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  • il y a 12 minutes
Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 18h45 avec Olivier Truchot. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.

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Transcription
00:00La famille de Pengo Bossiobongui a pris la parole aujourd'hui lors d'une conférence de presse.
00:06Il s'agit bien sûr de cet homme qui a été tué dans l'attentat à Trappes dans les Yvines.
00:10Sa demi-sœur Ambre a pris la parole notamment et a lu un message, une lettre écrite par le père.
00:18Je vous propose de l'écouter.
00:20J'ai grandi en France dans les années 80-90,
00:23une période où les ratonnades contre les maghrébins ou les noirs étant malheureusement courantes
00:32et je n'ai pas cru que plusieurs décennies plus tard, mon fils Pengo Bossiobongui succomberait de la main d
00:39'un individu animé de la même haine.
00:43Aujourd'hui, j'ai peur en tant que père d'enfants noirs pour leur avenir, leur sécurité
00:47et pour la place qu'ils pourront occuper dans la société française.
00:51La mère de Pengo et moi faisons le choix de faire confiance à la justice de ce pays et rendre
00:56la justice à notre fils.
00:59On n'est pas en colère, on veut simplement la justice.
01:02Et la paix.
01:03Et la paix.
01:06Zineb Alami, bonsoir. Vous êtes l'avocate du père de Pengo Bossiobongui.
01:11Avant de réagir à ses propos, vous avez dit tout à l'heure que votre client et sa famille,
01:18qui se sont constitués partie civile, n'avaient pas reçu d'appel d'un membre du gouvernement.
01:26Personne au sein du gouvernement n'a appelé le père de la victime, c'est ça ?
01:30C'est exactement ça.
01:31Le père de Pengo n'a pas appris la mort même de son fils d'une bonne manière, je dirais.
01:39Encore une fois, c'est par les médias qu'il a appris directement.
01:43Et puis, il a attendu qu'il y ait un appel, qu'on puisse lui présenter des condoléances.
01:49Ça n'a pas été fait.
01:51Il en est peiné ?
01:52Exactement, c'est quelque chose qu'il a peiné parce qu'il vit un vrai deuil,
01:56qu'il partage aujourd'hui aussi avec tous les Français.
02:00Et il regrette que les choses se soient passées de cette manière.
02:04C'est la raison pour laquelle, effectivement, j'en ai parlé tout à l'heure pendant la conférence.
02:07Pas d'appel de Sébastien Lecornu, du ministre de l'Intérieur, personne ?
02:13Pas à ma connaissance, en tout cas.
02:15Pas du président de la République non plus ?
02:16Non.
02:17Alors justement, cette conférence de presse, j'ai l'impression que c'était aussi pour interpeller le président de la
02:21République
02:21qui veut organiser un hommage national à Pengo.
02:28C'était pour lui dire quoi, en fait ?
02:30Ce n'était pas pour s'adresser forcément au président de la République, pour être honnête.
02:35Cette conférence de presse, si elle a été faite, c'est parce qu'il a été contacté, effectivement,
02:41pour pouvoir parler et prendre la parole dans plusieurs médias.
02:43Mais il a eu son premier temps de deuil qui continue, bien sûr.
02:48Il a voulu prendre son temps pour pouvoir écrire des mots qui sont justes, qui lui ressemblent,
02:53pour qu'il puisse les faire entendre un petit peu à tout le monde.
02:56Et il a choisi de le faire de cette manière.
02:59Quel message il voulait faire passer ?
03:02Le premier message, c'est le fait de dire à quel point il est peiné, à quel point il est
03:06sidéré de ce qu'il est en train de vivre.
03:08Qu'il a perdu son fils, Pengo, de 26 ans parce qu'il a quitté chez lui le matin.
03:13C'est le premier message.
03:14C'est d'alerter sur cette tragédie.
03:17Et ensuite, c'est d'alerter sur ce qu'on est en train de vivre.
03:21Et de dire, effectivement, là, on a une difficulté.
03:24C'est que ce n'est pas possible, si je vis dans ce pays avec mes enfants, qui sont également
03:28noirs,
03:29qui puissent connaître peut-être le même sort que Pengo.
03:32J'ai peur en tant que père d'enfant noir, c'est ce qu'il a dit.
03:34Exactement, c'était ses mots.
03:35Parce qu'il dénonce un climat de haine raciste qui s'est progressivement salé en France ?
03:41Alors, il dénonce ce climat qui commence à dater d'une certaine façon.
03:48On n'ouvre pas les yeux aujourd'hui.
03:49Plusieurs personnes alertent sur ce qui est en train de se passer depuis un certain temps.
03:53Qui alimente ce climat ?
03:56Alors, qui l'alimente ?
03:57Je pense sincèrement qu'il y a plusieurs parties qui vont l'alimenter.
04:03On est toujours un peu dans un entre-deux avec un extrême, bien sûr, qui l'alimente.
04:08Donc, on a l'extrême droite qui en parle.
04:11Et puis, on en entend parler parce que c'est dans les médias
04:14et que c'est diffusé de manière récurrente, matin, midi et soir.
04:18Mais, ce qu'il dit aussi, c'est que ce n'est pas de la colère qu'il veut exprimer.
04:24C'est simplement la volonté que justice passe.
04:29Et il fait confiance à la justice du pays, de son pays.
04:32Et oui, complètement.
04:33C'est un père qui est très digne.
04:36Il force le respect sur plein de choses.
04:38Moi, j'échange énormément avec lui.
04:42Et c'est quelqu'un qui ne présente pas de colère,
04:45qui ne présente pas d'esprit de vengeance.
04:47Bien au contraire, il est peiné.
04:49Donc, on voit surtout ça, un père qui est endeuillé.
04:52Mais on voit aussi un père qui veut faire confiance,
04:56qui sait que les institutions ont les possibilités de faire avancer les choses
04:59et que la justice soit faite pour son fils.
05:02Et donc, il fait confiance, effectivement, pour que les choses se passent au mieux.
05:07Quand il dit, votre client, qu'il a peur en tant que père d'enfant noir,
05:11est-ce qu'il a peur qu'il y ait d'autres, Kevin Tessier, d'autres tueurs racistes
05:15qui commettent des tueries de la même manière ?
05:17Bien évidemment que oui.
05:19Je pense que s'il y en a un et qu'il a tué directement son propre fils,
05:23il a peur, bien évidemment, qu'il y en ait d'autres,
05:26que ce soit pour ses propres enfants ou pour tous les autres enfants de la République.
05:31Mais il y a le temps du deuil, bien sûr, de la peine,
05:34mais aussi, il y a le temps des questions.
05:36On a appris que trois jours avant cet attentat,
05:41Kevin Tessier était passé à l'acte, il avait agressé une personne noire.
05:45Donc, il avait finalement commencé, en quelque sorte, son périple meurtrier.
05:49Il y avait plus que des signaux.
05:50Il a d'ailleurs été interpellé, relâché, convoqué.
05:54Il devait être convoqué ultérieurement.
05:56Et puis, trois jours après, il commet ce crime.
05:59Son employeur avait été informé, d'ailleurs, de ce crime.
06:03Donc, il avait été, d'ailleurs, il y a eu une procédure de licenciement.
06:05Mais tout ça n'a pas été au bout, puisque malheureusement, il a fait ce qu'il a fait.
06:10Quand même, ce qui est intéressant, c'est que souvent,
06:13quand il y a des signaux, notamment sur les actes terroristes,
06:15on essaie désormais d'agir le plus vite possible pour éviter le passage à l'acte.
06:19Là, on a manqué quand même de rapidité d'exécution, de vigilance.
06:25Je pense que oui, il y a quelque chose qui nous a échappé, finalement.
06:30Parce que cette personne devait se rendre ce 23 octobre au commissariat.
06:34Au lieu de se rendre à ce commissariat, il était à trappe,
06:37en train de blesser et tuer des personnes.
06:39Donc, bien évidemment qu'on doit se poser la question.
06:42Pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là ?
06:44Comment ça se fait ?
06:45Qu'est-ce qu'on a loupé, au final, pour que ce Kevin Tessier,
06:49alors même qu'il a présenté un premier acte qui devait être bien évidemment raciste,
06:54parce que la personne me semble que c'était une personne noire.
06:56Donc, on est déjà sur un début.
06:58Pourquoi est-ce qu'on n'était pas alerté sur sa situation ?
07:03Parce qu'il n'y a pas de fiche sur lui.
07:05Pourquoi est-ce qu'on n'avait pas tout ça ?
07:07Et justement, c'est la question...
07:08Pourquoi ? Parce que quand c'est une agression raciste, on prend ça moins au sérieux ?
07:11Je ne sais, ce n'est pas moi qui vais vous dire ça,
07:14mais en tout cas, je pense qu'il faut y prêter l'oreille, en tout cas, oui.
07:19Ce qu'on sait effectivement aujourd'hui de Kevin Tessier,
07:20c'est qu'il n'était pas connu des services de renseignement,
07:23qu'il n'avait pas de fiche S, par exemple, à son nom.
07:25Effectivement, cet acte, probablement cette agression raciste dans la situation de service,
07:29elle n'a pas non plus tiré une sonnette d'alarme le concernant.
07:31Et on a déjà vu ça dans d'autres cas.
07:33Par exemple, William Mallet, c'est cet auteur de la tuerie raciste de la rue d'Anguin à Paris
07:37contre un centre kurde fin 2022.
07:39Lui aussi, un an auparavant, il avait attaqué à coup de sabre un camp de migrants à Paris.
07:45Agression raciste caractérisée comme telle.
07:47Et pour autant, il n'avait pas non plus été fiché à l'époque.
07:50C'est vrai qu'on a parfois l'impression que ces agressions racistes ne sont pas prises,
07:54en tout cas comme des facteurs qui précèdent des actions encore plus graves.
07:58Complètement.
07:59En tout cas, il faut avoir quelque chose pour pouvoir se dire que c'est possible que ça puisse arriver.
08:04Et donc, il faut avoir les mêmes vigilances qu'on a avec un autre type de terrorisme.
08:09Exactement.
08:10Donc, si on a des vigilances qui sont déjà mises en place, on a déjà des process qui sont faits
08:14pour le terrorisme islamiste,
08:16pourquoi est-ce qu'on n'a pas la même chose pour le terrorisme de l'ultra-droite ?
08:20Parce qu'il existe d'une certaine façon.
08:22Ce n'est pas aujourd'hui, ce n'est pas à chaque fois qu'on en a un une fois
08:25de temps en temps
08:25qu'on a l'impression que c'est tout nouveau et que ça vient d'arriver, alors que ce n
08:29'est pas le cas.
08:29Est-ce que vous regrettez que vendredi, lors du rassemblement à Trappes, il n'y avait ni représentants du gouvernement,
08:35ni personnalités de la droite et du centre ?
08:39Oui, bien sûr. On se pose la question de pourquoi est-ce que ces personnes-là n'étaient pas présentes
08:43à ce rassemblement.
08:45Pourquoi on n'arrive pas à faire unité nationale, républicaine autour de ce drame de Trappes,
08:50comme on a pu le faire lors d'autres attentats, notamment des attentats terroristes ?
08:57Complètement. Et je pense que c'est ce qui attriste encore plus la famille.
09:02L'attentat islamiste, je voulais dire, pardon.
09:03Oui, oui. C'est ce qui attriste encore plus, parce que pourquoi est-ce qu'on peut entendre justement
09:09que dans d'autres attentats, eh bien, tout le monde va s'unir, tout le monde sera ensemble.
09:13Au contraire, des personnes vont se battre pour être au premier rang, pour montrer qu'on est là pour cette
09:19cause.
09:20Par contre, quand on est sur un attentat qui est différent, qui est raciste, eh bien, on s'avance un
09:24petit peu moins.
09:25Un dernier mot, Paul Conge, vous qui êtes du service police-justice. On en est où ?
09:29Alors, Kévin Tessier est en détention. L'enquête continue.
09:33L'enquête continue. Elle fait que démarrer. Il y a une enquête de flagrance.
09:36Maintenant, ce sont trois juges d'instruction antiterroriste qui vont enquêter sur les faits,
09:41mais aussi s'intéresser à la personnalité, aux motivations, à l'idéologie de Kévin Tessier.
09:45Parce qu'effectivement, les propos qu'on a entendus, qui ont été rapportés par des médias
09:49et par le parquet antiterroriste de Kévin Tessier, semblent effectivement assez proches
09:52de ceux de l'extrême droite identitaire. Donc, les juges vont nécessairement s'intéresser
09:55à son entourage, à ses fréquentations virtuelles, aux groupes, aux individus
09:59qu'il a pu fréquenter, qui peut-être l'ont incité, ou qui au moins l'ont influencé
10:03dans son passage à l'acte. Ils vont aussi se poser la question de savoir
10:06où est-ce qu'il s'est procuré son arme, est-ce qu'il s'est exercé au tir,
10:09donc aux éventuelles aides logistiques et morales qu'il a pu avoir
10:13tout au long de ces préparatifs de cet attentat, exactement comme on le fait
10:17pour les dossiers de terrorisme islamiste.

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