00:027h12 sur Sud Radio, c'est le rendez-vous témoignage, c'est à la une.
00:07La crise que traversent aujourd'hui les services d'urgence du Lot-et-Garonne soulève de nombreuses interrogations.
00:13On est avec le docteur Laurent Maillard qui est chef des urgences des centres hospitaliers d'Agin et de Marmande.
00:19Bonjour docteur Laurent Maillard.
00:22Bonjour monsieur.
00:23Pour faire des économies, les salaires des médecins urgentistes contractuels ont été revus à la baisse il y a quelques
00:30mois dans votre département.
00:32Mais ça ne suffit pas, le constat que vous faites aujourd'hui, c'est une situation dramatique et c'est
00:37pour cela que vous avez écrit une lettre ouverte d'ailleurs.
00:42Tout à fait, effectivement on a des effectifs médicaux aujourd'hui qui sont au plus bas au niveau de notre
00:48département.
00:49Ce qui nous oblige à fermer les urgences de Villeneuve, de Marmande et l'antenne SMUR de NERAC de façon
00:56perlée au cours du temps.
00:58Et j'ai bien peur que ça perdure encore un certain temps.
01:01Est-ce que fermer comme cela, ça n'est évidemment pas une bonne nouvelle pour tous ceux qui vivent dans
01:08cette région.
01:10Mais est-ce que du coup, il y a un effet de compensation ?
01:14C'est-à-dire que du coup, derrière, c'est forcément d'autres centres hospitaliers qui eux voient arriver toute
01:20cette population qui n'a pas pu être soignée ailleurs.
01:22Alors ce qui se passe, c'est un, la population est obligée d'aller beaucoup plus loin pour arriver à
01:28avoir un accès aux soins.
01:29Et deux, effectivement, au niveau des équipes médicales, les équipes qui chargent le plus pour pouvoir faire face à ces
01:37fermetures, c'est celles qui sont au SAMU.
01:39Avec les assistants de régulation médicaux, nos opérateurs de soins non programmés, puis les médecins libéraux, les médecins urgentistes.
01:46Et puis, ils servissent des urgences d'Agin.
01:49Oui, donc, quelle est la situation aujourd'hui ?
01:53Vous nous annoncez trois fermetures à venir dans les mois qui viennent, vous disiez Anerak, c'est cela ?
02:01Alors, Anerak, l'antenne de SMUR, fermera régulièrement au mois de novembre.
02:08Quand vous dites qu'elle fermera régulièrement, c'est-à-dire qu'elle fermera de façon épisodique ?
02:13Ça veut dire qu'elle fermera de façon épisodique.
02:17En gros, on essaye de trouver une organisation au niveau du département pour que tout ne ferme pas en même
02:22temps.
02:23Mais c'est difficile.
02:24Oui, mais ça signifie quoi ?
02:26Ça signifie qu'il vaut mieux pas tomber le malade le lundi ou le mardi, mais seulement le mercredi, si
02:31vous êtes ouvert le mercredi ?
02:34Alors, le mieux, ce ne serait de pas être du tout malade, on est bien d'accord.
02:40Mais aujourd'hui, je vous dis, ce qu'on essaye, c'est de sécuriser quand même les prises en charge
02:45des patients
02:45avec une organisation qu'on a mis au niveau du département qui permet d'avoir quand même une réponse pour
02:50tous les patients.
02:51Mais la contrepartie, c'est qu'on va demander aux patients d'aller beaucoup plus loin pour avoir la réponse
02:57la plus adaptée.
02:58Oui, Anerak dans le Gers, s'il faut ensuite aller à Agen, on est à environ une petite heure de
03:04route.
03:06Ça devient très compliqué si on est dans le cadre d'une urgence, de devoir faire une heure de route.
03:12Alors, c'est pour ça que ce qu'on essaye de maintenir au niveau de nos gros centres, c'est
03:16ce qu'on appelle les SMUR.
03:18Ils sont des équipes médicales pour prendre en charge toutes les urgences vitales, aussi bien au sein de l'établissement
03:25qu'à l'extérieur de l'établissement.
03:26Mais par contre, nos services d'urgence, où on prend tout type de patients en charge,
03:34on va obligatoirement faire des réorientations vers les établissements de proximité.
03:38Docteur Laurent Maillard, pour qu'on comprenne bien, pourquoi en est-on arrivé là aujourd'hui ?
03:43Qu'est-ce qui se passe en fait ? Vous vous devez fermer à cause de quoi ?
03:47À cause d'un problème de rentabilité, je disais en préambule que vous aviez pris les devants,
03:52puisque vous aviez fait baisser des salaires de médecins urgentistes pour essayer de rester à niveau.
03:57Alors, ce n'est pas du tout nous qui avons baissé les salaires des urgentistes.
04:02Ce qui se passe, c'est qu'on a la problématique de l'offre et de la demande.
04:05Aujourd'hui, on a une démographie médicale qui est très limitée,
04:09ce qui veut dire que les médecins vont vers les lieux qui sont les plus attractifs.
04:13Et l'attractivité, elle est liée à quoi ?
04:15Elle est liée au salaire, elle est liée aux conditions de vie et aux conditions d'exercice.
04:19Donc, effectivement, si on commence à vous parler de baisser votre salaire, vous allez voir ailleurs.
04:25Alors, justement, non, bien sûr, ce n'est pas vous qui baissez les salaires,
04:28ce sont les départements qui n'ont pas tous la même politique de rémunération des médecins.
04:33C'est ça aussi qu'il faut comprendre et c'est pour cela qu'il y a une disparité
04:36et donc que certains médecins urgentistes sont plus attirés, par exemple,
04:41par Villeneuve ou Marmande que par d'autres, ou plutôt par Agin que par Marmande et Villeneuve.
04:48Alors, c'est encore plus compliqué que ça.
04:51C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les médecins ont des contrats, on va dire,
04:57qui sont réglementaires et organisés au niveau national.
05:01Mais on est en France.
05:04On a inventé plein d'autres trucs qui permettent de proposer d'autres contrats.
05:08Donc, chacun, il va de sa petite cuisine interne pour essayer de proposer des contrats plus intéressants aux médecins.
05:15Alors, à Agin, la problématique ne se pose pas, on est dans la réglementation complète.
05:20Mais ce qui se passe, c'est que pour les autres établissements,
05:23effectivement, au niveau de la région, on propose des choses qui sortent un peu de la réglementation
05:28ou qui sont à la limite de la réglementation en inventant de nouveaux contrats
05:31et qui sont plus attractifs pour les médecins qui venaient jusqu'à présent au Lantégarande.
05:37Si vous aviez, docteur Laurent Maillard, un message à faire passer,
05:42un appel à lancer au micro de Sud Radio ce matin,
05:45ce serait quoi au département et à ceux qui peuvent éventuellement tenter d'améliorer les situations ?
05:54Pour moi, ce qu'il faut, c'est être très attractif au niveau de nos établissements
05:59et les conditions de travail, c'est important.
06:03Et les conditions salariales, c'est important.
06:05Moi, je trouve qu'au niveau de l'Otégarande, on a un cadre d'avis qui est exceptionnel
06:09et qu'il faut venir y travailler.
06:11Quand on vient y travailler, finalement, on est très content de ce qu'on peut y faire.
06:15Et donc, quelque part, vous appelez des médecins à vous rejoindre dans le Lantégarande
06:20pour pouvoir mieux être entouré et faire face à la demande.
06:26Merci beaucoup, docteur Laurent Maillard, chef des urgences des centres hospitaliers d'Agin et de Marmont.