00:00 [Générique]
00:09 Hyperconcentration, hypervalorisation, les géants de la tech semblent aujourd'hui invulnérables.
00:15 Ils façonnent la sphère productive et la société selon leurs vues,
00:19 édictant les normes, les standards, configurant les usages,
00:22 générant de nouveaux besoins, créant de nouvelles dépendances,
00:26 de nouvelles addictions et faisant main basse sur toutes les innovations qui comptent.
00:31 À l'instar des grandes manœuvres de Microsoft déversant des milliards sur OpenAI
00:36 pour accélérer l'intégration des solutions de cette firme dans sa suite Microsoft.
00:42 Les GAFAM occupent maintenant tous les points névralgiques de ce qui fait système dans le cyberspace.
00:48 Les systèmes d'exploitation, les services cloud,
00:51 presque intégralement contrôlés en Occident par Amazon, Microsoft ou Google,
00:56 les solutions d'intelligence artificielle et le développement des ordinateurs quantiques.
01:02 Et chaque avancée génère de nouveaux besoins cumulatifs,
01:06 de mise à niveau des systèmes existants, de sécurité ou de maintenance.
01:11 Un certain nombre de ces entreprises se retrouvent maintenant en situation de quasi-monopole naturel,
01:18 compte tenu des coûts fixes déjà engagés et de la transversalité des services qu'elles rendent à l'économie monde.
01:25 En avril 2023, la capitalisation boursière de la tech et d'Amazon réunie
01:30 représente à elle seule près de 29% du total du SP500, l'indice phare américain.
01:38 Un poids considérable à relier à la trajectoire de valorisation des entreprises de cet écosystème.
01:45 Le krach des valeurs technologiques de 2022 qui sanctionne l'euphorie du Covid ne change rien à la tendance de fond.
01:52 Face à l'engouement, le secteur doit sans cesse entretenir l'idée que l'eldorado est devant lui.
01:59 Que l'intégration des solutions ne cesse de démultiplier les potentialités de marché,
02:05 lui permettant de franchir de nouveaux sauts qualitatifs,
02:08 d'investir toujours plus profondément les process des entreprises, pour sa face B2B,
02:14 et les usages des particuliers pour sa face B2C.
02:18 Depuis trois décennies, nous ne serions qu'au début de la grande vague.
02:22 Et les rockstars du secteur, d'Elon Musk à Bill Gates, en passant par Mark Zuckerberg,
02:28 à coup de buzz médiatique relancent régulièrement le mythe de la nouvelle grande déferlante
02:33 qui va refaçonner le monde, reléguant le smartphone au rang d'antiquité.
02:38 Un discours en étrange décalage avec ce que l'on observe aujourd'hui.
02:43 L'actualité est ponctuée de nouvelles qui incitent à penser au contraire
02:47 que le secteur est proche de sa maturité.
02:50 Avec la chute violente des ventes de micro-ordinateurs en début d'année,
02:54 mais aussi de smartphones et de tablettes, un mouvement entamé en 2022.
03:00 Ce retournement lui-même ne permet en rien de préjuger de la suite.
03:04 On en connaît les causes, surequipement des années Covid, dégradation du climat de la consommation.
03:09 Mais il confirme que le segment des terminaux est sorti de sa zone de croissance extensive,
03:15 imperméable au cycle de l'économie.
03:18 Comme d'autres secteurs matures, il alterne maintenant les phases de renouvellement de gamme et de repli,
03:23 renforçant l'âpreté de la concurrence,
03:26 puisque la lutte se déplace, depuis une décennie maintenant, sur la part de marché.
03:31 Cette inflexion n'est certes pas nouvelle et ne livre qu'une vision très parcellaire des choses.
03:37 L'enjeu de la croissance se situe ailleurs.
03:39 En amont, du côté des data centers et des serveurs,
03:43 et en aval, du côté de la puissance embarquée et de l'intelligence artificielle qui permet de démultiplier les usages.
03:51 Or c'est bien de ce côté-là aussi que le bas blesse.
03:55 L'écosystème digital est confronté à deux grandes limites.
03:59 1. Le gigantisme des infrastructures matérielles qui le sous-tendent
04:03 l'expose, comme toutes les autres industries, aux contraintes de ressources et aux coûts induits par la lutte contre le réchauffement climatique.
04:10 Et 2. Le temps de cerveau disponible n'est pas, lui non plus, extensible à l'infini.
04:17 Et c'est sans doute cette seconde dimension qui est la plus pénalisante.
04:21 Les usages numériques sont chronophages, des réseaux sociaux aux jeux, en passant par la consommation de contenu en ligne.
04:28 Ce temps est la ressource rare qui permet aux modèles bifaces de traquer nos données personnelles et de les monétiser sur leur face payante.
04:37 Et les plateformes se livrent maintenant à une lutte de plus en plus âpre pour capter ce temps
04:43 qui entre en rivalité avec d'autres temps sociaux difficilement compressibles.
04:48 Les récents déboires de méta, concernant notamment le potentiel de développement rapide du métaverse ou de Twitter,
04:54 nous rappellent que ces plateformes, elles aussi, occupent un espace qui arrive à maturité,
05:00 exacerbant la concurrence sur un marché où il n'y a pas de place pour tout le monde et où il y aura des morts.
05:07 Dernière limite enfin, ce qui constitue la ressource vitale de nombreux modèles d'affaires du web, la publicité.
05:15 La croissance de cette dernière est indexée sur la croissance de l'économie, limitant là encore le déploiement des plateformes.
05:23 "Manias, panics and crashes", c'est le titre d'un célèbre ouvrage de Charles Kindlberger.
05:29 Nous rappelons que chaque grande vague d'innovation, à l'instar de celle des chemins de fer,
05:34 s'est accompagnée d'une euphorie entrepreneuriale et financière,
05:38 conduisant inexorablement à des surcapacités et à une correction sévère,
05:44 où l'État intervient et reprend la main sur des infrastructures essentielles qui relèvent de monopoles naturels.
05:51 Le numérique offre aujourd'hui le visage de la toute-puissance, comme les patrons turbulents qui le pilotent.
05:58 L'histoire nous rappelle de son côté que l'euphorie n'est jamais très éloignée de la chute.
06:04 [Musique]
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