année où nous allons encore travailler pour accompagner nos membres, les assureurs,
07:24 à y voir beaucoup plus clair dans cet environnement qui foisonne deux normes,
07:30 deux règlements, deux directives autour de la durabilité.
07:34 Il y a une deuxième thématique qui est importante, c'est celle de la donnée.
07:38 Il y a aujourd'hui en discussion au niveau de la Commission et du Parlement,
07:44 un projet de règlement qui s'appelle FIDA.
07:47 FIDA c'est pour l'accès aux données financières, et qui pour le faire simple et court,
07:53 consisterait à ouvrir les données des assurés et des assureurs à l'extérieur.
08:01 Nous y voyons là une menace, si les choses se font comme elles nous ont été dans un premier temps dites ou écrites.
08:10 Nous voyons la menace, c'est que ces données puissent être captées,
08:15 utilisées, exploitées par notamment de grandes plateformes technologiques,
08:20 dans une logique de marchandisation des données.
08:23 Le risque, la menace pour le consommateur, c'est que ces données lui échappent,
08:30 et qu'elles se retournent contre lui.
08:33 Je m'explique, le risque c'est la démutualisation.
08:36 La marchandisation de ces données pourrait conduire à l'exploitation des données
08:42 pour identifier ce que peuvent être de meilleurs risques que d'autres,
08:47 et une concentration finalement d'acteurs plutôt sur des très bons risques,
08:53 au détriment d'autres risques, là où aujourd'hui il s'opère une mutualisation globale.
08:59 On peut penser notamment, et c'est un exemple assez simple à comprendre,
09:03 c'est comment demain, par exemple, les rez-de-chaussée d'immeubles
09:07 pourraient être moins souscrits, moins garantis, moins assurés,
09:11 que le premier étage ou le deuxième étage,
09:13 contre des événements de type inondation, par exemple.
09:16 La troisième thématique que nous suivons au niveau européen,
09:22 c'est le financement des transitions.
09:25 C'est en lien avec l'union des marchés de capitaux,
09:28 sur lequel plusieurs missions ont été lancées au niveau français,
09:32 par Bruno Le Maire, c'est Christian Noyer qui mène cette mission
09:38 pour le financement des transitions.
09:40 Et puis au niveau européen, c'est Enrico Letta qui a été chargé
09:43 de réfléchir et de travailler à l'union des marchés de capitaux.
09:48 Ce qu'il nous faut rappeler, et ce qu'on nous rappelleront
09:50 au cours de l'année 2024 pour cette thématique,
09:53 c'est le fait que les assureurs sont des acteurs clés
09:55 de l'investissement et du financement des transitions.
09:58 Et en France, peut-être encore plus qu'ailleurs en Europe,
10:02 où les assureurs français investissent à hauteur de 64%
10:07 des actifs qu'ils détiennent dans les entreprises.
10:11 Là aussi, ça me semble être un point important.
10:14 Un vaste chantier pour 2024.
10:16 Absolument.
10:17 Merci beaucoup, Franck Levallois, d'avoir été avec nous.
10:19 Merci Camille.
10:20 [Musique]
Commentaires