00:00 8h14, l'interview d'actualité, il a écouté attentivement le ministre de l'économie tout à l'heure.
00:03 Son regard sur l'actualité, lui, il le met toujours à hauteur de consommateur.
00:07 Marie, vous recevez ce matin Jean-Yves Manot, qui est le président de l'association de consommateurs, donc CLCV. Bonjour et bienvenue.
00:13 Jean-Yves Manot, bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Alors CLCV, je rappelle, c'est consommation, logement et cadre de vie.
00:19 Alors, l'électricité augmente, l'alimentation augmente, le prix de décence augmente, tout augmente. Comment on fait ?
00:26 Eh bien justement, les Français ont beaucoup de difficultés par rapport à l'augmentation des prix. 34% d'entre eux sautent un repas.
00:36 De plus en plus de difficultés pour 50% des Français, soyons clairs. Et ça touche évidemment y compris ceux qui ont une activité professionnelle.
00:45 Les revenus ne suivent pas par rapport à l'augmentation des prix. Et c'est une situation assez dramatique.
00:52 Alors justement, hier dans le Parisien, Elisabeth Born a annoncé que pour le carburant, la vente à perte serait possible à titre exceptionnel.
00:58 Je rappelle, la vente à perte, c'est revendre un produit à un prix plus faible que son prix d'achat effectif. Déjà, le gouvernement reconnaît qu'il faut faire quelque chose.
01:08 Est-ce que c'est suffisant, selon vous ? Je pense que le gouvernement est dans une démarche incantatoire régulière, uniquement sans pouvoir.
01:18 Regardons ce qui s'est passé la semaine dernière. Mardi matin, Bruno Le Maire convoque les pétroliers et les distributeurs pour dire « ce n'est pas possible,
01:29 et donc vous allez baisser votre marge et vous allez faire des opérations à prix coûtant ». Objectivement, certaines grandes surfaces ont dit non.
01:38 Ou peut-être dans quelques situations. Jeudi matin, découverte de M. Bruno Le Maire, ah oui, les marges de raffinage sont absolument extrêmement importantes.
01:53 Alors nous avions dit en tant qu'organisation de consommateurs que la marge de raffinage était habituellement de 50 dollars la tonne, et au mois d'août, c'était 132.
02:06 Et donc nous pensions qu'effectivement, il y avait une marge supérieure de la part des pétroliers qui se traduit potentiellement par une augmentation de 10 centimes du litre.
02:16 Donc, et troisième intervention, alors là, très surprenante, effectivement, on va potentiellement vendre à perte.
02:24 Je pense qu'il n'y a pas de réponse aujourd'hui, ce matin, cette annonce un peu surprenante de dire, et en même temps contradictoire.
02:33 Parce qu'il y a dans la loi aujourd'hui, deux éléments qui font que potentiellement, les grandes surfaces ne peuvent pas vendre à moins de 10% de marge.
02:44 Ça s'appelle le seuil de revente à perte. Et la loi de Creuset qui est venue, qui sera appliquée à partir du mois de mars 2024,
02:53 qui limite la possibilité pour les grandes surfaces, les grandes sociétés, de faire des promotions.
02:58 Donc tout ça est contradictoire, on montre bien, enfin ça montre bien que le gouvernement n'a pas de réel pouvoir.
03:04 – N'a pas d'armes, alors qui peut faire quelque chose ? C'est le gouvernement, les distributeurs, les industriels ?
03:08 Comment ça se passe ?
03:09 – Eh bien, je pense que, enfin, le gouvernement, les prix sont libres en France.
03:14 Donc à partir de là, bien évidemment, à part le prix de l'électricité, etc., on pourra en reparler.
03:21 Mais je pense que le consommateur, par ses choix, aujourd'hui, par nécessité, se dirige vers les produits de marque ou les produits de premier prix.
03:32 Et donc il y a une surveillance. Est-ce que M. Bruno Le Maire vous a reparlé des opérations de 5 000 produits qui, théoriquement, ne devaient pas augmenter ?
03:45 Il y a trois mois, il a annoncé en septembre une baisse des prix.
03:49 Trois mois après, ça s'est transformé avec une possibilité que ça n'augmente pas ou légèrement.
03:55 On voit bien qu'ils sont perdus, mais je reconnais qu'il y a peu de possibilités.
04:01 Et, objectivement, la seule arme, aujourd'hui, malheureusement, c'est la baisse des consommations.
04:08 C'est une déconsommation massive, y compris sur des produits d'hygiène, d'ailleurs, ce qui est absolument inquiétant.
04:15 Et le consommateur se dirige vers des produits de moins bonne qualité, ce qui pose des problèmes à terme sur la santé de l'ensemble des consommateurs.
04:26 Est-ce que vous craignez une crise sociale ?
04:29 Bien évidemment, et je pense que le gouvernement aussi, bien évidemment.
04:34 Je pense qu'il y a un sentiment de déclassement, notamment des couches moyennes.
04:39 La société se fracture en deux, ceux qui sont au-dessus et ceux qui sont au-dessous, mais c'est 50% de la population.
04:46 Et ça ne peut pas durer. Il y a des nécessités absolues d'aider les consommateurs.
04:53 Mais alors qu'est-ce qu'il faut faire concrètement ?
04:55 Nous avons demandé, par exemple, sur l'énergie, de tripler le chèque énergie.
05:01 Il faut savoir que pour toucher le chèque énergie, aujourd'hui, il faut être au-dessous du seuil de pauvreté.
05:07 Et quelqu'un qui gagne 900 euros par mois touche 48 euros par an de chèque énergie.
05:13 Donc ce n'est absolument pas suffisant.
05:15 Et l'électricité et le gaz, c'est absolument indispensable.
05:20 Et le carburant est indispensable pour toutes les zones semi-rurales ou rurales,
05:25 ce qui fait que potentiellement, aujourd'hui, c'est extrêmement compliqué,
05:29 et parfois à peine rentable de se rendre à son travail compte tenu de la distance que nous avons amenée.
05:36 Donc ça ne peut pas durer.
05:37 – Mais alors qui doit payer ? Ce sont les finances publiques ?
05:40 – Alors en même temps, l'augmentation de prix général entraîne une augmentation du budget de TTVA
05:49 relativement importante, notamment sur le carburant.
05:52 Quand même, au-delà des taxes, il y a quand même une TTVA,
05:56 donc je pense que compte tenu des difficultés budgétaires, etc., et des priorités,
06:03 je pense que le gouvernement, par nécessité absolue, devra faire des chèques complémentaires.
06:10 Vous savez, il l'a déjà fait l'année dernière.
06:13 – Oui, donc il est en capacité de le faire.
06:15 – Ben écoutez… – Mais il faut le faire impérativement.
06:17 – Ce sont des choix, des choix politiques, mais si on veut éviter l'explosion sociale, oui, je pense…
06:23 Vous savez, le chèque de 100 euros, de 1 000 euros, etc.,
06:30 a été attribué à 12 millions de ménages.
06:33 – Oui.
06:34 – Ça veut dire à peu près 60% de la population française,
06:37 dont l'État a estimé qu'ils avaient un besoin d'un soutien social.
06:42 – Alors, comme il faut des réponses concrètes,
06:44 est-ce que vous avez, vous, des petites astuces pour faire des petites économies ?
06:48 – Je crois qu'il faut comparer, cuisiner, rouler moins vite, etc.
06:56 Je pense qu'il y a des attitudes, je dirais, classiques
06:59 que les Français ont redécouvert potentiellement par nécessité absolue.
07:04 – Merci beaucoup Jean-Yves Manot.
07:05 Je rappelle que vous êtes le président de l'association de consommateurs CLCV.
07:09 Merci.
07:10 – Merci à vous.
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