00:10La bataille culturelle
00:30Attention, on ne peut rien faire. On ne peut rien faire parce qu'il y a un mur de la
00:33dette. On ne peut rien faire parce qu'il y a une bombe des retraites. Et on ne peut rien
00:37faire parce que si on touche au pouvoir d'achat ou au SMIC, il y a un sujet de compétitivité.
00:42Prenons les trois sujets, les uns après les autres. Mais je démarre par la dette. Le mur de la dette.
00:47D'abord d'où je parle, c'est des sujets que je m'occupe depuis maintenant.
00:52Je dis hélas parce que le temps passe, mais plus de 30 ans ou 40 ans. Ce mur de la
00:55dette, il ne cesse de reculer. Dit autrement, ça fait des décennies qu'on nous parle du mur de la
01:00dette, mais qu'on ne l'a jamais pris.
01:02Pourquoi ? Parce qu'il n'existe pas ce mur de la dette en réalité.
01:10Et je voudrais dire deux ou trois choses là-dessus. La première, c'est que la France, contrairement à ce
01:16que les gouvernements macronistes successifs ont dit, de manière à mon sens d'ailleurs assez irresponsable,
01:23elle n'a aucun problème de liquidité ni de solvabilité. C'est-à-dire qu'elle se finance tout à
01:28fait régulièrement, sans aucun problème, et elle emprunte sans aucun problème.
01:32Chaque semaine d'ailleurs. Et chaque semaine, il faut que vous sachiez que quand elle émet de la dette, c
01:36'est-à-dire que lorsqu'elle emprunte, la demande, c'est-à-dire les institutions qui vont lui prêter de
01:40l'argent,
01:41est supérieure à trois, quatre fois à chaque fois à l'offre qu'elle propose. Donc on n'a aucun
01:45problème de liquidité, aucun problème de solvabilité. Premier point.
01:49Deuxième point, on nous bassine avec un ratio, qui est le ratio dette sur PIB. Et on nous dit, attention,
01:54ratio dette sur PIB, 115%, c'est majeur.
01:58Déjà, je fais une première observation qu'on ne dit jamais. 115% du PIB, la dette, ça veut dire
02:02qu'on la rembourserait avec 1,15 fois le revenu national.
02:08Une année, 15 de revenu national. Si vous réfléchissez à ceux qui ont emprunté d'un point de vue immobilier,
02:15etc., en réalité, c'est un ratio qui est faible.
02:18Mais il faut le regarder encore autrement, ce ratio. On compare, et je sais que Jean-Luc a souvent utilisé
02:25cette image à juste titre, enfin cette image sur ratio,
02:28on dit, ouais, la dette, c'est un stock, d'accord ? C'est un passif. Il ne faut pas
02:34la rapporter à un flux, et pardon, j'ai la technique deux secondes,
02:38mais qui est la richesse nationale, c'est-à-dire le PIB, il faut la rapporter à l'actif national.
02:42L'actif national, c'est le patrimoine national.
02:44Quand vous rapportez un stock à un stock, c'est-à-dire la dette au patrimoine national, le ratio, le
02:49fameux ratio de 115%, il tombe à 20%.
02:53Et donc il est tout à fait gérable, sans aucune difficulté. Enfin, je fais un dernier point sur la dette
02:58pour dire la chose suivante.
02:59Enfin, je vais en faire deux autres quand même, puis il y a un moment, il faut que tu m
03:02'arrêtes, mais...
03:02Je t'arrêterai, je t'arrêterai.
03:03Oui, oui, oui, j'ai pas d'inquiétude. Mais non, juste pour dire, on nous dit les taux d'intérêt
03:08montent. Oui, c'est vrai. Enfin, les taux d'intérêt, ça monte, ça baisse, ça varie.
03:11Mais surtout, la durée moyenne de la dette française, c'est 8 ans. Donc pour sentir l'effet à plein
03:17de la hausse des taux d'intérêt, il faut attendre 8 ans.
03:19Et entre-temps, les taux d'intérêt, ils ont le temps de monter, baisser, etc.
03:22La seule chose que j'essaye de dire, c'est qu'en fait, nous n'avons pas de sujet de
03:26dette et cette fameuse contrainte de mur de la dette, etc.
03:29C'est typique un instrument de domination idéologique qui nous est ou vous est opposé pour dire on peut rien
03:35faire. Mais c'est pas vrai.
03:37Je fais deux points de plus si tu m'autorises.
03:39Alors attends, je te pose une question et je te laisse peut-être dans ta réponse.
03:44Mais peut-être, je ne sais pas si tu as vu que pendant l'été, Gabriel Attal, une partie de
03:52la classe médiatique,
03:54sur la base d'une intervention de Jean-Luc Mélenchon, qui disait, mais il y a une partie des titres
03:58de dette aujourd'hui
04:00qui appartiennent à la Banque Centrale Européenne et on peut les jeter au feu.
04:04C'était évidemment une formule et aujourd'hui, il y a dans l'Obs une tribune de 50 économistes qui
04:09défendent l'idée
04:10qu'il y a une partie de la dette aujourd'hui qu'on peut annuler, qu'on peut congeler, qu
04:15'on peut mettre au frigo de la Banque Centrale Européenne.
04:19Donc je voulais savoir quelle était ta position sur ce sujet. Est-ce que c'est quelque chose que tu
04:23partages
04:24ou est-ce que, comme le disent les grands médias, ça va produire de l'inflation, ça va casser la
04:29crédibilité de la signature de la France,
04:31on ne pourra plus emprunter, on ne pourra plus financer nos politiques économiques, ça va être le chaos, la nuée
04:35de sauterelle, le tsunami, etc.
04:39Oui, moi j'en pense quelque chose de simple. J'ai écrit un livre qui s'appelle « La lumière
04:45du chaos »
04:45qui a dû être publié, je pense, en 2020 ou 2021, dans lequel il y a un chapitre entier sur
04:50ce sujet.
04:51Donc il faut que nos amis de la droite le lisent. Et ce que j'en pense est très simple.
04:58La dette publique française, par exemple, qui est détenue par la Banque Centrale, en l'occurrence la Banque de France
05:06ou la Banque Centrale Européenne, la BCE, peut être annulée, comme l'a dit Jean-Luc, sans aucun impact économique
05:13et sans aucun impact financier. Et donc, il y a à peu près 20% de la dette française qui
05:21est détenue par la BCE.
05:23Cette dette, à nouveau, je me répète, elle peut être annulée. Mais allons un cran au-delà, si tu veux
05:27bien.
05:28Quelle conclusion j'en tire ? J'en tire la conclusion qu'en fait, on a des marges de manœuvre
05:32très importantes.
05:33Je vous donne un exemple. Et d'ailleurs, mon livre est né de cet exemple. C'est le Covid.
05:38Avant le Covid, on nous dit « Ouais, il n'y a pas de marge de manœuvre, on ne peut
05:41rien faire, les déficits, la dette, machin, etc. »
05:44Et comme par hasard, au moment du Covid, on met en place ce qu'on appelle le quoi qu'il
05:48en coûte et on injecte, de l'ordre 2, 250 milliards d'euros dans l'économie.
05:54Comme ça. Alors qu'un mois avant, on nous disait « C'est impossible ».
05:58D'où vient cet argent ? Je vais vous dire, juste pour y passer un instant, parce que c'est
06:02fondamental pour les marges de manœuvre futures.
06:04L'État a émis de la dette, en effet. Donc la dette publique s'est accrue de 250 milliards, sauf
06:10que cette dette a été achetée par la Banque Centrale Européenne.
06:15Et en fait, elle a financé comment cet achat ? Par de la création monétaire.
06:21Et donc les 250 milliards d'euros qui ont été injectés dans l'économie, ce n'est pas de la
06:25dette en réalité, c'est de la création monétaire.
06:27On a fait marcher la planche à billets. Et c'est ça qui a permis à l'économie française de
06:32tenir.
06:32Ce qui est passionnant, c'est que les économistes classiques nous disaient « Ouais, ce n'est pas possible, ça
06:38ne marche pas, etc. »
06:39On ne peut pas le faire, parce que si on le fait, il y a de l'inflation.
06:41En réalité, ce qu'on a montré au moment du Covid, c'est qu'il n'y a pas eu
06:45d'inflation.
06:45Alors je vais y revenir, parce qu'il y a eu une inflation après, en effet.
06:49Mais cette inflation n'est pas liée à la création monétaire et aux 250 milliards qui ont été engagés.
06:54Cette inflation qui est née après, elle vient de la guerre en Ukraine et de la rupture des chaînes logistiques
06:59et des chaînes agricoles et alimentaires.
07:01Ce n'est que ça. Mais donc ce qu'on a montré au moment du Covid, c'est que quand
07:04on veut, on peut.
07:06C'est qu'en fait, c'est possible. Il est donc possible d'émettre de la dette qui est achetée
07:11par la Banque centrale, qui crée de la monnaie, et donc d'injecter.
07:13Et donc il est tout à fait possible, et je m'arrête là, mais c'est fondamental, il est tout
07:17à fait possible de lever, si vous voulez, de l'argent,
07:21d'injecter de l'argent pour financer des très grands plans, notamment d'infrastructures ou d'investissements.
07:26Et donc là encore, c'est possible.
07:27Je fais un dernier point, parce que je tiens beaucoup, juste pour clore ce sujet sur la dette, sur les
07:32fameux ratios de Maastricht.
07:34Parce que là aussi, c'est un autre sujet. On nous dit, oui, non mais attention, il y a les
07:38ratios de Maastricht.
07:39Alors je rappelle, c'est 3%. La règle, c'est qu'il ne faut pas excéder 3% de déficit
07:44rapporté au PIB,
07:45et il ne faut pas que la dette excède 60% rapporté au PIB. Je rappelle qu'on est bien
07:50au-delà.
07:50Mais surtout, elle vient d'où cette règle ?
07:53Non mais, on nous bassine avec ça, on nous dit, attention, les règles, les machins, etc.
07:58Je ne sais pas si vous le savez, mais je vais quand même le rappeler.
08:01En fait, il n'y a aucun raisonnement scientifique, aucun raisonnement théorique, aucun raisonnement pratique
08:07derrière ces règles qu'on nous impose dans notre vie quotidienne, jour après jour. Aucun.
08:12Je vais vous dire d'où ça vient.
08:17Le 60% de dette sur PIB, ça fait très scientifique, etc.
08:21Il se trouve que c'était la moyenne de la dette rapportée au PIB des pays européens,
08:25l'année qui précédait le traité de Maastricht.
08:28Donc ils ne se sont pas foulés, ils se sont dit, c'est quoi la moyenne ? 60%.
08:30On va dire qu'il ne faut pas dépasser 60%.
08:33Aucun autre raisonnement derrière.
08:34Le 3%, c'est encore, j'allais dire, plus drôle ou plus étonnant.
08:38Le fameux 3% de déficit, où on dit, attention, c'est très important.
08:42Je vais vous dire d'où il vient.
08:42C'est en fait l'invention d'un fonctionnaire français, en 1981, c'est-à-dire bien avant Maastricht,
08:48qui était un fonctionnaire du ministère des Finances qui s'appelle Guy Abeille,
08:50vous pouvez regarder, qui en fait a regardé quel était à ce moment-là,
08:54pour essayer d'encadrer la politique budgétaire de la gauche et de François Mitterrand,
08:58a regardé quel était le ratio de déficit sur PIB de la France, près de 3%, en 1981.
09:05Et il a dit, ben voilà, il ne faut pas dépasser ça.
09:06Juste pour dire, et je m'arrête là, mais c'est typique de ces sujets politiques, en fait,
09:12et de la bataille culturelle qu'il faut mener sur les sujets économiques,
09:14les carcans, les règles dans lesquelles on nous en sert et on nous enferme,
09:18en réalité, on peut les faire exploser.
09:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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