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Gaël Giraud, économiste de renom, directeur de recherche au CNRS, donne une démonstration formidable sur le ratio dette/PIB sur la chaîne Sator, et l'évolution de ce dernier lorsqu'on coupe dans les dépenses de l'état. Ça change des discours qu'on entend de la part de nos politiques.

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Source
Giraud https://www.youtube.com/watch?v=6LTgHPjMQEE
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Quel est le ratio belge dette/PIB ?
100 depuis l'année dernière ?

Quelle est la valeur du multiplicateur budgétaire pour la France ?
Entre 0.78 - 0.86. Certains disent 1.5.

Dans quel cas le ratio de dette monte ?
Le ratio monte lorsque multiplicateur x (taux de prélèvements + ratio de dette ) est supérieur à 1.

#giraud #économie #politique #dette #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:06Revenons malgré tout à ce fameux ratio d'aides sur PIB que tout le monde utilise et alors nous
00:12en France on est à 118, 119 donc certains crient à la faillite de l'État. Je rappelle à tout
00:17le
00:18monde mais j'y reviendrai dans un instant que l'État français ne peut pas faire faillite,
00:21c'est absolument structurellement impossible. Mais par exemple en Belgique ce ratio vient de
00:26dépasser 100% depuis l'an dernier et alors les médias belges sont dans une espèce d'hystérie en
00:32disant ça y est c'est la fin de la monarchie belge parce qu'on a atteint 100% comme
00:36si ce ratio là
00:37voulait dire quelque chose. Donc autre exemple le Japon est à plus de 230% depuis plus de 15 ans
00:45maintenant et autant que je sache le Japon n'a pas été rayé de la carte, les japonais sont toujours
00:49vivants etc. Donc ce ratio tel quel ne veut pas dire grand chose mais comme c'est lui qui organise
00:56la
00:56discussion on va l'utiliser pour ce que j'aurais à vous dire tout à l'heure. Et donc le
01:00point central
01:01c'est que la couper la dépense publique ça va faire baisser le numérateur donc ça va faire baisser
01:08la dette c'est sûr mais ça peut aussi faire baisser le dénominateur c'est-à-dire le PIB c
01:14'est-à-dire
01:14la richesse produite. Et donc la question c'est le ratio va-t-il vraiment baisser ? Il est possible
01:20qu'en diminuant les dépenses publiques on fasse baisser le dénominateur donc le PIB plus rapidement
01:28que le numérateur c'est-à-dire la dette. Alors il y a plusieurs effets simultanés lorsque l'état
01:36se met à dépenser moins. Premièrement admettons pour simplifier il diminue ses dépenses de 1 euro.
01:43Alors qu'est-ce qui se passe ? Premièrement l'activité va ralentir. Ça c'est le PIB qui est
01:49au dénominateur du ratio dette sur PIB. Pourquoi ? Parce que 7 euros, pardon pour le typo, 7 euros
01:55faisaient vivre des tas de gens, des salaires, des commandes, la consommation, etc. Et puis deuxième
02:00effet qui n'est pas toujours pris en compte par les analystes, il y aura des recettes fiscales en moins
02:06puisqu'il y aura moins de revenus, il y aura moins de recettes fiscales pour l'état. Et donc en
02:11fait
02:11les recettes fiscales avec lesquelles l'état rembourse les taux d'intérêt sur sa dette
02:16vont elles-mêmes baisser. Alors comment est-ce qu'on capture cet effet ? On le capture à travers
02:22un paramètre qui s'appelle le multiplicateur, alors quelquefois on dit le multiplicateur
02:26budgétaire, qui mesure les effets 2 et 3, c'est-à-dire de combien la richesse du pays
02:34et les recettes de l'état vont baisser pour chaque euro qui aura été coupé.
02:41Alors pour la France, les mesures dont on dispose aujourd'hui, elles vont, alors là
02:45j'ai mis entre 0,78 et 0,86, en fait vous avez même quelques économistes qui disent
02:51que ça va jusqu'à 1,5, mais disons 0,78, voilà c'est l'INSEE, la Banque de France
02:58donne un multiplicateur bien plus élevé et moi sur le modèle que j'ai construit on
03:02obtient en gros 0,85, mais disons on peut retenir que c'est largement supérieur à 0,70.
03:09Alors qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'à chaque fois que l'État va
03:12baisser
03:12ses dépenses de 1 euro, la richesse nationale va baisser de 0,70 euro, de 70 centimes, en
03:21tenant compte aussi des baisses de recettes fiscales.
03:24Alors prenons un exemple chiffré, c'est la colonne de droite, supposons qu'on est
03:28un avant et un après, avant le PIB c'est 100 et la dette c'est 118, ce qui est
03:33à peu près
03:33notre situation aujourd'hui, donc le ratio dette sur PIB c'est 118 %, supposons que
03:40l'État baisse ses dépenses de 1 euro, donc sa dette devrait baisser de 118 à 117, puisqu'il
03:49va utiliser l'euro économisé pour rembourser sa dette, mais dans le même temps il a perdu
03:5538 centimes de recettes qu'il avait précédemment grâce au PIB.
04:02Et donc en fait, vous voyez que là dans ce petit exemple très très simple, le PIB va
04:08baisser à 99,15, la dette à 117,38 et le ratio dette sur PIB va augmenter de 118,4%.
04:18Donc ça c'est juste un petit exemple scolaire pour vérifier, du point de vue de l'arithmétique
04:23très élémentaire, que c'est possible que diminuer la dépense publique fasse augmenter
04:29le ratio dette sur PIB, pourquoi ? Parce que le dénominateur diminue plus vite que le
04:36numérateur. Alors maintenant, comment est-ce qu'on mesure ça de manière plus rigoureuse ?
04:43Il y a une formule très simple, vous trouverez la démonstration qui est élémentaire, c'est
04:48du niveau collège, dans le blog Mediapart que j'ai ouvert il y a quelques jours, où le
04:53deuxième billet que j'ai écrit dans ce blog, qui s'intitule le présent en commun, donc le
04:58second billet donne la démonstration, c'est trois lignes, c'est très simple.
05:02Alors, à quelles conditions une baisse des dépenses publiques va-t-elle faire augmenter
05:07le ratio de dette ? Et donc la formule est là, elle est très simple, c'est vous multipliez
05:12le multiplicateur, dont je viens de parler, par la somme de deux autres paramètres, le taux
05:19de prélèvement, c'est-à-dire la part du PIB qui est reversée sous forme de prélèvement
05:24à l'État, et le ratio de dette lui-même, c'est-à-dire le ratio dette sur PIB. Donc,
05:30pour la France, fin 2026, on a un taux de prélèvement d'environ 45 %, alors on pourrait
05:37dire que c'est énorme, mais j'y reviendrai, et on a une dette de 118, 119 % selon les
05:44institutions
05:44qui font le calcul. Et donc, si vous regardez cette inéquation-là, si, disons, le produit
05:53entre le multiplicateur et cette somme des deux taux est supérieure à 1, alors, en fait,
05:58le ratio dette sur PIB va augmenter. Donc, le seuil critique, quand vous faites ce calcul
06:05du multiplicateur, c'est environ 0,61, 0,62. Autrement dit, si le multiplicateur est supérieur
06:14à 0,61, 0,62, eh bien, diminuer les dépenses publiques va faire augmenter le ratio dette
06:22sur PIB. Or, à combien évalue-t-on, et ça, c'est pas moi, je veux dire, c'est l
06:27'INSEE,
06:27la Banque de France, l'OFCE, etc., à combien évalue-t-on le multiplicateur français
06:32aujourd'hui entre 0,78, comme je l'ai dit, et 0,86, mais même pour certains économistes,
06:381,5. Donc, dans tous les cas, on est très largement au-dessus de 0,61. Alors, un petit
06:46graphique pour illustrer ça. En abscisse, vous avez ici le ratio dette sur PIB. Donc,
06:55la France, elle est à 118, c'est-à-dire par ici, là. Et puis, vous avez en ordonnée
07:01le multiplicateur. Et donc, là, j'ai pris le multiplicateur qui émerge de mon propre
07:06modèle, 0,85, en gros, mais on pourrait descendre 0,7, ce serait par ici, ou 1,5, ce serait
07:13par
07:13ici. Et puis, là, je vous ai tracé l'hyperbole de l'équation qui est là-haut, de cette équation
07:23-ci.
07:23Vous voyez, multiplicateur supérieur à 1 sur la somme du taux de prélèvement et du
07:28ratio de dette. Donc, ça vous donne cette hyperbole qui est là. Si le multiplicateur
07:35est en dessous de cette courbe-là, alors, eh bien, la coupe va faire baisser le ratio
07:40de dette. Bon. Et donc, l'austérité tiendra sa promesse, c'est-à-dire, ça fera vraiment
07:46baisser la dette rapportée au PIB. En revanche, si le multiplicateur est au-dessus, eh bien,
07:52ça va avoir l'effet pervers contraire, celui des médecins de Molière qui tuent
07:56leurs patients en essayant de le guérir. C'est-à-dire que ça va aggraver le problème
08:01de la dette publique française. Et donc, mon diagnostic, c'est que, en fait, quelle que
08:06soit l'évaluation du multiplicateur français aujourd'hui, on est au-dessus de cette
08:10courbe. Voilà. Et donc, je pourrais m'arrêter là d'une certaine manière, mais évidemment,
08:14je vais vous en dire plus. Je veux dire, c'est un point qui me semble absolument central
08:19aujourd'hui dans la discussion qu'on devrait avoir en France sur que faut-il faire pour
08:24assainir les finances publiques françaises. En fait, paradoxalement, il faut continuer de
08:28dépenser parce que c'est le seul moyen, en vérité, de faire augmenter le dénominateur,
08:34le PIB, plus vite que la dette, le numérateur, et donc de faire baisser le ratio
08:40dette sur PIB. Alors, quelques petites remarques. Plus un pays est endetté, plus le seuil est
08:50bas. Parce que, regardez, si vous revenez à cette équation-là, plus le pays est endetté,
08:54plus le ratio de dette qui est ici est élevé. Et donc, quand vous allez mettre ça de l'autre
08:58côté
08:58de l'inégalité, vous aurez 1 sur taux de prélèvement plus ratio de dette. Donc, plus ceci est élevé,
09:04plus le ratio ici sera bas, sera faible. Et donc, plus cette courbe-là va être basse.
09:13Donc, là aussi, il y a un autre paradoxe qui nous attend, c'est que plus un pays est en
09:18difficulté,
09:19moins l'austérité s'impose. C'est-à-dire que plus l'austérité risque d'aggraver le mal.
09:25Même problème avec la question des prélèvements. Donc, comme je vous le disais,
09:29on a ici le taux des prélèvements. On est à 45 %, j'y reviendrai. Et contrairement à ce qu
09:35'on raconte
09:35souvent, ce n'est pas du tout un taux extravagant. Mais admettons qu'on arrive à faire baisser
09:40les impôts. On continue de faire des cadeaux fiscaux extraordinaires, notamment aux plus riches
09:46du pays. Bon, admettons. Et qu'on les fasse baisser à 25 %, ce qui est absolument impossible.
09:50Mais supposons, par hypothèse, par... Voilà. Dans ce cas-là, la courbe, elle serait ici.
09:56Vous voyez. Et donc, avec un multiplicateur à 0,85, on serait toujours au-dessus.
10:02Donc, c'est pas... Vous voyez, le problème n'est pas... On n'est pas à epsilon, en fait,
10:08d'avoir la bonne solution. On en est très loin. Et un ajustement sur les prélèvements ou un ajustement
10:16sur la dette... Enfin, le ratio dette sur PIB, aujourd'hui, ne changera pas la solution.
10:21Et qui plus est, comme je le disais, plus un pays est endetté, donc plus le ratio
10:25dette sur PIB est élevé, moins il faut songer à faire de la rigueur, paradoxalement.
10:31Donc, c'est là où l'austérité est la plus réclamée, en général, qu'elle est la moins efficace.
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