00:00 [Générique]
00:09 Les plateformes numériques ne seraient-elles qu'une architecture déjà archaïque et condamnée à disparaître dans un avenir rapproché ?
00:16 C'est ce que suggérait Bill Gates il y a peu au AI Forward 2023, dont les prophéties font souvent mouche,
00:23 comme en témoignent ses ouvrages visionnaires des années 90.
00:27 Une vista qui tient d'abord au fait qu'il est aux avant-postes des transformations technologiques,
00:31 hier au titre d'entrepreneur et aujourd'hui au titre d'investisseur.
00:35 Ce qu'a en tête le co-fondateur de Microsoft relève de la pure logique.
00:39 Si les plateformes font aujourd'hui figure de révolution dans l'accès aux choses, aux services, à l'information,
00:45 et l'appariement entre l'offre et la demande,
00:48 elles ne constituent pas pour autant la solution la plus aboutie au regard des avancées technologiques.
00:54 Par rapport au circuit physique, elles proposent certes des gains considérables d'efficacité en termes d'accès,
01:00 en même temps qu'elles élargissent l'éventail des choix et le champ géographique de la prospection.
01:06 Ce que les économistes dénomment les coûts de transaction sont ainsi réduits.
01:10 À travers trois leviers notamment, lorsque l'on songe à Amazon.
01:14 1. Un accès en ligne, sans déplacement donc, à un très vaste catalogue.
01:19 2. Des outils d'aide à la décision pour faciliter et accélérer les arbitrages,
01:25 partant des comparateurs jusqu'à l'IA générative intégrée maintenant progressivement aux plateformes.
01:32 3. Enfin, surtout, toute une architecture logistique, entreposage, livraison, sans cesse optimisée via la robotisation, l'IA, les drones, etc.
01:42 Néanmoins, tout l'écosystème des plateformes pourrait être chamboulé par le perfectionnement de l'IA générative.
01:49 Il suffirait pour cela d'un super assistant personnel, capable de comprendre les besoins et les habitudes de toute personne ou foyer.
01:57 Ayant une capacité de lecture sur le web très supérieure à celle d'un individu.
02:02 Apte donc à effectuer toutes les tâches décisionnelles, notamment d'achat, à la place des gens.
02:08 Cette intelligence n'existe pas encore aux yeux de Bill Gates, mais son aboutissement est à portée de main.
02:15 Cette prophétie fait entrevoir un véritable cataclysme au plan industriel,
02:20 car c'est la position dominante de certains gars femmes qui demain pourraient être dynamités.
02:26 Moins que leur disparition, c'est leur subordination qui est prévisible.
02:30 Prenons le cas d'Amazon.
02:31 Si demain OpenAI s'imposait comme assistant personnel en matière de consommation,
02:37 recueillant les prescriptions des individus, le géant du e-commerce perdrait son accès direct à l'information client
02:45 et devrait potentiellement verser une commission à l'outil d'IA pour drainer la demande vers son site.
02:51 Il perdrait ainsi sa capacité prévisionnelle qui est au cœur de son avantage comparatif.
02:56 Bref, Bill Gates nous rappelle que nous ne sommes pas au bout du processus de disruption
03:02 et que les gars femmes demeurent des géants aux pieds d'argile.
03:05 Mais au-delà de cette dimension productive,
03:08 une telle évolution soulève toute une série de questions existentielles plus préoccupantes encore.
03:14 Poussons à l'extrême la déduction.
03:15 Une fois que l'IA générative sous-traite nos actes d'achat de façon autonome,
03:20 de quelles données personnelles se nourrit-elle pour évoluer dès lors que nos actes discrétionnaires ne révèlent plus nos préférences ?
03:28 Comment intègre-t-elle la nouveauté notamment ?
03:32 Et si le désir d'achat est tout entier paramétré dans la boîte noire d'une IA générative,
03:37 comment se conçoit l'outil de séduction, du marketing, cette fonction névralgique du capitalisme
03:42 qui s'adresse à la subjectivité, à l'imaginaire des individus
03:46 et manipule le symbole pour armer le mouvement perpétuel de la croissance ?
03:52 Le risque ici est de basculer d'une stratégie d'influence soft, via la pub, le marketing, le design,
03:57 où le consommateur dispose encore d'un libre arbitre,
04:01 à une pure manipulation digitale des individus, que les entreprises devraient monnayer auprès des acteurs de l'IA.
04:09 Que dire enfin de la santé mentale et du développement cognitif du mammifère humain
04:15 lorsqu'on le délivre de toute l'activité de recherche, de questionnement, de tâtonnement, d'erreur, d'effort et de récompense liées à la satisfaction de ses besoins ?
04:25 Que devient une société de consommation qui perd le plaisir intrinsèque de l'acte de consommation ?
04:32 Et à quoi serait dédié ce temps libéré des individus soumis à l'injonction de consommer de façon optimale et instantanée ?
04:40 On peut certes concevoir que le plaisir de consommer est perdu toute valeur chez un hyper-riche qui a dépassé toutes les limites de la satiété.
04:48 Mais à vouloir abolir la figure du consommateur furteur chez le commun des mortels,
04:54 dernière trace du chasseur-cueilleur dans nos sociétés contemporaines, ne franchit-on pas une ligne rouge en termes de déshumanisation ?
05:03 Que nous disent ces questionnements ?
05:05 Que l'IA constitue un défi stratégique de premier ordre pour les plateformes.
05:10 Mais dès lors qu'elle demeure un assistant et non un suppléant à l'intelligence humaine,
05:15 qu'elle s'additionne à une pluralité d'autres solutions, comme souvent dans le capitalisme, perdant son caractère totalisant,
05:23 elle bouscule certes l'idée d'une toute-puissance des plateformes, sans pour autant les faire basculer dans la préhistoire.
05:31 [Musique]
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